ILIBRARY OF
LESLEY COLLEGE
PURCHASED FROM
Bunting Fond
;^Qioaq'^
LE
NOMBRE MUSICAL
GREGORIEN
LE
NOMBRE MUSICAL
GRÉGORIEN
OU
RYTHMIQUE GRÉGORIENNE
— THÉORIE ET PRATIQUE —
Par le R. P. Dom André MOCQUEREAU
TOME I
SOCIÉTÉ DE SAINT JEAN L'ÉVANGÉLISTE
DESCLÉE & Cie
(anciennement DESCLÉE, LEFEBVRE & CIE)
Imprimeurs du Saint-Siège et de la S. Congrégation des Rites.
ROME, TOURNAI
1908
DEC t S 1M1
V,^
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Imprimatur.
Tornaci, i6 Maii igo8.
V. Cantineau Can. Ceti. lib.
J^^AA^wf ^
V'N^â
INTRODUCTION.
Les études de Rythmique grégoriciiue que nous nous
proposons d'exposer ici sont fondées, est-il besoin de le
dire, sur les théories enseignées et pratiquées à Solesines
depuis plus de trente ans. Malgré des obstacles de toutes
sortes, la Méthode bénédictine est aujourd'hui à la base de
toute exécution traditionnelle des mélodies liturgiques et
ses adhérents sont très nombreux. C'est à eux que s'adresse
plus spécialement ce traité et à ceux qui, jusqu'à présent,
n'auraient pas eu l'occasion de nous étudier et de nous
connaître.
11 y a longtemps que ce livre demandé est promis;
nous tenons enfin notre engagement, un peu tard peut-
être, mais il ne faut pas s'en plaindre : ces longues années
de silence sur la question rythmique ont été remplies par
des essais, des recherches et des réflexions fécondes. -Pen-
dant ces dernières années, nous avons remanié quatre ou
cinq fois ce présent travail; il ne suffit pas de faire vite, il
faut faire bien, vrai, définitif.
Pour parler du Rythme ou Nombre grégorien, sujet si
nouveau il y a trente ans, il fallait le connaître, non super-
ficiellement, mais à fond, et, pour cela, se rendre maître
d'abord des lois générales qui dominent toute Rythmique,
puis pénétrer la structure et la composition intimes des
mélodies liturgiques, analyser leurs nombreuses notations^ et
enfin s'assimiler les enseignements des auteurs du moyen âge.
Il était nécessaire surtout de souniettre à l'épreuve d'une
longue pratique les théories, nouvelles alors, du rythme
musical libre. C'est ce que nous avons fait à Solesmes tous
Rythme Grég. — i
6 INTRODUCTION.
les jours, depuis plus d'un quart de siècle, et ce qui a été
fait aussi dans un nombre considérable de cathédrales,
églises monastiques et paroissiales, chapelles de toutes
sortes, par des voix d'hommes, de femmes, d'enfants, par
des artistes et des chantres de village. Or nous ne saurions
dire assez combien cette période d'observations pratiques
nous a procuré de profit et a jeté de lumière sur la question
du rythme en elle-même et, il faut l'avouer, sur les lacunes
et les imperfections qui, dans les premiers temps, nuisaient
à son enseignement.
Au contact journalier de ces chants, et je fais appel ici
à tous ceux qui les ont fréquentés, notre tempérament
grégorien s'est formé : nous avons appris à parler, à chanter,
à apprécier cette mélodieuse langue oubliée depuis tant de
siècles, et à nous rendre compte de ses beautés. Notre
oreille, d'abord rebelle et étonnée, s'est bientôt laissé
séduire par le charme de ce rythme libre, souple, ondulant,
auquel notre éducation moderne ne nous avait guère
préparés. C'est un premier avantage.
En voici un second : nous avons pu reconnaître le bien
fondé des principales règles d'exécution proposées par les
Mélodies grégoriennes de D. J. Pothier. A l'enseignement et
à la pratique, elles nous ont paru naturelles, vraies, produi-
sant un effet religieux et esthétique que les plus récalcitrants
sont obligés d'avouer.
De plus les critiques ont aussi eu le temps et le moyen
de se produire ; nous avons pu les écouter, les juger et
parfois en tenir compte, à notre plus grand profit, comme
aussi des conseils bienveillants, que nous avons toujours
accueillis avec bonheur.
Mais, insensiblement, la pratique conduisait à un autre
résultat assez inattendu : à mesure que croissait le sentiment
des beautés du rythme grégorien, apparaissait en même
temps, chez les esprits cultives, le désir d'une connaissance
plus approfondie : tous voulaient analyser, expliquer les
INTRODUCTION. 7
effets obtenus; et les principes vrais, mais vagues et flot-
tants, qu'on leur avait appris ne pouvaient satisfaire des
intelligences avides de lumière.
D'un autre côté, à mesure que le chant, s'éloignant de
son point de départ, se répandait dans les séminaires, les
communautés, les paroisses, et échappait ainsi à l'influence
plus directe de ses premiers maîtres, se produisaient, en
différents lieux, des hésitations, des difficultés pratiques que
seul l'enseignement oral d'un professeur initié pouvait
dissiper.
Bien plus, sous la direction de maîtres dévoués, mais
insuffisamment renseignés, des exécutions mal conduites et
manquées, des interprétations mauvaises se faisaient jour et
parfois amenaient de graves échecs qui jetaient le discrédit
sur la cause grégorienne, sur ses promoteurs et leurs doc-
trines, et en retardaient singulièrement les progrès.
En face de ces faits, les meilleurs esprits furent vite
d'accord pour en constater les causes et y apporter les
remèdes. Il devenait évident que l'insuffisance des règles
destinées à assurer l'exécution du rythme musical oratoire,
et l'imperfection de la notation neumatique, au moins pour
les détails rythmiques, étaient les causes principales des
difficultés et des échecs survenus.
Les causes du mal une fois connues, les remèdes se
trouvaient tout indiqués :
1° Déterminer, préciser, développer la théorie rythmique,
non seulement dans ses grandes lignes, mais, autant que
possible, jusque dans ses moindres détails;
2'* Fixer ce rythme au moyen d'une notation claire, pré-
cise, à la portée de nos plus humbles enfants et chantres de
campagne.
Tel est le double problème en face duquel se trouve le
rythmicien grégorien qui veut être utile et pratique.
La solution de ce problème est-elle possible aujourd'hui?
Rythme Grég. — *i
O INTRODUCTION.
Oui, sans aucun doute, et elle peut être donnée d'une
manière presque entièrement objective.
Voici comment :
D'abord nous sommes en possession certaine de plusieurs
principes fondamentaux qui nous permettent de restaurer le
rythme grégorien dans ses grandes lignes. Les enseignements
fournis par les nombreuses Méthodes parues depuis quelques
années sont passés dans la pratique, sous le nom de Rythme
oratoire; sur cette question, le travail est très avancé; nous
n'avons qu'à exposer de nouveau les doctrines solesmiennes,
en les complétant toutefois sur plusieurs points.
Voilà déjà une base solide d'opération pour la suite des
recherches.
La tâche nouvelle et délicate qui nous incombe est l'ana-
lyse intime et raisonnée des plus menus détails du rythme.
Ces détails, nous n'avons pas à les inventer, ils étaient
connus autrefois aussi bien en théorie qu'^/^ pratique : les
témoignages historiques sont formels, et d'ailleurs, à leur
défaut, on pourrait affirmer à priori l'existence des plus
minces subdivisions rythmiques, en vertu des seules preuves
tirées de l'essence même du rythme.
Il y a, en effet, des lois de rythmique libre et naturelle,
auxquelles ni la parole, ni la musique, ni la danse ne
peuvent se soustraire ; par exemple : cette loi fondamentale
qui exige à la base de toute composition rythmique une série
de temps premiers (divisibles ou indivisibles, peu importe
ici,) groupés en temps binaires ou ternaires, se distinguant
par l'apparition d'ictus ou touchements ou, pour parler le
langage moderne, groupés en mesures binaires et ternaires.
Le chant liturgique, il est vrai, appartient au genre
rythmique libres ; mais ce genre lui-même, dont le type
' Dans une étude, reproduite des Harvard Psychological Shidies
(vol. I), contenant seize expériences sur le rythme faites au laboratoire
psychologique du Harvard Collège, le Prof. Robert Macdougall s'exprime
INTRODUCTION. 9
classique est la prose cicéronienne, est soumis à cette loi :
Simt quaedam latentes sermonis perciissiones et quasi aliqui
pedes. (Qiiintilien. Or. ix.)
La mélodie grégorienne, elle aussi, a ses percussions, ses
pieds, ou plutôt ses rythmes, bien qu'ils soient d'une nature
délicate. Les textes des musicistes du moyen âge sont très
précis sur leur existence, si précis que les modernes mensu-
ralistes n'ont qu'à les forcer pour donner quelque apparence
de raison à leurs théories.
Les vieux auteurs ne se bornent pas à signaler les grandes
divisions rythmiques, incises, membres, phrases; leur ana-
lyse est plus pénétrante et descend jusqu'aux plus petites
subdivisions.
Hucbald (840-930) : l^eluti metricis pedibus cantilena
plaudatur... plandain pedes... more metri diligenter mensu-
randum sit. etc... Gui (1050) : Ut quasi metricis pedibus
cantilena plaudatur. etc.
Ces rythmes, ils en analysent intérieurement les propor-
tions : elles sont :
; 2 — 2
aequa : < " dupla '• < ^ 7 tripla
14—4
_3 ""^^" • \ 3—6 '"^''' ■ \ 2—6
—4
sesquialtera : \ | sesquitertia : \ ^
Ces pieds, ils les comparent entre eux, ils en calculent
les rapports et les organisent en membres et en phrases,
à peu près en ces termes: «Je conclus donc (des faits positivement
établis par les expériences) que les rythmes élémentaires se limitent à un
très petit nombre. Il n'existe que deux unités rythmiques, composées
respectivement de deux ou de trois temps simples. Toute série rythmique
plus étendue se réduit à ces deux types ». — « I conclude therefore
(i. e., from the positive évidence of the experiments) that the numerical
limit of simple rhythm groups is soon reached and that only two
rhythmical units exist, of two or three beats respectively, that in ail longer
séries a resolution into factors of one of thèse types takes place ».
lO INTRODUCTION.
sans antre régulateur que le plaisir de l'oreille, comme
dans la prose cicéroiiienne.
Plus encore : ils veulent que ces pieds, ces rythmes
soient battus, c'est-à-dire que les ictus et les touchements,
lès temps marqués en soient indiqués par un bruit de la
main ou du pied. ^
Toutes ces règles sont vraies, naturelles, inéluctables;
toutes s'accordent sans peine avec les autres textes des
mêmes auteurs qui représentent les chants liturgiques
comme appartenant au rythme libre, musical ou oratoire.
Ce rythme en effet ne saurait en aucune manière s'affranchir
des lois de Rythmique générale qui exigent les divisions
recommandées par les écrivains du moyen âge; ces lois
d'ailleurs ne portent pas plus d'atteinte à l'allure libre et
souple des cantilènes romaines que n'en portent à celle de
la prose vincta grecque ou latine les règles minutieuses
données par Denys d'Halicarnasse, Cicéron et Quintilien pour
l'ordonnance harmonieuse des pieds métriques qui entrent
dans sa composition.
Sans doute les musicistes du moyen âge exposent les
principes à leur manière ; à cela rien d'étonnant, ils sont de
leur temps. En les lisant il faut savoir distinguer la forme
du fond. La forme est médiévale et personnelle^ mais le
fond n"est que l'écho fidèle des données universelles qui ont
été, sont et seront toujours à la base de l'art rythmique.
On voit par là combien il serait erroné de rejeter leurs
textes sous le spécieux prétexte que ces auteurs, plus métri-
ciens que grégoriens, n'expriment que des vues personnelles.
Au contraire, tous étaient moines, tel le pieux anonyme des
Instituta Pafrum, tels Aurélien, Hucbald, le Bienheureux
Notker, Gui, Odon, Aribon, etc.; tous possédaient a fond la
science pratique des mélodies, science acquise pendant les
longues heures de lecture, de psalmodie, de chant passées
' Cf. les textes précédents et celui d'Hucbald. ci- dessous, p. 19.
INTRODUCTION. I 1
au chœur de leur église dans l'exercice de la louange divine.
Si donc ils allaient chercher leurs comparaisons dans les lois
de la métrique, les seules à leur portée^ c'est qu'il y avait
réellement entre ces lois et celles de la rythmique grégo-
rienne des points de contact, des analogies réelles qui les
aidaient h faire comprendre leur pensée. En cela ils imitaient
Cicéron qui, exposant les régies du nombre oratoire, fait
sans cesse appel à l'art des vers.
Il n'y a donc qu'à accepter leur enseignement, tout leur
enseignement rythmique, dès qu'il est d'accord avec les lois
naturelles propres au Rythme, et conforme à la tradition
qui nous est transmise par les manuscrits de chant.
Ce qui reste certain, c'est que le rythme libre, oratoire
(prose cicéronienne) ou musical (chant grégorien), compor-
tait des subdivisions rythmiques très détaillées.
Quand même les auteurs du moyen âge n'en auraient pas
parlé, il resterait à prouver que, dans la pratique, ils n'en
ont pas fait usage, et qu'alors ils se sont affranchis d'une
loi de rythmique naturelle essentielle, commune à toutes
les langues, à toutes les poésies, à toutes les musiques, ce
qu'il est impossible de supposer et de prouver.
A ceux qui nient cette vérité incombe la charge de
prouver comment la mélodie grégorienne a pu exister en
méconnaissant une des lois fondamentales du rythme.
Peut-on retrouver ces subdivisions?
Dans un grand nombre de cas, il n'y a pas d'indécision
possible, pour les rythmiciens du moins. ^
Dans d'autres, il peut y avoir hésitation : ici, par l'appli-
cation des principes certains que nous exposerons, les diffi-
cultés s'évanouissent.
Parfois enfin, il y a liberté, mais en théorie seulement;
car la liberté cesse dès qu'on arrive à la pratique, mieux
encore, quand l'accompagnateur veut adapter son harmonie
aux mélodies : entre deux ou trois manières possibles de
12 INTRODUCTION.
rythmer, il faut choisir; le goût intervient alors, mais
seulement dans ce cas.
Qiiant aux matériaux à utiliser pour cette restauration, ils
sont nombreux :
a) lois naturelles du rythme;
b) accentuation et rythme naturel des mots; distinctions
variées selon le sens, pauses {niora vocis) également variées ;
c) notation neumatique, malgré ses imperfections dont
nous parlerons à l'instant^ avec ses groupements de notes,
avec ses pressiis, strophiciis] quilisma, etc.;
d) forme mélodique, modalité des chants qui viennent
encore au secours du rythmicien ;
e) enfin les adjonctions romaniennes^ lettres et signes des
manuscrits de Saint-Gall, et autres signes rythmiques employés
dans diverses seméiographies neumatiques sont loin d'être à
dédaigner : tous sont précieux, non seulement pour la
fixation du rythme, mais pour nous prouver que l'art le plus
naturel, le plus exquis présidait à l'exécution des mélodies
grégoriennes.
Lorsque l'emploi prudent et intelligent de tous ces
moyens a conduit à une analyse rythmique approfondie, la
question qui s'élève aussitôt est la correcte reproduction du
rythme ainsi rétabli dans un système de rythmographie
adéquate et claire.
La notation neumatique ne suffit-elle donc pas?
Non. Si l'on ne veut pas s'illusionner et fermer les yeux
devant les faits les plus évidents, il faut avouer loyalement,
après une expérience de vingt-cinq ans, que la notation
des premiers livres de Solesmes, malgré des qualités émi-
nentes, ne répond ni aux exigences des principes du rythme
grégorien, aujourd'hui mieux connus, ni aux besoins prati-
ques de nos chantres de toutes catégories, ni à l'attente de
nos harmonistes. A tous ces points de vue, elle est, en
partie^ défectueuse et incomplète.
Sans doute, au moment où elle renaissait, elle était un
INTRODUCTION. 13
immense progrès sur les détestables notes carrées semées
au hasard dans les éditions de l'époque, aussi fut-elle
accueillie avec la plus grande faveur ; mais, à la pratique,
ses défauts apparurent bien vite. Nous pourrions apporter
ici de très nombreux témoignages de ce fait; un seul suffira.
« QLi'on réunisse aujourd'hui, parmi les partisans de la
notation actuelle, (celle des éditions du Liber Gradualis
1883 et 189s) les maîtres de chœur les plus expérimentés,
les professionnels les plus compétents, nous les mettons au
défi, sans explications et exercices préalables, d'exécuter
avec ensemble et de rythmer parfaitement la plupart des
pièces grégoriennes. Nous avons cent fois recueilli cet aveu
de tous côtés. Ht alors quel résultat peut-on espérer des
chantres ordinaires?
« En vérité, ce serait une douce joie pour nous de voir
ces messieurs exercer un chœur, surtout avec accompagne-
ment. Il nous semble entendre un choriste mettre un niora
vocis, pendant que son voisin poursuit le mouvement;
celui-ci faire un temps binaire, pendant que celui-là fait ifn
temps ternaire! et pour compléter la bonne union, V accom-
pagnateur placer ses accords au levé au lieu de les mettre à
Victus!... QLi'un musicien de goût, maître en chant grégo-
rien, se permette, quand il chantera seul, d'user de la liberté
qui existe réellement en tels ou tels cas, nous n'y voyons
pas d'inconvénient. Mais, sous prétexte de sauvegarder cette
dangereuse liberté, supprimer les signes rythmiques néces-
saires pour la direction des chœurs et de l'immense majorité
des chanteurs et des organistes, ce serait ériger en système
la cacophonie, ou revenir à l'exécution martelée et sans
rythme du plain-chant actuel. » i
Une pareille accusation contre cette notation ne retom-
be-t-elle pas de tout son poids sur la notation neumatique
' Chanoine Gaborit, maître de chapelle à la Cathédrale de Poitiers.
Tribune de Saint Gervais, Janvier 1903.
14 INTRODUCTION.
des manuscrits? Oui, c'est vrai; mais, il faut l'avouer, la
notation guidonienne, aussi bien que les neiimes-accents et
neumes-points qui l'ont précédée immédiatement, était
imparfaite.
Il paraîtra invraisemblable aux musiciens modernes, en
possession d'un admirable système de seméiographie,
qu'une notation ne parvienne pas à figurer clairement le
rythme de ses mélopées, plus invraisemblable encore qu'elle
ne soit pas même capable d'en indiquer les intervalles
précis! Et cependant c'est le cas des antiques notations
neumatiques. La présence d'un maître était indispensable à
l'élève, tant pour chanter les intervalles que pour rythmer : la
tradition orale, en définitive, était double, tonale et rythmique.
Aux x« et XI*' siècles, heureusement, des tentatives cou-
ronnées de succès furent faites de toutes parts pour amé-
liorer ce déplorable état de choses : la notation diastéma-
tique fixa à jamais sur lignes les intervalles de la mélodie.
Mais, hélas! rien ne fut tenté au profit d'une figuration
plus exacte du rythme; au contraire, sur ce point, la
décadence s'affirme de très bonne heure. A l'origine, la
tradition rythmique était, peut-être, mieux exprimée dans
les plus anciennes notations neumatiques que les intervalles
mélodiques eux-mêmes. Les Ecoles de Saint-Gall, de Metz, de
Como, ainsi que de nombreuses particularités d'écriture
persistantes dans des codices de provenances différentes,
attestent ce fait important. Mais cette tradition ne se
maintint pas longtemps : la notation guidonienne ne fit que
précipiter son déclin. Elle supprima partout les lettres et les
signes qui, dans les primitives notations, indiquaient l'allure
rythmique et, à ce point de vue, bien loin d'être un
progrès elle fut un recul.
Depuis ce temps, la seméiographie rythmique du plain-
chant est restée figée, pétrifiée, ou plutôt sa décadence n'a
fait que s'accentuer à travers les siècles, jusqu'à sa pleine
décomposition aux xvi« et xvir siècles.
INTRODUCTION. I5
On se demande souvent h quelles causes doivent être
attribuées la décadence et la ruine du chant grégorien. On en
suggère plusieurs : la musique figurée, les fautes et incor-
rections des copistes, les théories personnelles des faux réfor-
mateurs, l'abandon de la vie liturgique, etc.; toutes ces
causes, en effet, doivent entrer en ligne, mais l'une des
plus dissolvantes a été, sans contredit, le manque de netteté
dans l'enseignement et dans la notation du rythme.
Il est facile de se représenter ce qui arrivait au moyen âge
dans les différents choeurs, par ce qui se passe autour de
nous; n'avons-nous pas la même notation? Nous avons
d'ailleurs des témoignages très authentiques des auteurs du
temps. Avec un bon maître de choeur, tout allait droit;
mais avec les seuls manuscrits, les incertitudes commen-
çaient ; la notation n'était pas assez claire pour rallier tous
les chefs de chœur à une exécution uniforme, de là des
divergences, des divisions qui allaient toujours s'augmen-
tant; l'antique tradition orale se fractionna en mille cou-
rants; bientôt elle se perdit et on en arriva à l'affreux
martellement qui amena enfin le dégoût des mélodies
liturgiques, leur mutilation et le cataclysme que Ton sait.
Eh bien! disons-le hautement, il en sera de même encore
une fois, et à bref délai, de ce beau chant grégorien
ressuscité au prix de tant d'efforts, de sacrifices et de
souffrances, si nous n'arrivons pas à en fixer le rythme
d'une façon claire et précise qui permette à toutes les
églises de l'interpréter avec facilité et d'en apprécier aisé-
ment les beautés. Il faut enfin sortir de Tornière où nous
sommes enfoncés depuis la naissance des neumes-accents,
et faire aujourd'hui, pour le rythme, ce qui a été fait au
XI® siècle pour la mélodie; là est la seule chance de vie
pour le chant grégorien.
Déjà, sollicité de toutes parts, nous avons tenté des
essais dans ce sens, et les dernières éditions de Solesmes en
notation grégorienne ont paru accompagnées de points et
l6 INTRODUCTION.
de signes rythmiques qui en facilitaient l'exécution; elles
ont été saluées avec joie par les meilleurs praticiens et par
les plus modestes de nos chœurs de campagne.
Bien plus, des transcriptions soigneusement rythmées en
notation moderne, sans barres, ont été essayées; elles
ont été mieux accueillies encore que les précédentes : leur
diffusion a été plus large. Par leur moyen, nous avons eu la
joie de faire pénétrer le chant grégorien dans des milieux
d'où il eût toujours été exclu sous son costume neumatique.
Le double problème qui s'offre aux rythmiciens est non
seulement soluble, mais il est résolu, ou, du moins, nous
avons tout lieu de le croire; car les mélodies rythmées et
notées selon la méthode de Solesmes sont déjà depuis
plusieurs années en usage dans le monde entier, depuis les
tribunes de Saint-Pierre de Rome et de Saint-Jean de Latran
jusqu'à celle des plus petites églises.
Nous sommes bien loin cependant de prétendre qu'on ne
peut faire mieux : les signes choisis peuvent, sans aucun
doute, être modifiés, changés, améliorés; des idées plus
simples, plus pratiques encore peuvent être émises; il
faudrait les essayer. Ce qui importe, c'est, à l'instar des
adjonctions romaniennes faites à Saint-Gall et ailleurs, de
laisser les groupes grégoriens intacts, c'est d'éviter tout ce
qui pourrait paraître une concession à la mesure moderne;
car la notation est avant tout rythmique et doit rester telle.
Qiie les divers systèmes continuent donc à se produire
en toute liberté, qu'ils soient essayés et pratiqués, et il
arrivera bien vite ce qui est arrivé aux x% xi% xir siècles
pour la fixation des intervalles : un seul a survécu, celui de
Gui d'Arezzo; il en sera de m?me des divers systèmes
rythmiques et de leur notation.
Il nous reste maintenant à présenter au public une théorie
complète de la Rythmique grégorienne, telle qu'elle est
INTRODUCTION. I7
comprise et pratiquée dans l'École de Solesmes depuis de
lonsfues années.
Elle a été déjà exposée, mais en partie seulement, dans
le septième volume de la Paléographie musicale, à l'occasion
de nos études sur le rôle de l'accent latin. Le plan particulier
que nous avons alors suivi était déterminé par les circons-
tances, par le but spécial que nous poursuivions, et nous
avons dû y adapter notre exposition. Les considérations
musicales modernes, les comparaisons entre les mélodies
grégoriennes et l'œuvre polyphonique des Xy^' et XK/*' siècles
y tenaient une large place. Cette fois, nous reprenons le
même sujet, mais limité au chant liturgique, et sous une
forme didactique et pratique qui doit rendre ce livre propre
à l'enseignement ^
Offrir à l'intelligence du lecteur, au moyen d'un ensei-
gnement prudemment gradué, les notions de Rythmique
grégorienne les plus conformes tout d'abord a) aux lois
fondamentales du rythme, puis b) à la tradition transmise
par les manuscrits de chant et c) aux instructions des
auteurs du moyen âge ;
Présenter aux chantres une suite progressive et métho-
dique d'exercices grégoriens, tous soigneusement notés et
rythmés, afin de leur faire surmonter aisément les difficultés
de lecture, d'intonation, d'intervalles, de rythme, propres
aux mélopées ecclésiastiques, voilà notre but.
Pour l'atteindre, et en vue du rythme notre objet
principal, nous n'avons pas craint d'abandonner les sentiers
battus afin de suivre un plan qui soit non seulement clair
et précis, mais encore pratique.
' Trois cours de chant grégorien paraîtront successivement. Le présent
volume sera le Cours supérieur. — Un Cours moyen, résumé et précis
du précédent, sera publié presque en même temps, — enfin un Cours
élémentaire ou populaire, destiné aux enfants, contiendra la matière la
plus indispensable à la bonne exécution des mélodies grégoriennes. Nous
aurons à parler plus loin du Solfège.
l8 INTRODUCTION.
La majorité des Méthodes, Grammaires, Manuels de
chant grégorien suivent à peu près un plan uniforme. Elles
commencent toujours par une exposition de ce qu'on peut
appeler la matière rytlmiiqiie : lettres, syllabes, mots; notes,
groupes de notes gammes, modes, etc.. Tout cela est dit
avec détails, appuyé sur de nombreux exemples, mais sans
qu'une seule notion sur le rythme ait été préalablement
enseignée, en sorte que l'élève peut lire, solfier, chanter
pendant des semaines et des mois, comme un perroquet,
sans savoir ce qu'est le rythme. Ces longues heures d'étude
et de solfège eussent été plus fructueusement utilisées, si
on y avait joint la notion et la pratique intelligente du
rythme : on a analysé le corps, les membres de la
mélodie, sans parler de son âme et de sa vie. A la
vérité, quelques lignes, quelques pages sont ensuite em-
ployées à une vague et superficielle description du rythme,
mais à peine sont-elles lues qu'elles sont oubliées ; car
elles ne sont point appuyées par des exercices pratiques
répétés qui, seuls, peuvent l'inculquer dans l'âme des
disciples.
Nous avons sous les yeux un Solfège grégorien bien fait,
d'une centaine de pages, où les exercices abondent, il n'y
est pas une seule fois question du rythme !
Les solfèges de musique moderne, les plus récents du
moins, se gardent bien de tomber dans une pareille erreur.
Aussitôt que l'élève sait lire les notes, avant même de les
lui faire chanter, le professeur introduit avec la connaissance
des diverses mesures, la manière de les battre : des figures
graphiques habilement tracées aident l'étudiant à compren-
dre ce qu'on lui demande; la pédagogie a fait sur ce point
de grands progrès.
Le chant grégorien, lui, n'a pas de mesure, mais il a du
rythme, et c'est le rythme grégorien que nous voulons
enseigner et faire pénétrer dans l'âme de nos lecteurs.
En cela, nous ne faisons que suivre l'exemple de nos vieux
INTRODUCTION. Ip
moines, Hucbald, par exemple, qui, après avoir recommandé
une grande égalité dans le chant, ajoute :
\< Qiiae canendi aequitas rhythmus graece, latine dicitur
numerus : quod certe omne melos more metri diligenter
mensurandum sit. Hanc magistri scholarum studiose in-
culcare discentibus debent, et ab inifio infantes eadem
aequalitatis sive numerositatis disciplina informa re, inter
cantandum aliqua pediim manimmve, vel qualibet alia per-
cussione numenim instruere ; ut a primaevo usu aequalium
et inaequalium distantia calle eos (/. pateat, eos) laudis Dei
disciplinam nosse, et cum supplici devotione scienter Deo
obsequi. ^> (Gerbert. Scriptores. I. p. 228).
« Cette égalité du chant est appelée rythme en grec, et
nombre en latin : parce que, sans aucun doute, toute mé-
lodie doit être mesurée avec soin à la manière des mètres.
Cette égalité, les maîtres des Écoles doivent l'inculquer avec
application à leurs élèves et, dès le principe, former les
enfants à cette même discipline de l'égalité ou du nombre,
en marquant ce nombre, pendant leur chant, au moyen de
percussions faites avec le pied ou la main, ou de tout autre
manière, afin que dès les premiers exercices... etc.»
Le reste du texte est altéré, le sens général qui s'en dégage
n'est pas nécessaire à notre dessein, et la première partie
en est si claire, si précise, qu'elle n'a besoin d'aucune
explication.
Mais l'exposition du rythme, et du rythme musical libre
propre au chant grégorien, n'est pas chose facile, à notre
époque surtout, où nombre de musiciens cultivés, tout en
sentant les beautés du l-ythme, ne connaissent guère en fait
de théorie que celle de la mesure. Nos méthodes modernes
de solfège ne vont pas plus loin que l'étude de la mesure et
ne peuvent s'élever jusqu'à la notion antique du mouvement
rythmique qui informe toute musique, toute parole ; elles
n'ont pas encore su profiter des graves travaux publiés sur
ce sujet en Allemagne, en Angleterre, et en France.
20 INTRODUCTION.
Nous avons essayé de vaincre ces difficultés par une
disposition nouvelle des matières à traiter, qui nous permet
d'être clair dans notre exposé.
Avant même de parler du matériel oratoire et musical
sur lequel s'appuie le nombre musical grégorien, nous
commençons par étudier le rythme en lui-même, s'il est
permis de parler ainsi, c'est-à-dire dégagé, autant qu'il est
possible, de tout ce qui peut le voiler_, le compliquer, le
dénaturer en ses principes fondamentaux, afin de le saisir
sur le vif, en contact avec la matière la plus légère, la plus
déliée, la plus ténue, et en même temps la plus souple,
celle qui laisse plus d'indépendance et de naturel au libre
jeu de ses mouvements et permet par là même de le voir,
de le pénétrer dans toute sa vérité, dans toute sa nudité.
Cette matière est sans contredit le son pur répété à
l'unisson, ou, ce qui revient au même, une succession de
simples voyelles. A l'aide de sons et de voyelles, groupés
conformément aux lois de la rythmique naturelle, nous
assistons à la genèse du mouvement rythmique, à la
formation des rythmes élémentaires, des rythmes composés,
des incises, des membres de phrase, des phrases, des
périodes. Ces notions premières entrent dans l'intelligence
des lecteurs avec d'autant plus de facilité qu'ils n'ont, dans
cette première partie, à ne s'occuper que du rythme, et du
rythme seul, sans s'embarrasser ni des intonations mélo-
diques, ni des textes liturgiques.
De plus, l'exposé de chaque idée nouvelle est aussitôt
accompagné d'exercices pratiques, destinés à faire pénétrer
dans l'oreille et dans le sentiment de l'étudiant, la connais-
sance rythmique qu'il vient d'acquérir. Dans le présent
Traité, ces exercices, en notation carrée grégorienne et en
notation moderne, sont courts et peu nombreux : ils ne
sont que l'annonce et comme l'amorce d'un Solfège grégo-
rien qui suit cette Méthode, s'adapte à son enseignement,
à sa marche, et en est le complément.
INTRODUCTION. 21
Tous ces exercices sont accompagnés de signes grapiii-
ques, qui décrivent et suivent pas à pas tous les mouve-
ments des rythmes. Ces mouvements doivent être repro-
duits et figurés par les gestes de la main pendant l'exécu-
tion des lectures et des chants. Ce que nous venons de
dire s'applique à tous les exercices du Traité.
Ces premières connaissances sont ensuite appliquées à
des matières plus complexes, à la mélodie d'abord, c'est
notre deuxième partie.
Nous y étudions l'origine, les noms, les formes des notes
et des groupes neumatiques; en un mot, tout ce qui
concerne la notation sans lignes et sur lignes; les intervalles
mélodiques, les modes, et enfin l'exécution rythmique de
tous les groupes.
Ici encore l'acquisition de chaque nouvelle notion est
suivie d'exercices : les notes sont groupées en rythmes
variés, et grégoriens dans leurs allures. L'étudiant retrouve
ici, mais sur lignes et unis à la cantilène, les rythmes qu'il
a déjà chantés à l'unisson dans la première partie; il les
apprend ainsi avec la plus grande facilité. Naturellement les
mélodies de ces exercices sont conçues dans la tonalité
ecclésiastique.
A la mélodie vient s'adjoindre, dans une troisième partie,
le texte liturgique dont l'influence sur le rythme est
décisive pour la compréhension parfaite du nombre musical
grégorien.
De là, un rapide coup d'œil sur l'histoire du latin ecclé-
siastique et sa nature rythmique. Les syllabes, les mots,
avec leur accentuation et leur rythme; puis les membres de
phrase, les périodes, également avec leur accentuation et
leur rythme, sont successivement passés en revue. Enfin,
comme dans les parties précédentes, les exercices pratiques
achèvent l'œuvre de la théorie.
Ainsi préparé par des exercices à trois degrés, l'étudiant
triomphe facilement des difficultés qu'il rencontre dans
Rythme Grég. — 2
22 INTRODUCTION.
l'application des paroles à la mélodie et au rythme grégo-
riens : il a appris à les surmonter dès les premières pages
de notre Traité : chaque ligne, chaque exercice l'a conduit,
comme par la main, dans une marche progressive, à la
pleine possession de la science et de la pratique de la
musique de l'Église.
La psalmodie et Vhymnodie ne seront point oubliées; enfin
quelques principes (ï accompagnement termineront notre
œuvre.
Avant d'entrer en matière, on nous permettra de placer
ici un humble conseil, résultat de notre expérience person-
nelle. Si le lecteur ne veut pas s'égarer, pendant des années
peut-être, sur de fausses pistes, s'il veut éviter l'erreur en
même temps qu'une perte de temps considérable, il doit se
tenir en garde contre toute notion préconçue, dérivant soit
de nos langues occidentales, soit de notre musique moderne,
et tenir compte des grandes divergences existaût entre les
langues humaines et entre les différentes formes musicales
qui ont régné dans le courant des siècles. Nous ne saurions
trop recommander cette disposition d'indépendance.
Nous avons emprunté à peu près les termes de ce conseil
à M. Bennett dans son article sur L ictus dans la prosodie
latine'.
Rendant compte de cet article dans la Revue critique
(25 sept. 1899, p. 252), M. Paul Lejay dit à son tour :
« M. Bennett commence par déclarer qu'il faut entièrement
faire abstraction des suggestions des langues germaniques.
L'habitude de la prononciation intense, soit des syllabes
^ « At ail events, it is certainly of the first importance, in approaching
so délicate a problem as the pronunciation of a language whose data
we can no longer fully control, first to rid ourselves as completely as
possible of ail preconceived notions derived from ont own language
which might mislead us, and to take into account the great divergence
of human speech along with the often radically différent character of
spoken languages. » American Journal of Philology, Vol. xix, n° 76.
p. 363. Baltimore. 1899.
INTRODUCTION. 23
accentuées dans les mots, soit des temps forts dans les vers,
conduit les savants modernes à transporter inconsciemment
dans leurs théories sur les langues anciennes les faits de
leur parler quotidien. Ils doivent donc tout d'abord se
dépouiller du préjugé créé par Tusage. Ce point est capital.
Nous sommes heureux de le voir mis en lumière avec une
telle netteté >\ Et M. Lejay ajoute : « c'est là une condition
essentielle pour raisonner juste '>>, ce c"iui s'applique entière-
ment à notre sujet.
Ce n'est pas à dire que l'étude comparée des diverses
langues littéraires ou musicales ne puisse nous être d'aucune
utilité, non certes; mais, dans ces investigations, nous
ne devons pas croire que tout ce que nous trouvons dans
notre musique se répétera nécessairement dans une musique
vieille de quinze siècles. L'histoire du rythme, soit dans
l'art de la parole, soit dans l'art des sons, nous le
montre dans une continuelle transformation. Sauf deux ou
trois gra/ids principes iinniuahles dont le rythme ne peut
s'écarter, tout le reste, dans le cours des siècles, est livré
au travail insensible et impersonnel des hommes, des écoles,
des peuples. Appuyons donc notre rythmique grégorienne
sur ces grands principes, mais veillons à ne prendre dans
les théories et les faits modernes que ce qui peut lui
appartenir. Nous avons vu tant de fois se transformer la
tonalité, l'harmonie, les rythmes de la musique, que nous
ne saurions être trdp en garde contre ce qui peut, un jour,
se transformer encore ou périr. Ne renouvelons pas à notre
époque les erreurs des harmonistes du moyen âge qui,
voulant soumettre à leur étroite et passagère théorie men-
suraliste et à leur harmonie enfantine la libre mélodie
romaine, l'ont conduite à sa ruine.
PREMIÈRE PARTIE.
L'ORIGINE DU RYTHME.
Rythme Grég. — *2
PREMIERE PARTIE.
L'ORIGINE DU RYTHME
CHAPITRE L
LES ARTS DE REPOS ET LES ARTS DE MOUVEMENT.
ARTICLE 1. — DIVISION DES ARTS.
1. — Le système esthétique des Grecs exposé par Westphal (i)
et par Gevaert (2) peut servir d'introduction à l'étude de la
Rythmique grégorienne; car il détermine avec exactitude la
place que doit occuper la musique dans l'ensemble des créations
artistiques de l'humanité.
Chez les Grecs, les arts, au nombre de six, se groupaient en
deux triades :
1° l'architecture, la sculpture, la peinture;
2° la musique, la poésie, la danse ou orchestique.
Cette division conserve à notre époque toute sa justesse et
sa réalité.
2. — Dans la première triade, le Beau, qui est le but de l'art,
« est réalisé à Vétat d'arrêt, de repos : ses divers éléments sont
juxtaposés dans \ Espace; il n'est pas représenté dans un déve-
loppement successif, mais fixé dans un moment unique de son
existence. »
(i) Westphal, Meirik, I, § i.
(2) Gevaert, Histoire et théorie de la Musique de Vantiquité, I, p. 22 et ss.
20 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I.
La notion de 7r/>os est ici la condition essentielle, la manière
d'être de l'œuvre d'art, bien que le mouvement n'y soit point
étranger en un certain sens ; mais ce mouvement ne peut y être
indiqué que par la fixation d'un moment unique. Telles nous
apparaissent les créations de l'architecture, de la sculpture et
de la peinture.
3. — Dans la deuxième triade, « le Beau est réalisé à Vetai de
mouvement, par la succession de ses éléments dans le Temps. »
4. — Les premiers, arts de repos, sont en relation avec V Espace;
les seconds, arts de mouvement, le sont avec le Temps ( i ).
ARTICLE 2. - LES ARTS DE MOUVEMENT.
5. — En conséquence, la musique, la poésie et la danse
recevaient le nom ô^arts musicaux ou arts de mouvement. Tous
les trois étaient soumis aux lois d'une même Rythmique. Une
même terminologie servait à en expliquer la théorie ; une même
mimique — gestes du pied, de la main, des doigts, du corps tout
entier — était destinée à guider, souvent à la fois, les chanteurs,
les instrumentistes et les danseurs. En un mot, il n'y avait qu'?^^
Rythme qui pouvait simultanément informer trois matières, le son
musical, la parole et l'orchestique.
6. — Or, bien que la rythmique grecque et la rythmique latine
se séparent sur plus d'un point de la rythmique des mélodies
grégoriennes, néanmoins les différences ne peuvent être que
secondaires ; car, nous allons le voir, il n'existe qu'une seule
rythmique générale dont les lois fondamentales, établies sur la
nature humaine, se retrouvent nécessairement dans toutes les
créations artistiques, musicales ou littéraires, de tous les peuples,
dans tous les temps.
Les manières variées d'appliquer ces lois, ou même de s'y
soustraire pour un temps, expliquent la multiplicité des systèmes
rythmiques.
L'exposition de ces lois générales, puis leur application théori-
que et pratique aux mélopées liturgiques, tel est l'objet de ce
livre.
(,1) Gevaert, Histoire et théorie de la Musique de V antiquité, I, p. 22-23.
LES ARTS DE REPOS ET LES ARTS DE MOUVEMENT. 27
ARTICLE 3. - LE TEMPS ET LE MOUVEMENT.
7. — Le Temps est la mesure du mouvement et de l'arrêt.
Par lui-même, le temps ne peut se servir de mesure, ni produire
sur nous aucune sensation. C'est seulement par les choses
qui se passent, qui se meuvent en lui que nous sommes mis à
même de l'évaluer; d'ailleurs il n'existe pas en dehors d'elles.
8. — Le Mouvement est la condition qui, en divisant le temps,
rend appréciable à nos sens son invisible et silencieux écoulement.
9. — La faculté de percevoir les mouvements qui divisent la
somme des moments dont se compose le temps est surtout
réservée à deux de nos sens : à la vue et à Xouïe.
Uœil saisit ces divisions, ces instants par les mouvements
visibles des corps ; ainsi, par la marche de l'aiguille des secondes
sur le cadran d'une horloge ; par les mouvements des danseurs,
etc.. : c'est le mouvement local ou visible.
Uoreille les perçoit par les vibrations sonores de l'air, par le
son et la succession des sons : c'est le mouvement sonore — instru-
mental s'il est produit par les sons d'un instrument ; — vocal s'il
est produit par les so?is de la voix qui parle ou qui chante.
C'est de celui-ci que nous nous occupons plus spécialement.
CHAPITRE IL
LE SON ET LE MOUVEMENT SONORE.
ARTICLE 1. ~ LE SON. — SA PRODUCTION. - SA PROPAGATION.
10. — Le son est la base de toute musique, de toute parole, de
tout rythme musical ou oratoire.
11. — La production du son musical se fait par mille moyens :
par un coup (en latin ictus) de baguette sur un tambour ;
par un coup de doigt sur la touche d'un piano ;
par un coup de glotte pour l'émission d'une note, d'une syllabe;
par un cotip d'archet sur la corde d'un violon.
Sous l'impulsion de cet ictus, le corps atteint se met aussitôt
en mouvement, en vibration.
Le son musical est le résultat des mouvements ondulatoires
rapides et périodiques, des corps et des molécules de l'air. Il est
distinct du bruit qui ne produit que des vibrations irrégulières.
12. — La propagation du son se fait comme il suit : le coup
de marteau sur la corde d'un piano la fait immédiatement vibrer ;
les molécules d'air qui l'environnent se trouvent elles-mêmes
ébranlées, déplacées; elles exécutent « des mouvements de
va-et-vient absolument semblables à ceux de la corde ; dans ces
mouvements, elles viennent heurter les molécules contigiies,
qu'elles obligent à vibrer comme elles et à transmettre à leurs
voisines l'impulsion qu'elles ont reçue, et ainsi de suite. » (i)
C'est ainsi que le son naît, se propage dans l'air et arrive
enfin à notre oreille.
ARTICLE 2. — PHÉNOMÈNES QUI ENTRENT
DANS LA COMPOSITION DU SON.
1 3, — Les phénomènes qui accompagnent le son, se réduisent
à quatre principaux. Dans les sons il faut distinguer :
Alhert Lavignac. La musique et les musiciens, p. 3i'
LE SON ET LE MOUVEMENT SONORE. 29
. , , sons longs
I' la durcc ou quantité \ ,
' sons brets
...,,. ( sons forts
2" 1 tntcnsttc ou dynaniic l
1
sons faibles
, , .,7- ( sons aigus
30 la luxutcny OU nu'loate \
( sons graves
,.,, , ,,. ( Les tinibres
40 le timbre ou qualité phonétique -^ . , , ,
( sont innombrables.
De là quatre ordres de phénomènes.
14. — Nous appelons ordres l'ensemble des lois qui règlent
l'emploi de la durée, de la dynamie, de la mélodie et du timbre.
\° L ordre q7mntitatif ZQxVi'^r^Vià. tous les phénomènes de durée,
longueur ou brièveté ; c'est le plus important ;
2° Lor-dre dynamique comprend tous les faits, toutes les mani-
festations d'intensité, force ou faiblesse, qui sont perçus principa-
lement par le crescendo ou le decrescendo de la phrase ;
30 L ordre mélodique concerne les intervalles des sons, acuité ou
gravité ; les gammes, les systèmes mélodiques ou modes ;
4° L ordre phonétique embrasse, dans la musique instrumentale,
toutes les différences de timbre des instruments ; dans la musique
vocale, les différences de timbre des voyelles, dont les combi-
naisons, les retours (v. g. les rimes) peuvent apporter au rythme
un accroissement de charme et de beauté.
15. — L acuité ou la gravité des sons vient de la vitesse des
vibrations. Plus les vibrations des corps sonores sont lentes, plus
le son est grave; au contraire, plus les vibrations sont rapides,
plus le son est aigu.
L intensité croît ou décroît avec l'amplitude des vibrations.
Le timbre dépend de la forme des vibrations ; chaque timbre
donnant à la vibration un contour, une forme particulière.
Quant à la durée, elle n'est que la prolongation plus ou moins
longue d'un son donné.
16. — L'union intime et harmonieuse de tous ces phénomènes
sonores : sons brefs et longs, forts et faibles, aigus et graves,
timbres de toutes sortes, successifs ou simultanés, engendre la
Mélodie, la Parole, l'Hannonie et enfin le Rythme sans lequel
30 PREMIÈRE PARTIE. ■- CHAPITRE II,
toute Mélodie, toute Parole, toute Harmonie demeure matière
inerte et morte.
17, — Nous venons de nommer le Rythme, c'est qu'en effet,
nous devons le dire au risque d'anticiper, il existe, en dehors des
quatre ordres énumérés, une série de phénomènes très importants
qui constituent un nouvel ordre.
Les sons, en tant qu'employés dans le rythme, se distinguent
par le rôle qu'ils remplissent dans le uionvement sonore rythmique;
car bien différente est l'impression qu'ils communiquent selon
qu'ils sont placés à Vélan, au début du mouvement, ou à sa fin, à
son expiration. On doit donc ajouter aux quatre ordres précédents
un cinquième ordre.
50 L'ordre rythmique proprement dit. Nous l'appellerions volon-
tiers cinématique (x.îv/jat:, mouvement) ou ordre du mouvement
rythmique. Ce mot xtv/iat; entrait presque toujours dans la défi-
nition, grecque ou latine, du rythme. Il comprend en effet tous les
élans, tous les repos, toutes les ondulations sonores si variées, si
vivantes, si expressives de Ir phrase rythmique.
18. — Compénétration des cinq ordres de phénomènes ; letir
distinction est un pur instrument d'analyse. — Ces divers phéno-
mènes ne sont pas toujours appelés à participer tous ensemble
à la formation du rythme; mais quel que soit le nombre de
ceux qui entrent dans sa composition, ils s'unissent entre eux,
se compénètrent, se perfectionnent mutuellement pour obtenir le
but commun : l'œuvre d'art. Seule une analyse de raison peut
autoriser la séparation de ce qui, /;/ concreto, est inséparable. Ces
distinctions sont cependant nécessaires pour le rythmicien : elles
nous aideront puissamment dans notre exposition, et, à mesure
que les faits qîiantitatifs^ dynamiques, mélodiques, etc., se présen-
teront, nous assignerons à chacun sa place dans Y ordre qui lui
convient et sa part active dans le travail commun.
Nous espérons ainsi présenter avec clarté un sujet très com-
plexe en lui-même. C'est du reste à la confusion de ces ordres que
sont dues principalement les obscurités, les inexactitudes de
terminologie, les erreurs qui encombrent les travaux faits sur ce
sujet. Les distinctions d'ordre seront au lecteur comme un fil
conducteur à travers nos recherches sur la genèse du rythme.
CHAPITRE m.
LE RYTHME, FORME ET MATIÈRE.
ARTICLE. 1. - DISTINCTION ENTRE LA MATIÈRE
ET LA FORME RYTHMIQUE.
19. — Dès qu'il est question de Rythme, il faut bien se péné-
trer de la distinction, classique chez les musicistes grecs, entre
\di forme rythmique et la matière rythmique.
20. — Ma tière. — Les sons, les paroles et même les mouve-
ments du corps (danse et indications manuelles de Thégémone),
sont les matières malléables qui se prêtent aux différents capri-
ces du rythme. Par eux-mêmes tous ces siibstrata du rythme
« n'ont rien de commun avec le rythme, ils sont seulement aptes
c\ recevoir le rythme, lequel leur est donné par un acte libre de
l'artiste créateur. » (i)
Le même rythme peut s'appliquer aux sons, aux mots, aux
mouvements du corps ; et, au contraire, les mêmes sons, les mêmes
mots, les mêmes gestes peuvent recevoir des rythmes très variés.
21. — Forme. — Le Rythme est V ordonnance du mouvement.
Cette définition résume tout ce que les Anciens en ont dit. (2)
Une suite de mouvements sonores — syllabes ou sons — ne suffit
pas pour constituer un rythme ; il faut que ces mouvements
soient mis en ordre et harmonieusement disposés. Cette ordon-
nance, cette mise en ordre est la forme même du rythme. Celui-ci
dispose harmonieusement la succession des sons brefs et longs,
il mélange avec agrément les sons forts et faibles, les sons aigus
et graves, les timbres de toutes sortes ; il saisit les impercepti-
bles ondulations des corps sonores, les réunit, les organise en
ondulations plus amples, plus variées; les arrange avec intelli-
gence et goût dans un ordre parfait ; il les informe, les spiri-
tualise en quelque sorte, et leur donne le mouvement, la beauté
et la vie. C'est grâce au Rythme que tous les phénomènes
sonores se présentent à l'oreille avec la convenance, la propor-
(i) Gev.aert, op. cit. II, p. 9.
(2) « TTi ôîj TT)<; xivTjOew; ~6.\t\. p'jôaô; ovoy.a ïvx\ » Platon, Leges, 665, A.
32 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III.
tion, la justesse, qui entraînent, avec le plaisir, l'assentiment
de l'intelligence et du cœur.
22. — Différentes matières. — Naturellement il faut au
Rythme une matière à organiser ; peu lui suffit. Il n'a besoin ni
de mélodie, ni de paroles; un son unique répété plusieurs fois,
c'en est assez pour qu'il soit en mesure d'exercer sa puissance
organisatrice, unifiante et vivifiante, par exemple, le son du
tambour.
a) Le Son pur, instrumental ou vocal, répété à l'unisson, est la
matière la plus simple, la matière première de l'activité du
rythme.
b) La Mélodie pure avec ses lignes ondulées de sons aigus et
graves est déjà une matière un peu plus compliquée, mais toujours
souple et docile, qui n'offre aucune résistance au Rythme; en
se livrant à tous ses caprices, la mélodie lui est un incomparable
ornement.
c) La Parole chatitée ou parlée est une matière moins souple,
moins docile. Les mots, par leurs formes arrêtées, résistent parfois
au Rythme, ou, du moins, imposent quelques limites à son empire.
C'est pourquoi l'union de la Parole et de la Mélodie présente
certaines difficultés pratiques et théoriques, de nature à embar-
rasser compositeur et rythmicien.
d) L Harmonie enfin complète l'ensemble des matières sonores
sur lesquelles peut s'exercer l'activité du Rythme. Nous n'aurons
à en parler qu'au point de vue de l'accompagnement ; car, dans
l'art grégorien, le rôle de l'harmonie se borne à suivre pas à pas
la marche mélodique et rythmique des chants de l'Église.
Telles sont les matières sur lesquelles s'appuie le Rythme.
ARTICLE 2. — MARCHE A SUIVRE DANS L'ÉTUDE DU RYTHME.
23. — Après cet exposé, on comprendra aisément la citation de
M. Vincent d'Indy : <i Le Rythme est l'élément primordial.
On doit le considérer comme antérieur aux autres éléments de
la Musique ; les peuples primitifs ne connaissent pour ainsi dire
pas d'autre manifestation musicale. Bien des peuples ignorent
LE RYTHME, FORME ET MATIÈRE. 33
rilarinonie, quelques-uns peuvent même ignorer la Mélodie, aucun
n'ignore le Rythme. » (i)
24. — Il suit de là :
i^ Que l'étude du Rytiune doit précéder celle de la Mélodie, de
la Parole, de l'Harmonie, car ces diverses manifestations de l'art
ne sauraient être exposées, analysées, comprises, sans la connais-
sance préalable des lois rN-^thmiques générales ;
2° Que, dans l'étude du Rythme, on aura tout avantage à
proccdcv du simple au compose. Plus la matière rythmique sera
complexe, plus aussi l'étude du Rythme sera difficile et délicate,
à cause de cette complexité même. Plus au contraire la matière
sera simple, plus facile sera l'exposition et l'intelligence des prin-
cipes rythmiques. Le son pur — sans mélodie, sans paroles, à
l'unisson — servira d'abord de sujet d'étude.
C'est donc par le Rythme, et par le Rythme appuyé sur la matière
la plus simple et la plus souple, qu'il faut aborder V étude de la
m usique grég arien ne.
25. — L'étude du Rythme pur, nu, dépouillé de tous ses orne-
ments mélodiques et oratoires, est d'autant plus nécessaire à notre
époque que nombre de musiciens et de métriciens prennent pour
des lois absolues du rythme des faits qui n'en sont que des appli-
cations spéciales et restreintes à telle langue, à telle espèce de
musique. Débrouiller le Rythme de toutes ces matières qui
l'enveloppent, l'enlacent et en font méconnaître la vraie nature :
c'est le travail qui doit occuper d'abord l'étudiant.
Après qu'on aura reconnu les lois fondamentales du Rythme,
on l 'étudiera dans ses rapports de plus en plus compliqués avec la
Mélodie, avec la Parole, avec l'Harmonie.
Quoique le Rythme sonore, celui qui s'adresse à l'ouïe, soit
l'objet plus spécial de la présente étude, cependant le rythme local
ou visible, celui de la danse, celui du chef de chœur qui dessine
aux yeux le rythme sonore, ne peut échapper à nos considéra-
tions; car ils sont intimement liés l'un à l'autre et tous deux
s'éclairent mutuellement.
Cl) Vincent d'Indy. Cours de Composition Musicale. Paris, Durand, 1902,
pp. 20-21.
34 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III.
ARTICLE. 3. - ÉNUMÉRATION DES ÉLÉMENTS QUI CONSTITUENT
LE RYTHME SONORE.
26. — Avant d'entrer dans l'analyse détaillée de chacun des
éléments qui constituent le Rythme, il sera utile de les faire
connaître dès à présent, afin que le lecteur puisse se faire une idée
du chemin à parcourir.
Les éléments que nous énumérons ci-dessous se retrouvent
dans tous les rythmes possibles, ils appartiennent à cette
Rythmique générale dont nous avons parlé plus haut (n^ 6) et, par
suite, s'appliquent à l'art grégorien dont ils forment comme la
trame.
a) Séries d'unités fondamentales ou temps simples; sons,
syllabes ;
b) Groupement de ces unités en ryûunes élémentaires, —
premier degré dans la formation du rythme ;
c) Groupement de ces rythmes élémentaires en rythmes-incises,
— second degré dans la formation du rythme ;
d) Groupement de ces rythmes-incises en rythmes-membres
{kola), — ' troisième degré dans la formation du rythme ;
e) Groupement de ces rythmes-membres en rytJimes-phrases,
— quatrième degré du rythme ; et s'il y a lieu
/) Groupement de ces rythmes-phrases en pièces musicales.
27. — Un exemple concret éclaircira l'ensemble et les détails
de cette construction rythmique à cinq ou six étages. Chaque
syllabe vaut pour une unité.
Rythme-phrase, 4<' degré.
Rythme membre, 3^^ degré. Rythme membre, 3*^^ degré.
R. incise, 2.^ degré. R. incise, 2^ degré. R. inc. 2*; deg. R. incise, ■r^ degré
R. élem. R. élem. R. élem. R. élem. R. élem. R. élem. R.é.em.
l'-'^degr i*'''degr i*' degr. ii^^^degr. r ^ degr. i'^^'' degr. i*^"^ degr.
Cantate Uomino cànticura novum : laus élus ab extremis térrae.
CHAPITRE IV.
LE TEMPS RYTHMIQUE.
ARTICLE 1. — LE TEMPS SIMPLE.
28. — Ictus individuel. — Représentons le silencieux écoulement
du Temps par une ligne continue, de longueur indéfinie :
Fig. 1
Un coup {ictus) de baguette sur un tambour, un coup de sifflet,
un coup de langue dans un instrument à vent, un coup de doigt
sur la touche d'un piano, un coup de glotte pour l'émission d'une
syllabe, etc., etc. ; tous ces coups ou ictus ont le pouvoir de diviser
cette ligne du Temps en deux grandes parties : tout ce qui
précède le son, Y ictus ; tout ce qui le suit. Nous représentons ce
coup, cet ictus sonore par une croche ou une note carrée grégo-
rienne :
Fig. 2
Voilà une première perception auditive du mouvement sonore
et de la division du temps.
29. — Répétition de cet ictus. — Si, après avoir frappé cet
ictus sur l'harmonium, vous maintenez le doigt sur la touche, le
son se prolonge indéfiniment, et le temps rempli par cette note se
trouve de nouveau indivisé, insaisissable dans son écoulement ;
c'est un interminable point d'orgue :
fig- 3
La ligne ondulée indique la vibration indéfinie du son.
36 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV.
Il faut donc, pour rerdre le Temps appréciable, renouveler
Victus et introduire dans cette ondulation prolongée de nouvelles
divisions. Ces ictus ne doivent être :
ni trop éloignes les uns des autres : nous ne pourrions les
mesurer ;
ni trop rapproches, comme des roulements de tambour, ou des
crépitations continues de sonnettes électriques : nous ne pourrions
les distinguer.
Ils doivent être répétés de telle sorte que la sensation du premier
coup ne soit pas encore évanouie qu'un second coup, puis un
troisième, un quatrième, vienne successivement la renouveler et
comme marquer le temps à l'horloge de nos sens, à l'instar de
l'aiguille à seconde sur une montre bien réglée.
(M.M._,^ = 144- )
^ ^
^
h
h
^
h
.f^
a a
a
a
a
a
a
a
a e
i
0
u
a
e
1
Fig-4
30. — Nom et puissance de ces ictus. — Ictus individuels. —
A ces ictus nous donnons le nom di' individuels, parce que leur
effet ne va pas au delà de ce résultat : produire une série ôïindivi-
dualités sonores, — sons, notes, syllabes, — demeurant indépendan-
tes les unes des autres, juxtaposées, sans autre lien entre elles
que celui de leur succession. Ces ictus donnent à chaque note son
existence, son iftdividualite, rien de plus. Il était nécessaire de les
étiqueter soigneusement afin de les distinguer des ictus rythmi-
ques dont on parlera plus tard.
31. — Temps premier ou temps simple. — Le temps qui, dans les
conditions ci-dessus énoncées, s'écoule d'un ictus à l'autre, d'une
note à l'autre, reçoit le nom de temps premier ou temps simple. C'est
l'unité, l'atome temporel, base de tout le corps rythmique; l'étalon,
norme et règle des autres unités dans tout l'ensemble rythmique.
32. — Durée du temps simple. — La durée du temps simple
n'a rien d'absolu; elle dépend du mouvement général de la
phrase, du caractère du morceau. Dans la musique moderne, cette
LK TEMPS KVTllIMK^UE. 37
durée subit de notables changements ; mais, dans le chant gré-
gorien, objet précis de nos études, la parole chantée qui l'accom-
pagne toujours peut aider à en fixer la valeur ordinaire et
moyenne. Lîl, le temps premier équivaut à la durée normale d'une
syllabe brève latine dans le langage métrique (poésie ou prose) ;
et d'une syllabe ordinaire dans le langage rythmique ou tonique.
^;^. — Indivisibilité du temps simple en musique grégorienne. —
Le temps simple est divisible ou indivisible selon les époques et
les dilïérents genres de musique ou de langage. L'art moderne
divise et subdivise le temps premier, une croche par exemple, en
doubles croches, en triples, en quadruples croches :
I I ! i
1 I I
i'- n -- J J J; -- J J J j ;; j«
Fi^- 5
Rien de semblable dans la rythmique grégorienne.
Le temps simple y est indivisible, c'est-à-dire que sa durée
normale, une fois déterminée, ne peut être divisée en durée plus
courte, pas plus, d'ailleurs, que la syllabe latine qui lui sert
d'appui et de règle.
34. — Temps simple condensé. — A la vérité, le temps simple
peut, dans le cours mélodique et rythmique d'une phrase, se
réduire légèrement, mais sans se subdiviser.
35. — Temps simple élargi. — Il peut encore, dans les mêmes
circonstances, s élargir un peu, mais sans remplir l'espace de deux
temps. Nous le notons :
Fig. 6
36. — Le temps simple peut
se doubler : %n = •
Fig. 7
se tripler: ■■■ = J.
Fig s
mais alors il devient temps composé.
Rythme Grég. — 3
38 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV.
ARTICLE 2. - LE TEMPS COMPOSÉ.
n. — Le temps est simple lorsqu'il n'a qu'une seule note simple.
Le temps est composé lorsqu'il comprend deux ou trois unités
simples.
Le temps composé est binaire ou ternaire.
38. — Le temps composé binaire a deux formes :
a) La forme distincte dans laquelle les deux temps sont exprimés
séparément par deux ictus individuels.
■ % = * é
a e a e
Fig. g
b) La forme contractée dans laquelle les deux notes sont fondues
en une seule qui dure deux temps simples.
.. = J
Fig. 10
Le point après une note de plain-chant double sa durée.
39. — Le temps composi' ternaire a trois formes régulières :
a) La forme distincte :
■
■
^' = ! '
;
•
a
e
i a
FÏL^. II
e
i
b) La forme contractée
■ ■■ = •
a a
Fig. 12
c) La forme mixte :
.. .= IJ /
a e a e
LE TEMPS RYTHMIQUE. • 39
Le renversement de la forme précédente :
a e a e
Fig. 14
n'est pas admis en rythmique grégorienne. Nous en dirons la
raison plus loin.
40. — Durée du temps composé. — Le temps binaire, distinct ou
contracté, vaut deux temps simples.
Le temps ternaire, distinct, contracté ou mixte, vaut trois
temps simples.
Comme le temps simple, le temps composé peut être légèrement
condensé ou élargi dans le cours d'une phrase mélodique, mais
jamais il n'est réduit à la valeur d'un temps simple.
41. — Le temps composé vaut pour un seul temps rythmique. —
Bien que le temps composé soit deux ou trois fois plus long que
le temps simple, il ne compte cependant, dans l'organisation
rythmique, que pour un temps rythmique.
Nous verrons plus loin comment se forme le temps composé.
Cette formation ne peut être expliquée que par une connaissance
exacte des principes rythmiques ; car cette formation est due au
seul rythme.
43. — Pas de tetnps composé au delà de trois notes. — Les
groupements de quatre, cinq notes et plus doivent être subdivisés
en temps simples ou temps composés binaires ou ternaires. Il n'y
a pas de temps composés au delà de trois notes en chant grégo-
rien. Un groupe de quatre notes
s'analyse de Tune des trois manières suivantes :
A /j ;: B 773 /
Fig. 16
De même pour les groupes plus longs.
40 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV.
Encore ici les principes de rythmique peuvent seuls nous
expliquer pourquoi les temps composés sont seulement binaires
ou ternaires.
44. — Par exception, dans le cours d'une phrase quatre notes
ou temps peuvent être condensés en trois temps.
45. — - Ictus du temps composé rythmique. — Dans un temps
composé binaire J ou ternaire contracte J- il n'y a qu'un ictus;
car il n'y a qu'une note : l'ictus individuel du deuxième et du
troisième temps s'est fondu dans le premier temps.
Un temps composé a autant d'ictus individuels qu'il y a de
notes exprimées. Ainsi :
d) Un temps composé ternaire distinct 9 é é a trois ictus in-
dividuels ;
b) Un temps composé ternaire mixte #, J a deux ictus in-
dividuels ;
c) Un temps composé ternaire contracté « • n'en a qu'un.
Mais chaque temps composé, en tant que composé, a son ictus
de groupe, son ictus rythmique, puisque chaque temps composé
est un temps rythmique. Cet ictus rythmique de groupe se place
en principe sur la première note du temps composé {i).
46. — La notion du temps rythmique simple ou composé est la
première qu'il soit nécessaire de connaître pour arriver à la con-
naissance du rythme.
Il faut maintenant arriver au Rythme, et d'abord au Rythme
élémentaire, (cf. 26 h ci-dessus).
(i) De la nature de cet ictus je ne dis rien ici. Pour la comprendre, il faut
connaître la mission délicate de cet appui, de ce touchement, dans le rythme.
II nous suffit pour le moment, de savoir qu'il y a ictus, appîd, iouchemeiit
rythmique — • fort ou faible, peu importe — sur la première note des temps
composés. Tout exercice sur ce sujet est à présent inutile et pourrait induire
en erreur.
CHAPITRE V.
RYTHMES SIMPLES OU ELEMENTAIRES.
ARTICLE 1. — LE RYTHME EST UNE SYNTHESE.
47. — Stcrilitc cïuiic série iVutiitcs simples pour la production du
rytJunc. — Une série d'unités simples, d'ictus individuels, isolés,
égaux en durée, en intensité, ne saurait constituer un rythme.
Chaque son est identique à celui qui précède, identique à celui
qui suit. Entre eux, aucun rapport, aucune relation ; ils sont là
juxtaposés, sans attraction l'un vers l'autre, sans àme, sans vie,
sans rythme : ce n'est qu'une poussière de sons. L'ictus individuel
a épuisé son activité dans la création du temps premier. Un fait
nouveau est nécessaire pour la production du rythme.
48. — La construction du rytiniic est une opération synthétique,
un effort constant vers la synthèse. — r Le rythme ne consiste ni
dans la division, ni dans la froide juxtaposition d'éléments sonores
isolés. Il est l'art des mouvements bien ordonnés : niusica ars bene
niovendi, (S. Aug.) ; il est une reconstitution synthétique, large et
harmonieuse, des moments au moyen desquels nous divisons et
apprécions l'écoulement du temps. Or, toute belle ordonnance de
mouvements suppose une coordination, une dépendance mutuelle
qui établisse entre eux des rapports étroits de convenance et de
proportion.
49. — La première opération qui conduit à la connaissance du
rvthme a été une opération d'analyse — production des temps
simples isolés; — celles qui restent à faire, au contraire, se
résument en un mot : unité ; efforts constants, par tous les moyens
propres à la musique, vers la synthèse, vers l'unité.
50. — Nous le savons : pour beaucoup le rythme apparaît
comme «. la proportion dans les divisions >. Cela est vrai, mais les
poètes, les orateurs, les musiciens nous comprendront quand nous
42 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
dirons que le rythme est un effort général, constant, vers l'union
intime, chaude et active de tous les éléments participant à sa vie,
à ce point que les rythmes secondaires ou élémentaires perdront
souvent leur être individuel pour se fondre dans les grands
rythmes de la phrase. « L'important est la fusion et non la
distinction » ( i ).
51. — Sans doute, il faudra distinguer les phrases, les membres
de phrase, les incises, établir entre ces divisions une harmonieuse
proportion; mais l'artiste qui se bornerait à ces distinctions, si
bien proportionnées soient-elles, n'atteindrait pas le but. Il faut
aller au delà: il faut, tout en maintenant les distinctions, tendre
à les unir, à les relier, et à faire de toutes une grande, une seule
entité rythmique. Uunilé, voilà le but.
52. — Quels seront les facteurs de cette unité?
d) Tous les phénomènes qui accompagnent les sons, et aussi les
relations multiples qui s'établissent entre eux ; car le rythme
musical ne peut s'établir que sur quelque chose de musical. Ce
sont les éléments objectifs ;
b) Les facultés rythmiques, physiques et morales, passives et
actives, de tout notre être : ce sont les éléments subjectifs.
53. — Les sons. — Il ne faut pas chercher ailleurs que dans les
sons et leurs qualités les éléments du rythme : durée, force, mélodie,
timbre, harmonie, tels sont les agents qui produisent le rythme :
en premier lieu la durée et la force, parce qu'elles suffisent à la
formation du rythme. Dans la première partie de ce travail,
ces deux ordres seuls sont en vue.
54. — Nos propres facultés rythmiques. — Tous ces éléments
sonores ont une réalité objective ; mais ils ne serviraient à rien, si
nous n'avions en nous-mêmes les facultés physiques, intellectuelles,
esthétiques, qui nous font percevoir, juger, apprécier et goûter le
rythme ; plus encore, des facultés qui nous permettent de créer
subjectivement des rythmes, qui objectivement n'existent pas.
En effet, nous possédons en nous-mêmes le Rythme à l'état
vivant. La vie qui est en nous et s'écoule dans le Temps, se
manifeste par une suite de mouvements ordonnés avec une admi-
(i) Hugo Riemann, Musik Hyuamik... p. 98.
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. 43
rable n^gularità. Le battement du pouls, les pulsations du cœur,
la respiration à trois temps, la marche binaire de l'homme sont
autant de faits physiologiques qui révèlent en nous l'existence
constante d'un rythme spontané et vivant.
Mais notre intelligence elle-même n'est-elle pas rythmée, pour
ainsi dire, par les lois harmonieuses de la logique et du raisonne-
ment ?
55. — Ce rythme intérieur, à la fois physique et spirituel, est
si puissant, qu'il peut soumettre à ses lois tout ce qui frappe nos
sens. Nous rythmons en nous-mêmes les sons, les bruits qui
parviennent à notre oreille dépouillés de tout rythme; par
exemple, le tic-tac d'un moulin, le bruit d'un balancier, les oscil-
lations du métronome, etc..
Dans tous ces cas, les sons tombent dans notre oreille un à un,
divisés, sans cohésion d'aucune sorte ; nous ne percevons qu'une
suite indéfmie d'unités. Mais grâce à cette puissance rythmique
qui vit en nous, nous avons la faculté de grouper ces sons,
comme nous le voulons, par deux, par trois unités; nous leur
supposons ce qui leur manque objectivement : la durée, la force,
l'élan et le repos, tout ce qui fait le mouvement rythmique.
Cette aptitude développée par l'éducation est à la base de
toutes nos impressions rythmiques. Les rythmes extérieurs et
objectifs qui s'emparent de notre âme, de tout notre être, ne font
que se substituer à notre rythme intime, à moins qu'ils n'en soient
la simple continuation. C'est à cette association des rythmes
objectifs et de nos facultés intimes que revient la création du
rythme sonore.
56. — Il va de soi que cette aptitude naturelle, innée, ne peut
suppléer à l'absence de rythme objectif. Il fallait la signaler comme
la base de toute impression rythmique, perçue par notre senti-
ment. Il n'est pas impossible toutefois d'entrevoir certains cas, où,
exceptionnellement, l'oreille, le sens rythmique, usant de son
pouvoir subjectif, précise le rythme indécis et flottant de certains
passages des mélodies grégoriennes. (')
(') Sur le Mouvement sonore, sur sa perception, sur le rythme purement
subjectif, cf. P. Souriau : L'Esthétique du Mouvement, p. 316. Félix Alcan,
Paris.
44
PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE V.
ARTICLE 2. - LE RYTHME ET LA DURÉE DES SONS.
ORDRE QUANTITATIF.
§ I. — Le Rythme inégal ou iambique.
LElan et le Repos.
57. — Il faut nécessairement au moins deux ictus individuels
— égaux ou inégaux en durée — pour former le plus petit
rythme possible ; une seule longue de deux ou trois temps simples
ne peut donner naissance à un rythme.
58. — Voici une série de sons inégaux en durée :
(M. M. r
132.)
Nous disons en durée, car, pour le moment, il n'est pas question
de force. Le rôle de la force dans l'organisation du rythme sera
expliquée plus loin ; la durée seule est en cause dans ce chapitre.
Il ne faut pas s'embarrasser de deux notions à la fois sous peine
de confusion et d'erreur.
Chantons notre série inégale (i); (fig. 20) aussitôt s'éveille en
(i) Ici le maître fera chantera l'élève la série des notes sur telles voyelles ou
syllabes qu'il lui plaira (mais pas de tnots) et sur le ton qui conviendra le mieux
à la voix de l'élève, à l'unisson. Il lèvera vivement la main sur la brève et
l'abaissera sur la longue en suivant le tracé graphique de la courbe.
Nous avons groupé à la fin de cette première partie, dans un chapitre
spécial intitulé Chiroiotnie du Mouvement Rythmique, toutes les règles concer-
nant les gestes manuels par lesquels le directeur d'un chœur grégorien peut
indiquer le rythme et conduire ses chanteurs. Le maître devra au plus tôt se
bien pénétrer de ces principes, afin de les faire connaître à ses élèves. Cha-
que exemple, chaque exercice sera toujours accompagné d'une courbe plus
RVTHMKS SIMPLES OU KLKMENTAIRES. 45
nous le sentiment très net qu'une relation intime s'établit entre la
brève et la lonoue.
59. — Quelle est cette relation?
La brève paraît un début, un point de départ, un élan; elle
semble animée, vivante ; clic ert en mouvement.
La longue, au contraire, paraît une fin, une arrivée, une cadence
ou chute; elle est un arrêt, tm repos ; repos provisoire pour les
deux premières longues, défiftitif pom la dernière.
60. — Point n'est besoin de texte, de vieux parchemin, pour
nous enseigner cette vérité : elle est en nous ; et le sauvage sans
culture, lui-même, ne peut pas l'ignorer, ne pas la sentir.
C'est le rythme et le mouvement iambique, rythme primordial
et naturel composé d'une brève (*-») et d'une longue (— ). «L'iambe,
dit Aristote, {Rhct. III, 8.) est le discours ordinaire, et c'est natu-
rellement en iambes que l'on s'exprime. »
6i, — Point n'est besoin de barre de mesure ; la musique mo-
derne écrit ce rythme de la façon suivante :
h I I ^ I I ^ I 1
0 — — 0 0 — — 0 é — — 0. — _ —
Fig. 21
Et ce sentiment d'élan et d'arrêt sera d'autant plus vif que la
note brève sera elle-même plus rapide. Par exemple, en musique
moderne :
-0 — — 0.1-.-. 0i — — .*.i_î..
I _.L.]_.ri_.Ll_.fi .LL.^.
Fig. 22
ou moins compliquée, représentant graphiquement le rythme. La main de
l'élève devra toujours en chantant reproduire cette courbe. Il s'habituera ainsi
peu à peu à dessiner le rythme, comme l'élève, en musique moderne, s'habitue
à battre la mesure.
Il va sans dire que, pour l'exécution des exemples, nous supposons connus
de l'élève les premiers principes de l'attaque du son, de la pose de la voix, etc.
Pour l'étude de ces principes nous renvoyons le lecteur aux traités spéciaux,
ou à notre Solfège qui sera publié après le présent ouvrage.
46 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
Le rythme chevauche donc sur les mesures et il faut se faire une
véritable violence pour chanter :
3 h I
T —• — •-
XJ_|_^-^'_|_J^_J_|_/-
Fiji. 23
et plus de violence encore pour la formule suivante :
o III
Fig. 24
62. — Le signe rythmique ^^^ — , à l'instar de la liaison
^ — ^ dans la musique moderne, indique l'union intime qui
doit exister entre l'élan et le repos de chaque rythme. Nous y
avons ajouté la boucle du début pour signifier l'élan qui caracté-
rise cette partie du mouvement rythmique.
63. — Or, si l'on a bien compris, bien expérimenté surtout, ce
mouvement d'élan et de repos, on a pénétré l'essence du rythme.
Ces élans suivis de repos, de chutes, de cadences, cette marche de
la voix ; cette ondulation sonore que nous sentons en nous-mêmes,
que nous comprenons, cette relation harmonieuse, vivante, qui
s'établit entre les notes brèves et longues dès que nous chantons,
cette suite de notes inégales, voilà le Rythme dans sa notion
foncière et primordiale.
Grâce à lui, deux notes naguère isolées, sans relations entre
elles, ne font plus qu'une entité, qu'un mouvement rythmique :
premier effet synthétique que nous voyons produire au rythme.
C'est le rythme au premier degré, le rythme simple ou élémen-
taire.
64. — Remarquons-le bien; la différence de quantité, de
longueur, entre les deux notes a seule suffi pour produire le
mouvement rythmique, sans le secours ni de la force, ni de» la
mélodie. Ces nouveaux éléments, lorsque nous les emploierons,
auront pour fonction de renforcer, de rendre plus sensibles, plus
RVTHMlvS SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. 47
intelligibles et plus agréables les mouvements d'élan et de repos,
mais ils ne sont pas nécessaires il leur fonctionnement (i).
65. — Le rythme simple ou élémentaire ternaire se compose
d'«« seul mouvement rythmique comprenant un seul élan et un
seul repos :
le premier temps à l'élan,
le deuxième et le troisième temps au repos :
-Ji
2-3
^<^- 2S
Dans les séries de notes brèves et longues (fig. 20-21-22, 26-27)
il y a donc autant de rythmes simples qu'il y a d'élans et de repos,
deux dans la figure 25, et trois dans les figures 20-21-24, 26-27.
2-3 I 2-3
(i) Il y a longtemps que l'importance de la longue comme valeur finale des
rythmes a été signalée. Aristote nous a dit déjà que l'iambe, une brève et
une longue, est le rythme ordinaire du discours. Voici un autre texte non
moins curieux. : « La forme péon {^ ^ ■^j — , cëlërïtâs) est apte à terminer
la phrase, au lieu qu'une syllabe brève, à raison de sa faiblesse, rend la
phrase mutilée et boiteuse. C est donc sur une longue que la phrase se reposera,
pour que la fin en soit sensible, non seulement en vertu de la volonté de
celui qui écrit, ni en vertu d'une indication graphique matérielle (le point), mais
en vertu du rythme qui en est l'achèvement. » Cf. Aristote. Rhét. III, 8.
48 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
66. — Stanguette. — Nous séparons chaque rythme par une
petite stanguette ( I ).
6^. — Episème. — De plus nous indiquons la cadence, la fin, le
repos de chaque rythme par un petit trait, épisème (sTrta/i/jia)
ajouté à la note qui reçoit ce repos.
-/-
Fig. 27
68. — Quand nous parlons dHélan et de repos, il ne faut pas
croire qu'il n'y a ïà qu'une manière de dire, qu'un procédé
quelconque, commode à la vérité pour expliquer le rythme, ou
diriger un chœur, par le levé et le baissé de la main, mais qu'on
peut accepter ou écarter à volonté sous le prétexte qu'il ne
répondrait à rien d'objectif. Non, le phénomène sonore renfermé
sous ces mots élan, repos, est aussi objectif, aussi réel que l'acuité,
la force, le timbre, la durée des sons.
69. — La confusion entre le mouvement rythmique lui-même,
objectif ou subjectif, d'une part, et, de l'autre, les procédés que
nous inventons pour l'exprimer ou le figurer, mots ou notations,
doit être soigneusement évitée.
Sans doute, lorsque nous parlons de hauteur, d'acuité, de
force, etc.. les expressions employées sont métaphoriques, sym-
boliques; elles le sont exactement au même titre lorsque nous
parlons de mouvement rythmique, di'élan et de repos. Notre langage
n'est tel que parce que les sons et leurs qualités, y compris le
mouvement rythmique, ne peuvent être directement ni représentés,
ni exprimés, à cause de leur nature impalpable, invisible. Il faut
avoir recours à des symboles ; c'est ce que le langage a fait dans
tous ces cas (2).
(i) On ne doit pas confondre cette stanguette avec la barre de mesure de la
musique moderne. En musique les rythmes chevauchent sur les mesures,
comme on a pu le comprendre dans l'exemple cité plus haut. — fig. 21 —
(2) Cf. Palcogr. Mus. I, 98; VII. 193.
RVTHMF.S SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. 49
Mais ce recours ù riniage empruntée n'enlève rien A la realite
des caractères distinctifs des sons : changer, dans une mélodie,
une note grave en une note aigiie, ou vice versa, c'est la
bouleverser; de même, changer dans une mélodie la place régu-
lière des clans et des repos, ou pour parler à la manière moderne,
la place des levés et Aq^ frappés, c'est encore la bouleverser. Recu-
lez ou avancez les barres de mesure dans une pièce de Beethoven,
de Mozart, de Wagner, tout sera saccagé. Rien donc de plus réel
que l'élan et le repos des sons.
70. — L'ictus rythmique, sa place. — Dans un rythme simple
\\ I . il y a autant d'ictus individuels qu'il y a de
^ * ^^. ' notes exprimées distinctement. Ici, il y en a
/^/>. 28 deux, mais il n'y a qu'un ictus rythmique. Cet
ictus du rythme se trouve au point d'arrivée du rythme, sur la note
de repos, 2. Le premier ictus individuel, i, se trouvant au levé, est
considéré comme n'ayant pas d'ictus dans l'entité rythmique. Il
reste simplement ictus individuel, mais, tout en entrant dans le
rythme, il n'est pas l'ictus du mouvement rythmique.
Ce qui caractérise essentiellement V ictus rythmique, à est qu'il se
trouve toujours au point d'arrivée, d'appui, de repos, d'un rythme
simple ( I ).
71. — L ictus rythmique, sa nature. — Les ictus rythmiques
sont les temps porteurs du rythme (2).
L'ictus, le touchement, l'appui rythmique, — tous ces termes
sont également bons pour le désigner — n'est pas nécessairement
un temps fort, c'est seulement le point où le rythme se pose ou
s'appuie, pour reprendre sa marche ou la terminer. L'oreille et le
sentiment le distinguent à ce seul caractère d'arrivée, d'appui, de
repos. Rien de plus : il ne s'agit pas encore de force ou de faiblesse.
Ne confondons pas les phénomènes quantitatifs et rythmiques,
que nous expliquons en ce moment, avec les phénomènes dyna-
miques dont nous parlerons bientôt.
(i) Afin d'écarter toute équivoque et de donner à notre enseignement la clarté
requise, nous marquons, dans les premières pages de cet ouvrage, au moyen
de \épiscme, tous les ictus rythmiques. Plus loin, lorsque le lecteur se sera
suffisamment familiarisé avec la théorie du rythme grégorien, nous supprime-
rons ceux dont l'usage n'offre aucune difficulté, pour employer seulement ceux
qui sont marqués dans nos éditions liturgiques rythmées.
(2) L'ictus rythmique correspond au temps frappé de la musique moderne.
50 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
§ 2. — Rythme égal ou spondaïque.
72. — Le mot spondaïque est pris ici dans le sens de rythme de
deux sons égaux en durée. Voici une suite de sons égaux ; com-
ment les rythmer ?
Fig. 29
Il faut leur appliquer les principes qui ont été déjà décrits
donner de la vie, de l'animation, de l'élan, du mouvement au pre-
mier temps, et au second un allongement, si minime soit-il, ou au
moins le sentiment d'un temps de repos provisoire, d'un simple
temps d'appui.
■ 1 ■ 1 ■ 1
I 21 21 2
—^ ^ i^ l / ^
I 21 21 2 .
en musique :
^l-^^-l^^^l-T^ f,
(>)
I 2
73. — L'ictus rythmique devient ainsi, sinon le temps de repos
définitif, du moins le temps d'appui, de touchement du rythme.
Celui-ci ne s'arrête pas, mais on sent que c'est là qu'il pourrait
s'arrêter, et c'est là que, de fait, au dernier temps il suspend sa
marche.
74. — Le rythme égal n'est donc que la réduction du rythme
inégal ternaire, rythme primordial et naturel.
75. — En résumé, dans le rythme naturel, au tejnps levé appar-
tient la brièveté ; au temps baissé appartient la longueur.
(') Les barres de mesure sont inconnues au plain-chant; lorsque nous les
écrivons, c'est uniquement comme un moyen de démonstration afin de nous
faire mieux comprendre des musiciens modernes.
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. 5I
Dans un rythme ternaire, iambique, il y a un temps à Xélan,
deux temps au repos.
Dans un rythme égal, spondaïque, il y a un temps à WHan, et
au repos, un temps très légèrement élargi ou marqué d'un simple
appui.
■j6. — Les rythmes primitifs ou élémentaires se réduisent donc
à deux :
Rythmes spondaïgues à temps égaux :
Fig. 32
Rythmes iambiques à temps inégaux
J^
■ T
Les autres sortes de rythmes, quels qu'ils soient, ne différent
de ces rythmes fondamentaux que par l'écriture et sont réducti-
bles à ces deux formes.
yy. — La théorie du rythme ainsi comprise est d'une extrême
simplicité, et il est très facile, son principe une fois connu, de se
rendre compte de la construction des périodes musicales, même
dans les cas où l'ordonnance régulière des élans et des repos est
le plus troublée et le plus complexe, ce qui est fréquent dans la
musique palestrinienne et surtout dans la moderne, mais ne se
présente jamais dans la cantilène grégorienne.
§ 3. — Réduction de ces deux motifs rythmiques à un principe
unique : l'élan et le repos.
78. — Il est possible de pousser plus loin encore la simplification
du rythme. Les types primitifs J^ ^ et J- ^ —
^t£- 34 Piè- 35
doivent être réduits à un principe simple et unique. Ces deux
52 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
motifs ne sont que deux variations d'une seule et même forme
fondamentale : élan»repos.
Ce mouvement unique avec son début et sa fin, son élan et son
repos, ( I ) est l'élément essentiel et en même temps le moins matériel
du rythme; par suite le plus difficile, non pas à saisir, mais à
expliquer. Il est la forme, Vâme du rythme ; il est le rythme
lui-même. La force ne servira qu'à le compléter, à l'affermir, à
l'embellir ; la mélodie ne sera rien sans lui, et X harmonie elle-même
devra le suivre et marcher pas à pas avec lui.
Voilà enfin mis à nu et dans toute sa simplicité le fondement
sur lequel repose le rythme ; rythme de toutes espèces — , instru -
mental, vocal, poétique, oratoire, orchestique — ; rythme de tous
pays, de tous temps, car ce fondement- repose sur la nature
humaine.
§ 4. — Corollaires.
79. — De ce principe fondamental du mouvement rythmique
découlent plusieurs corollaires importants.
80. — a) La longueur d'un son — note ou syllabe — est, dans
le mouvement naturel du rythme, le signe de la fin des rythmes.
(i) M. H.Riemann à propos de ces expressions nous dit : " Dom Mocquereau...
hat meine Termini ,( schwer " und ,< leicht '' mit <, lourd " und j, léger " wortlich
iibersetzt, dafùr aber im Verlauf seiner eigenen Darstellung die zweifellos viel
besseren, élan (fiir Auftakt) und repos (fiir Schwerpunkt) substituiert (S. 172),
auf die ihn die antiken Termini Arsis et Thesis (Hebung und Senkung
[Aufsetzen] des Fusses) gebracht haben. Elan und repos smd noch viel univer-
sellerund philosophisch tiefgriindiger, da siezugleich die Zusammengehôrigkeit
der beiden Elemente in dieser Folge : élan-repos selbstverstandlich machen
und die gegenteilige Bezeichnung direkt naturwidrig erscheinen lassen. Cf. Die
Musik. an. 1903- 1904, cahier 15, p. 159. Ein Kapitel vont Rhytfmius.
C'est-à-dire : Dom Mocquereau... a traduit littéralement mes ternies schwer
et leicht par lourd et Icger, mais dans le cours de sa propre exposition il y a
substitué, ceux, assurément bien meilleurs, ^élan (pour Auftakt) et de repos
(pour Schwerpunkt), expressions qui lui ont été suggérées par les termes anti-
ques à! arsis et de thesis (élévation et abaissement (pose) du pied.) Elan et
repos sont des termes beaucoup plus universels et ont une portée philosophique
beaucoup plus grande, puisque tout à la fois ils font comprendre d'eux-mêmes
quelle est la corrélation des deux éléments quand on les a fait suivre dans cet
ordre : clan-repos, et montrent que si l'on intervertit les termes, on obtient un
résultat contre nature. "
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. 53
-1^
h I J ]^ I ' h
8i. — â) Union indissoluble de l'élan et du repos. — « Pour
avoir une intelligence exacte du rythme, il faut observer que le
mouvement qui compose un rythme est un. Si on parle de deuK
temps, Varsis (élan) et la thésis (repos) (i), ce n'est pas qu'on puisse
les séparer. Il n'y a là que deux phases d'un mouvement un et
indivisible, qui, s'il n'est pas tel, devient incomplet et avorté. Il
faut donc, en théorie comme en pratique, veiller toujours à la
continuité du mouvement rythmique qui fait son unité (2).
Tout doit tendre à faire ressortir cette unité intrinsèque. « Il est
nécessaire... que ces deux parties, l'arsis et la thésis (l'élan et le
repos) s'appellent l'une l'autre, conduisent la voix de l'une sur
l'autre, en sorte que la seconde arrive comme la suite de la
première » en la même sorte que le repos est la suite néces-
saire du mouvement.
82. — r) La thésis ou repos clôt le rythme élémentaire et tous les
rythmes parfaits. Rien n'est plus clair pour les petits motifs
rythmiques :
Fig- 37
Et, si à ce premier rythme élémentaire, succède un autre
rythme de même nature, de nouveau la thésis, le temps de repos
de ce second rythme lui sert de conclusion, et ainsi de suite pour
les incises, les membres de phrase, les périodes, qui toutes se
(i) Sur ces expressions arsis et thésis. Cf. plus loin n° 169 et ss.
(2) Cf. R. P. Lhoumeau, Rythme du Chant Crégorieji, p. 85.
Rythme Grég. — 4
54 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
terminent régulièrement sur la ihésis, c'est-à-dire sur la note de
repos :
r ^ T ■ T --
^ j I ^ j ' ^
__W p • f è-
Fig. 38
t
Le repos, l'arrêt — mora ultimce vocis — est l'un des éléments
les plus importants du rythme. Un discours, une pièce musicale
sans repos manque de rythme. Ce qui n'a pas de terminaison est
désagréable. Or il n'y a de repos que sur la thésis(i).
83. — Règle fondamentale : au temps de repos, à la thésis
APPARTIENT UNIQUEMENT, DANS LE RYTHME NATUREL, DE
FERMER LES INCISES, LES MEMBRES DE PHRASE ET LES
PHRASES.
Les mots éhin et repos, arsis et thésis, sont tellement clairs, ils
représentent si parfaitement la réalité à la fois objective et
subjective, qu'il serait à peine nécessaire de formuler cette règle,
si l'oubli presque général de la nature intime du rythme ne nous
forçait à l'expliquer jusque dans ses parties les plus simples, les
plus indiscutables.
84. — d) Le rythme marche nécessairement à pas binaires et ter-
naires. — A pas binaires : rien de plus naturel, puisque, après un
premier ictus ou appni, il faut nécessairement un nouvel élan
pour aboutir à un nouvel appui ; deux ictus rythmiques ne
peuvent pas se suivre immédiatement :
•— 1 • —t ^ tr-
FiK- 39
(i) Cf. Aristote, Rhét., III, 8.
RYTHMES SliMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. 55
Et ainsi de suite de deux en deux unités.
A pas ternaires : La marche rythmique ternaire
f r ■ ^— — ■ r
\ h I ' h I ' ^ I
i 1 ^ 0 ^ é— — I»
Fig. 40
peut être considérée comme une dilatation du r3^thme binaire.
Ainsi que le fait remarquer M. H. Riemann (^Dictionnaire de
musique, au mot métrique), le motif A J j p " ^^'^
Fjg. 41
qu'une modification en somme légère de B
Fig. 42
En effet, la dernière note du rythme binaire, avons-nous dit, est
un appui, une arrivée, un repos. Or, ce repos, même provisoire, a.
toujours une tendance à s'allonger ; de là un certain élargissement
de la note ou syllabe qui sert d'appui. Le rythme A n'est qu'une
sorte de régularisation quasi mathématique de la marche,
l'augmentation irrationnelle de la durée (rythme B) étant logi-
quement organisée de la façon la plus simple qu'on puisse ima-
giner, par l'addition d'un temps à la thésis.
85. — e) Le rythme peut adopter comme il lui plaît :
10 Une marche régulièrement binaire ; ^ c'est la forme
20 Une marche régulièrement ternaire ; / mesurée
30 Une marche mixte et libre dans laquelle se succèdent dans un
mélange harmonieux les rythmes binaires et les rythmes ternaires.
86. — Tous ces rythmes sont dans la nature. La marche de
l'homme est binaire ; sa respiration est ternaire. Quant au rythme
mixte et libre, il est partout autour de nous ; c'est même l'état
ordinaire des mouvements rythmiques dans les éléments. Les
ondulations sonores et visibles des flots de la mer, les mouvements
56 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
des montagnes, les ondulations de la moisson, le bruit du vent, etc.
tout cela est pour la vue et pour l'ouïe merveilleusement rythmé,
nombre ; mais tout cela échappe à une marche régulière. Ceux
qui affirment que le rythme libre ou mixte est le plus naturel des
rythmes ont peut-être raison ; car tout dans la grande nature,
sans échapper ni au rythme, ni au nombre, ni à la proportion, ni à
l'harmonie, est soustrait aux lois mathématiques et artiticielles
qui règlent trop souvent ce qui est le fruit du génie créateur de
l'homme.
87. — En somme, toutes les formes rythmiques — elles sont
légion — peuvent être ramenées à ces deux catégories :
jo Forme libre {soin ta) ou nombre ;
2° Forme mesurée {vincta), liée, enchaînée, par une marche
régulière, par la mesure.
A ces deux formes, s'appliquent, avec une égale facilité, les
différentes matières rythmiques : sons purs, paroles, gestes.
88. — Donc, par exemple :
Le rythme libre sera musical, s'il s'applique aux sons purs ;
exemple : les mélismes du chant grégorien.
Le rythme libre sera oratoire, s'il s'applique à la parole ;
exemple : discours de Cicéron, {numerus oratorius.)
Le rythme libre sera à la fois musical et oratoire s'il s'applique
en même temps (ou successivement) à deux matières, sons purs
et paroles. C'est le cas pour le chant grégorien.
89. — De même
Le rythme viesurc sera musical, s'il s'applique aux sons purs ;
exemples : tous les genres de musique instrumentale.
Le rythme mesuré sera oratoire, s'il s'applique aux paroles '
exemple : la poésie.
Le lytJime mesuré sera musical et oratoire, s'il s'applique à la
fois aux sons et à la poésie.
Les quelques divisions que nous venons d'énumérer — il y en a
d'autres — suffisent pour indiquer la place occupée par le rythme
grégorien dans l'ensemble de la géographie rythmique.
90. — Par suite, les qualificatifs, libre ou mesuré, indiquent la
forme du rythme; les qualificatifs, musical ou oratoire, indiquent
seulement la matière informée par le rythme.
RYTHMES SIMTLKS OU ÉLtMENTAIRES. 57
91. — Le rythme, ou nombre musica/ i;n[{^orien, i.\p\-)m'W^wi au
rythme libre {soiutus), et, sous le rapport dont nous avons parlé,
(no 86) ce rythme est plus naturel que le rythme régulièrement
mesuré.
92. — f) Analyse élémentaire d'une succession de rythmes simples-
Sa nécessité, sa nature. — Cette analyse est préeisément celle que
nous venons de faire. Elle consiste il négliger momentanément
l'étude des grandes divisions rythmiques, phrases, membres,
incises, pour concentrer l'attention sur les degrés les plus infimes
de l'échelle rythmique : le rythme élémentaire, avec son élan et
son repos. Cette analyse tient compte uniquement des plus petits
éléments du r3-thme, elle les dissèque, pour ainsi dire, afin d'en
étudier et d'en constater la construction anatomique. Elle consi-
dère chaque rythme, iambique ou spondaïque, inégal ou égal,
à part et comme complet, donnant à chacun son élan et son repos.
Dans cette analyse, tout ictus rytJuniquc est nécessairement
thétique, et seuUment thétique, parce que tout ictus rythmique est
Je point d'arrivée ou de cadence d'un élan qui l'a précédé ; cet ictus
termine le rythme ; le levé qui vient ensuite appartient au rythme
suivant :
ÉL.\N Repos E R
r ,1-^^ r'— — ^- ; —
Fig. 43
93. — Connaître l'analyse élémentaire d'une mélodie et la
place de tous les ictus rythmiques est sans contredit d'un grand
secours pour l'exécution et d'une nécessité absolue pour l'harmo-
nisation (i); mais se sQvwir pratiquement de cette connaissance
pour détailler, déchiqueter un à un les rythmes simples et réduire
la mélodie en miettes serait faux, inepte, inesthétique.
La connaissance anatomique du squelette humain est nécessaire
au peintre, au sculpteur, mais elle n'est que le point de départ
(i) En musique moderne, en musique palestrinienne nous connaissons sans
hésitation la place de tous les ictus rythmiques.
58
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
pour la réalisation de son idéal. Ainsi cette distinction os par os,
rythme par rythme, de la mélopée jusqu'en ses derniers éléments
doit-elle demeurer surtout dans le domaine de l'analyse théorique.
94. — Cependant elle ne peut être négligée : de même que le
squelette humain est à la base des plus belles productions de la
sculpture, ainsi les faits que nous révèle cette analyse élémen-
taire sont à la base des plus belles constructions rythmiques. Cette
analyse a sa nécessité, moins pour elle-même, que parce qu'elle
nous conduit à la synthèse du temps composé. Cette synthèse
consiste à ne compter que pour un seul temps rythmique les deux
ou trois unités simples qui se trouvent entre les deux ictus suc-
cessifs déterminés par la marche des rythmes élémentaires.
95. — Analyse par temps composés. — L'analyse de la phrase
musicale ne se fait plus alors par une succession haletante, une
répétition entrecoupée des rythmes élémentaires :
R. ÉLÉMENT.
R. ÉLÉMENT.
R. ÉLÉMENT.
Jl
Fig- 44
mais bien par une succession large, calme, des temps composés
intimement liés entre eux :
-5-
r
-f-
^
Temps COMPOSÉ Temps composé Temps composé
^m-
-Q
I
Temps composé Temps composé Temps composé
Fig. 45
Cette analyse de la phrase musicale, nous la nommons analyse
par temps composés. Elle est plus noble, plus esthétique, plus réelle
aussi que l'analyse par rythmes élémentaires; elle en conserve
tout ce que celle-ci contient d'essentiel, c'est-à-dire tous les ictus
rythmiques, et en écarte l'essouflement pénible qui la caractérise.
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. 59
Avec cette analyse, nous nous élevons d'un degré dans la con-
naissance du grand rythme.
Nous en parlerons plus loin. (Cf. n. 125).
ARTICLE in. - LE RYTHME ET LA FORCE DES SONS.
ORDRE DYNAMIQUE.
M. — Modifications dynamiques, leur triple but.
96. — Jusqu'ici le mouvement rythmique s'est maoifesté à nous
au moyen des seuls phénomènes appartenant à X ordre quantitatif
— durée variée des temps simples — ; maintenant il faut ajouter
à ce premier ordre, les phénomènes d'intensité qui relèvent de
\ ordre dynamique : force et faiblesse des sons, crescendo et decre-
scendo des séries de notes ou de syllabes.
97. -— Les modifications dynamiques ont un triple but :
a) Elles augmentent l'unité du rythme ; elles réunissent en un
seul mouvement dynamique, croissant ou décroissant, sons, notes,
syllabes, mots et phrases. Elles ajoutent à la synthèse quantitative
qui a déjà produit le rythme, un nouvel élément synthétique,
l'intensité ;
b) Elles contribuent, comme les brèves et les longues, à mani-
fester l'élan et le repos du rythme ; elles rendent plus sensibles
son mouvement et sa vie ;
c) Par là-même, elles sont un de ses plus beaux ornements.
Ces modifications de la force ont naturellement une action très
puissante sur les grands rythmes, mais déjà elles se font sentir
même dans les rythmes les plus simples.
i^ 2. — Deux sortes de cadences ictiques relativement
à l'intensité.
98. — Cependant iln'en est pas de la dynamie, du moins dans
les petits rythmes, comme de la longueur dont la place naturelle
est au repos.
Un rythme parfait ne peut se passer de la force et de la
faiblesse des sons; mais rien dans sa constitution native n exige
une place réservée plus spécialement à V intensité. En d'autres
6o
PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE V.
termes, l'intensité joue indifféremment son rôle soit à l'élan, soit
au repos.
99. — Un peintre traçant une courbe A B C est libre de ren-
forcer ses couleurs soit à la retombée C (fig. 47), soit au départ A
(fig. 48), soit au milieu B (fig. 49;, de sa ligne.
Fig. 46
Fig. 4S
Dans tous ces cas, la courbe reste la même. Il n'y a qu'////^ seule
courbe, qu'uu seul rythme graphique, de même longueur, sous trois
aspects différents. L'œil en suit le développement avec une égale
facilité.
Le musicien, lui aussi, est libre de distribuer les nuances infinies
de l'intensité des sons sur tout le parcours de sa ligne rythmique,
comme dans les exemples suivants :
fÏK- 50
RYTHMES SIMPLKS OU ÉLÉMENTAIRES. 6r
Dans ces deux exemples, le mouvement est le même, quoiqu'il
se présente sous deux (fig. 50) ou trois (tig. 51) aspects différents;
néanmoins l'oreille les saisit avec une égale aisance. L'effet enve-
loppant et synthétique des mouvements dynamiques se fait sentir
aussi bien dans le cresceudo que dans le decrescendo.
100. — Il y a donc deux sortes de rythmes relativement à
l'intensité.
a) Le rythme ictique fort, dont la thésis ou le repos est plus
fort que l'élan ;
b) le rythme ictique faible, dont la thésis est plus faible que
l'élan.
Ces rythmes sont dits ictiques, parce que leur chute coïncide
avec l'ictus rythmique.
10 1. — La localisation de la force est déterminée par des
circonstances extérieures et accidentelles, par la volonté de
l'artiste, du musicien ou du poëte; par le génie de la langue,
l'accent, le mot ; par la forme mélodique, par la logique et
l'expression de la phrase.
Le musicien peut, dans son œuvre, employer exclusivement
l'un ou l'autre de ces rythmes ou les mélanger. C'est ce qu'on
rencontre à chaque page de la musique classique, de l'antique
polyphonie et du chant grégorien.
§ 3. — Puissance unifiante de la force.
102. — Si l'on veut pénétrer le rôle de la force dans le rythme,
il faut bien se garder de croire que son but est de créer la mesure
au moyen d'un coup fort, d'une sorte de décharge dynamique se
produisant de deux en deux ou de trois en trois unités. L'appari-
tion des temps forts, dit-on, à distances égales ou inégales, est ce
qui constitue la mesure. Voilà bien l'idée étroite et matérielle que
l'on se fait de la mesure et du rôle de la dynamie.
Employée ainsi la force, sans doute, donne le jour à des
mesures, à des groupes binaires ou ternaires ;
1 h h ^ I h h h I 'r^ ^ h I
62 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V,
mais à des groupes isolés, entre lesquels elle creuse un fossé.
C'est dans les morceaux d'inspiration le plus basse, de création le
plus triviale, qu'apparaissent le plus les saccades métriques de la
dynamie, comme aussi dans les exécutions les plus mauvaises
que se dévoile le plus le rôle brutal de la force.
103. — L'intensité ne crée ni la mesure, ni le rythme. Elle
n'apparaît pas nécessairement sur une note privilégiée, de deux
en deux ou de trois en trois. Elle est au-dessus de la mesure, elle
appartient au rythme tout entier, et au grand rythme, qui n'a pas
besoin d'elle pour organiser le détail de sa marche. Elle ne se
répète pas, elle ne s'appuie pas nécessairement sur chaque ictus
rythmique; elle dépasse la mesure, dépasse les petits rythmes
élémentaires : elle appartient à la phrase, au grand rythme qu'elle
englobe tout entier. Elle va, par des crescendos ou decrescendos
progressifs, de note en note, de groupe en groupe, les reliant
entre eux, les fusionnant dans une unique organisation. La force
est la sève, le sang du rythme; elle suit la veine mélodique,
monte, descend avec elle, répandant la vie, la chaleur, et produi-
sant la beauté ; aussi l'exposition du rôle de l'intensité est-il bien
mieux à sa place dans l'étude de la phrase.
§ 4. — Application pratique des rythmes simples, binaires
et ternaires.
104. — Les exercices qui vont suivre sont destinés à faire
pénétrer pratiquement dans le sentiment de l'étudiant la notion
du mouvement rythmique élémentaire sous ses différentes formes.
Ils serviront en même temps de premières études pour l'attaque,
l'émission et la pose des sons.
105. — Ils seront exécutés mezzo forte sur une seule note. Le pro-
fesseur la choisira selon la voix de l'élève, de préférence en
commençant, vers la partie inférieure de l'échelle vocale ; il
variera ensuite.
Lorsqu'une note aura été désignée sur le piano ou l'harmonium,
le maître exigera une attaque franche et douce, une justesse
parfaite, une fermeté exempte de tout trémolo ou chevrotement,
une égalité complète des valeurs temporelles, une conduite calme
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. 63
et tranquille, sans secousse aucune, des crescendos et decrescendos,
enfin une grande douceur, mais une parfaite netteté quoique sans
brusquerie, lorsqu'il faudra quitter le son.
106. — Chacun des exercices est noté avec une intensité dilTé-
rente. On pourra, dans les débuts, négliger ce détail, bien que
très important, afin de concentrer toute l'attention du disciple
sur le seul mouvement rythmique, élan et repos. Lorsque ce point
sera bien acquis, on y ajoutera les crescendos et decrescendos ainsi
qu'ils sont marqués.
107. — Pendant les exercices l'élève devra toujours dessiner le
rythme avec le mouvement de la main.
108. — Le mouvement métronomique n'est qu'approximatif; on
peut commencer par un mouvement plus lent.
109. — Les voyelles a, e — a, e, i — pourront être changées
selon la volonté du professeur. Toutes les voyelles devront être
successivement employées ; on devra aussi y ajouter les diverses
consonnes, la, le, H, ma, mo, mu, etc., mais jusqu'à nouvel ordre on
ne devra pas se servir de mots.
II o. — La respiration devra être prise après deux, trois, ou
quatre groupes rythmiques, mais toujours sur la valeur de la note
thétique.
III. — Les deux notatiotis pourront servir tour à tour, cepen-
dant les musiciens habitués à la notation moderne devront s'en
servir en commençant.
Exercice L
Rythme simple ternaire, ictique faible.
(M. M. é" = 132)
64
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
-1 •
2-(3), I
2-(3), 1
:-(3), I
e,
e,
Exercice II,
Rythme simple ternaire, ictique fort.
(M.M. ^ = 132)
[^ f — -
I I 2-(3), I
-(3),
e,
2-(3), I
2-(3), I
e,
2-(3),
e,
2-(3), I 2-(3), I
2-(3), I
e,
e,
e,
Exercice III.
Rythme simple binaire, ictique faible.
(M. M. y = 132)
2-(3)
2,
e.
e,
e.
RYTHMES SIMPLES OL' KLKMKNTAIKES.
65
^
e,
EXEKCKE IV.
Rythme siiiip/e binaire, ictiqnc fort.
(M. M. ,^ - 132)
e, a
e,
e,
e,
-f-
e,
Exercice V.
Mélange de rytiniies simples, bitiaires et ternaires,
ictiqites forts on faibles.
Dans cet exercice la respiration ne se prendra que de deux en
deux ou de quatre en quatre rythmes, c'est-à-dire sur la thésis
lonsfue.
66
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
(M. M. j^ =132
-'^^ ^
2-(3), I
2-(3).
e,
e,
2,
2-(3), I
e,
2-(3),
e,
ARTICLE 4. — DÉVELOPPEMENT DU RYTHME ÉLÉMENTAIRE.
>5 I. — Développement de l'arsis (élan) et de la thésis (repos).
112. — Le rythme élémentaire est celui qui ne comprend qu'un
seul élan et qu'un seul repos.
Nous ne connaissons encore que les deux formes égale et iné-
gale du rythme simple ; il y en a d'autres, car l'élan et le repos
de ces rythmes peuvent recevoir un développement et être formés
par un temps composé binaire ou ternaire, (cf. ci-dessus n» 'i^'j^.
n
Fig. 53
113. — Développement de l'arsis. — L'arsis d'un rythme élémen-
taire peut être formée :
à) Par un temps simple
Arsis
Fig- 54
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES.
67
Aksis
b) Par un temps composé binaire : — /J ^ —
1-2 3
Fii^- 55
Arsis
c) Par un temps composé ternaire
-J— ;—
1-2-3 4
Fig. 5à
114. — Développement de la thésis. — De son côté, la thésis
d'un rythme élémentaire peut, après une arsis unaire, binaire ou
ternaire, être formée :
d) Par un temps simple :
Fig- 57
b) Par un temps composé binaire : --«
Thésis
n
Ftg. 5S
2-%
c) Par un temps composé ternaire : — • P
-0—0-
I 2-3-4
Ftg. 59
115. — Développement à la fois de V arsis et de la thésis.
n-p-
1-2 3-4
é-é f-0-0
1-2 3-4-5
Fie. 60
etc.
68 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
Nous donnerons plus loin toutes les formes possibles du rythme
élémentaire.
11 6. — Bien que le temps composé soit formé par deux ou trois
unités simples distinctes, ce temps ne vaut, dans ces rythmes,
que pour une unité, — unité complexe et d'un ordre supérieur à
l'unité simple.
117. — Le groupement de ces deux ou trois temps simples en
une seule unité complexe vient :
a) S'ils sont à l'arsis, de Vélan unique et plus ou moins vigoureux
qui leur est impi-imé.
b) S'ils sont à la thésis, de la prolongation, de l'extension thé-
tique qui leur est attribuée.
118. — Un homme qui veut sauter prend plus ou moins d'élan^
selon l'espace qu'il doit franchir; éest l'éloignement du but à
<itteindre qui détennine la puissance de so?i élan.
Ainsi en est-il du rythme :
\}n faible élan s'épuise après une seule note, et la chute se fait
immédiatement sur la seconde :
Un élan ordinaire embrasse deux notes et s'achève sur la
ÉLAN
h
^
^m
r
I
2
Fis
. 61
troisième : — m--» p-
1-2 3
Fig. 62
Un élan plus soutenu, plus vigoureux, s'étendra jusqu'à trois
notes, et trouvera son repos sur la quatrième :
J
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. 69
La réunion de deux ou trois notes dans un seul temps composé
rythmique arsique vient donc de l'énergie plus ou moins grande
de l'élan ; ce qui revient à dire que la formation des temps composés
est due au rythme, au mouvement rythmique.
119. — L'élan pourrait être plus énergique encore ; mais après
trois notes, il y aurait reprise d'élan deux, trois, quatre fois, dans
les grands mouvements rythmiques et mélodiques. C'est le cas
pour le rythme composé.
1 20. — La thésis peut recevoir la même extension ou se trouver
répétée comme l'arsis. Le repos peut donc se prolonger sur deux
ou trois notes et parfois sur deux ou trois temps composés, comme
nous le verrons aux chapitres consacrés à l'étude des rythmes
composés. (135 et ss.)
121. — Remarque. — Dans l'analyse par temps composés, le
temps composé binaire ou ternaire est considéré comme un temps
unique du rythme. Il est rythmiquement indivisible ; les deux ou
trois notes qui le forment
^H- ou JT]_.
Fig. 64
sont pratiquement si unies qu'elles sont comprises dans l'espace
Arsis Thésis
d'une seule arsis ou d'une seule thésis : — JLjL«' ^LJ —
Fig. 6s
ce qui apparaît mieux encore si la mélodie se joint au rythme pur :
Arsis Thésis
J=i
^
Fig. 66
Rythme Grég. — 5
JO PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V
et plus clairement encore avec des paroles :
Thésis
^^
Domi-nus es D6-mi-nus es
Figôy.
§ 2. — L'ictus lythmique se place tantôt à l'arsis
tantôt à la thésis
122. — La présence à l'arsis de temps composés binaires ou
ternaires soulève un nouveau et très intéressant problème.
En effet, si un temps composé _ #LJ ou #lVJ_ peut
Fig. 68
se trouver soit à l'arsis, soit à la thésis du rythme, il s'ensuit que
Xictus rythmique qui commence chaque temps composé peut, lui
aussi, trouver place tantôt à Xarsis, tantôt à la thésis.
Qu'il soit à la thésis, nulle difficulté ; car, jusqu'ici dans nos
exemples, l'ictus rythmique a toujours coïncidé avec elle.
Mais que cet ictus prenne place à Xarsis, ceci semble impliquer
une contradiction manifeste. Quel peut bien être Xélan d'un ictus
rythmique, ou, pour parler plus net, Xélan d'une thésis ? Ces deux
termes s'excluent l'un l'autre.
123. — Expliquons ce mystère. L'exposition des différentes
analyses auxquelles on peut soumettre une phrase mélodique va
nous en donner la clé :
a) Analyse rythmique élémentaire ;
b) Analyse rythmique par temps composés ;
c) Analyse rythmique proprement dite ou par membres de
phrase, par arsis et thésis.
124. — En analyse rythmique élémentaire, l'ictus rythmique est
toujours et seulement thétique, parce qu'il est toujours et seulement
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. Jî
le point terminus des rythmes simples; il n'a pas d'autre rôle.
Dans ce cas, le temps composé n'est pas considéré comme un seul
temps rythmique, mais il est divisé, en sorte qu'un ou plusieurs
de ses éléments forment une arsis, et les autres une thésis.
Rythme Rythme Rythme
Élémentaire Élémentaire Élémentaire
J^— — ,i ^
Mesure ou Mesure ou
Temps Composé Temps Composé
Fig. 69
Ici le dernier temps de chaque mesure, c'est-à-dire la croche
remplit, à elle seule et uniquement, la fonction d'arsis ; tandis que
le premier et second temps de la mesure, représentés par la noire,
jouent le rôle de thésis. Chaque petit rythme divise nettement la
mesure en deux parties. C'est l'analyse élémentaire.
Sans doute, elle a parfois sa justification et son fondement dans
les rythmes objectifs ; mais souvent aussi cette décomposition des
temps composés est impossible ; ou, si on l'emploie, elle ne fait que
défigurer ou même détruire le dessin rythmique voulu par le
compositeur. C'est ce qui arrive dans le cas d'un temps composé
binaire ou ternaire tout entier à l'arsis.
Il faut donc écarter l'analyse élémentaire pour y substituer
l'analyse par te7nps composés^ ou mieux encore l'analyse rythmique
proprement dite par élans et repos.
125. — Analyse rythmique par temps composés. — U analyse
rythmique par temps composés considère le temps composé, binaire
ou ternaire, comme un temps unique, rythmiquemênt indivisible.
Elle marque d'un touchement tous les débuts de temps com-
posés (mesures) ; elle ne distingue pas encore si ces groupes
seront, dans le grand rythme, à l'arsis ou à la thésis ; elle va de
l'un à l'autre au moyen d'une suite de baissés et de touchements,
et enchaîne ainsi tous les groupes métriques ou temps composés.
72 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
126. —Les rythmes simples développés qui nous occupent en
ce moment
, etc.
n'ont donc pas, dans cette analyse, d'arsis au premier groupe ; ce
groupe, comme le dernier, est un baissé :
1
1-2-3 4
Fig. 71
Les notes i et 4, débuts de chaque temps composé, sont marquées
de l'ictus :
m I
— p^ — p—
1-2-3 4
Fig. 72
De là, le nom d^ analyse rythmique par temps composés donné à ce
procédé.
127. — Ce procédé, bien qu'inférieur à \ analyse rythmique
proprement dite, par élans et repos, est légitime ; il s'appuie sur
cette règle fondamentale que le rythme marche à pas binaires ou
ternaires (84). Il doit être, en conséquence, à la base de tout
rythme ; mais il ne peut suffire. Il est incomplet ; il ne correspond
pas d'une façon adéquate à la réalité concrète des rythmes, et ne
donne pas la compréhension parfaite des vrais mouvements, des
larges envolées qui constituent les grandes phrases mélodiques.
Toutefois cette analyse est en progrès sur V analyse élémentaire ;
car elle réalise la synthèse des temps composes et rend palpable
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. 73
leur indivisibilité rythmique. Elle crée une unité, binaire ou ter-
naire, plus large, plus puissante que l'unité infime des temps
simples, et conduit par ce moyen à une intelligence parfaite des
plus vastes S3'stèmes rythmiques.
128. — Analyse rythmique proprement dite par élans et repos.
— Pas plus que V analyse élémentaire^X analyse par temps composés
ne soulève la difficulté de Xélan d'un ictus rythmique ou d'une
thésis. Ce problème ne se présente que si nous rythmons le motif
Arsis Thésis
proposé comme il doit l'être par élan et repos : — ^'-J_J ^ —
1-2-3 4
fig- 73
c'est-à-dire si nous attribuons Xélan ou arsis au premier groupe,
la thésis ou repos au second.
Il est évident que, dans ce cas, l'expression ictus-rythmique
perd le sens exclusivement thétique qu'elle avait dans les analyses
précédentes; car ici, l'ictus rythmique, partageant le sort du
groupe ternaire arsique, dont il est le début, est arsique lui aussi-
Au contraire, il reste purement thétique sur la noire.
1 29. — On doit donc poser comme règle que :
En dehors des analyses rythmiques élémentaires ou par temps
composés, rictus rythmique est arsique ou thétique selon le rôle du
groupe auquel il appartient.
1 30. — Nous sommes ramenés ainsi à la question : Comment un
ictus rythmique qui semble par nature essentiellement thétique
peut il se trouver à l'arsis?
On peut faire plusieurs réponses :
1° Parce que le groupe dont il fait partie se trouve lui aussi à
l'arsis ;
20 Parce que, dans X analyse rythmique parfaite, le temps composé
fait fonction d'un unique temps rythmique et peut en conséquence,
comme le temps simple lui-même, se trouver tantôt à l'arsis tantôt
à la thésis ;
74 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
3° Parce que l'élan rythmique est assez puissant, assez éner-
gique pour enlever deux ou trois notes ou syllabes au lieu d'une
seule (i);
4° Parce qu'enfin — et c'est la raison fondamentale — toutes les
fois qu'un groupe binaire ou ternaire (— f-3— "" — p ^ J ) se
f^£- 74
trouve placé à l'arsis dans le mouvement rythmique, Xictus de ce
groupe remplit une double fonction :
// est thésis d'un élan précédent, exprimé ou sous-entendu ;
// est en même temps arsis, en tant que point de départ du
groupe arsique dont il fait partie.
Mais déjà cette notion nouvelle nous introduit dans le rythme
composé, et ce que nous avançons ici ne saurait être mis en pleine
lumière qu'aux deux chapitres suivants.
§ 3. — Application pratique du rythme simple
avec arsis binaire ou ternaire.
131. — Avant de travailler les exercices suivants, il est utile
de relire les avis donnés ci-dessus (105- 11 1), afin de les appliquer
soigneusement à ces nouvelles études.
(') Cet élargissement du rythme se produit sans cesse dans la musique
moderne : les mesures à 6/8. 9/8, 12/8 ne sont que des élargissements et des
synthèses de la mesure à 3/8.
Uanalyse métrique d'une mesure à 6/8 nous donnera :
_i,_ _p-«l-«!_ _p_^^(^ _p_c_^_ _^_^_^_
Tous les ictus
des groupes sont
au frappé :
Vanaiyse rythmique au contraire
w , [--p-[ FJ^ I f~pj rri I I r Les ictus sont tan
I ' ^ \ ' J,ib\. au levé, tantôt au
Fig. -jô \frappé:
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES.
75
Exercice VI.
Rythme simple (arsis binaire^ chute ietique faible.
(M.M. ^ .- 132)
Exercice VIL
Rythme simple (arsis binaire) chute ietique forte.
(M. M. j = 132)
76
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
Exercice VIII.
Rythme simple {arsis binaire^ cadence ictique faible
2^ temps de T arsis fort.
(M.M. ^ = 132)
a e 1,
a e t,
a e 1,
■ ■ 1
■ ■ 1
— • — ■ — 1
I 2 3-(4),
I 2 3.(4),
I 2 3-(4),
— =; :==—
— ==c :=—
— ==; ::==—
1 — ] !
i , — j —
j^ ;
— ^^^^^Î-tJ
a e 1,
■— *— 1 —
I 2 3-(4),
■ ■ 1
I 2 3-(4),
■ ■ 1
I " 2 3-(4),
— =c ;==—
-=c: ;==—
— ==:; ::>—
r-l_l
--^ ^-
— ^ r'
a e I,
Exercice IX.
Rythme simple {arsis ternaire) cadence ictique faible.
(M.M.
-• — ■ — ■-
-■ — •-
4-(5), I 2 3 4-(5),
-*L_^
4-(5),
-f-^-
a e 1 o,
a e I o,
-■ — ■ — •-
-• — •-
-• — • — •
I 2 3 4-(5), I 2 3 4.(5), I 2 3 4-(5),
I I I
-• — • — •-
a e i
o,
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES.
n
Exercice X.
Rythme simple {arsis ternaire) cadence ictique forte.
(M.M. r = 132)
' ■ — ■ — ■ i^^
4 2 3 4-(5).
— ■ — ■ — ■ — i^
4 2 3 4-(5),
_J-J J
■ — ■ — ■ w^
3 2 3 4-(5),
— ^-J-; —
J J J ,<
a e 1 o,
a e 1 o,
a e 1 o,
— ■ ■ ■ "^
423 4-(5),
423 4-(5),
■ ■ ■ — 1 —
323 4-(5),
.— ^^-/_; -
-^-^J V -
-j .' J ; -
a e 1 o,
a e 1 o,
a e I o,
Exercice XI.
Rythme simple {arsis ternaire) cadence ictique faible.
Force sur le 2^ ou le 3^ temps de V arsis.
(M.M. /= 132.)
— ■ ■ ■ — V
323 4-(s),
■ ■ ■ 1
3 2 3 4-(ç),
■ ■ ■ ^ —
423 4-(5X
J-J-J_; -
_J-J J_v—
.J J J ; -
a e I o, a e 1 o, a e 1 o,
78
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
O'
B — ■ — ■ m
3 2 3 4-(s),
— ■ — » — • »
1 2 3 4-(5),
j J J ^
— « » ■ 1
I 2^3 4-(5).
. ^j-^,1—
!' "J"" J 1
a e 1 0,
a e 1 o,
a e 1 o,
§ 4. — Cadences féminines ou postictiques.
132. — Les thésis binaires ou ternaires, sous la /orme distincte
(38 a)
A. Thésis
Thésis
p-«^-«— ne sont pas^conci'usiives. L'împîiessi ;a
Fig- 77
de repos que doit produire tout rythme complet arrivant à sa fin,
n'est ressentie que par la déposition et l'arrêt sur la note ictiqiie,
c'est-à-dire sur la première note du temps composé. C'est l'appli-
cation de la règle formulée plus haut (82, 83) : il appartient à la
seule thésis de clore les rythmes.
133. — Ces sortes de cadences ont reçu le nom de cadences
féminines ; celles au contraire qui tombent sur le ler temps de la
mesure — temps ictique — , celui de cadences masculines :
Cadences masculines
^-^
Th.
I
Fig. 78
<s — " ~s^
Cadences féminines : —fj^ — j — f-i — "" — ^J J
Fig. 7ç
RYTHMES SIMPLES OU ÉLÉMENTAIRES. 79
Nous pouvons leur conserver ces noms, bien que nous préférions
celui de cadence ictique pour la cadence viascnline ; et celui de
cadence postictique pour la cadence féminine. Cette dernière n'est
qu'une prolongation de l'ictus thétique.
1 34. — Poiir compléter un rythme après une cadence féminine
Cadence
féminine
_;7i-|~--n
r
f-9
Fig. 80
un nouvel ictus est exigé ^_j_j 1 ^ 1 ^
Fig. 8i
Ce qui nous amène au rythme composé que nous allons étudier
dans le chapitre suivant.
CHAPITRE VI.
RYTHMES COMPOSÉS.
ARTICLE 1. — RYTHME-INCISE.
135. — Définition. — Un rythme est composé, lorsqu'il a plusieurs
arsis ou plusieurs thésis ; en d'autres termes plus de deux temps,
simples ou composés.
1 36. — Formation. — Les rythmes composés peuvent se former
de deux manières ; ou par la fusion de plusieurs rythmes élémen-
taires, ou par leur simple juxtaposition.
§ I. — Formation des rjrthmes-incises par la fusion
des rythmes simples.
137. — Soit une succession des rythmes les plus petits :
-f-
I 2, I 2, , I 2
Fîg. 82
Dans l'analyse que nous avons sous les yeux, chaque thésis (2)
marque la fin d'un rythme; il y a donc autant de rythmes
simples qu'il y a de thésis, c'est-à-dire trois.
Chacun de ces petits motifs ou mots rythmiques, tout en ayant
sa vie personnelle, son sens musical individuel, est isolé de son
voisin, comme précédemment l'étaient nos ictus individuels (47).
Le rythme doit agir sur eux, afin de les unir et d'en faire une nou-
velle unité rythmique, d'un degré supérieur soit comme longueur,
soit comme sens musical. Ce sera \ incise et le membre de phrase.
1 38. — De fait, l'exécution pratique et naturelle de cette série
ne répond pas du tout à la distinction rythme par rythme, figurée
ci-dessus : cette analyse élémentaire est fictive.
RYTHMES COMPOSÉS. 8l
Voici ce qui se passe en réalité :
Après l'appui du premier groupe sur la thésis, la voix n'attend
pas l'arsis suivante pour reprendre son vol. Elle repart du point
même sur lequel elle vient de se poser :
Ainsi la balle qui, après avoir frappé la terre, remonte immé-
diatement, sous l'impulsion du coup qui la rejette en l'air ; ainsi le
pied, dans la marche de l'homme ; ainsi l'oiseau, se berçant dans
les hauteurs, prend son point d'appui sur la résistance de l'air,
chaque coup d'aile coïncidant exactement avec le mouvement de
remontée ; ainsi la pile centrale d'un pont supporte à la fois les
deux arches qui, à gauche et à droite, s'appuient sur elle.
Telle est la formation d'un rythme composé par la fusion de
plusieurs rythmes simples.
1 39. — Précisons. Lorsque nous analysons un seul rythme sim-
ple, tout est facile : la marche se fait naturellement de l'arsis à la
thésis,
Th. a. Th. A. Th.
y — , etc.
^ _pt_ ou _Jl ^ ou _/3_
et, après que celle-ci a été déposée, le mouvement est terminé.
Elle est le lieu de l'arrêt et du repos.
Au contraire, si après ce premier pas rythmique, il faut aller
plus loin, qu'arrive-t-il?
La thésis qui, tout à l'heure, était un repos définitifs n'est plus
que le lieu d'un appui provisoire et fugitif, d'où part le nouvel
élan qui devra, à son tour, aboutir à la seconde thésis.
Au lieu d'avou: deux rythmes distincts :
jcr Rythme
2e Rythme
r /-
r
• f
2,
Fig. 84
I 2
nous sommes en présence d'une seule entité ou incise rythmique
82 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI.
qui est le résultat de l'enchaînement de deux petits rythmes
simples. Il faudra donc noter :
1
'ncise Rythmiqui
E
(S~
/
h
>
7
f-9
f
A
B
c
^i^. 85
C'est le plus petit rythme composé.
La note B, relativement à l'élan qui précède, conserve son rôle
d^ arrivée et de touchement thétique ; mais, relativement à ce qui
suit, elle est le point de départ d'un nouvel élan aboutissant à une
nouvelle thésis C, repos définitif de cette petite incise.
Le touchement central B est donc à la fois, selon le point de
vue où l'on se place, soit la fin d'un rythme, soit le point de départ
d'un autre. C'est sur cette note, soutenant à la fois deux rythmes,
que s'opère leur enchaînement.
Ainsi s'enchaînent par fusion les rythmes simples, égaux ou
inégaux, pour former un rythme composé.
140. — Cette /«j/t7« s'opère également entre les rythmes simples
développés, formés de temps composés binaires ou ternaires ;
par conséquent les appuis B, au centre des incises, peuvent se
multiplier, tout comme les piles intermédiaires d'un pont.
141. — Quel nom doit-on donner à l'ictus central B : arsis ou
thésis }
Théoriquement l'un ou l'autre nom lui conviennent également
puisque cet ictus joue ce double rôle ;
RYTHMES COMPOSÉS. 83
Pratiquement, dans les rythmes fusionnés, le premier temps A
coïncide ordinairement avec l'arsis, et le dernier avec la thésis ;
quant aux groupes B du centre, ils reçoivent de la mélodie elle-
même leur caractère arsique ou thétique, comme nous le verrons
lorsque nous aborderons l'étude des formes mélodiques. Il y a des
cas où incontestablement ils sont arsis, d'autres où ils sont
certainement thésis, parfois il y a indécision et liberté.
142. — Voici les schémas rythmiques qui peuvent se présenter
pour un rythme-incise composé de trois groupes métriques.
Arsis Arsis Thésis
—f = 2 élans, une thésis.
-r^A
A B C
Fig. 87
Arsis Thésis Thésis
n
MB I
-f* — f = I élan, deux thésis.
ABC
Fig. 88
f
Arsis Thésis Arsis Thésis
\ ^ ^ J = I thésis, I élan, i thésis.
ABC
Fig. 8q
Dans ce dernier cas, la première arsis est sous-entendue.
(i) Pour bien comprendre le sens et l'emploi de ces courbes, consulter la
chironomie r>'thmique. — Gestes composés, (181).
84
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI.
§ 2. — Formation des rythmes-incises par simple juxtaposition
de rythmes élémentaires.
143. — Souvent les rythmes-incises sont formés par le seul
rapprochement des rythmes simples conservant chacun leur arsis
et leur thésis.
a) Ces rythmes simples peuvent être semblables, et se terminer
avec cadence masculine :
Arsis Thésis Arsis Thésis
Fig. 90
ou avec cadence féminine au premier d'entre eux
Arsis Thésis Arsis Thésis
Fig. 91
b) Ils peuvent être dissemblables :
Fig. Ç3
Dans tous ces cas, la succession des arsis et des thésis se fait
régulièrement, une arsis, une thésis ; une autre arsis suivie d'une
autre thésis.
Tout en demeurant distincts, ces rythmes doivent être très unis
dans la pratique. Les éléments d'union sont : le sens mélodique, la
dynamie et les paroles.
RYTHMES COMPOSÉS. 85
144. — Forme variable des mêmes groupements métriques.
Rien n'empêche, bien entendu, que ces schémas rythmiques, par
exemple celui-ci :
n n -H I
— f^ — f-é — ^ — f —
Fig- 93
ne puissent être englobés dans un rythme unique fusionné ^ au lieu
de former deux rythmes juxtaposés.
C; s s N
Fig. 94
En effet, le deuxième groupe ne remplit pas nécessairement le
rôle d'une thésis, ni le troisième celui d'une arsis. Par ex:emple les
deux et même les trois premiers temps composés peuvent être
arsiqUes. (Cf. plus loin, Exercices XV, XVI).
Çans la pratique, c'est la forme mélodique, ce sont les paroles,
qui déterminent le caractère rythmique de chacun des temps
composés, et indiquent, sans hésitation possible, quand il convient
d'employer soit la. forme distincte, soit la. forme fusionnée.
ARTICLE 2. — RYTHME-MEMBRE; - RYTHME-PHRASE ; -
GRAND RYTHME.
§ I. — Groupement des incises en membres et en phrases.
145. — De même que les rythmes élémentaires en s'unissant
forment les rythmes-incises; ainsi les incises en se groupant
produisent les membres de phrase ; et, ceux-ci, à leur tour,
s'unissent pour former les phrases et les périodes. C'est le grand
rythme.
Au lieu de simples notes, prenons pour exemple le texte de
l'antienne citée plus haut (27).
Rythme Grég. — 6
«6
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI.
m
CQ
i /
\ \
03
u
aa
\«=
o
m
\<
/ u /- ~~^ «
• .2
I
11
)oî
^ re
^ .ï
w
m b r ^iH
Q
-4->
^
Ainsi apparaît la puissance
sans cesse plus enveloppante,
plus vivifiante du rythme.
146. — A mesure que gran-
dissent îesrythmes,.gTandit aussi
l'importance de la thésis finale ÙQ
chacun d'eux. Elle exerce sur
chaque incise, sur chaque kôlon,
une véritable attraction. C'est
vers elle que tend le mouvement
rv'thmique ; elle en est le terme.
Comme l'aimant, elle attire tout
à elle. C'est elle encore qui, à
■divers degrés, sous diverses for-
mes — masculine ou féminine — ,
limite et distingue les rythmes.
C'est grâce aux appuis rythmi-
ques, même fugitifs ; c'est surtout
grâce aux repos caractérisés par
une prolongation de la note ou de
la syllabe, que devient accessible
à notre sentiment la distinction
de chacun de ces rythmes.
Nous savions déjà que la lon-
gueur s' appuyant sur la thésis peut
être considérée comme délimita-
tion des divers motifs rythmiques ;
ipais il faut ajouter que dans le
rythme naturel la durée d'un
repos est en raison directe de Vim-
portance des rythmes.
2. — La dynamie dans les rythmes composés.
147. — L'élément dynamique se comporte dans les rythmes
composés *2i\tQ la même liberté que dans les rythmes simples;
mais son champ d'action étant plus étendu, la dynamie manifeste
RYTHMES COMPOSÉS.
87
avec plus daisance, de variété et d'efficacité sa puissance vivi-
fiante et synthétique. Ses crcscouios et ses decrcscctidos s'étendent
avec complaisance sur le parcours des incises et des membres;
mais c'est surtout dans les larges ondulations de la phrase grégo-
rienne qu'elle se développe avec liberté, ampleur et majesté.
La forme mélodique et les paroles indiquer encore ici la
marche de l'intensité : elles aussi qui déterminent la place de
l'accent principal du membre, et l'accent général de la phrase.
148. — Accent principal. — Chaque membre a son accent prin-
cipal auquel sont subordonnés tous les ictus et accents de ce
membre ; il se fait sentir sur la note ou syllabe qui porte l'effort
du crescendo. Sa place dans le rythme est variable.
149. — Acce?it général. — Chaque phrase a aussi son accent
général qui domine les acceirts de la phrase tout entière ; il se
fait sentir également sur la note la plus forte.
Il suffit ici de poser ces principes qui trouveront leur applica-
tion pratique quand nous traiterons de la mélodie et du texte.
§ 3. — Application des rythmes composés formés par fusion
et par juxtaposition.
1 50. — Relire, avant de faire ces exercices, les avis donnés
ci-dessus (104 et ss.).
Exercice XII.
Une arsis, deux thésis.
^ — ■
«— 1 —
,— »-
— 1^— »— ^
-n-
-S~r'
n
" rn i
? ^ ?
\ o
8S
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI.
Exercice XIII.
Une thésis, une arsis, une thésis.
^-« ^
-A ?-• f-^-
' > - n n I
— i— — f-^ — (»-• f —
a e 10
u,
a e 10
Exercice XIV.
Une arsiSy une thésis ; une arsis, une thésis.
^^-^ — r-*— T
■r-" — ^ ■ \
y-;-j-
f-» — f-
a e loua e,
-f—« — p-# — f-
a e 10 u a
Exercice XV.
Trois arsis, une thésis.
^-*— ^ ■ ^
n m n
la la la la la la
1 ■ ^ ■ 1 ■ ■^-
n n i"^ !
-^-# — ^-# — f-0 — p-
la la la la la la la.
la,
RYTHMES COMPOSES.
89
Exercice XVI.
Deux arsis, deux thesis.
-l-»— ^-« 1-
r^i i-^. n
-p— •— (•-• — f-^-
la la la la la la
la,
n rn r^i
-f-0 — f-0 — ,»-•
la la la la la la
la.
Exercice XVII.
Ufie arsis, trois thésis.
{ — ^~'
■ ■
n-
f
— ^-^
^ ■
-i-« -1 —
-T^
/
^^32:::;=.^
n
-n
rn 1
la la la la la la la,
la la la la la la la.
ARTICLE 3. - LES SILENCES.
151. — Les silences existent dans la musique grégorienne,
comme dans toute musique, bien que les notations neumatiques
ne les indiquent jamais.
Comme ils se trouvent naturellement à la fm des membres et
des phrases, c'est ici le lieu d'en dire un mot. Nous n'en parlerons
ici que brièvement pour montrer que nous ne les oublions pas.
90 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI.
Qu'il suffise d'exposer deux principes :
1° « Les silences sont des éle'ments de composition rythmique
ail même titre que les sons dont ils tiennent la place ». (i)
2° Les silences ont exactement la même valeur quantitative que
les notes ou syllabes exprimées.
C'est une loi qui s'applique à la musique de toutes les époques.
Dans la musique grecque, il en est ainsi ; dans la musique mesu-
rée et polyphonique, de même ; dans notre musique, nos pauses,
nos soupirs, nos demi-soupirs, nos quarts de soupir, etc., équiva-
lent aux blanches, aux noires, aux croches, double-croches, etc. (2)
Nous ferons plus loin l'application de ces deux principes aux
mélodies grégoriennes.
(i) Gevaert. Musique de V antiquité., II> P- 66.
(2) Paléographie Musicale, VII, p. 261 et ss.
CHAPITRE VIL
SCHÉMAS RYTHMIQUES DU CHANT GRÉGORIEN.
ARTICLE 1. - SCHÉMAS DU RYTHME SIMPLE,
152. — Le rythme simple ou élémentaire n'a qu'une seule arsis
et qu'une seule thésis.
N°^ D'OTIDRE
Etendue.
2 unités ou temps i''^
3 unités ou temps i'^'*
Division.
Arsis — Thésis
1
Ft^. ç6.
I temps à l'arsis,
I temps à la thésis
2
3
P
1 temps à l'arsis,
2 temps à la thésis.
2 temps à l'arsis,
I temps à la thésis.
^i'^- 97'
4 unités ou temps i'
^ ^
TT
2 temps à l'arsis,
2 temps à la thésis.
■N l'n^ I temps à l'arsis,
•f • I* I 3 temps à la thésis.
(S~~ N
Fig. ç8.
3 temps à l'arsis,
I temps à la thésis.
■tr-
5 unités ou temps i"* -| g-
3 temps à l'arsis,
2 temps à la thésis.
2 temps à l'arsis.
3 temps à la thésis.
Fig. ÇQ.
92
PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE VIL
, I 6 unités ou temps ." { J7J fT^ j tZ^ | j^-feis.
Ft^. 100.
153. — Le plus petit rythme simple comprend donc deux unités
et le plus grand six.
Avec le même chiffre d'unités on obtient des rythmes différents,
en variant la place de la thésis :
Avec 3 unités nous obtenons 2 rythmes = n. 2 et 3.
» 4 » » > 3 = » 4. 5. 6.
» 5 » » » 2 = ». 7, 8.
154. — Ajoutons que chaque temps composé binaire ou ternaire
peut se présenter sous l'une ou l'autre de ses trois formes,
distincte, contractée ou mixte (39). Ainsi le rythme 9 formé
de six unités peut se rencontrer sous les formes suivantes :
rn rn rn i / ;;j
f •
■Ï5
I
(S : — N
I h I
f • f
(s, \
I 1
f • f
Fig. loi.
I
Ceci soit dit une fois pour toutes, car nous ne pouvons entrer
dans tous ces détails qui trouveront surtout leur application dans
les longs rythmes, formés de 3, 4 et 5 temps composés.
ARTICLE 2. - SCHÉMAS DU RYTHME COMPOSÉ.
155. — Un rythme est composé lorsqu'il a plusieurs arsis ou
plusieurs thésis.
A. — Rythmes de trois temps composés.
N°^ D'ORDRE 1 Étendue Division
10
4 unités ou temps simples |
Fig. 102
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SCHÉMAS RYTHMIQUES DU CHANT GRÉGORIEN. 93
11
12
13
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5 unités ou temps simples \
Fig. 103
6 unités ou temps simples <
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94
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII.
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24
26
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9 unités ou temps simples I
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A^. j5. — D'autres combinaisons rythmiques sont possibles avec
ces unités ; nous avons seulement relevé les principales.
157. ARTICLE 3. - RYTHMES DE QUATRE TEMPS COMPOSÉS.
Nos
d'ordre
Etendue
6 unités ou temps simples i
7 unités ou temps simples
8 unités ou temps simples
9 unités ou temps simples
10 unités ou temps simples
1 1 unités ou temps simples
12 unités ou temps simples
Fig.
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SCHÉMAS RYTHMIQUES DU CHANT GREGORIEN.
95
158. ARTICLE 4. - RYTHMES DE CINQ TEMPS COMPOSÉS.
Nos
D'ORDRE
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37
38
39
40
41
42
ÉTENDUE
8 unités ou temps simples
9 unités ou temps simples
10 unités ou temps simples
1 1 unités ou temps simples
12 unités ou temps simples
13 unités ou temps simples
14 unités ou temps simples
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Le plus grand rythme de cinq temps composés est de quinze
unités.
Il se rencontre des rythmes de six temps composés et plus. Ce
qui précède suffît pour éclairer sur leur composition et leur divi-
sion intérieure. Le plus grand rythme de six temps composés est
de 18 unités; le plus grand de sept temps composés est de 21
unités.
Aristoxène concède dans le rythme artificiel des mesures com-
posées de 25 unités; c'était sa plus grande mesure. Nous ne
fixerons pas ces chiffres pour le chant grégorien ; les membres de
phrase formés par ces suites de temps composés peuvent être
plus ou moins étendus.
96 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII.
159. — L'esquisse théorique que l'on vient de crayonner
rapidement suffit pour donner au lecteur les notions premières
sur la construction des rythmes grégoriens, depuis les plus
simples jusqu'aux plus compliqués. — Les schémas rythmiques
totalement dépourvus d'ornement qui viennent de lui passer sous
les yeux ne doivent pas l'étonner. Prenons patience ; ces formes
inertes ne tarderont pas à s'embellir, à s'animer. Sur cette ossa-
ture sèche viendront bientôt s'appuyer et s'adapter mélodies et
paroles, et avec elles apparaîtront, la vie, la beauté, la variété
merveilleuse de tous ces rythmes.
160. — Mais avant de passer à l'étude de la Mélodie unie au
Rythme il nous faut pénétrer plus profondément encore la
nature de ce dernier en exposant brièvement :
1° La réalité et la nature spéciale du mouvement rythmique
sonore. De cette étude» nous tirerons, à l'usage des maîtres de
chœurs, des règles précises de chironomie ou manière d'exprimer
à l'aide du geste, les mouvements de la mélodie et du rythme ;
2° Les différences et les rapports qui existent entre le Rythme
et la Mesure. ,
Enfin, quelques mots sur la syncope, termineront cette première
Partie.
CHAPITRE VIII.
LE MOUVEMENT RYTHMIQUE.
ARTICLE 1. - RÉALITÉ DU MOUVEMENT RYTHMIQUE. «
i6i. — De nos jours on a voulu contester la réalité du mouve-
ment rythmique dans la musique soit vocale, soit instrumentale
C'est sans doute parce que, comme le dit très bien M. Lionel
Dauriac, « depuis la constitution des sciences rationnelles de la
nature, telles que la mécanique et l'astronomie, la notion du
mouvement s'est rivée à la notion d'espace, et cela beaucoup plus
étroitement que chez les anciens, surtout à l'époque de la physique
aristotélicienne. Dans la philosophie moderne, se mouvoir signifie
« se déplacer » ; dans la ' philosophie d'Aristote, se mouvoir
signifiait « changer ». Le transport n'était qu'une des espèces du
mouvement » ( i ). Aussi, au regard des anciens, rien n'était plus
réel que le mouvement rythmique, soit qu'il s'adressât aux yeux,
comme dans la danse, ou à l'oreille, comme dans la poésie et la
musique. Toutes leurs théories rythmiques se résumaient en une
seule idée, qu'ils répétaient sous toutes les formes : la belle ordofi-
nance du mouvement. Le rythme, la mélodie, en un mot la
musique était la science des beaux mouvements.
162. — Ce n'est pas sans avoir pénétré au fond des choses que
les Grecs et les Latins avaient donné le nom diarts de mouvement
à la poésie, à la musique et à la danse.
Par nature en effet, ces arts sont soumis au changement; leur
existence est successive et s'écoule, pour ainsi dire, goutte à goutte,
dans le temps.
La main qui trace un geste, le corps qui, dans la danse, décrit
une courbe gracieuse, opèrent un mouvement. L'un et l^autre se
meuvent, se portent d'un point à un autre en passant par tous les
points intermédiaires. C'est le mouvement visible, le passage d'un
lieu à un autre lieu.
(i) Lionel Dauriac. Essai sur V Esprit musical, ^i^. 59. Paris, Alcan. 1904.
98 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VIII.
La voix qui articule une phrase, déclame un vers, chante une
mélodie, se meut également à sa manière et d'une façon tout aussi
réelle. Elle va de l'articulation première jusqu'à la syllabe finale,
en passant successivement par toutes les syllabes intermédiaires.
Dans ce passage elle imite le mouvement de l'homme qui
marche, qui danse, ou mieux, celui d'une balle qui rebondit ; elle
s'élance, s'abaisse, se relève et parvient ainsi d'appuis en appuis,
de repos en repos, jusqu'au repos définitif qui clôt à la fois la
phrase, la mélodie, le rythme.
Le mouvement, à la vérité, n'est plus local, il n'est plus visible, il
est sonore, il est vocal, mais il est réel; il remplit toutes les condi-
tions d'un vrai mouvement qui n'est autre en définitive que le
passage d'un état à un autre; la voix passe d'une note à une
autre, d'une brève à une longue, etc. (i).
ARTICLE 2. - NATURE DU MOUVEMENT VOCAL.
163. — Bien que réel le mouvement vocal est d'une nature très
supérieure au mouvement mécanique ou animal. « L'homme a une
voix, et cette voix est la forme la plus énergique et la plus pure
de la vie qui est en lui ; elle est le retentissement le plus profond,
k plus intime de son être. . . La voix humaine se confond tellement
avec le principe vital, que toutes les langues l'identifient, ou en
marquent profondément l'analogie intime. La parole n'est qu'un
souffle ; mais ce souffle est l'esprit, est l'àme et le principe imma-
tériel de la vie. La forme étendue, palpable et visible, est en effet
une condition de l'humanité ; mais le mouvement en est l'essence,
et la voix est un mouvement ; le mouvement est immatériel et le
son de la voix est impalpable et immatériel » (2).
, 164. — Voilà ce qui explique la subtilité, la liberté, la puissance
et les nuances infinies du rythme vocal ; ce qui explique spéciale-
ment comment les mouvements rythmiques et les ictus ou touche-
ments qui les limitent sont souvent de la même nature que la voix
elle-même, c'est-à-dire délicats, impalpables, impondérables. Pour
(i) Il y a longtemps qu'Aristoxène l'a dit : < La voix se meut lorsqu'elle
chante, comme le corps lorsqu'il marche ou qu'il daTise ». (Aristoxène.
Rythmique, édit. Feussner, III.)
(2) H. Chaignet. Le Principe de la Science du Beau, p. 588.
LE MOUVEMENT RYTHMIQUE. 99
bien comprendre ces vérités, il nous faudrait les appliquer à une
mélodie grégorienne. Nous le ferons dans la suite. Mais ce que
nous savons déjà du rythme, nous permet de poser ces principes.
165. — Cette impondérabilité de la mélodie et du rythme est
difficile à faire comprendre en nos temps où la musique elle-même
est assujettie à la force, à la mesure. Toujours renaissent les
mêmes questions :
Comment les ictus du mouvement rythmique — premiers temps
'de la mesure — peuvent-ils ne pas être forts?
Ne sont-ils pas les points d'appui fermes, solides, sur lesquels
repose toute la charpente du rythme ?
Ils sont l'ictus, le coup, le frappe, par conséquent le temps fort ;
comment un frappé pourrait-il être faible ou du moins plus léger,
moins fort que le temps levé? Et pour justifier ces assertions,
on emprunte des comparaisons aux mouvements et aux chutes
des corps, tombant sur le sol avec un bruit plus ou moins violent.
Telles la chute du marteau sur l'enclume ou la rude cadence d'un
régiment en marche.
Cet enseignement a un grave défaut : il s'appuie sur des
exemples empruntés à la pure matière; or, quand il s'agit de
musique vocale ou instrumentale, de musique grégorienne surtout,
la plus noble, la plus spirituelle qui existe, nous dominons la
matière.
166. — De fait, la chute d'un corps lourd et inerte ne peut être
que rude et forte, comme le marteau rebondissant sur l'enclume ;
mais il n'y a rien de semblable à cette chute fatale dans la cadence
rythmique musicale. D'ailleurs la nature elle-même peut fournir
des exemples de chutes plus douces. Plus léger est le corps qui
tombe, moins pesante est la chute. Le vol de l'oiseau qui, à chaque
coup d'aile, s'appuie sans bruit sur l'air pour reprendre un nouvel
élan ; les balancements du léger flocon de neige qui descend lente-
ment et /ouc/ie enfin la terre, se rapprochent bien plus de la réalité
impondérable du mouvement et du rythme vocal. Cependant ici
encore il reste un élément matériel, une pesanteur fatale.
Toutes ces images sont trop matérielles encore pour exprimer
la déUcatesse exquise la quasi-spiritualité de la marche rythmique
grégorienne.
lOO PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VIII.
Le mouvement vocal, celui de la mélopée grégorienne surtout,
emprunte le moins qu'il peut à la matière. Il se meut, mais invisi-
blement ; il marche, mais avec légèreté. « Le Beau est l^er, dit
Nietzsche ( i ) ; tout ce qui est divin marche sur des pieds délicats » ;
et quoi de plus pur, de plus divin que l'art grégorien? Il serait
plus exact de dire qu'il vole avec de lents et gracieux battements
d'ailes ; mais toutes ces comparaisons sont au-dessous de la réalité,
parce qu'elles sont trop matérielles.
167. — La voix en effet ne se meut ni au hasard, ni d'une façon
machinale; ses élans et ses chutes sont d'une nature plus spiri-
tuelle que matérielle, mue qu'elle est par une puissance vitale et
spontanée, libre et intelligente, qui lui transmet quelque chose de
son immatérialité.
L'artiste en chantant livre son âme, extériorise sa pensée, ses
sentiments et peut en traduire les moindres nuances. Maître de sa
voix, il en dirige toutes les qualités de durée, de force, de mélodie,
d'expression avec la plus entière liberté. Il élargit, comme il le
veut, la durée des élans et des repos, il étale à sa guise, comme le
peintre sur les lignes de son dessin, les couleurs, les nuances infi-
aies de l'intensité des sons ; il déploie en mille méandres les con-
tours de sa mélodie, tout cela conformément aux exigences
d'ordre, de juste proportion qui constituent l'une de ses facultés
les plus délicates, le goût, le sens esthétique. Nous sommes bien
loin du mouvement mécanique du marteau sur l'enclume, bien
loin même du mouvement animal de l'oiseau ployant et reployant
ses ailes .'*
168. — La force métrique est trop souvent brutale; en tout cas,
elle est le représentant de l'animalité et de la mécanique ; il en
faut, puisque nous sommes corps et âme, mais le moins possible.
Prenons garde : la force, en rythmique, nous rapproche toujours
de la matière, du coup de marteau sur l'enclume, ou du piston de
la locomotive. Son emploi dans le rythme grégorien si éthéré, si
virginal, doit être sans cesse tempéré par la puissance immaté-
rielle qui lui donne le jour.
(1) Cité dans la Revue Musicale^ H, p. 75-
LK MOUVEMENT RYTHMIQUE. lOI
ARTICLE 3. — TERMINOLOGIE DU MOUVEMENT VOCAL.
169. — Ce n'est donc pas une pure métaphore que de parler du
iHOîivement du rythme, du mouvement de la phrase soit musicale,
soit parlée. Ce n'est pas un mot figuré, symbolisé par le mouve-
ment vocal ; ce mouvement, bien qu'impondérable, est cepen-
dant réel.
Toutefois comme le mouvement local, par ce fait qu'il est maté-
riel et s'adresse à la vue, est plus saisissable et partant plus facile
à décrire, il est naturel de le prendre pour exemple, si l'on veut
expliquer le tnouvement vocal.
Ov, c'est précisément ce qu'ont fait les Grecs. L'emploi souvent
simultané des trois arts du mouvement — poésie, musique, danse —
les conduisit à ne faire usage que d'une seule terminologie ryth-
mique. Ils empruntèrent au mouvement rythmique local de la
danse deux expressions claires, lumineuses, qu'ils appliquèrent au
mouvement rythmique sonore, vocal ou instrumental.
170. — Dans la danse, ils appelaient elevatio (arsis), le mouve-
ment ascensionnel, l'élan du corps, et positio, depositio (thésis), la
déposition, le repos du corps au point terminus de son mouvement.
En conséquence, dans la musique (vocale ou instrumentale) et
dans la poésie, ils appelaient arsis, élévation, élan, les sons et les
syllabes qui concordaient avec l'élan du corps, et thésis, déposition,
repos, les sons et les syllabes qui se chantaient au moment même
où les danseurs touchaient le sol, soit pour prendre un simple
appui et s'élever de nouveau, soit pour achever leur marche par
un repos définitif. C'est du mouvement des danseurs que nous
sont venus les termes à! arsis et de thésis. On appelle arsis le com-
mencement, thésis la fin d'un mouvement orchestique.
Lorsque la poésie et la musique se produisaient sans la danse,
les termes d^ arsis et de thésis n'étaient nullement modifiés ; mais
là même, ils correspondaient encore à des mouvements corporels
d'élévation et d'abaissement, faits par le choryphée, le maître de
chœur qui, avec le pied ou la main, indiquait les ondulations
rythmiques.
171. — Nous nous trouvons là à l'origine, à la création de ces
deux expressions dont la fortune a été considérable. Nous devons
Rythme Grég. — 7
102 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VIII.
y rester, sans nous embarrasser des acceptions contradictoires
qui, par la suite, leur furent attribuées. 11 faut surtout, pour con-
server fidèlement leur sens primitif, les dégager de toute idée de
force ou de faiblesse. Elles signifient seulement : arsis, élévation ;
thésis, abaissement, rien de plus.
172. — C'est ce qui a permis de les appliquer plus tard à la
mélodie avec une grande exactitude de langage. \J arsis mélodique
est une élévation de la voix dans l'échelle des sons; la thésis, un
abaissement. Et, là aussi, l'idée de force ou de faiblesse du son est
complètement absente.
CHAPITRE IX.
EXPRESSION PLASTIQUE OU CHIRONOMIE
DU MOUVEMENT RYTHMIQUE.
ARTICLE 1. - POSITION DE LA QUESTION.
173. — Les anciens ne se contentaient pas d'avoir à leur service
une terminologie claire et précise pour exprimer le mouvement
rythmique ; ils avaient en outre, pour le transmettre au dehors,
pour le peindre aux yeux, non seulement les mouvements du corps
dans Xorchestiqiie, mais encore le geste. Comme nous, ils se ser-
vaient du pied et de la main, et tout naturellement ces gestes
reproduisaient les mouvements rythmiques de la danse. Le levé
de la main ou du pied correspondait à Xarsis; le baissé, à la thésis.
Quoi de plus naturel, puisque selon Fr. Nietzsche (i) le motif
musical ou rythmique lui-même n'est que « le geste de l'émotion
musicale », expression aussi juste que hardie.
174. — L'indication du rythme au moyen de la main ou chiro-
nomie (/eîp, main, vôuoq règle) a existé de tout temps. Nous ren-
voyons pour le point de vue historique à un excellent article
publié par Dom Ambroise Kienle dans la Vierteljahrsschrift fur
Musikwissenschaft, Leipzig, Breitkopf et Hârtel, 1885, p. 158 (2).
On verra que le chant grégorien lui-même s'exécutait sous la
direction d'un primicerius ou prier scholae dont la main indiquait
les mouvements de la mélodie et du rythme.
175. — Dans sa Commemoratio brevis, Hucbald n'hésite pas à
conseiller au maître de chant d'indiquer la marche rythmique au
moyen d'une percussion quelconque du pied ou de la main afin
d'inculquer aux enfants, dès leur bas âge, la science pratique
{disciplinay du rythme {canendi œquitas sive numerositas).
(i) Cité par RiEMANN : Les éléments de V Esthétique musicale, édit. française,
p. 203.
(2) Cf. Tradudlion française de cet article, Musica Sacra de Gand, octo-
bre 1885, p. 19. — Cf. aussi Paléographie Musicale, tom. I, p. 98, note 5.
I04 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IX.
« Cette manière de diriger le chœur, dit Dom A. Kienle, nous
paraît, peut-être, quelque peu étrange et contraire à notre pra-
tique actuelle. Mais elle n'en est pas moins en parfait accord avec
ce quelque chose de naturel et de spontané qui caractérise ce
temps-là, et elle est très propre à faire chanter avec ensemble...
« Le chantre chargé d'instruire les autres dans le plain-chant a
instinctivement recours à ce moyen, véritable méthode intuitive
en musique, lorsque les paroles lui font défaut ou ne suffisent pas
à son idée. Et cela est fort naturel; la mélodie devient par là
visible, plastique, saisissable. Aussi penserions-nous que ce mou-
vement qui vient si naturellement pourrait, malgré son irrégularité
subjective, se réduire à une certaine loi, se préciser objectivement
et devenir comme la règle du beau pour les arts mimiques. Telles
ont dû être assurément les lignes tonales que décrivait le chantre
romain ; fines, élégantes, typiques, égales pour des formes égales,
basées sur certains gestes fondamentaux et pourtant assez libres
pour répondre par un accent plus fort ou plus faible à chaque
impulsion intérieure du chantre » (i).
176. — Le problème est très bien posé dans ces lignes. Il faut
maintenant essayer de le résoudre. Bien que nous n'ayons
jusqu'ici qu'une connaissance très générale des rythmes, et que
les éléments mélodie et texte nous manquent encore, nous en savons
assez cependant pour formuler les principes d'une chironomie gré-
gorienne, et les appliquer aux différents rythmes que nous avons
déjà étudiés, car tous sont grégoriens.
ARTICLE 2. - DIFFÉRENTES CHIRONOMIES.
177. — Les gestes fondamentaux qui doivent servir de base à la
chironomie doivent éviter nettement tout ce qui ressemblerait à
la mesure et aux mouvements raides et disgracieux enseignés
dans nos solfèges.
Il faut partir de ce large principe que la chironomie, comme la
notation graphique, doit exactement reproduire non la mesure»
mais la marche rythmique et mélodique de la phrase musicale et ne
s'en écarter jamais.
(i) Cf. A. Kienle, loc. cit.
EXPRESSION PLAST1(,)UK DU MOUVEMENT RYTHMIQUE. IO5
Et si, comme nous l'avons vu, il y a plusieurs manières d'ana-
lyser la marche rythmique d'une phrase musicale, laquelle devrons-
nous suivre?
Cette observation nous conduit à reconnaître qu'zV y a juste
autant de sortes de chirononiies quil y a d'espèces d'analyses ryth-
miques.
178. — a') Il y a une cJiironomie ictique individuelle^ si la main
frappe chaque ictus individuel, chaque note :
Ji
Fig. iio
Ce procédé est détestable, c'est le niartellement !
1 79. — b)\\y 2i une cJiirononiie rythmique élémentaire, si la main
dessine chaque groupe rythmique élémentaire par un levé et un
baissé spécial.
Fig. III
Procédé court, haletant, haché et, par suite, peu heureux.
180. — ^) Il y aura une chironomie rythmique par temps com-
posés, si la main décrit des courbes liées entre elles dont les nœuds
s'appuient sur chaque ictus rythmique :
./_J-
r
^\
(S tr
n ^
^3
FZ£. 112
Cette chironomie est déjà meilleure que les précédentes : elle
est plus liée et plus fondue. Mais si elle marque exactement tous
les pas, sa marche est trop terre à terre ; elle ne sait pas s'envoler
librement avec la mélodie et le rythme.
io6
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IX.
i8i. — d) Il y aura une chironomie rythmique par tnembres de
phrase, si la main, tout en marquant chaque ictus rythmique, suit
en même temps tous les mouvements arsiques ou thétiques de
chaque temps composé.
1° Deux arsis, une thésis.
Arsis Arsis Thésis
9 é f-0
2° Une arsis, deux thésis.
F/^. II j.
-P.
Th4sis Thésis
— — f-^ — p_
Ftg. 114
Cette figuration est parfaite et adéquate ; car, si elle est bien
dessinée par la main, elle peut représenter les nuances les plus
délicates et les plus suaves des chants sacrés.
182. — ^) Enfin, il y a une chironomie phraséologique, large,
noble, puissante, qui, dans un seul mouvement d'élan, comprendra
un antécédent, une protase entière, et, dans une longue retombée
de la main, enveloppera toute une apodose. Sa puissance, sa lar-
geur même, ne permettent pas toujours d'en faire usage, surtout
à cause de la faiblesse du chœur qui réclame un secours, un sou-
tien entrant dans plus de détails.
183. — En somme la valeur esthétique de chacune de ces
chironomies, prise à part, vaut exactement la valeur de son modèle,
c'est-à-dire de l'analyse dont elle est la représentation plastique.
Néanmoins toutes sont possibles, toutes sont utiles, bonnes,
artistiques, même la première en certains cas que nous détermi-
nerons ailleurs, pourvu que leur emploi soit judicieux. C'est au
EXPRESSION PLASTIQUE DU MOUVEMENT RYTHMIQUE. lO/
chef qu'il appartient de choisir, dans cet ensemble de formes et
de nuances variées, celles qui conviendront le mieux au but qu'il
poursuit actuellement. Tour ù tour il emploiera ces diverses chi-
ronomies, passant de l'une i\ l'autre avec aisance et habileté,
suivant les besoins et la solidité de son chœur, mais surtout se
laissant guider par les sentiments que lui inspirent le sens des
paroles, la mélodie, le rythme ; afin que par son regard, son geste,
il les communique aux exécutants, qui, ne faisant avec lui qu'un
cœur et qu'une àme, doivent ponctuellement lui obéir et rendre
avec fidélité, art et amour toutes les délicatesses de sa pensée.
Une telle direction est le sommet de l'art Elle suppose un chef
très éclairé, pénétré de la science grégorienne, et aussi un chœur
souple, docile aux moindres indications, formé de longue date à
l'exécution des mélodies liturgiques. Tous les chœurs n'en sont
pas là : aussi doit-on souvent se contenter de gestes plus simples,
plus réguliers, et s'en tenir à l'une ou à l'autre des chironomies.
184. — La meilleure, en pareil cas, pour guider les voix, c'est
la chironomie rythmique par membres (181), dans laquelle la main
retrace en détail les élans et les thésis rythmiques de chaque
membre. C'est celle que nous allons étudier, en donnant les
moyens de la pratiquer.
On peut l'allier aussi à la chironomie liée par temps composes ( 1 80),
plus simple, qui est à la base de la première. Toutes deux se com-
plètent mutuellement.
ARTICLE 3. - ANALYSE ET CARACTÈRE DU MOUVEMENT SIMPLE.
§ I. — Le mouvement local.
185. — Pour bien se rendre compte des gestes chironomiques
et de leur concordance avec les mouvements sonores de la mélo-
die et du rythme, il faut avoir une idée très exacte du mouvement
local et visible ; d'autre part, une notion très nette de ce dernier,
ne fera qu'éclairer le mouvement rythmique lui-même.
1 86. — Le mouvement est la cessation du repos, de l'immobilité;
comme le repos est la cessation ou l'arrêt du mouvement ;
Tout mouvement suppose un repos immédiatement précédent.
I08 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IX.
Il est clair cependant que le mouvement d'un corps ne peut
être déterminé que par l'effet d'une cause motrice extérieure ou
spontanée qui le met en branle.
187. — Prenons un exemple :
Une balle posée à terre est au repos; mais dès que le coup
(ictus) de crosse l'a soulevée et projetée en l'air, elle entre en mou-
vement : elle s'élance, s'élève, puis fléchit, retombe ; mais le coup
même qui l'arrête dans sa chute la relance et la conduit à une
nouvelle chute : ainsi d'élan en élan, de chute en chute jusqu'à la
dernière, l'impulsion première du coup de crosse et celle des ictus
successifs s'épuisant progressivement, la balle atteint enfin son
repos définitif.
Mouvements
Repos (S S ÎT" S S N Rbtos
DÉPART Chute
Appui
Ictus
ToUCHEMEMENl
■Cadence
Fig. if5
1 88. — Dans cette suite de mouvements n'étudions que le pre-
mier, car il sert de modèle à tous les mouvements simples quelle
que soit la nature du corps considéré. Le mouvement sonore lui-
même se calquera sur lui.
Il faut distinguer, dans le premier mouvement de la balle, trois
instants, trois phases ou, si l'on veut, trois temps :
Fig. iiù
a) le point de départ ou élan ;
b) le parcours ou la trajectoire décrite par la balle ;
c) le point d'arrêt ou chute de la balle.
189, — Ces trois instants n'empêchent pas l'unité parfaite du
mouvement :
Le point de départ (a) fait partie du mouvement ; il en est le
commencement et ne peut en être distingué : il est lui-même mou-
vement et élan.
EXPRESSION PLASTK^UK DU MOUVEMENT RYTHMIQUE. lOQ
Le point iV arrivée (c), lui aussi, fait partie du mouvement, en
tant qu'il en est la lin, l'arrêt.
Revenons au point (a). Comment le mouvement de la balle
s'est-il produit ?
Par l'action d'une force motrice extérieure, par le coup (ictus)
de crosse {fig. 1 17), en d'autres termes, par un mouvement impulsif
qui, lui aussi, a son point de départ (a), sa trajectoire (b),
son arrivée (c), et cette dernière juste au point de départ de la
balle (A) ; car c'est le choc de cette arrivée qui a déterminé la
mise en mouvement de ladite balle. Quant à la crosse, sa force
motrice n'est autre que la volonté spontanée du joueur.
190. — Il y a donc à constater au point de départ de la balle
un double fait, qu'il est important de remarquer :
10 la Jln, l'arrivée, la thésis, l'ictus thétique du mouvement
moteur, préliminaire, extérieur à la balle (c) ;
2° le départ, l'arsis, \ ictus arsique du mouvement de la balle (A).
Le point (— | qui réunit les deux mouvements est donc à la fois,
selon le point de vue où l'on se place, soit la fin du mouvement
moteur, soit le début du mouvement de la balle. Il y a simultanéité
entre l'arrivée du premier et le départ dti second.
En d'autres termes, \arsis de la balle commence au moment où
\ ictus thétique moteur la frappe.
no PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IX.
191. — Dès le début du mouvement local, il y a donc fusion,
enchaînement de deux mouvements. Le même fait se reproduit à
chaque chute et rebondissement de la balle.
C'est exactement le phénomène de fusion que nous avons cons
taté ci-dessus dans la formation des rythmes composés (139).
Or, le mouvement local que nous venons de décrire est le type
parfait du mouvement vocal complet, et des gestes chironomiques
dont nous avons à parler.
§ II. — Le geste simple; son application aux rythmes simples.
192. — Le geste simple est un mouvement local, il doit en avoir
tous les caractères. Le rythme suivant s'y adapte entièrement.
a) Groupe binaire arsique. — Le groupe binaire qui commence
ce rythme a besoin, tout comme la balle, d'une force impulsive
pour le mettre en mouvement. Cette fois le moteur n'est pas une
crosse, mais un ordre qui, partant du cerveau, de la volonté, se
transmet, rapide comme l'éclair, aux organes de la voix et les
met en action pour l'émission des sons.
ig3. — Ce mouvement préliminaire, spontané et d'origine intel-
lectuelle, doit être représenté dans les gestes, par un mouvement
antérieur à la production du son ; nous le figurons ici en pointillé.
Cette figure renferme en réalité deux mouvements :
Fig. iig
Le premier, le pointillé, représente le mouvement subjectif
moteur. 11 se passe dans le silence jusqu'à son point d'arrivée (c).
EXPRESSION PLASTIQUE DU MOUVEMENT RYTHMIQUE. III
Le second, figuré par le plein de la courbe, représente le mou-
vement sonore.
194. — La main doit suivre avec grâce et aisance le tracé des
lignes. Elle sort de son repos au point (a) de la ligne pointillée, se
dirige vers (b), le dépasse, remonte pour redescendre vers (c), fin
de ce premier et rapide mouvement. Là, elle frappe l'ictus ou pre-
mière note du groupe binaire. Cette note centrale est tout à la fois,
comme dans le mouvement local, la fin (c) du mouvement moteur
et le début du mouvement sonore (A). La main, sans le moindre
arrêt et toujours guidée par le tracé graphique, poursuit sa
course, s'élance en même temps que la voix, attaque les deux
notes d'élan, décrit la courbe, fléchit et arrive à l'ictus thétique,
fin du mouvement. Le son de la voix se prolongeant légèrement
sur cet ictus, la main l'imite et prolonge un peu sa cadence.
Tel est le geste simple, geste fondamental que le maître devra
posséder et décrire avec la plus grande aisance, afin de l'inculquer
à ses élèves en même temps que le rythme musical.
195. — Remarque. — Avant de passer outre, faisons reriiar-
quer que le curieux problème (122) de Vélan d'un ictus rythmique,
de Vélan d'une thesis au début d'une phrase se trouve ainsi défini-
tivement résolu. Nous savions déjà, par les rythmes composés,
qu'un ictus central pouvait avoir une double fonction, être thétique
et arsique à la fois ; mais la difficulté subsistait tout entière pour
un ictus rythmique initial. Elle est résolue par la notion du mou-
vement moteur, soit physique, soit spontané, qui précède tout
mouvement soit local, soit sonore. La fin ictique de ce mouvement
explique l'ictus thétique rythmique qui, dans l'analyse élémentaire
ou dans l'analyse par temps composés, affecte la première note d'un
temps composé (125).
A B C
^I N
-f^-
-f-
Fig. 120
Mais la fusion des deux mouvements, au point B, explique
également comment le temps binaire ou ternaire se transforme
en arsis si le grand rythme l'exige.
112
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IX.
196. — b) Groupe ternaire arsique. — Le mouvement rythmique
sonore, avec trois temps à l'élan, se figure de la même manière :
Fig. 121
avec cette différence toutefois que la main décrit une courbe plus
large, afin de donner à la voix la faculté de faire entendre les trois
temps simples qu'elle distribue, à égale distance, sur le parcours
du geste.
197. — c) Arsis unaire. — Le rythme simple commençant par
une arsis unaire
Fig. 122
se dessine exactement comme le rythme commençant par un
temps composé binaire.
n I
Fig. 123
C'est en effet un rythme analogue, mais privé d'une note au
commencement.
-t--y
Fig. 124
\
J
EXPRESSION PLASTIQUE DU MOUVEMENT RYTHMIQUE. II3
Le demi-soupir et la ligne pointillée placés avant Varsis
imaire montrent que la voix ne commence à se faire entendre
qu'au milieu du parcours de la main.
Mais pourquoi ce pointillé et ce soupir }
En principe, une arsis unaire suppose toujours un ictus ryth-
mique, exprimé ou sous-entendu, qui a précédé et sur lequel elle
s'appuie ; de même que, dans la marche, le pied en l'air suppose le
point d'appui d'où il est parti.
Cet ictus se trouve exprimé dans les exemples suivants où
\ arsis est binaire et ternaire respectivement :
Fig. I2S
Il est sous-entendu lorsque Varsis est unaire
Fig. 126
198. — Le mouvement sonore supporte fort bien la suppression
de cet ictus rythmique ; car un rythme musical peut commencer
à n'importe quel instant d'un temps composé. Bien plus, un rythme
peut commencer par sa thésis / (1)
En ces circonstances, la voix, en dépit des libertés qu'elle prend,
n'est pas absolument indépendante de l'être physique qui l'émet,
du rythme intérieur qui, lui, est soumis aux lois ordinaires du
mouvement local. Aussi, tandis que la voix s'en affranchit, il reste
cependant qu'au fond de notre être le sentiment du mouvement
local agit et supplée silencieusement, lorsqu'il en est besoin,- à tout
(i) Ce fait, si fréquent en musique moderne, est ainsi décrit par Mathis Lussy:
« Un rythme peut avoir sa note initiale et sa note finale non seulement sur
chaque temps fort ou faible de la mesure, mais encore sur chaque portion .de
temps. Le rythme final seul doit tomber au commencement d'un temps. î>
Lussy. Traité de l'expression musicale, p. 22-23. — Paris. 1874.
114 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IX.
ce qui manque à la sensation auditive, par le rythme intérieur
qui vit en nous. Cette adjonction instinctive devient visible si le
geste accompagne la voix pour la suivre dans ses évolutions
mélodiques et rythmiques.
Les meilleurs théoriciens modernes ne font aucune difficulté de
reconnaître qu'un frappé au début d'une pièce musicale est tou-
jours précédé d'une anacruse sous-entendue. Lanacruse n'est autre
chose que notre levé, notre élan
199. — d) Départ rythmique arsique ou thétique. — Déjà nous
avons dit qu'un départ sonore au levé suppose toujours une thésis
préliminaire. Donc, pour embrasser cette question du départ
rythmique dans tout son ensemble, il faut dire que tout départ
sonore — arsique ou thétique — suppose toujours un mouvement
préliminaire moteur.
Si le départ sonore est un élan, un temps composé arsique, le
mouvement préliminaire chironomique sera thétique, car il faut
partir d'en bas pour se relever : il arrivera de droite à gauche.
Fïg. I2J
Si le départ sonore est un temps composé thétique, le mouvement
préliminaire chironomique sera arsique; car pour frapper il faut
partir d'en haut. Il se fera de gauche à droite.
i
?^*^
^
Ve-sti- mén- tum
FiiT. 128
200. — La raison fondamentale de tout ceci, c'est que le mou-
vement préliminaire insible n'est lui-même qu'une continuation
EXPRESSION PLASTIQUE DU MOUVEMENT RYTHMIQUE. II 5
extérieure du mouvement intime de notre être qui commence avec
notre vie. La vie. c'est le mouvement.
Tout s'enchaîne ici merveilleusement :
A la base, le mouvement rythmique général de notre être ;
Puis, le mouvement moteur spontané qui pressent, prépare,
détermine le rythme sonore qui va se faire entendre, s'accorde et
s'allie avec lui : le geste chironomique préliminaire n'en est que
la figuration ;
Enfin, le mouvement rythmique et mélodique sonore qui, lui
aussi, a sa représentation fidèle dans les gestes manuels du chef
de chœur.
201. — e) Figuration d'une suite de gestes simples. — Avant de
passer à l'étude des gestes composés, disons qu'une suite de gestes
simples, se succédant régulièrement, peut se représenter par un
8 renversé,
Fig. I2Ç
dont la boucle de gauche serait un peu plus élevée que celle de
droite. Pour s'exercer la main, il est bon de s'habituer à suivre ce
tracé, en repassant plusieurs fois sur la même ligne.
. ARTICLE 4. — LES GESTES COMPOSÉS.
202. — Le geste simple étant connu, il est facile de passer aux
gestes composés. Nous ne parlerons plus du geste jnoteur prélimi-
naire, puisque nous venons de l'étudier : il est toujours supposé.
a) Gestes arsiques composés. — L'élan simple étant indiqué,
comme nous le savons, par la courbe graphique et manuelle
suivante :
Fig. 130
I l6 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IX.
l'élan double sera figuré par la répétition de ce même signe, le
second étant plus élevé que le premier.
Arsis Arsis Thésis
_,r3_;j — ^
Fig. 131
La fusion rythmique est représentée par la boucle.
S'il y avait triple élan, le signe simple se répéterait trois fois,
toujours en montant.
203. — b) Gestes thétiques composés. — Voici comment on peut
figurer la thésis double :
Aksis Thésis Thésis
9-é- •-•-
1-2 3-4 S
Fig. 132
Après l'élan 1-2, la main retombe sur la première thésis 3,
se relève légèrement sur la note 4 et glisse doucement sur la
dernière thésis 5.
Trois thésis de suite ne sont pas rares dans le grand rythme
grégorien.
204. — Il est évident qu'un rythme peut avoir à la fois une
arsis et une thésis composées ; le geste devra lui aussi reproduire
cette marche du rythme.
Arsis Arsis Thésis Thésis
n n n I
^
s
0
^ ^ ^ V.
^ g ïï ç
^ ^ « 'i ^ jj j3
^ è> ^ ^ ^4i Si
C -fe ^ '^
ç: C
hîp i3 2 g g
• • • •
^ooOO-e"*-
"tL 0.0-0.0.3 15 sg
^8 8 8 8-^11
I I I I a-P. ^
y SI s<
EXPRESSION PLASTIQUE DU MOUVEMENT RYTHMIQUE. II 7
I
La distinction entre les arsis et les thésis composées est facile
à saisir. La boucle indique toujours une répétition de l'arsis, un
nouvel élan; la ligne ondulée descendante, celle de la thésis. Toute
confusion est impossible lorsque les gestes sont bien faits.
205. — Le moyen le plus sûr et le plus prompt pour faire bien
comprendre ces règles de direction chorale est de mettre sous les
yeux du lecteur la planche ci-contre avec son explication. A mesure
que l'étudiant avancera dans la lecture de notre Rythmique, il en
comprendra mieux l'importance et la disposition. Souvent il
devra y revenir ; car, ce tableau représente les ondulations mélo-
diques, rythmiques et intensives qui se retrouvent avec quelques
variétés, dans toutes les phrases grégoriennes.
Rythme Grég. — 8
CHAPITRE X.
LE RYTHME ET LA MESURE.
ARTICLE 1. - DIFFÉRENCES ENTRE LE RYTHME ET LA MESURE.
206. — Il est maintenant bien facile de tracer les différences
profondes qui existent entre le rythme et la mesure. Celle-ci du
reste n'est en chant grégorien qu'un temps composé binaire ou
ternaire (217).
— H-V- ou \rnA-
Soit le schéma suivant qui permettra de saisir d'un rapide coup
d'oeil les traits qui les distinguent :
RYTHME-INCISE
(S JT
Rythme
if.LÉMENTAIRE
Rythme
élémentaire
Mesurf-
ou temps composé
Rythme
élémentaire
Mesure
on TEMPS COMPOSÉ
Ftg. 135
207. — F différence : Les rythmes chevauchent sur les barres
de mesure; tandis que les mesures sont renfermées entre deux
barres.
208. — 2^ différence, conséquence de la première : Les rythmes
se terminent tous sur l'ictus rythmique après la barre de mesure ;
Les mesures commencent sur l'ictus rythmique et ont leur fin
avant l'ictus rythmique, immédiatement avant la barre.
Ces deux premiers traits de disparité ne sont que la manifesta-
tion extérieure graphique, d'une différence plus essentielle.
209. — 3^ différence : Le rythme, surtout le rythme composé ou
grand rythme, est un organisme complet, parfait, en possession de
LE RYTHME ET LA MESURE.
119
membres harmonieusement disposés, un être doué d'une vie propre
et indépendante, et auquel il ne manque rien. Le rythme a un
eommencement ou élan (arst's) et une fin ou repos {thesis); il donne
à l'auditeur l'impression d'un tout complet, se terminant, selon les
cas, sur un repos provisoire ou définitif.
La mesure — ou temps composé — n'est qu'une partie de
rythme, un membre isolé qui, par lui-même, n'a pas de place fixe
dans le rythme ; c'est une pierre taillée qui attend sa place dans
l'édifice de la phrase ; c'est un membre mort qui attend d'être uni
au corps qui lui communiquera la vie.
Prenez une mesure à deux temps ou à trois temps. A,
210.
{Fig. 136) et voyez ce qu'en va faire le rythme.
-D-
m
Mesure
Mesure
Mesure
-J-J—\—,
Mesure
S ~s —
Thésis
h I n
f — I —»~é—
Mesure
Thésis
Mesukf
o i-^
(S s N (S CT
Arsis <7« Thésis Arsis (?;< Tniisis
_p'_J — — fi — ou ^ ' -■ J J I J
Mesure
Mesuke
Ft^. 136
En B, il lui donne le caractère d'un élan, d'un début (arsis) ;
En C, il en fait une arrivée (thésis féminine) ;
En D, il la met au centre d'un rythme-membre oCi elle peut,
selon les cas, remplir le rôle d'arsis ou de thésis.
120
PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X.
211. — 4^ différence : Le rythme est indivisible. Les deux moments
qui le composent sont aussi indivisibles que \ inspiration et \ expi-
ration dails la vie humaine; l'une suit l'autre nécessairement.
Entre les deux moments du rythme, il ne peut y avoir solution
de continuité, car la thésis est le complément naturel, indispen-
sable de \ arsis-élan. La balle lancée dans les airs doit accomplir
sa cadence, sa chute, sa thésis.
La mesure est divisible, bien qu'elle ne soit pas toujours divisée.
Dans les exemples donnés plus haut, les éléments de la mesure
binaire et de la mesure ternaire sont intimement unis ; ils forment
une entité tne'trigue, un unique temps composé de par la volonté du
rythme. Mais voici que le rythme va briser en deux tronçons la
mesure binaire ; c'est son droit et il en use avec autant de fréquence
que de facilité.
T
U-
^\.
^
TT
"~a N
h h! h
Mesure binaire
appartenant a del'x rythmes
Fi^. 137
La 5e mesure appartient à deux rythmes : sa première note est
la thésis de X antécédent; la deuxième note est l'arsis du subséquent.
Le rythme fait de la mesure ce qu'il veut : il en réunit les élé-
ments, ou les disloque à sa guise et, tout cela, naturellement et
sans secousse.
ARTICLE 2. - RAPPORTS ENTRE LE RYTHME ET LA MESURE.
212. — Par elle-même, la mesure n'est rien; c'est au rythme
seul qu'elle doit son existence. Par elle-même, elle n'existe pas plus
que les vestiges des pas sur le sable avant que l'homme ait passé.
Le rythme lui aussi marche, et les premiers temps de mesure ne
sont que les vestiges de ses pas.
213. — Avant d'être un premier temps de mesure, le touchement
qui le marque est le dernier d'un rythme soit élémentaire, soit com-
posé. Ce qui caractérise le premier temps de la mesure c'est qu'il
est le point d'arrivée, fort ou faible, du rythme. Là où le rythme
LE RYTHME ET LA MESURE. 121
s'abaisse et prend pied, là où il laisse un appui, une trace si
légère soit-elle, là est le début de la mesure. Entre rythmes et
mesures, il y a un entrecroisement, un enchaînement continu :
Rythme Rythme Rythme
Mesure Mesure
ou temps composé ou temps composé
214. — Le rythme est donc le seul facteur de la mesure; plus
encore, il lui donne sa dur^e : la marche du rythme est binaire ou
ternaire, nous venons de le voir, et c'est lui seul qui la détermine.
Il se prête volontiers dans le rythme mesuré à une marche régu-
lière ; dans le rythme libre (chant grégorien) il mélange, il varie,
comme il l'entend, la longueur de ses pas.
215. — On a voulu expliquer cette loi de binarité et de ter-
narité par une prétendue exigence métrique, purement dynamique,
de l'oreille qui aurait besoin, dit-on, d'un temps fort de deux en
deux ou de trois en trois unités pour se reconnaître au milieu de
la multitude des unités premières, et les grouper en mesures. Non,
ce qu'exige l'oreille, nous le savons, c'est ce sentiment de lon-
gueur, de repos, d'appui même le plus minime, se produisant de
deux en deux ou de trois en trois unités. C'est cette perception de
l'appui et du repos, non celle du temps fort, qui lui permet de
grouper, non en mesures, mais en rythmes vivants et complets
(élémentaires ou composés) la poussière des unités premières.
216. — A la lumière de ces faits, la mesure nous apparaît sous
un aspect très différent de celui que les modernes se plaisent à
lui attribuer.
Ils la décrivent en trois traits :
a) Temps initial fort, ictus métrique, frappé,
b) Apparaissant de deux en deux, ou de trois en trois notes,
c) A intervalles égaux.
Or, de ces trois notions, une seule, la seconde, résiste à l'examen
des faits, et encore en sort-elle toute transformée.
122 PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE X.
Là OÙ les modernes ne voient que le levé et le dernier temps
d'une mesure, nous voyons l'élan, le début, le premier temps
simple ou composé d'un rythme ;
Là où ils voient le frappé et le premier temps fort de la mesure,
nous voyons l'arrivée, la fin, le repos, le dernier temps d'un
rythme.
217. — En chant grégorien, la mesure ne dépasse jamais trois
temps ; elle n'est en définitive qu'«« temps composé, binaire ou ter-
naire, et nous préférons de beaucoup pour la désigner, cette der-
nière expression. Cependant si l'on conserve le mot mesure, nous
n'y voyons pas d'inconvénient. Alors il faut la décrire ainsi :
La mesure n'est qu'une partie de rythme ; elle est l'espace com-
pris entre deux appuis ou ictus rythmiques. Lorsqu'elle est com-
plète, elle commence sur un premier appui et va jusqu'au suivant
exclusivement.
^t
-f-
-f
-9-9-
Mesure
a) Son temps simple INITIAL sert de point d'appui, d'arrivée à
un rythme finissant (ictus rythmique) — il est fort ou faible
selon la volonté du rythme.
b) Cet ictus apparaît de deux en deux ou de trois en trois temps
premiers, parce que, entre deux appuis, il faut nécessairement un
élan, un levé.
c) Il apparaît à intervalles égaux dans le rythme qu'on est con-
venu d'appeler mesuré, et à intervalles inégaux dans le rythme
libre, celui des mélodies grégoriennes.
Nous n'avons pas besoin de dire que cette théorie du rythme et
de la mesure s'applique au rythme libre ou au rythme mesuré, se
développant d'après les lois ordinaires d'une marche régulière.
Nous n'ignorons pas que le rythme n'est nullement tenu à cette
succession calme et pacifique de ses mouvements; il a en lui-
même la faculté d'exprimer tous les sentiments qui peuvent
ébranler le cœur de l'homme, depuis la paix la plus pure et l'ordre
le plus parfait qui conviennent au chrétien chantant la louange
LE RVTHMH ET LA MESURE. 123
divine, jusqu'aux tempêtes et au chaos des plus violentes passions.
« Il n'est aucune partie de l'art où la relation entre l'objet à
exprimer et le moj'en d'expression se montrent plus à nu que
dans le rythme qui réalise le mouvement sous une forme saisissable
il tout homme (i)». En eflet, le rythme a mille moyens pour
exprimer les soubresauts et les chocs des passions. Mais rien ne
prouve mieux que ces heurts l'existence des règles fondamentales
que nous avons posées ; car il n'y a choc que parce que le rythme
s'écarte sciemment des lois ordinaires qui règlent sa marche ; de
même que le pauvre boiteux ne cloche désagréablement à trois
temps que parce que la marche naturelle de l'homme est à deux
temps.
(l) Gevaert, Histoire et théorie de la Musique de V antiquité, II, p. 118.
CHAPITRE XL
LA SYNCOPE.
219. — Quoique la syncope ne soit pas en usage dans le chant
grégorien, des notions précises sur ce phénomène rythmique ne
peuvent qu'éclairer ce que nous venons de dire, et mettre le
chantre en garde contre un procédé prohibé.
220. — La syncope est un trouble apporté dans la succession
régulière des élans et des repos du rythme.
Ce trouble se produit tout d'abord :
a) Entre Varsis et la thésis, par la contraction en une seule note
de l'arsis et de la thésis d'un même rythme,
Soit les rythmes suivants :
e^ii
La forme syncopale de ces rythmes serait :
m
3^EÏ
^
L'opération s^mcopale se fait ici par la totale omission de l'ictus
thétique de chaque mesure, ce qui produit la fusion irrégulière
de l'élan et du repos. Or, cette suppression a pour effet naturel
de tromper notre attente et de produire un ébranlement rythmique
qui est, à proprement parler, le fruit de la syncope. On dirait un
faux pas où, par suite d'un degré qui manque, le pied surpris est
forcé de chercher plus loin l'appui qu'il ne trouve plus à la distance
accoutumée.
LA SYNCOPE. 125
221. — On suppose ordinairement que, pour produire la syncope
si usitée dans notre musique moderne et dans la musique poly-
phonique, la mesure intensive avec son premier temps fort est
nécessaire. Il n'en est rien ; car les syncopes ci-dessus peuvent se
présenter aussi bien dans une série de rythmes ictiques faibles (A)
que dans une série de rythmes ictiques forts (B).
Fi^. 142
Si on syncope ces rythmes, comme dans l'exemple 141, l'opéra-
tion se fait uniquement dans les deux cas, non par la suppression
totale d'un temps fort, mais par la totale omission de \ ictus thétique
fort ou faible. La force plus ou moins intense de cet ictus n'a rien
à faire ici ; ce n'est pas une question de plus ou de moins, ce n'est
pas un affaiblissement, mais bien un anéantissement complet de
l'ictus thétique.
222. — Toutefois l'ébranlement produit par la syncope musicale
peut être plus ou moins violent. Dans un morceau où tous les pre-
miers temps de mesure sont très fortement et très régulièrement
marqués, l'effet syncopal sera aussi très violent, surtout si la force,
comme il arrive communément, se reporte en arrière, au temps
levé. En effet à la secousse rythmique déjà si rude, se joint un effet
dynamique haletant, dur, qui vient la renforcer. Prenez au con-
traire un genre où la marche rythmique pure s'affranchit de la
mesure intensive, où souvent le levé est fort, le baissé faible,
comme dans la musique josquinienne ou palestrinienne, alors les
syncopes prennent un tout autre caractère. Elles sont toujours
une anomalie rythmique ; mais elles ne sont que cela. La dynamie
n'y joue aucun rôle ; elles s'adoucissent et ne sont guère que des
126
PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE XI.
entrelacements de rythmes qui donnent, lorsqu'ils ne sont pas
prodigués, de la grâce et de la variété à la mélodie.
223. — Le trouble dans la marche rythmique se produit aussi :
b) Entre la thésis et Varsis. Ce cas se présente dans les rythmes
ternaires, lorsque l'ordre, le poids régulier de l'arsis et de la thésis
est interverti.
L'ordre régulier est le suivant : i temps à l'arsis, 2 à la thésis :
Arsis
Thésis
2-3
L'ordre irrégulier sera donc : 2 temps à l'arsis, i à la thésis
Arsis
Thésis A
Th a
1 1
Th
\ J
J -'
i
\ A "^1
: f ^1
r ^
! ' 2-3 1
! I 2-3 1 '
I 2-3
Mesure
Mesure
Mesure
Fig. 144
Le deuxième temps de la mesure ternaire, {fig. 144), au lieu
d'appartenir à la thésis, comme dans \^ fig. 143, sert de point de
départ à l'arsis qui se trouve ainsi irrégulièrement anticipé d'un
temps. La fusion, la syncope, se fait ici entre la 2^ note de la thé-
sis régulière (2^ temps de la mesure) et la note arsique suivante
(3e temps de la mesure). Il y a surprise et secousse syncopale
parce que le pied après s'être posé sur la thésis trouve trop tôt^
sans avoir eu le temps de se reposer et de se relever, un autre
degré contre lequel il vient se heurter.
Si la longue se dédouble en deux notes distinctes ayant chacune
leur ictus individuel :
*-é-
LA SYNCOPE.
127
le groupement irrégulier persiste — deux notes à l'arsis, une note
à la thésis — et l'efTet syncopal est à peu près le même. Toutefois,
cette dernière forme peut parfois être tolérée dans le cours d'une
mélodie, lorsque la disposition des notes, des mots, la prononciation
des voyelles et une exécution habile parviennent à dissimuler le
groupement irrégulier des notes. L'effet est alors celui d'un seul
temps composé ternaire :
,lj au lieu de
h\^. 14.6
F^ç. 147
224. — Un groupement de notes, même distinctes, peut donc
amener un effet de syncope, si ce groupement n'est pas conforme aux
lois rythmiques fondamentales que nous venons d'exposer.
225. — Dans une mesure à trois temps, la seule division natu-
relle est par conséquent la suivante :
-Ji
Th
-f—
2-3
ÏH
-^-i-A
Th
-i^l-;-
2-3
-f-ê-
Fig. 148
Th
.t
2-3
Th
c'est-à-dire, un temps à l'arsis, deux temps à la thésis ou
encore, celle-ci :
Fig. 14Q
pourvu que les trois notes forment un unique temps composé.
128 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XL
226. — L'effet de syncope est étranger à l'art grégorien, soit
à l'intérieur des phrases, soit surtout aux cadences. La secousse,
l'agitation produite par la syncope répugne totalement au calme,
à l'ordre parfait, à la paix qui est le caractère essentiel de la mélo-
pée liturgique (i).
(i) Cf. un excellent article de M. G. Bas : La sincope e V accompagnamento
del canto gregoriano. Rassegna Gregoriana, Luglio-Agosto. 1907. Col. 303 et ss.
DEUXIÈME PARTIE.
LA MÉLODIE.
SON APPLICATION AU RYTHME.
DEUXIEME PARTIE.
LA MÉLODIE.
SON APPLICATION AU RYTHME.
I. — Des sons répétés sur une seule corde et groupés en incises,
membres, phrases, ont été jusqu'ici la seule matière dont nous
nous sommes servis pour exposer les principes fondamentaux de
la science rythmique.
Maintenant il faut aller de l'avant, et aborder une matière à la
fois plus intéressante et plus complexe : la Mélodie pure, la Mélodie
sans parole. Le texte, plus complexe encore, sera étudié ultérieu-
rement. Cette matière nouvelle, en s'adaptant aux divers schémas
rythmiques déjà connus, leur apportera un accroissement de
grâce et de beauté, que des rythmes à l'unisson sont incapables
de procurer.
Néanmoins, qu'on ne s'attende pas encore à trouver, dans cette
seconde partie, une étude de la phrase mélodique musicale grégo-
rienne arrivée à son plein développement. Avant d'en arriver là,
il est nécessaire de faire connaissance avec les premiers éléments
ou matériaux mélodiques et rythmiques qui servent à sa forma-
tion : notes, groupes de notes avec leur valeur et leur exécution.
Tel est le but précis de cette importante division.
Ce qu'il importe de connaître tout d'abord, ce sont les signes
graphiques qui représentent les sons variés de la Mélopée grégo-
rienne.
Ces signes sont de deux sortes :
Les signes mélodiques, c'est-à-dire ceux qui représentent les
intervalles ;
Les signes rythmiques, qui ont pour but de figurer les éléments
qui concourent plus spécialement à la formation du rythme, durée,
intensité, et, par suite, mouvement rythmique d^élan et de repos.
CHAPITRE I.
LES SIGNES MÉLODIQUES.
Origrine, noms, formes des notes et des groupes de notes.
ARTICLE 1.
LES ACCENTS GRAMMATICAUX ET LA MÉLODIE DU DISCOURS.
2. — Les signes mélodiques sont dérivés de la mélodie même du
langage, ou, d'une façon plus précise, des accents usités chez les
anciens pour noter les inflexions du discours.
Le langage, en effet, possède une mélodie qui lui est propre.
Mais les intervalles incertains, variés, spontanés, qui la composent,
ne pouvant se réduire à une gamme déterminée, elle échappe
nécessairement à une fidèle représentation graphique. Aussi les
grammairiens, laissant aux orateurs toute liberté pour l'invention
et la construction de la mélodie oratoire ou phraséologique, se
sont-ils contentés d'indiquer vaguement Vintonation des mots isolés
au moyen de signes figurant Vélévation ou Vabaissement des
syllabes,
3. — A cette fin deux signes générateurs simples suffisaient :
a) L'accent aigu {acutus') pour l'élévation de la voix; on le
traçait de bas en haut : {Fig. i) J
b) L'accent grave (gravis) pour l'abaissement de la voix ; on le
traçait de haut en bas : {Fig. 2) \
4. — Une même syllabe pouvant soutenir deux inflexions de la
voix, on pourvoyait à la notation de ces cas mélodiques par la
combinaison des deux accents simples. On avait :
a) L'accent circonflexe {Fig. 3) /^ note aiguë, note grave ;
b') L'accent anticirconflexe {Fig. 4) v note grave, note aiguë.
5. — La signification de ces accents grammaticaux était, dès
l'origine, purement mélodique (cf. Paléographie Musicale, I, p. 97),
c'est-à-dire que les grammairiens n'y attachaient aucune idée de
durée ou (\t force. Ils appartenaient uniquement à V ordre mélodique.
(Cf. ci-dessus, I, 13, 14.) L'accent n'était pas long; il valait, aigu
LES SIGNKS MÉLODIQUES.
133
OU g^ravc, u}i tcuips simple, pas davantage. Lorsqu'une syllabe
valait deux temps simples — soit un temps composé binaire, —
elle portait deux accents simples, réunis en un seul groupe :
l'accent circonllexe, ou l'accent anticirconllexe.
Ex. : Roma = RôÔmâ = Româ.
6. — Enfin un troisième accent simple, Xapostropha ( ' ) a passé
dans la notation musicale, en donnant naissance à tous les signes
neumatiques qui ne sont pas dérivés de l'accent aigu ou de l'accent
grave. En sorte que, sauf le gtiilisnia dont on parlera plus loin, la
notation musicale, dite accentuation neuniàtique, ne met en œuvre
que trois éléments générateurs simples, trois accents empruntés à
la grammaire : \ accent aigu et \ accent grave pour les intonations ;
Xapostropha dont on verra la destination spéciale.
Ces courtes notions sur l'accent suffisent ici. Que l'on se sou-
vienne seulement que l'accent aigu n'est qu'une note, une élévation
musicale. Dans la troisième Partie, nous traiterons plus expressé-
ment de l'accent et de sa valeur soit intensive, soit quantitative
dans les mots ( i ).
(i) Il n'est pas inutile de rappeler ici que les grammairiens latins reconnais-
saient onze accents :
En notation neumatique :
I
'aigu .
{Fi}i. 5)
/
Virga
2
e grave
6
>
. Accent grave ou punctum
3
e circonflexe
7
A<
. Clivis
4
'anticirconflexe .
8
V
Podatus
5
e long
9
—
. Signe romanien, épisème
6
e bref
10
\J
7
"apostropha
II
5
Strophicus
8
'hyphen (ou trait d'un
ion) 12
-KJ-
9
'hypodiastole .
• 13
.r\.
10
e dasea .
14
\-
aspirations. (Notation dasienn
II
e psile
'S
H
Or, sur ces onze accents, la notation neumatique en emploie six, à savoir :
I" Les quatre premiers pour l'intonation,
2° L'apostropha,
3° Le long, dans la notation romanienne.
Enfin l'habitude d'avoir recours aux accents pour écrire la musique était
tellement forte au moyen âge, que l'auteur de la Musica Enchiriadis employa
le dasea et le psile, tournés et retournés en tous sens, et inventa la notation
dasiemie, ce qui porte à huit le nombre des accents transformés en notes
musicales.
Rythme Grég. — 9
134 DEUXIÈME PARTIE. —CHAPITRE I.
ARTICLE 2.
NEUMES ACCENTS DÉRIVANT DES ACCENTS AIGU ET GRAVE.
§ I. — Noms et formes des notes simples et des groupes.
A. Notation chironomique.
7. — En devenant mûmes ou notes musicales, les accents aigu
et grave ne subirent d'abord dans leur forme que de légères modi-
fications — sauf, en certains cas l'accent grave — ; mais ils
reçurent d'autres noms, suggérés par leur forme elle-même.
U accent aigu devint la virga des neumes : {Fig. 16) / et V accent
grave, employé seul, se transforma tnpunctum et en prit le nom :
{Fig. 17) -
8. — Allié à l'accent aigu, l'accent grave garda à peu près sa
forme :
L'accent circonflexe devint la clivis : {Fig. 18) /l
Enfin V accent anticirconflexe devint \<t pes oupodatus : {Fig. iç)JJ
g. — Dans la musique, les combinaisons d'accents sont naturel-
lement plus nombreuses que dans le langage; de là, des neumes-
groupes de trois, quatre, cinq notes et plus.
Neumes de trois notes : (i)
Torculus (machine à presser) {Fig. 20) J\ accent grave, accent aigu,
accent grave.
Porrectus {allongé) 'f {Fig. 21) /!/ a. g. a.
Scandicus {scandere, monter) {Fig. 22) • &• S-
Climacus {yXl^ko.^, échelle) {Fig- 23) /•. a. g. g,
etc., etc., etc.
Cette notation (2) est dite chironomique (^stp, main; mô^qc^ régie)
parce que les accents ne sont que des signes graphiques, repré-
(i) Au cours de ce Traité, nous employons les noms des groupes neumatiques
en usage depuis une trentaine d'années dans les livres de chant grégorien.
Plusieurs de ces dénominations auraient besoin d'être révisées et, en particu-
lier, celle du porreélus; cependant la commodité de ces termes nous engage à
les maintenir pour le moment.
(2) Cf. Paléog. Music. Notation chironomique t. I, p. 98 et ss.
LES SIGNES MÉLODIQUES. 135
sentant les mouvements d'élévation et d'abaissement que la
main faisait en les traçant.
lo. — Exemples de notation chironomique.
Z'?;^. 24. — Zurich, Bibl. cantonale, N. 71. Graduel de Rheinau, Suisse, i" 26. XP siè-
cle. Neumes- accents.
vmwLymjL bmir mdo modo
lîtim- • V Ailaiiimmîian.
Fig. 24". ^- Zurich, Bibl. cantonale, N. 75. Graduel des environs de Rheinau, f^ 8.
XJII^ siècle. Neumes- accents.
B. Notation diastéinatique.
II. — Cependant cette accentuation musicale conservait, de
son origine même, un grave défaut : elle indiquait assez bien les
élévations et les abaissements de la voix, mais sans préciser l'in-
tervalle que celle-ci devait franchir. L'élève mis en face des neumes
(fig. 24) ne pouvait s'en servir ; la présence du maître était néces-
saire pour les utiliser. Celui-ci devait, en chantant, faire entendre
les intervalles et suppléer ainsi, par l'exemple, à l'insuffisance de
la notation. De son côté, l'élève répétait docilement ce qu'il enten-
136 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I.
dait et, à force de patience et de mémoire, apprenait par cœur
toutes les mélodies de l'Antiphonaire grégorien. Les accents neu-
matiques lui fournissaient seulement le moyen de guider et de
rafraîchir sa mémoire. En de telles conditions, il fallait de longues
années d'études pour posséder en son entier le répertoire musical
de l'Église.
Dès lors, un devoir s'imposait aux notateurs : celui de perfec-
tionner la notation chironomique en la rendant claire, intelligible
au premier coup d'œil. Les essais tentés dans ce sens arrivèrent
peu à peu à un excellent résultat. Les copistes, en écrivant les
neumes, en vinrent assez naturellement à disposer les notes à des
hauteurs diverses, suivant la différence des intervalles. Les pre-
miers vestiges de cette notation diastématique {^ly.avr^ii.a.xa., inter-
valles) se voient jusque dans les manuscrits neumatiques les plus
anciens.
12. — Ils ne s'en tinrent pas là. Pour lever toute hésitation,
ils tracèrent d'abord une ligne horizontale autour de laquelle ils
échelonnèrent les notes. Puis, pour plus de précision encore, ils
ajoutèrent une seconde, une troisième, une quatrième ligne, la
portée musicale fut trouvée.
13. — Enfin l'invention des clefs (II, 131) acheva le perfection-
nement de la notation ( i ).
Les neunies-accents légèrement modifiés furent placés sur cette
échelle, et la lecture en devint des plus aisées.
14. — Exemples de notation diastématique.
rfj-^r:, — -j
.>t>'^/;i P ' \ _J *;_*"z' .
Fig. 2j;. — Londres, Musée Britannique, Add. n. 18031-2. Missel plénier de Stavelot,
P 213^. XIII*-" siècle. Neumes-accents sur lignes.
(1) Cf. Pali'og. Music. Notation diastématique t. I, p. 122 et ss.
LES SIGNES MÉLODIQUES.
«37
Fig. 26. — Londres, Musôc Britannique, Add. n. 12194. Graduel de Sarum, f° 102*.
XIII'= siècle. Neumes-accents sur lignes.
16. — Avant de passer à l'étude des intervalles et du solfège,
il faut d'abord apprendre la forme graphique des notes et des
groupes, tels qu'on les trouve sur lignes, soit dans la notation gré-
gorienne, soit dans les transcriptions qui en sont faites en notation
moderne. Pour la commodité du lecteur, on réunit ici dans un
même tableau toutes les notes simples, même celles qui dérivent de
l'apostropha (II, 28 et ss.). On joint aussi le signe du quilisina,
et les pun6lîims iâîiques ( i ).
A. Notes simples.
Noms
Figures
Transcription
et valeur musicale
PUNCTUM CARRÉ
PUNCTUM CARRÉ
AVEC ICTUS
DE SUBDIVISION
PUNCTUM LOSANGE
PuNCTUM LOSANGE
AVEC ICTUS
DE SUBDIVISION
h
K
1
■
— J f
-r-
V
-
0
^■'
_i k
n
— ? f
--N-
^
-^
-f
V
3
♦
— j — f —
-Ji__
V
-
4
h j
L
»
_^1
-Fi—
-P
(i) On sait, en effet, que les lois du rythme exigent un touchement, un appui
(iéîus) de deux en deux ou de trois en trois temps simples. Le chant grégorien
n'échappe pas à cette loi essentielle ; par suite, la notation, pour être claire, doit
tenir compte de cette exigence. Ces subdivisions rythmiques, nécessaires dans
les longs groupes, sont indiquées par Vépishne (I, 67). Le lecfleur est familia-
risé avec ce petit trait vertical ajouté aux notes affed\ées de l'iclus rythmique.
Dans nos livres de chant, au lieu de le marquer chaque fois, comme dans les
exemples de la première partie de cette Méthode, on ne l'emploie que lorsque
la forme du groupe n'indique pas par elle-même la place de ces i<flus.
138
5 ViRG'A
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I
=3
Â=X
^
Apostropha
Oriscus
— n — ' —
♦ ■
P *
^ ' Il ■
* ■
^
8 QUILISMA
Ftg. 27
Dans les éditions solesmiennes de l'Édition Vaticane, les épisèmes
seront marqués ainsi :
^Fig.28) ♦, I ■ ;
Quelle que soit leur forme, toutes ces notes ne valent qu'un seul
temps simple.
Exercice I.
17. — Rechercher, dans les livres de chant grégorien, {Liber
Usualis, Kyriale Vatican, édition de Solesmes) les notes simples
et leur donner leur nom.
18. — B. Neumes de deux notes.
Noms
9. Pes au Pc DAT us
10. Clivis
Figures
Transcription
et valeur musicale
1
^m
\
\
^^m
î
Fig. 29
Remarques. — a) Dans le podatus, la note du bas s'exécute
la première.
LES SIGNES MÉLODIQUES.
139
b) On peut encore rattacher aux groupes de deux notes la virga
redoublée ou bivirga.
-x
^
PP 1^ — ou
Fif:- 30
^
c) Aux groupes de deux notes, comme aussi à tous ceux qui
vont suivre, peuvent être ajoutés des points et des épisèmes, ou
encore un petit trait — épisème horizontal — indiquant le retard.
Exemples :
Pbs
avec point
Pes
avec 2 points
Pes RBTARDé.
g
^
Ctrvis
AVEC POINT
Cuvis
AVEC 2 POtWTS
ClIVIS RETARDÉE.
%
m
^
-^
^
Cuvis
AVEC ÉPISÈME
Fî^^' 31
m
Exercice IL
19. — Rechercher, dans les livres de chant, les groupes de deux
notes et leur donner leur notuL.
20. — C. Neumes de trois notes.
Noms
POKRECTUS
ToKCcnLcs
Figues
Transcription
et vsrieur musicale
^3
— rfte — ^ E —
—^
I40 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I.
Noms Figures Transcription
et valeur musicale
13. SCANDICUS
\i. Salicus
J !f1 J ^^E^^M
^ "^^^m
ir,. CUMACUS y. ' ♦ V J^!ÇI=d^U J_a— I
' * » ^-J • ^*>j
Remarques. — à) Quand le scandicus est terminé par une virga,
cette dernière note est ordinairement, dans une notation bien
comprise, affectée de l'ictus rythmique :
3t= EE3?;
Pig-33
b) Le scandicus et le climacus peuvent, sans changer de nom, se
composer de quatre, cinq notes et même davantage.
?=?= EE^^EE^*
^^fc^ ~^^-^-S^
Fig- 34
c) Le salicus peut ou non avoir ses deux premières notes à
l'unisson.
Exercice III.
21. — Rechercher, dans les livres de chant, les groupes de trois
notes et leur donner letir notn.
22. — D. Neumes de quatre notes et plus.
Un seul terme suffit pour nommer les neumes précédents. On
donne aux groupes plus longs des noms composes. Chaque groupe
LES SIGNES MÉLODIQUES.
141
est désigné d'abord par le nom du neume qui en est, pour ainsi
dire, le noyau ; puis on lui ajoute un qualificatif qui le spécifie.
Ces qualificatifs sont au nombre de trois : flexus, resupinus,
subpunâîis.
a) Flexus (fléchi). — On qualille ainsi les neumes qui, terminés
normalement à l'aigu, — porre6lus, scandicus, salicus — , fléchissent
encore d'une note vers le grave.
Noms
Figures
Transcription
et valeur musicale
16.
PORRECTUS
FLEXUS
17.
SCANPICUS
FLEXUS
is.
Salicus
FLEXUS
^
^
?ï:
3
:S
i«ï:
%
ii^^
i^iS- 35
h) Resupimis (retourné vers le haut). — On qualifie ainsi les
neumes qui, terminés régulièrement au grave — torculus, climacus,
— se relèvent ensuite vers l'aigu pour finir en haut.
Noms
l".l. ÏORCULUS
RESUPINUS
Figures
^^
Transcription
et valeur musicale
::im:
t!LtËi
S=
20. Climalus
resupinus
:îv
^^^
Fig. 36
c) Subpunclis. — On qualifie ainsi les neumes qui, terminés par
une virga, — podatns, porreclus, seandicus, etc. — sont suivis de
punclums losanges.
142 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I
S'il y a deux punâlums, on dit subbipun£îis :
Noms Figues
21. Pes
subbipunctis
Transcription
et valeur musicale
22. PoRRECTUS
SUBBIPUNCTIS
Ni.. I^'. -Jj;;^^^^
23. SCANOICUS
SUBBIPUNCTIS
t\u 3'\
^
Fig'37
S'il y a trois punâîums, on dit subtripunâîis :
Noms Figures Transcription
et valeur musicale
24. Pes
subtripunctis
25. PoRRECTUS
SUBTRIPUNCTIS
^.
Îi^
Fig.38
Pour compléter toutes ces notions, on pourra consulter la
Paléographie Musicale, tome II, p. 31.
§ 2. — Unité des groupes.
23. — Il importe, pour la pratique, de savoir très exactement
comment se forment les groupes (i), afin d'être à même de voir
quelles sont les notes qui doivent être unies dans le chant, et aussi
celles qu'il convient de séparer.
De ce qui précède, il résulte que les sons peuvent se réunir et
former groupe de trois manières différentes :
1° Par la liaison graphique ou ligature ;
2° Par la succession des losanges ;
30 Par le simple rapprochement de plusieurs groupes.
(i) « Qualiter ipsi soni jungantur in unum, vel distinguantur ab invicem »
HUCBALD. Scriptores, Gerbert, I, p. 118.
LES SIGNES MÉLODIQUES.
Ï43
24. — Dans tous ces cas, l'unité des éléments ainsi groupés
frappe les yeux, quoique diversement :
1° Dans la ligature
FiR- 39
la liaison est évidente : l'unité du trait graphique fait l'unité du
groupe.
2° La subordination graphique des losanges à la virga, qui tou-
jours les précède et les domine, démontre assez qu'ils en dépendent.
Les notes losangées sont le produit d'un unique trait de plume
partant de la virga, et conservant sa direction inclinée de gauche
à droite : la plume ne se soulève que pour distinguer chaque
note :
%
Fig. 40
30 Le rapprochement des groupes. — Deux ou trois groupes, très
proches l'un de l'autre, n'en forment en réalité qu'un seul dans
l'exécution.
1. Pes et climacus formant groupe, ou scandicus
subbipunctis
2. PODATUS ET CLIVIS FORMANT GROUPE
3. ClIVIS et PODATUS FORMANT GROUPE
^
^ï
^
Fig4i
^^
^
Fig. 42
^
Fig' 43
\. Pes suBBiPUNXTis et climacus formant groupe
^^ =MJ^
Fig. 44
144 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I.
5. Climacus et climacus rbsupinus formant
GROUPE
6. TORCOLUS ET PODATUS FORMANT GROUPE
7. CliVIS ET PORRECTUS FORMANT GROUPE
^£ ^^i
Pi.^- 45
Fig. 46
J^'g- 47
8. TORCULUS ET PES SUBTRIPU NCTIS FORMANT GROUPE " ~»
1^^.
^^^5
S'^
Fig. 4S
9. ClIVIS, climacus et PODATUS ' '"* P 0 f 0 m »P ~
^^
&t
PORRECTUS SUBBIPUNCTIS ET PODATUS FORMANT
GROUPE
l(t. PoDATUS SUBBIPUNCTIS, CLIMACUS ET CLIVIS FOR-
MANT GROUPE.
Fig. 4Q
Fig. 50
X Egj^lILE^zÉ:^
Fig. 51
Exercice IV.
25. — Déjà, sans savoir le nom des notes, on peut distinguer et
nommer un grand nombre de groupes. Pour s'habituer à les recon-
naître, il est bon de prendre un livre noté et de nommer les
groupes que l'on rencontre au hasard. Les exercices écrits sont
aussi recommandés.
§ 3. — Neumes Liquescents.
26. — Les groupes neumatiques que nous venons d'étudier
reçoivent une légère modification graphique, lorsqu'ils se trouvent
en contact avec certaines combinaisons de consonnes, ou même
LES si(;nks mélodiques.
145
de voyelles, dont la prononciation exige une délicatesse particu-
lière (i). Dans ces cas, au moment de la transition d'une syllabe
il une autre, on emploie des sons dits liqnescents ou semi-vocaux,
figurés dans la notation de la manière suivante :
1. Le Podatus
i
^
i. La C1.1VIS
3. Le Torculus
•1. Le PoRRECTfS
5. Le Scandicus
G. Le Ci-iiMAcu:
\
^
tf
Él'IPHOiNUS <J/<
devient Podatus
lii.)i;escent
CÉPHALICUSO«
Ci.ivis
LllJUESCENTE
i
^ ^
ite
5
^
»
TORCULUS
LIQUESCENT.
PORRECTUS
LIQUESCENT
Scandicus
liquescent
Ancus ou
Climacus
liquescent
^
■X-.
^
=a
Ë@
EH ^
Pis- 52
Exercice V.
2^. — Rechercher dans les livres de chant les neumes liques-
cents et leur donner leur nom. — On remarquera qu'ils ne se
trouvent qu'à la rencontre de deux syllabes et jamais au centre
des groupes : la note semi-vocale termine toujours un groupe.
ARTICLE 3.
NOTES ET GROUPES DÉRIVANT DE L'ACCENT-APOSTROPHE.
§ I. — Emplois variés de lapostrophe dans la notation
neumatique.
28. — \ù apostrophe est encore un signe emprunté à la gram-
maire, une sorte d'accent grammatical.
Déjà les notateurs ont demande aux accents du langage les
signes destinés à figurer l'élévation et l'abaissement de la voix ;
(i) Nous étudierons ces combinaisons dans la \W Partie. Pour le moment
nous n'avons qu'à nous occuper de \a forme graphique et du nom des groupes.
146 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I.
de nouveau, ils choisissent, parmi les accents énumérés chez les
anciens grammairiens, le signe supplémentaire dont ils ont besoin
pour certaines particularités de rythme et certains effets vocaux,
alors en usage dans les chants de l'Église. Aussi l'importance de
l'apostrophe est-elle capitale dans l'accentuation neumatique.
29, — Nature de l'apostrophe. — \J apostrophe neumatique est,
par nature, une note diappositiofi, c'est-à-dire une note jointe,
appliquée, apposée à quelque chose; aussi ne la trouve-t-on
jamais seule. C'est du reste le caractère même de l'apostrophe
grammaticale, que Diomède, Donat, Priscien et tous les rhéteurs
définissaient : « Apostrophos, circuli pars dextera, sed ad sum-
mam litteram consonantem adposita, cui vocalis est substracta ».
30. — Le nom, et très souvent la forme exacte, nous en ont été
conservés dans le groupe appelé strophicus, qui comprend
L'Apostrophe simple
La Distropha " = ^-^
La Tristropha »' = ^\S
31. — Employée coxmat pressus,V apostrophe o. revêtu des formes
qui, parfois, rendent difficile à reconnaître sa parenté avec le signe
grammatical. Néanmoins c'est bien de ce dernier que le pressus
descend ordinairement ; et les signes que les notateurs compétents,
dans leurs tableaux de neumes, dipp€ldi[&nt pressus ne sont en réalité
que des apostrophes apposées à une note qui se trouve ainsi doublée.
32. — VoriscuSy lui aussi, n'est qu'une apostrophe apposée.
33. — Toutefois les diverses écoles de calligraphie neumatique
n'ont pas conservé avec une égale persévérance, ni avec une
égale fidélité, la forme primitive de V apostrophe. Le trait recourbé,
— circuli pars dextera (-') — qui la caractérise a été soumis à des
vicissitudes identiques à celles qui ont modifié l'accent grave et
l'accent aigu. De très bonne heure, la stropha a subi des altéra-
tions, ici légères, là importantes, qui la défigurent diversement
tout en retenant quelque chose du type primitif. Ailleurs, on a été
plus loin : on l'a purement et simplement remplacée par le pun-
éïum ou la virga. Quoi qu'il en soit de ces altérations ou substitu-
LES SIGNES MÉLODIQUES.
H7
tions, il reste toujours possible, par la comparaison des manuscrits,
de reconnaître Xapostrophe dans les trois emplois principaux
qu'elle a dans les mélodies grégoriennes : strophicus, pressus,
oriscus.
§ 2. — Strophicus.
34. — Sous ce nom générique, on comprend la stropha seule,
la distropha et la tristropha.
\J apostrophe {Fig. 54) — S — (0 ne s'emploie jamais seule; elle
s'appuie toujours sur une note ou sur un groupe. Elle ne s'emploie
pas non plus sur une simple syllabe.
-m.
ti*
Fig- Sà
Mais la stropha qui termine ainsi les groupes se trouve souvent
transformée en oriscus dans les manuscrits sur lignes :
M-
tP^
Fig. 57
On en reparlera plus loin.
35. — Distropha {Fig. 58) —H—. La stropha peut se doubler;
elle reçoit alors le nom de distropha ou histropha :
ou
-^^
-M-
-pc
iLt
S
Fig- 59
(1) Ordinairement les livres modernes de chant grégorien ne distinguent pas
la forme de l'apostrophe de celle d'une simple note carrée : {Fig. 55) — ■ —
Les éditions de Solesmes, depuis 1903, lui donnent la forme ci-dessus
(fig. 54) qui rappelle la forme primitive.
148
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I.
La distropha est rarement employée seule sur une même syl-
labe (i). C'est la bivirga qui est alors en usage.
36. — Tristropha {Fig. 61) —W^—. La s trop/m peut se répéter
jusqu'à trois fois. Le groupe ainsi formé reçoit le nom de tristropha.
^M^:
Fig. 62
Ce groupe est la formule préférée pour signifier trois notes sur
le même degré; la tristropha, contrairement à la distropha, se
rencontre très souvent sur une seule syllabe.
/!/
J
:t
-\^^ K ■ ■-
>r
-• — f4>-
-t>^ — ■ — •-
In mé- di- o Ecclé- si- ae a- pé- ru- it
[==^ 37S
I5=:îr
tjàziàz=É:i=Éi
^^^^^S^3
^
La tristropha. se rencontre encore sous cette forme
— » — ==^=EE
-Ft h
Fig. 64
37. — Répétition de la distropha et de la tristropha.
Ces deux groupes peuvent se répéter eux-mêmes :
—M — M — M— — — —
-^^^ — t^^
gÉISËBï^§=
(1) On en trouve cependant quelques exemples :
\l
\-
m ■
:r
■\^ — \\\-
-\^ M-
mi- se- ri- cor- di- am.
Mi- se- ri-
|=^J^S^g^^g^
Fig. 60
LES SIGNES MÉLODIQUES. I49
Ils peuvent être joints et mélangés fl des notes et à des groupes :
:X
:tt=;^
^
-X
-♦ — t^^
43:
— _ k — i . — - if-^ — w-J y
JEEg^^i
§ 3. — Pressus.
38. — En dehors des signes rythmiques dont nous parlerons
plus loin, la notation neumatique pure n'avait, pour représenter le
doublement d'un son, d'autres moyens que sa répétition graphique.
39. — Dans les manuscrits neumatiques, la 7nrga se posait
devant la clivisy le porreèlus et le climacus, pour doubler la pre-
mière note de ces groupes.
Les neumes ainsi notés ont été rangés sous le nom générique
de pressus, et ont fini par être assimilés à ce groupe.
A B
PRESSUS-CLIVIS : //] = I ^
Pressi's-forrectus :: //\/ •= jl^S
PRESSUS-CLIMACUS : //'^ = | | ^4
Fig. 67
c
= ■>♦
40. — Mais là n'est pas la véritable origine du pressus.
Pour doubler une note, on posait à sa suite un signe graphique
qui variait un peu de forme selon les pays, les écoles et les
copistes, mais qui n'était, en somme, qu'une apostrophe.
Ainsi le pressus-clivis {Fig. 6S) //] se notait souvent ainsi
{Fig. 6g) 1 1 ou p La transcription exacte sur lignes serait :
^-
Rythme Grég. — lo
Fig. 70
I50 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I.
C'est l'équivalence exacte de
//l
■*
Fig. 71
41. — Voulait-on doubler la deuxième note d'un dimacus.
/:
■V
=^
Fig. 72
on apposait à cette note une apostropha, tout en conservant la
forme primitive du neume,
/•
=H^
;tq:
^i^- 73
ou un signe très approchant, qui en dérivait certainement.
On scindait aussi le groupe en deux, et on écrivait :
/)/] =
Fig- 74
^^^
équivalence qui produit à l'exécution le même eflet.
42. — Dans la notation actuelle, le pressus est formé par la ren-
contre et la fusion pratique de deux groupes sur le même degré :
Exemples :
PODATUS + CLIVIS FORMANT PrESSUS
Ut
^-^^
Clivis+clivis
Cli.macus+clivis »
-%.
%
^^m
--P~.
^
LES SIGNES MÉLODIQUES, 151
SCANDICUS+CLIMACUS »
PORRECTUS+FODATUS »
iîK= ^*S35= - ^^335
*J:
^3P> — JjS"^; "« ^~<i-j^
Quand nous parlons de deux neumes formant pressus, nous
voulons dire que ces groupes s'unissent intimement au point de
7ie former qu'un seul groupe, par la fusion des deux notes à l'unis-
son (Cf. plus loin : Chapitre VHI).
Fig. 76
Le caractère de \ apostropha dans le pressus est, le plus ordinai-
rement, de se fondre entièrement avec la note précédente pour ne
faire avec elle qu'un seul son allongé.
43. — 'Lt'Si pressus se placent sur toutes les cordes de l'échelle.
§ 4. — Oriscus.
44. — \J Oriscus est aussi une sorte di' apostropha, qui se place
après certains groupes. Mais à la différence du pressus, avec
lequel il ne faut pas le confondre, Y oriscus ne se fusionne pas avec
le son précédent. Ce mot dérive de ôpo;, limite, fin ; il en est le
diminutif : et, de fait, \ oriscus est toujours placé à la fin (à \horizo7i)
d'un groupe.
Afin que cette distinction du pressus et de \ oriscus se fasse sans
hésitation, les livres de Solesmes donnent à ce dernier signe une
forme spéciale (/"/^?-. 77) — ^ — Les autres livres l'écrivent par
une note carrée : {Fig. 78) — ■ —
^Am,
-«=»•-
Fig. 7ç
L'oriscus se place sur toutes les cordes de l'échelle.
152 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I.
§ 5. — Salicus.
45. _ Faut-il rattacher le salicus à \ apostropha? Oui probable-
ment; cependant la question d'origine reste ouverte. Il suffira de
parler ici de la forme graphique du salicus, afin qu'on puisse le
reconnaître. Son interprétation et sa place sur l'échelle seront
examinées plus loin.
Le salicus — de salire, sauter, rebondir, s'élancer ~ est un
groupe ascendant comme le scandicus. Le plus ordinairement il
/
comprend trois notes {^Fig. 80)
I
quelquefois quatre notes i^Fig. 81) ^
I
rarement cinq {Fig. 82) /^
a, Salicus de trois notes.
46. — La note centrale, distinguée par un signe particulier, doit
attirer spécialement l'attention.
Le salicus de trots notes a deux formes dans sa notation actuelle:
jre forme : les deux premières notes sont séparées par un inter-
valle.
2^ forme : les deux premières notes sont à l'unisson.
Première forme Deuxième forme
A
Ta
Fig. 83
b. Salicus de quatre notes.
47. — Ce salicus monte le plus souvent par intervalles conjoints:
voici sa notation la plus fréquente :
/ /
Fig. 84
LES SIGNES MÉLODIQUES. 153
c. Salicus de cinq notes.
48. — Il est très rare, et parcourt la même progression :
/
ARTICLE 4. - QUÎLISMA.
49. — Le Quilisma est un neume tout à fait à part, dont nous
ignorons l'origine.
On lui donnait toutes sortes de formes. Celle des neumes-accents
allemands, italiens, français, anglais, était celle-ci :
QUILiSMAl'ODATUS
eu/ OU ce/
QUiLISMA-TORCULUS = CX.c/ OU uJ
Fig. S6
50. — Le Quilisma est toujours au centre d'un mouvement
ascensionnel. Dans la notation grégorienne moderne, il n'est jamais
seul, toujours il est précédé d'une note ou d'un groupe. Cette note
ou ce groupe est comme le point de départ, l'appui du mouvement
ascendant qui se prolonge au delà du quilisma.
Le point d'appui du mouvement ascendant est ou une note
simple :
PUNCTUM+QUILISMA-HODATUS FORMANT GROUI'E :
-ccc/ =
PUNCTUM+QUILISMA-TORCUI-US FORMANT GROUPE
-oc/ = I
^
154 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I.
OU un groupe :
Clivis+quilisma-podatus formant groupe :
af
Torcui.us+quilisma-torculus formant groupe
n •
— l^
■ ■-
Climacus+quilisma-pes subbipunctis formant groufe
— ♦^
&c., &c., &c.
Fio. 87
Exercice VI.
51. — Chercher et désigner dans les livres de chant les strophi-
cus,pressuSy oriscus, salicus et gtiilisma.
ARTICLE 5. - VARIÉTÉ DES NOTATIONS NEUMATIQUES.
TRADITION MÉLODIQUE UNIQUE.
52. — Les Neumes-accefits que nous venons de décrire donnèrent
le jour à un grand nombre de notations grégoriennes, parfois très
différentes les unes des autres. On peut en voir un précis histori-
que avec fac-similés au tome 3*^ de la Paléographie Musicale^ p. 79.
Il suffit de savoir qu'il y eut deux courants principaux : l'un
traditionnel, l'autre novateur.
53. — Le premier prend les neumes-accents à leur origine, à
l'état chironomique, et les conduit, par une suite de modifications
graphiques, sans changer essentiellement leurs formes primitives,
jusqu'à la notation carrée de nos livres grégoriens. Dans ce pre-
mier courant, il faudrait distinguer plusieurs écoles, mais nous ne
faisons ici que retracer les grandes lignes.
54. — Un autre courant, appelé novateur, parce qu'il s'écarte de
la tradition, procède, lui aussi, des accents ; mais, par une série de
LES SIGNES MÉLODIQUES. 155
transformations graduelles plus ou moins radicales, // en. altère la
forme, il désagrège les éléments des groupes, et réduit les accents
à n'être plus que des points superposés. Là encore, il existe plusieurs
écoles; et, dans chacune d'elles, des particularités graphiques qui
sont bien loin d'être connues.
55. — L'École messine (Metz) dont nous aurons à parler plus
loin, est une sorte de notation mixte, mêlée d'accents et de points.
56. — Cette variété incroyable de notations est facile à expli-
quer. Les notateurs, laissés à leur propre initiative, et désireux
d'arriver à une expression claire et parfaite de la cantilène tradi-
tionnelle et des intervalles mélodiques, s'ingénièrent de toutes
manières à perfectionner la notation. La variété même de leurs
essais atteste leur indépendance.
Mais ce qu'il importe de faire ressortir en ce moment, c'est que
les systèmes les plus divers de notation s'accordent tous pour
nous livrer une tradition mélodique unique, qui ne peut être que la
tradition romaine grégorienne ( i ).
57. — Tels sont les signes mélodiques — notes et groupes — en
usage dans le chant grégorien. Ces notions élémentaires seront
complétées plus loin par l'enseignement des intervalles et des
modes ; mais avant d'en arriver là, il faut encore parler des signes
rythmiques employés dans les plus anciens manuscrits.
(i) Cf. Paléograhie Musicale t. 2, Prdface. Le Répons-Graduel Justus ut
palma reproduit en fac-similés d'après plus de 200 antiphonaires manuscrits
d'origines diverses, du IX« au XVII* siècle.
CHAPITRE n.
LES SIGNES RYTHMIQUES DANS LES ANCIENS MANUSCRITS.
ARTICLE 1.
LEUR RAISON D'ÊTRE. TRADITION RYTHMIQUE.
58. — Les accents neumatiques et tous les groupes qui en déri-
vent sont, en tant que signes figuratifs des intervalles mélodiques,
extrêmement imparfaits (II, 9) ; ils le sont plus encore peut-être
en tant que signes rythmiques.
Par eux-mêmes les neumes purs, avec lignes ou sans lignes, ne
déterminent ni la durée, ni \di force, ni le mouvement rythmique des
sons : ce n'est que par leurs positions dans la mélodie, ou par leurs
relations avec le texte liturgique, qu'ils arrivent tant bien que
mal à exprimer quelques rudiments rythmiques tout à fait insuffi-
sants pour la pratique. Aussi dès l'origine, ou du moins, dès que
les manuscrits nous parviennent, les neumes se présentent-ils
accompagnés de traits, de lettres supplémentaires, ou même
modifiés, parfois jusque dans leur forme essentielle. Le but de ces
adjonctions et modifications est de compléter ce qui manque aux
neumes en fixant, d'tine manière approximative, soit les inter\^alles,
soit les valeurs de durée et d'intensité, ou même certaines nuances
très délicates d'interprétation.
59. — Tradition rytJimique primitive universelle. — La figuration
des signes rythmiques, comme celle des signes mélodiques, varie
avec les différentes Écoles graphiques, mais, en dépit de ces
formes multiples, il est aisé de découvrir une tradition rythmique
primitive et universelle, qui s'affirme avec la même évidence et
la même autorité que l'unité traditionnelle mélodique.
60. — Néanmoins, il faut le dire, la tradition rythmique primitive
ne s'est pas maintenue avec la même constance que la tradition
mélodique (i). L'état des manuscrits, au dixième et au onzième
siècles, nous révèle une grande inégalité dans les figurations plus
ou moins parfaites qu'ils donnent du rythme primitif.
( I ) Cf. Paléographie Muiicale t. 2, p. i 6.
LES signf:s rvthmi(^uf;s daxs les anciens manuscrits. 157
61. — Les plus parfaits et les plus intelligibles sont, sans con-
teste, les manuscrits de notation sangallienne qui se répandirent
dans presque toute l'Allemagne, et dont un bon nombre existe
encore aujourd'hui.
62. — A un degré fl peine inférieur se placent les manuscrits
d'écriture messine, répandus dans un rayon assez étendu autour
de Metz, et même jusque dans la Haute Italie, par exemple à
Como. Le plus fidèle, dans cette école, à la tradition rythmique,
est le codex de Laon, n^ 239 {Lib. grad.) X^ siècle, qui déjà
cependant manifeste un léger déclin dans l'expression de la tra-
dition primitive. Les manuscrits de Verceil, no 1 86, et de Milan,
no E. 68, sont aussi très précieux, mais le déclin s'accentue et fait
prévoir, à bref délai, la décadence du chant grégorien causée
principalement par l'abandon des signes rythmiques dont l'intel-
ligence se perd insensiblement.
Malgré cela, entre les deux écoles, messine et' sangallienne, la
concordance rythmique est étonnante : preuve péremptoire qu'?^«
seul rj///^;«^, déterminé parfois jusque dans ses détails les plus fins,
mais imparfaitement figuré, s'imposait dès l'origine, au monde
catholique tout entier.
61. — Les autres représentants de la même École calligraphique,
sont loin d'avoir conservé la tradition rythmique avec la même
pureté et la même fidélité : ils font encore usage des signes,
mais trop souvent à l'aventure et sans les comprendre. Toutefois
ces précieux débris d'une tradition expirante témoignent de
l'existence et de la vie de cette tradition, et apportent encore leur
concours à sa restitution.
64. — Plusieurs autres familles, en Italie, en France, en Aqui-
taine, etc., offrent des traces indiscutables des mêmes traditions,
et chaque jour une étude plus approfondie des documents en fait
découvrir de nouvelles. Il n'est pas possible ici d'entrer dans les
détails : quelques-unes de ces traces seront relevées dans le cou-
rant de ce livre.
65. — Il y a aussi des manuscrits qui n'ont presque plus rien,
ou même rien conservé des signes rythmiques. On ne saurait les
alléguer contre l'existence de la tradition, et surtout contre le
témoignage positif des différentes classes de manuscrits rythmi-
158 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE II.
ques : ils se taisent sur ce point capital, et c'est tout. Les codices
non rythmiques sont par rapport aux rythmiques comme serait un
texte sans ponctuation, sans accentuation, en face d'un texte soi-
gneusement accentué et ponctué ; comme sont, de fait, les textes
primitifs hébraïques de la Bible, en face des mêmes textes munis
de points- voyelles, et des accents massorétiques qui en arrêtent et
en définissent la ponctuation, l'accentuation, la lecture et jusqu'au
sens lui-même. Il y a d'un côté précision, de l'autre incertitude ; —
ici perfection, là imperfection ; et nullement contradiction (i).
^6. — Les deux principaux groupes de manuscrits rythmiques
— sangalliens et messins — doivent nous servir à établir le
rythme grégorien, aussi est-il nécessaire de faire connaître les
signes employés dans ces deux familles.
Ce sont les seules d'ailleurs qui aient conservé le système ryth-
mique dans sa plénitude ; les autres écoles n'en ont plus que des
restes.
ARTICLE 2. - SIGNES RYTHMIQUES SANGALLIENS.
6^. — Les manuscrits sangalliens emploient deux sortes de
signes rythmiques :
a) Les signes rythmiques proprement dits ;
b) Les lettres.
§ I. — Signes rythmiques proprement dits.
68. — On en distingue deux classes :
a) Les signes rythmiques qui affectent les neumes purs en les
modifiant ;.
b) Les signes qui les affectent en s' ajoutant à leur forme primitive.
A. Modifications.
6g. — La caractéristique de ces signes consiste dans diverses
modifications des lignes constitutives des neumes : ces lignes
s'allongent, s'épaississent ou se contournent en différents sens,
sans aucune adjonction de traits supplémentaires.
(ij Cf. La tradition rythmique grégorienne à propos du < quilisma >. Rasse-
gna Gregoriana^]\i\VL-]\x^^\. 1906, p. 226-251.
LES SIGNES RYTHMIQUES DANS LES ANCIENS MANUSCRITS. 1 59
70. — Toutes ces modifications indiquent en principe un ralen-
tissement, un retard, un appui plus ou moins prononcé. Cette
interprétation devient évidente par l'explication des lettres roma-
niennes.
71. — Puiifltivi planuin. — Le punôlum ( • ) s'allonge plus ou
moins selon les manuscrits ( - - ). C'est le pun^um planum ou
virga jacens. Cette dernière expression employée par plusieurs
théoriciens décrit la forme graphique du signe, non son rôle dans
la mélodie, qui est toujours de représenter, non une note élevée
comme la vraie virga, mais une note relativement grave, comme
le pimâîuvi : de là le nom de pun6ltcin planum qui, à ce point de
vue, convient parfaitement à cette figure.
Les intentions rythmiques de ces deux punâîums s'affirment
surtout dans les groupes neumatiques, où le contraste voulu entre
les deux formes apparaît clairement (Cf. plus loin fig. 93).
En dehors de là, le punâlum planum n'est souvent qu'une licence
graphique sans intention rythmique ; c'est le pun^îum employé le
plus ordinairement dans les récitations, et toutes les fois qu'il est
seul. L'élan d'une notation rapidement écrite invitait le copiste à
laisser traîner un peu la plume sur le parchemin, d'un punéîum à
l'autre, au lieu de relever pour piquer, pour ainsi dire, chaque
punâlum, et n'obtenir ainsi qu'un léger point rond, à peine visible.
y 2. — Pes quadratus (carré). — Le premier trait du podatus se
modifie de cette manière J On pourrait la traduire ainsi :
{Fig. 88) 3 . La première note est un peu appuyée et allongée au
moyen de l'épisème horizontal.
73. — Pes quassus </ de quatio, secouer, frapper (i). Le pre-
mier son de ce groupe est plus long encore que dans le pes qua-
(i) Cette représentation A\xpes quassus est celle des plus anciens manuscrits
allemands et sangalliens, celle de Monza, Bobbio, etc. Certains tableaux de
neumes plus modernes Wolfenbuttel, Ottobeuern, Leipzig, XI^-XIP siècle,
le figurent ainsi ^J , comme le quilisma à deux branches. De fait, on trouve
cette forme du pes quassus assez semblable à celle du quilisma, dans des
codices de provenance allemande, v. g. le 24680 du British Muséum. Le qui-
lisma alors est toujours à trois branches dans ce manuscrit.
Celte similitude a occasionné plusieurs méprises et confusions qu'il suffit de
signaler ici. Il en sera parlé dans un travail spécial.
l6o DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE II.
dratus : il est souvent traduit par deux notes dans les ma-
nuscrits :
Oïl
^ ^m.
*rz
Fig. 8ç
Dans les proses et les séquences, dont les mélodies se présentent
sous forme de vocalises pures, ou soutenues par un texte purement
syllabique, \tpes quassus se trouve traduit parfois par trois syllabes.
74. — Remarque. — Le pes quadratus et le pes quassus sont
employés quelquefois l'un pour l'autre, ce qui donne à penser qu'il
y avait entre eux une certaine ressemblance. Cette ressemblance
rependant n'était pas une équivalence complète ; nous en avons
la preuve à la p. 9 du manuscrit d'Einsiedeln 121. A l'Offertoire
Benedixisti. J. Ostende, on trouve les deux notations suivantes :
vel ^
8 — ^
^
Osténde
Fig. ço
C'est d'abord le podatus quadratus (flexus liquescens), puis
au-dessus de ce groupe, le podatus quassus avec la mention vel :
ce dernier mot indique que l'option est offerte entre les deux
notations, ce qui suppose deux exécutions différentes.
Dans ces deux podatus la première note était longue et appuyée,
mais au pes quassus devait s'ajouter un effet vocal quelconque
aujourd'hui inconnu : il faut souvent se résigner à ignorer.
Pratiquement, et jusqu'à ce que nos renseignements soient plus
précis, on peut exécuter ces deux groupes de la même manière,
en appuyant et allongeant la note de début.
75. — La longueur de la première note de ces deux podatus est
encore confirmée par l'emploi de la lettre significative / = tenete
placée sur cette note (II. 93).
A la longueur, il convient parfois d'ajouter \a^ force; car la lettre
/ = forte accompagne assez souvent cette note (II. 102)
LES SIGNES RYTHMIQUES DANS LES ANCIENS MANUSCRITS. lôl
^6. — Le torculus J\ prend les formes suivantes :
1° J\ Pcs qiuxdyatîis flcxtis. Première note appuyée. {Fig. çi) J^
2° s/| P^s qiiassus flexus. Encore première note appuyée. Cf. {fig. çi\
3° S Torculus long, les trois notes sont ralenties, retardées.
{Fig. Ç2) J^
yy. — Le porreâîus M élargit et dilate ses traits.
78. — Les punftuvis simples du cliinacus /•. se changent en
punctiiVi planiini
I: /•-. /--. /•-. etc.
Fig. 93
On trouve aussi
A. A.. A.., etc.
Fig. 94
79. — La clivis ne reçoit guère de modifications rythmiques
dans ses traits essentiels ; ce sont surtout les adjonctions qui
exercent sur elle leur influence.
B. Adjonctions.
80. — Épisème. — La deuxième classe de signes rythmiques pro-
prement dits a pour marque distinctive Vadjonùiion d'un petit trait
aux neumes ordinaires, ou même aux groupes déjà modifiés de la
classe précédente. Nous lui donnons le nom à! épisème (^iniari^xy.hM,
indiquer par un signe). Cf. L 6y. Comme Vépisème peut occuper
différentes places dans les neumes, il est obligé, pour bien s'y
adapter, de modifier ses formes. Mais, qu'il soit horizontal, légère-
ment arqué, vertical, réduit à une sorte de punclum, c'est toujours
le mêffie trait.
81. — Signijication de V épisème. — \! épisème romanien est presque
toujours le signe d'une prolongation. C'est donc sur la note épiséma-
tique d'un groupe que doit s'appuyer de préférence l'ictus ryth-
mique. S'il y en a plusieurs de suite, il faut s'inspirer du contexte
musical pour le choix de la note ictique. C'est dire que toutes
les notes épisématiques sangalliennes, quoique retardées, ne portent
pas un ictus rythmique.
102
DEUXIÈME PARTIE.
CHAPITRE IL
82. — Toutefois la valeur rythmique de l'épisème est susceptible
des nuances les plus variées. Dans certains cas, par exemple,
au-dessus d'une clivis /T il peut doubler au moins la valeur de la
première note : dans d'autres cas au contraire, le même trait sera
l'indice d'un appui léger et à peine prolongé de la voix.
Cette observation s'applique du reste à tous les signes rythmi-
ques, modifications ou adjonctions, lettres ou signes. La raison en
est que le signe est soumis, comme le neume lui-même, à des
règles de position. La note à laquelle il s'attache, la place qu'il
occupe dans le neume, le rapport de ce neume avec le texte, le
rythme, le mouvement et l'expression de la phrase musicale, sont
autant de circonstances qui en augmentent ou en atténuent la
valeur.
83. — Uépisème est placé à la tête de la virga dans les neumes
suivants :
a) Virga isolée simple :
/ =î:
Virga isolée avec épisème :
{Elle double ordinairement la valeur de la noie)
/ =ï
b) PODATUS ORDINAIRE :
J =î:
PODATUS AVEC ÉPISÈME :
{Ictus rythmique sur la deuxième note)
J ztit ^^
c) Clivis ordinaire
/l =lt
iS
ï^
Olivia avec épisème sur la 1ère note :
/> iifc
rf) ToRCULUs ordinaire :
./l =ÏS= ^j
ToRcuLus avec épisème
cA —p— =ffi:
é) PORRECTUS ORDINAIRE
/V ^sf
^
/) SCANDICUS ORDINAIRE :
/ =i=
^
PORRECTUS AVEC éPISèlWE SUR LA NOTE FINALE:
/v =:isî:
SCANDICUS AVEC ÉPISÈME
=±i3^
g) ClIMACUS ORDINAIRE \
/•• ^^
ClIMACUS AVEC ÉPISÈME
/■. =55:
J^i^- 95
LES SIGNES RYTHMIQUES DANS LES ANCIENS MANUSCRITS. 163
84. — \Jépisètne est joint à X accent grave ou z.\x punêlum.
a) A l'extrémité du punctum planum ■ N
Fig. ç6
b) A la base de la dernière branche de la clivis A \ — Jj—
Pig' 97
c) » » » du torculus
Fig. ç8
d) Ou dans les neumes composés : A. <A. V^
Fig. 99
85. — L'influence du trait épisématique s'étend seulement à la
note qui en est marquée. Dans la tlivis /I, la première note ou virga
est seule allongée, et l'ictus porte sur cette note. Dans celle-ci A
au contraire, c'est la seconde ou l'accent grave, qui porte l'ictus.
86. — Remarque. — Les modifications et les adjonctions ryth-
miques ne concernent que l'appui, le retard ou l'allongement des
sons ; il n'y a pas de signes rythtniques de brièveté'.
Cette singularité donne clairement à entendre que les notes
privées de signes sont communes, et que, au-dessous de la valeur
de ces notes ordinaires, il n'y a pas de sons plus brefs.
Ceci explique aussi comment certains manuscrits excellents et
très anciens — le 339 de Saint- Gall, par exemple — négligent les
lettres rythmiques romaniennes (cf. ci-dessous 91 à 114) pour se
contenter des signes. Les modifications rythmiques et les adjonc-
tions ép|isématiques peuvent donc, à la rigueur, suffire à l'expres-
sion graphique du rythme musical grégorien. Néanmoins on verra
à l'instant que les lettres rythmiques ne sont pas à dédaigner.
Mieux vaut abondance que disette de renseignements.
^ 2. — Lettres significatives Romaniennes.
87. — Dans beaucoup de manuscrits d'origine sangallienne, les
neumes sont entourés de lettres, ainsi qu'on peut le voir dans
les reproductions photographiques de la Paléographie Musicale.
(Cf spécialement le manuscrit 1 2 1 d'Einsiedeln, t. IV.)
164 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE II.
88. — Origine. — Un chroniqueur de Saint- Gall, Ekkehart IV
le jeune (f 1036) attribue à Romanus, chantre envoyé de Rome à
Saint-Gall vers l'an 790, l'usage de ces lettres ( i ). De là leur nom
de lettres romaniennes. On peut leur conserver ce nom, bien que
cette origine soit discutée.
89. — Signification. — Mais ce qui n'est pas discutable, c'est
leur existence et leur signification. Une lettre de Notker, moine
de Saint-Gall (f 912) en donne l'explication très authentique.
Elle nous a été conservée dans le manuscrit 381 de Saint-Gall
et dans le manuscrit lit. 5. de Bamberg (p. 28) provenant de
Reichnau. Un abrégé de cette lettre se trouve aussi dans le codex
371 de Leipzig (2). Nous nous servirons ici de cet abrégé qui est
plus clair que le texte même de Notker.
90. — Raison de ces lettres. — La raison des lettres significa-
tives de Saint-Gall s'explique par les deux graves défauts de la
notation neumatique, qui ne précise ni Vintonation ni le rythme.
De là, deux séries principales de lettres qui ont pour but de
suppléer à ces lacunes.
PREMIÈRE SÉRIE.
Lettres mélodiques. Sept lettres.
91. — Elles ont pour but d'indiquer les intervalles, mais elles
ne fournissent que des indications vagues, approximatives, qui
ne parviennent pas encore à fixer l'intervalle précis qu'il faut
franchir.
Il suffit ici de les énumérer.
'a — Ut altius elevetur admonet.
1 — Levare neumam.
s — Sursum scandere.
g — Ut in gutture garruletur gradatim.
... ^ f d — Ut deprimatur.
Abaissement : \ . ^
[1 — lusmn vel infenus insinuât.
Unisson : { e — Ut equaliter sonetur.
(i) Cf. Pkrtz, Monumenta Germaniae historica, t. II, p. 103.
(2) Tous ces textes ont été publiés dans la Paléographie Musicale, t. IV,
p. 10.
Élévation
Célérité
LES SIGNES RYTHMIQUES DANS LES ANCIENS MANUSCRITS. 165
DEUXIÈME SÉRIE.
Lettres relatives au rythme. Sept lettres.
92. — Ces lettres se divisent en trois classes.
r t — Trahere vel tenere.
Retard : - x — Exspectare.
V m — Mediocriter moderari melodiam.
( c — Ut cito vel celeriicr dicatur.
\ [/t — StatiniX (cf. II. 1 14).
r p — Pressionein vel perfectioneni significat.
Intensité : f — Ut qmvcl fragorc feriatur.
[ k — Gange significat.
93. — Ralentissement. — Le / marque une tenue de la voix,
il s'échange avec Xépisbme : par exemple on trouve souvent la
T
clivis /1 pour /i, ou vice versa. Il y a des nuances dans cet allon-
gement, car le / peut doubler la note ; il s'échange aussi avec \x
qui alors a la même signification.
94. — Mais, plus souvent, \x se place entre deux groupes, deux
incises, deux membres de phrases httéraires ou musicales pour
indiquer qu'un retard de la voix, inora vocis, doit les distinguer.
95. — Seule, la lettre m auprès d'une note ou d'un groupe neu-
matique, désigne un mouvement modéré ; jointe à une autre lettre,
elle rentre à ce titre dans la troisième série, (II. io6).
96. — CÉLÉRITÉ. — ho, c exprime en général la hgèretc, la
célérité, X animation.
L'étude attentive de cette lettre et de ses différents emplois
permet de préciser ses différentes fonctions, et de lui assigner
deux sortes de significations : XMWt positive, l'autre négative.
97. — Signification positive. — Le r exprime positivement une
accélération momentanée du mouvement normal de l'œuvre exé-
cutée : c'est alors, sous une seule lettre, à la fois Xanimato
(animé), Xaccelerando (en accélérant), le piii niosso (avec plus de
mouvement), le stretto (plus serré) de notre musique moderne.
Dans l'art grégorien comme dans l'art moderne, ces modifica-
tions de l'allure normale ne changent eri rien la valeur foncière des
Rythme Grég. — 11
l66 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE II.
notes et des rythmes ; elles donnent seulement à la phrase plus de vie
et d'animation.
98. — Signification négative. — Souvent le c est employé en
opposition avec Vépisème et le t {tenete) : il précède ou suit ces
signes de longueur.
Son but alors est : ou bien le maintien du rythme dans son
allure normale contre des entraînements ou des ralentissements
intempestifs que le contexte musical pourrait provoquer ; ou bien
le retour à cette allure, si on s'en est écarté par un rallentando ou
un allongement dont le motif a cessé.
On a comparé avec justesse l'effet négatif du ^ à celui du k^
qui détruit le b et ramène le si à sa hauteur normale (i).
99. — Les deux significations du f — positive et négative —
ont cela de commun, qu'elles ne changent rien à la valeur ordi-
naire des notes ou des groupes. Le / {tenete) peut, ainsi que Vépi-
shne, doubler une note, et, par suite, modifier dans une certaine
mesure l'ossature, les fonctions rythmiques ; le c n'a pas ce pou-
voir : il ne réduit jamais une note à la moitié de sa valeur. S'il
agit négativement, il prévient une erreur, une mollesse, un relâ-
chement dans l'allure ; si positivement, alors il excite, il active les
fonctions rythmiques, leur donne de la vie, de l'animation, mais,
encore une fois, sans y rien changer d'essentiel.
100. — Un argument en faveur de cette interprétation peut être
tiré de l'usage capricieux du c dans les meilleurs manuscrits.
Les notateurs, même les plus corrects, emploient ou négligent
cette lettre avec une grande liberté; et cela jusque dans les pas-
sages identiques. Si le c entraînait une modification temporelle
absolue des notes et des groupes qui en sont affectés, il ne serait pas
traité avec cette insouciance légère et négligente par les copistes
les plus scrupuleux. Quand il s'agissait de changements atteignant
la substance du rythme, ils étaient fort attentifs à n'oublier ni
T
lettres, ni signes. Le /, par exemple, {Fig. 100) /] ou Vépisème /T
qui en tient lieu, était rarement omis dans les cas où il devait
doubler une note.
101. — Cette interprétation a en outre l'avantage de mettre
d'accord tous les manuscrits sangalliens : d'une part, ceux qui
(i) Cf. D. Baralli. Rassegna gregoriana, février 1906, col. et 66 ss.
LES SIGNES RYTHMIQUES DANS LES ANCIENS MANUSCRITS. 167
emploient les lettres et les signes ; de l'autre, ceux qui ne font
usage que des signes. Comment expliquer l'absence complète du c
(et de toutes les lettres romaniennes) dans les manuscrits, excel-
lents d'ailleurs, de cette dernière classe, si cette lettre jouit d'une
influence quantitative radicale sur la valeur des notes? Les
manuscrits de Saint-Ciall sont-ils donc en désaccord?
Nullement; tout s'éclaire dès qu'on donne au c la signification
d'une simple nuance d'animation. Le /, dont l'influence est plus
décisive sur le rythme, a son équivalence dans les manuscrits sans
lettres, c'est Xépishne; le r, lui, n'a pas d'équivalence dans les
manuscrits épisématiques, pas plus d'ailleurs que les lettres
mélodiques a, /, /, e. L'absence de ces lettres ne porte aucune
atteinte à l'essence de la mélodie, c'est-à-dire aux intervalles; elle
laisse seulement le lecteur dans un plus grand embarras, en le
privant, en face d'une notation par elle-même indéchiffrable,
d'une précieuse direction. Il en est ainsi du <: au point de vue
rythmique.
Entre ces deux genres de manuscrits — sans lettres ou avec
lettres — il n'}'^ a pas plus de différence qu'entre deux éditions de
Bach ou de Palestrina, dont l'une serait écrite sans aucune nuance
rythmique ou expressive, et l'autre serait annotée par un éditeur
versé dans la connaissance de ces maîtres, et pénétré de la beauté
de leurs œuvres.
102. — Intensité. — / Toute note marquée de cette lettre est
forte. Elle est assez rare dans les manuscrits sangalliens : cepen-
dant un manuscrit de Reichnau (Bamberg, lit. 6) l'emploie un
peu plus fréquemment.
103. — k. Note forte, très rare.
104. — / peut signifier aussi une note forte, mais cette lettre a
aussi d'autres significations, v. g. perfeâle, parum.
105. — Si ingénieuse que fût l'invention de Romanus, elle ne
parvenait pas à corriger les défauts d'une notation foncièrement
insuffisante. Pour préciser davantage les intonations et les nuances
du rythme, le maître eut l'idée d'ajouter à ces premières indica-
tions d'autres lettres destinées à en augmenter ou à en diminuer
la valeur.
l68 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE II.
TROISIÈME SÉRIE.
Modifications des lettres précédentes. Trois lettres.
io6. — b — Ut bene extollatur vel gravetur, vel teneatur.
V — Valde.
1)1 — Mediocriter.
107. — b — Rien de plus clair que le sens de cette lettre,
bl = bene levure; tb = bene teneatur, etc.
108. — V — plus rare, est synonyme de b : valde.
iv = iiisum, inferius valde.
109. — La lettre w, déjà rangée dans la deuxième classe, est sou-
vent unie à diverses lettres : avi = altius mediocriter ; ctn = cele-
riter mediocriter ; ini = inferius inediccriter ; tm = tenete medio-
criter.
Nous laissons de côté les autres lettres nommées par Notker ;
elles sont rares ou même inusitées, elles n'ont d'ailleurs aucun
rapport avec le rythme ( i ).
no. — Remarque importante. — Les lettres significatives
adjointes à un groupe neumatique n'affectent en règle générale
qu'une seule note : la place de la lettre indique quelle est la note
modifiée : ainsi dans la clivis et dans le podatus de cette figure
/] ^7
{Fig. ici)
la première note des groupes est longue : c'est au contraire la
T
seconde dans le podatus suivant : {Fig. 102) J
III. — 11 y a des exceptions à cette règle : lorsque le c ou le /,
par exemple, se prolongent sur une série de groupes :
Fig. 103
Dans ce cas, la célérité ou le retard s'étend à tous les groupes.
Autre exemple : {Fig. 104) ; e =- egualiter, lettre mélodique ;
les cinq pjcnctums doivent être chantés à l'unisson.
(1) Cf. Paléographie Musicale, t. I\', p. 15.
LES SIGNES RYTHMIQUKS DANS LES ANCIENS MANUSCRITS. 169
112. — Les signes et les lettres rythmiques sont souvent
employés simultanément dans le même groupe :
c ,
Clivis {F/^'-. /os) A, i"^"^ note légère, celeriter, 2<-' note appuyée ou
allongée par Xépiscme.
c ,
Climacus {Fig. loô) /• , i'^' note légère, 2^' ordinaire, 3"^ allongée
ou appuyée.
113. — D'autre part, toutes les notes d'un groupe peuvent être
modifiées dans leur allure par les signes romaniens.
Tel le torculus S long, dont toutes les notes sont retardées ;
/
Tel le scaftdicus {Fig. loy) ^,-'-' dont les quatre />unâ?ums p/amims
avec cpisème doivent être retardés et marqués fortement.
Tel le climacus {Fig. loS) /-.._ avec un ritardatido progressif sur
les quatre dernières notes.
114. — Sigles sangalliens. — Les manuscrits sangalliens pré-
sentent encore des sigles ou abréviations qui ne sont pas men-
tionnées par Notker :
Cô = conjungatur — lié, conjoint, fondu.
Leû = leniter — avec douceur ;
Moll = molliter — avec douceur, délicatesse, mollesse ;
fid = fideliter — fidèlement ? Avec exactitude } avec foi ? ou
fidenter — avec assurance?
siinl = simul — ensemble ;
= siiniliter — semblablement ;
perf = perfecte — avec perfection ;
/t = statiin — aussitôt, sans attendre, équivalent du c
celeriter.
ARTICLE 3. — SIGNES RYTHMIQUES MESSINS.
115. — Comme à Saint-Gall, ils se divisent en
à) Signes rythmiques proprement dits et en
b) Lettres significatives (messines).
§ I. — Signes rythmiques proprement dits.
116. — La notation messine, pour exprimer le rythme, ne pro-
cède que par modification des signes neumatiques ordinaires. Elle
I70 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE II.
ignore les adjonctions (II-80) en usage à Saint-Gall ; elle remplace
Xépisème soit par une modification quelconque des traits ; soit par
l'addition d'une lettre qui remplit le même office (cf. ci-dessous
1 2 1 et ss.).
117. — Comme à Saint-Gall, il y a les neumes ordinaires et les
neumes longs.
Neumes
ORDINAIRES.
Neumes
LONGS.
PUNXTUM
•
r
Clivis
1
;-
PODATUS
j
./
TORCULUS
J)
/"
^ ou
^
/-/►
Climacus
\ OU
•
•
•
>•>
^
/*
Fig. loç
118. — La valeur des neumes longs nous est révélée par la
comparaison avec les manuscrits sangalliens. En effet les signes
messins ordinaires correspondent exactement aux signes ordinaires
de Saint-Gall ; et les signes messins longs correspondent aux
signes longs de Saint-Gall. C'est par milliers que l'on peut citer
des exemples de cette concordance entre les deux Écoles.
Il y a, comme dans Saint-Gall encore, de nombreuses variétés et
combinaisons dans l'emploi de ces groupes; l'occasion de les
apprendre ne manquera pas au cours de ce travail.
119. — II faut en outre renouveler ici l'observation déjà faite
au sujet des ^q\x^ punctums de Saint-Gall (II, 71) : les intentions
rythmiques de ces deux punctuvis ne s'affirment guère que dans
les groupes neumatiques où le contraste entre ces deux formes
apparaît clairement. En dehors de là, les notateurs messins
emploient, dans l'écriture courante, \t punctum' /^ long qui alors
n'a pas plus de valeur rythmique que le punctuni planum san-
gallien dans la même circonstance.
LES SIGNES RYTHMIQUES DANS LES ANCIENS MANUSCRITS. 171
120. — Ce flottement dans la signification de signes semblables
est tout à fait dans l'esprit de cette époque, où l'enseignement
oral occupait une si grande place. Bien loin de s'en étonner, il faut
au contraire se convaincre que les notations neumatiques les plus
parfaites des IX^ X^ et XI'' siècles, ne sont en réalité, pour des
lecteurs du XX^ siècle, rien moins que parfaites. Pour les com-
prendre, il ne suffit pas de regarder la forme extérieure des signes
tant mélodiques que rythmiques, il faut de plus considérer leur
contexte, observer les lois qui règlent leur emploi, en pénétrer
les raisons, saisir les habitudes particulières de chaque copiste,
comparer les manuscrits, et, alors seulement, en fixer la signifi-
cation.
§ 2. — Lettres significatives messines.
121. — Nous n'avons pas l'avantage de posséder une lettre
d'un Notker messin pour nous expliquer les lettres significatives
des manuscrits de l'École de Metz. Néanmoins il est possible
d'arriver à les interpréter, pour la plupart, avec une entière certi-
tude, par la comparaison avec les documents sangalliens et les
lettres romaniennes. Pour les lettres rythmiques, cette certitude est
absolue.
Comme à Saint-Gall, il faut encore distinguer deux séries : les
lettres mélodiques, les lettres rythmiques.
PREMIÈRE SÉRIE.
Lettres mélodiques.
122. — Il suffit de les énumérer :
Elévation -.iOMs comme à Saint-Gall = sursum.
Abaissement : // = humiliter {iusum dans Saint-Gall).
Unisson : eq = equaliter.
D'autres lettres, en usage dans les manuscrits messins, ont sans
doute une signification mélodique, mais les résultats auxquels nous
sommes arrivés ne sont pas encore assez certains pour que nous
les exposions ici. Nous attendrons pour en parler ailleurs.
172
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE II.
DEUXIEME SÉRIE.
Lettres rythmiques messines.
123. — Retard, i ^ ^ tenete.
Allongement, j
Elargissement, [a = auge, augete, ample.
' c = cito, celerius, celeriter.
Célérité ^ nt
ni
nlt
. naturaliter.
124. — Retard, longueur. — Le / marque, comme à Saint-Gall,
une tenue de la voix; il a souvent pour équivalent Va, augete,
ample. Ces deux lettres se trouvent précisément toujours sur les
neumes qui, dans Saint-Gall, sont indiqués longs.
V V
/*"
/•
A
/
^
/T
\
/► /*
J^
yL
X
//
4K
^->-
^^
1
A
1
■ ■
1
-V
■♦4
m —
■ e
— 1
— J
Fig. iio
Les termes auge, augete, ample, nous sont suggérés par cette
concordance parfaite entre les deux Écoles.
LES SIGNES RYTHMIQUES DANS LES ANCIENS MANUSCRITS. 173
125. — Cderiter, naturaliter. — La lettre notkérienne c (celeri-
ter) se trouve dans le manuscrit 239 de Laon, mais elle a tri^s
souvent pour équivalence \n. Ces deux lettres w et c correspondent
toujours à des notes ou à des groupes soit ordinaires, soit marqués
du c dans Saint- Gall.
Quel est le mot qui se cache sous cette lettre « ?
Dans le Laudunensis 239 cette lettre se présente seule ou
suivie d'un /(///) ou d'un t {nf). Dans le codex 91 d'Angers, l'w
n'est jamais seul, il est toujours accompagné dt l{nl) et une fois on
trouve ////. L'expression qui semble répondre le plus exactement
soit à l'emploi de cette lettre, soit aux diverses abréviations n, ni,
nt, nlt est naturaliter, par opposition à l'allongement, à l'amplitude
de Xa {ample, auge) qui change le cours normal, la valeur ordinaire
des notes.
1 26. — La substitution réciproque du c et de Vn, dans le manu-
scrit 239 de Laon, réduit la signification du <r à sa juste valeur,
celle que nous lui avons déjà donnée dans les manuscrits de
Saint-Gall (II. 96 et ss.). L'École de Metz vient confirmer cette
interprétation.
127. — Il y a pourtant une exception à formuler dans la nota-
tion de Laon : c'est lorsque le signe neumatique choisi par le
copiste dépasse un peu la valeur réelle qu'il veut lui attribuer;
le c employé sur ce signe excessif le ramène à la durée voulue,
et, ici, le sens de celeriter doit être pris à la lettre ; aussi, dans ce
cas. Vu ne remplace jamais le c Un exemple est indispensable
pour bien faire comprendre cette particularité.
Les manuscrits messins emploient le même signe pour le pressus
(II, 38 et ss.) et pour le salicus (II, 46). Le pressus est une note
longue et double, la note centrale du salicus est une note appuyée,
élargie, mais ordinairement non doublée. Il y a entre les deux
effets à produire une parenté étroite, de là l'emploi du même signe
dans les manuscrits messins et spécialement dans Laon 239. Mais,
afin de le réduire à sa juste valeur, le copiste, en cas de salicus, lui
adjoint très souvent le c, qui signifie ici celeriter. Jamais Vn ne se
trouve accolé au salicus, ce serait un contre-sens; car Vn voudrait
dire qu'il faut donner au pressus-salicus sa pleine valeur. Or c'est
précisément le contraire qu'il importe d'indiquer ; le c, celeriter, est
174 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE II.
bien la lettre qui convient elle a une signification positive d'ani-
mation. Il faut attribuer le même sens au c qui, dans les codices
sangalliens, surmonte parfois le pressus.
Exercice VII.
128. — Rechercher les signes rythmiques dans les éditions de
Solesmes :
Point après la note : ■" ♦* ■*
Épishnes verticaux, adhérents aux notes ^ *
Épisèmes verticaux, détachés des notes 'fit
Épisèmes horizontaux sur une seule note - ■ - ♦ ou sur un
groupe entier.
Trait de longueur ou d'appui sur une note seule ou sur un
groupe entier.
Il est temps maintenant de placer signes mélodiques et signes
rythmiques sur la portée musicale, et de passer à l'étude pratique
des intervalles et des modes, ce qui nous permettra d'aborder nos
premiers exercices rythmiques avec le secours de la mélodie.
CHAPITRE TIÏ.
LES NOTES ET LES INTERVALLES.
1 29. — Ce chapitre se divise en deux parties :
1° Lecture des noies sur la portée. Avant de commencer le sol-
fège, rélève doit pouvoir lire les notes de chant grégorien aussi
rapidement que les lettres d'un livre.
2° Solfège rythmé, étude des intervalles.
ARTICLE 1. — LECTURE DES NOTES SUR LA PORTÉE MUSICALE.
§ I. — Désignation alphabétique de toutes les notes
en usage dans le chant grégorien.
130. — Le système musical, en usage dans le chant grégo-
rien, comprend dix-huit sons que les anciens maîtres désignaient
au moyen de lettres latines, ainsi qu'il suit. Au-dessous de chaque
lettre sont ajoutés les noms modernes des notes qui leur cor-
respondent.
1234 567
8 9 10 II 12 13 14
15 (16 17 18)
r)ABCDEFG
a b c d e f g
aa bb ce dd
sol la si do ré mi fa sol
la si do ré mi fa sol
la si do ré
i}ut
tf ut
Fig. III
Le son le plus grave fut d'abord le la (A), le sol initial ne fut
ajouté que plus tard, et on lui attribua le F grec, d'où le nom de
gammes donné vulgairement aux différentes échelles de sons.
La première octave au grave était distinguée par des lettres
majuscules ; la seconde par des lettres ^ninuscules, enfin, les quel-
ques notes de l'octave supérieure, par le redoublement de ces
mêmes lettres.
D'autres méthodes de désignation, ou même de notation par
lettres furent inventées; celle qui vient d'être décrite suffit à
notre but.
1/6 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
§ 2. — Lettres-Clefs.
131. — Les clefs. — Ces dénominations au moyen de lettres
s'attardèrent longtemps dans les voies de l'enseignement pure-
ment didactique, et leur usage comme notation proprement dite
fut très restreint. L'invention de la portée musicale les fit soudain
sortir de ce rôle effacé. Ces mêmes lettres, placées par Gui d'Arezzo
en tête des lignes, devinrent la clé de la notation grégorienne, car
elles fixent avec une clarté irréprochable la place des intervalles
sur l'échelle. De là le nom de clefs qui leur fut donné.
132. — Toutes les lettres furent tour à tour placées au début
des lignes, mais aujourd'hui deux seulement restent en usage
dans la notation liturgique : le C = ut, et le F = fa.
1° Clef de do ou ut = [ qui se place le plus souvent sur la
quatrième ligne (i), mais aussi sur la deuxième et la troisième.
(to do do do do do do do
\l
-m — ■ ■ — »-
Clef d'ut ' Clef d'i't
ie LIGNE 3e LIGNE
do do
do
do
Clef d'ut
2e LIGNE
f
y
Fis. 112
(i) On sait que les lignes se comptent à partir du bas.
4'ne LIGNE
>.e LIGNE , interligne
PORTEE -j 2ine LIGNE interligne
1ère LIGNE __interligne
Fig^ 113
On appelle interligne l'espace qui se trouve entre deux lignes.
Lignes supplémentaires. Lorsque la mélodie s'étend au-dessus ou au-dessous
de ces quatre lignes, on ajoute une petite ligne supplémentaire pour les notes
qui dépassent la portée normale.
Ligne supplémentaire en haut
6 a .
Ligne suppli^mentaire en bas
Fig. 114
LES NOTES ET LES INTERVALLES. 177
La clef (Mut ainsi placée sur une ligne indique que la note î4t {do)
se trouve sur cette ligne.
2° Clef deyâ; F = i^ . Cette clef se place ordinairement sur la
troisième ligne :
fa fa fa fa
Clef de fa
Sme LIGNE
F'g' 115
On la rencontre aussi sur la quatrième :
<fa fa fa fa
— ■ — ■ ■ — »-
4">e LIGNE
Fig. 116
et dans certaines éditions sur la deuxième
fa fa fa fa
Clef de fa
2'ue LIGNE
Fiç. iiy
133. — Les transcriptions en musique moderne n'exigent qu'une
seule clef, celle de sol, elle se pose sur la deuxième ligne :
i
sol sol sol sol
X-l'—t=Z
Fig. 118
§ 3- — Noms actuels des notes ; leur position sur la portée.
134. — Noms des notes. — C'est encore à Gui d'Arezzo que nous
devons le nom des notes. Il les emprunta à la première syllabe
des vers et des hémistiches de l'hymne Ut queant Iaxis de la fête
de S. Jean-Baptiste.
UT queant Iaxis REsonare fibris
Mira gestorum FAmuli tuorum
soLve poUuti LAbii reatum
sancte loannes
Ut — Cette syllabe a été remplacée depuis le dix-septième
siècle par la syllabe do, qui doit avoir été employée pour la pre-
178
DEUXIÈME PARTIE.
CHAPITRE III.
mière fois par G. M. Bononcini 1673 (i). Il n'y a aucun inconvé-
nient à conserver la syllabe ut dans le chant grégorien, pourvu
que la voyelle ti soit prononcée ou suivant l'habitude italienne.
Si — Syllabe admise assez tard dans la solmisation. Elle a
été choisie de préférence à d'autres parce qu'elle est empruntée
comme les autres syllabes à l'hymne de S. Jean ; elle est formée
par les initiales des deux mots du dernier vers, ^ancte loannes (2).
135. — Positiott des notes sur la portée. — Dans le tableau sui-
vant on trouvera, avec le nom des notes, toutes les positions
qu'elles peuvent prendre sur la portée grégorienne :
3 4
6 7
9 10 II
12 13 14 15
■
Échelle
générale.
Pour éviter
trop de lignes
supplémentaires
au ^rrtf^, on élè-
ve la clef de /a à
la troisième li-
gne :
g — 1 rr-i-""-* 1 —
■? . ■
% . . à - —
r ABCDEFG abcdefgaa, etc.
SOL LA SI DO RÉ MI FA SOL la si do ré mi fa sol la
- ■
L ■
a*
■ "
%
- ■ ■
. ■ ■
SOL LA SI DO RÉ Ml FA SOL la sI do fé
Pour la même
raison, et sur-
tout pour des mo-
tifs de transpo- \ -
etœ;;riàT„" [" ^01. LA s. DO KÉ M, FA SOL la si
trième ligne :
De même :
Pour éviter trop
de lignes sup-
plémentaires à
l'a/]o«, on abaisse
la clef d'ia à la
troisième ligne :
Pour la même
raison.et surtout
pour des motifs
de transposi- -
tion, on l'abaisse
encore à la deu-
xième ligne.
-
JL
p 1 . ■ ■
y
- ■ ■
■ ■ 1
^
. ... DO RÉ MI FA SOL
la si do ré mi fa sol
la
, . MI FA SOL la si do ré mi fa sol la
Ft^. 119
(i) RiEMANN. Dictionnaire, au mot do.
(2) RiEMANN. Dictionnaire, au mot Bobisation.
LES NOTES ET LES INTERVALLES. I79
136. — Les degrés 2, 9, — degrés du si — peuvent dans le
cours d'une mélodie être baissés d'un demi ton. L'échelle actuelle,
absolument complète, comprend donc deux si à chaque octave.
Le signe de cet abaissement est le b ou bt'mol.
... 7 8 9^ 92 10
... G a b b] c
Nous disons l'échelle actuelle, parce que les anciens théoriciens
et notateurs n'admettaient pas, en principe, le si b au grave, ils
préféraient une transposition ; ainsi au lieu de noter
l
♦♦a ■ ils écrivaient g t»a
Sa-cerdo- tes Sa-cerdo- tes
Fig. 121 Fig. 122
Remarque. — L'influence du b est détruite par la survenance
du k] (bécarre) qui ramène le si à son ton naturel.
Dans les éditions modernes, il est convenu que cette influence
cesse aussi à la fin du mot où se trouve employé le b , et à la ren-
contre d'une barre quelconque de division. La virgule ne suffit pas.
137. — Jamais, dans une mélodie grégorienne, les deux si ne
peuvent se suivre immédiatement ni en montant ni eh descendant ;
c'est le sens de cet axiome des anciens : <l Utrumque b t^ in
eamdem neumam non jungas. » Gerb. Script. IL Gui, p. 8-9.
§ 4. — Signes r)rthmiques sur la portée.
1 38. — On trouvera encore sur la portée les signes suivants ;
tous se rapportent au rythme, le guidon excepté.
A. Signes rythmiques affectant les notes.
139. — jo ht point après une note en double environ la durée.
■' 9^ ♦' ^ig' 123
La note pointée est traduite en musique par une noire (L 1%).
l80 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
140. — 2° Vépisème horizontal au-dessus d'une note i l'allonge
légèrement.
141. — 30 Uépisème vertical 3. pour but, on le sait, de marquer
les appuis rythmiques.
142. — 40 h^ guidon Hj se place à la fin des lignes ; il indique
Fig. 124
la première note de la portée suivante :
B. Signes rythmiques de division.
j \ ' ' '
Fzg. I2J
143. — 10 La virgule n'est qu'un signe de respiration prise sur
la valeur de la note précédente.
144. — 2° Le quart de barre {divisio minima) marque les incises
ou les petits membres de phrase. Souvent ce signe n'est que
l'indice d'une division rythmique sans respiration,
145. — 30 La demi-barre {divisio minor) distingue les membres '
de phrase proprement dits, composés d'une ou deux incises. Ici
la respiration est ordinairement nécessaire ; elle est prise sur la
valeur de la note précédente.
146. — 40 La. grande barre {divisio' major) termine les phrases.
Respiration obligatoire.
147. — 5° La double barre {duplex linea) termine le chant, ou
une partie principale.
Exercice VIII.
Lecture des notes.
148. — Avant de passer au solfège rythmé, le maître désignera
quelques pièces de chant dans le Graduel ou l'Antiphonaire, et en
fera lire les notes. Il pourra garder l'ordre suivant :
LES NOTES ET LES INTERVALLES. l8l
Clef de C 4^ ligne v. g. Kyrie fons bonitatis, etc.
» » 3"^ ligne v. g. Credo III. — Vidi aquani, etc.
» » 2c ligne V. g. Asperges me (7^ mode); Off. In virhite.
Clef de F 3^ ligne v. g. Agnus Dei X ; Gloria in excelsis XI,
Sanctiis XI, etc. {^Édition Vaticane\
» » 4e ligne V. g. Off. Veritas mea, etc.
Tout en chantant les exercices d'intervalles qui vont suivre,
on reviendra souvent aux exercices de simple lecturey afin de
familiariser l'élève avec le nom des notes.
On joindra à cet exercice, à titre de récapitulation, les exercices
précédents de lecture : noms des groupes et des formes de notes.
ARTICLE 2. - LES INTERVALLES. SOLFÈGE RYTHMÉ.
§ I. — Définition de l'intervalle.
149. — On appelle intervalle musical la différence, l'espace
compris entre deux sons, l'un aigu, l'autre grave ( i ).
L'intervalle existe par le seul fait que la voix parcourt les
différents degrés de l'échelle musicale, soit en montant, soit en
descendant.
1 50. — On connaît déjà l'échelle musicale générale du chant
grégorien (II. 130). On a pu remarquer que les séries de sons
se répètent deux ou trois fois. Il suffit de savoir chanter une série
de sept à huit notes pour être en état d'exécuter l'échelle entière.
Cette longue série de quinze à dix-huit notes ne se présente
pas dans toute son étendue pour chaque mélodie. Les sons dont
elle se compose servent à former huit gammes ou modes différents
qui seront étudiés plus loin.
Pour les premières études et exercices d'intervalles, on se
servira seulement de la première de ces échelles grégoriennes.
Nous la préférons à la gamme moderne, afin d'habituer l'oreille
de rélève, dès le début, aux progressions et aux cadences finales
de la musique liturgique.
(i) BoiÈCE : < Intervallum est soni acuti gravisque distinctio. »
RiEMANN : < Nom que l'on donne au rapport de deux sons entre eux, au
point de vue de la hauteur, du nombre de vibrations, ou de la longueur des
ondes vibratoires. » Dictionnaire, au mot Intervalle.
Rythme Grég. — 12
l82 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
Elle comprend huit notes, et va du ré- D au ré- d.. Elle admet
une note supplémentaire à l'aigu, mi, et une note supplémentaire
au grave, do; sa note finale est ré- D.
% ton J^ ton
-d)— ^
(do) ré mi fa sol la si do ré (mi)
Fig. 126
% ton }4 ton K ton
LA SI SI DO
Fig. 127
151. — Il y a plusieurs sortes d'intervalles : seconde, tierce,
quarte, quinte, sixte, septième et octave.
§ 2. — Intervalle de seconde.
152. — Lorsque les sons se succèdent régulièrement sans fran-
chir aucun degré de l'échelle, par degrés conjoints, les rapports de
hauteur qui s'établissent entre eux s'appellent secondes.
Cet intervalle est dit seconde, parce qu'il est établi sur deux
degrés consécutifs de la gamme.
153. — Il y a, dans le chant grégorien, deux sortes de secondes :
La seconde majeure, ou ton plein,
La seconde mineure, ou demi-ton (i).
Dans la gamme ci-dessus, les demi-tons se trouvent entre mi-fa^
et si-do. Entre les autres notes il y a intervalle de ton.
Lorsque le si est bémolisé, le demi-ton descend entre la et si I5 ,
il y a un ton plein entre a et do.
154. — Instructions pour V usage des exercices. — Les exercices
suivants seront exécutés de trois manières, en trois degrés pour
ainsi dire :
a) Lecture rythmique. — Elle consiste en une analyse précise de
(i) La musique moderne connaît encore : la seconde augmentée : do, ré^,
un ton et un demi-ton ; la seconde diminuée '.do^,rév dont les sons, soumis
au tempérament, sont identiques.
LES NOTES ET LES INTERVALLES. 183
chaque rythme fig-uré par la ligne chironomique ondulée qui
surmonte la portée. L'élève lira les notes sans les chanter, mais en
exécutant exactement avec la main les mouvements rythmiques.
(Cf. ci-dessous n» 156) (i).
/;) Solfèg-e. — A la lecture rythmique, s'ajoutera le solfège. Solfier^
c'est nommer chaque note par son nom — do, ri\ mi, etc. — en
émettant les sons avec la plus parfaite justesse et avec la valeur
rythmique — temporelle et intensive — représentée par la notation.
c) Vocalise. — Vocaliser, c'est remplacer le nom des notes par
l'une des voyelles. Comme transition du solfège à la vocalise, on
répétera les mêmes exercices mélodiques, en supprimant la con-
sonne des syllabes-notes : au lieu de do, ré, mi, fa, sol, la, si, on
dira : o, é, i, a, o, a, i. On passera ensuite à l'étude de chaque
voyelle; on commencera par Va, voyelle la plus favorable pour
l'émission des sons; puis on les prendra toutes successivement
dans l'ordre suivant : a, è = ai, é, i, 0, ô, u = ou ; enfin chaque
note devra se chanter sur une voyelle spéciale (2).
L'émission des voyelles se fera conformément à la prononcia-
tion romaine enseignée ci-dessous dans la troisième partie.
On pourra ajouter une consonne avant la syllabe : la, le. H,...
ma^ me, mi,...pa,pe,pi,... etc.
155. — Dynamie DES EXERCICES. — On apportera un soin
tout particulier à la marche croissante ou décroissante "de l'inten-
sité. C'est elle qui donne de la vie aux mélodies.
Règle générale : l'intensité croît avec le mouvement mélodique
ascendant ; elle décroît avec le mouvement descendant. C'est la
marche naturelle.
Cette règle s'applique surtout aux membres de phrases et aux
phrases. Certains des exercices suivants, composés seulement de
(i) « Hanc (aequitas canendi, rythmus seu numerus) magistri scholarum
studiose inculcare discentibus debent, et ab initia infantes eadem aequalitatis
sive numerositatis disciplina informare, inter cantandum aliqua pedu7n ma-
nuutnve, vel qualibet alia percussione numerum instt^ere; ... » (Gerbert.
Script. I. p. 228).
(2) Nous n'indiquons cette marche qu'avec la plus grande réserve ; chaque
professeur peut et doit suivre, dans l'enseignement de la vocalise, le système
qui a ses préférences, et auquel il est habitué. Nous savons par expérience
que les méthodes les plus différentes conduisent à des résultats excellents,
lorsqu'elles sont pratiquées sagement.
l84 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
quelques brèves incises, sont trop peu caractérisés pour imposer
une dynamie unique ; ils sont susceptibles d'en recevoir plusieurs.
On profitera de cette aptitude pour les chanter sous dififérentes
formes dynamiques. Par exemple, le premier exercice no 157 :
a) Mouvement dynamique décroissant m
-1^ ■ ■ «1 i iT^
a - e - i, a - e - i;
Ftg. 128
b) » » croissant
1^ " " 1 ■ ■•
a-e-i, a-e-i;
Ftg. I2Ç
c) » » à la fois S:
croissant et décroissant Z
1^ - ■ "T ■ ■•
a-e-i, a-e-i;
Fig. 130
d) Mélange varié de toutes ces dynamies.
C'est ainsi qu'on recommande pour ce même exercice l'ordon-
nance dynamique suivante :
i^ - ■ T I I-
a e i, a e i.
Fig. 131
Elle consiste à réunir deux de ses rythmes élémentaires en un
petit membre de phrase, au moyen d'un mouvement dynamique
unique croissant et décroissant, dont l'effort principal se trouvera
sur l'arsis du dernier rythme.
LES NOTES ET LES INTERVALLES. 185
Bref, le maître s'ingéniera à rendre l'élève maître de la con-
duite de sa dynamie, et lui apprendra ainsi à phraser, dès qu'il
abordera la mélodie même la plus simple.
156. — Chironomie ou Gestes manuels rythmiques.
a) Rythmes simples ou élémentaires. — Le geste sera exacte-
ment conforme à la ligne graphique qui indique \clan et le repos.
b) Rythmes composés : iticises et membres. — On pourra, en
commençant, employer les gestes rythmiques par temps composés
(I. 180). La main décrit alors des courbes liées entre elles, dont
les nœuds s'appuient sur chaque ictus rythmique (I. 180, fig. 112.)
c) Cette manière d'indiquer le rythme étant bien acquise, on
passera à la chironomie rythmique par incise ou membre de phrase^
plus parfaite que la précédente.
Se rappeler le principe : la main doit représenter plastiquement
les courbes mélodiques et rythmiques de la musique :
Un élan mélodique et dynamique sera exactement figuré par
un mouvement arsique de la main ;
La retombée mélodique et dynamique, au contraire, par un
mouvement descendant ou thétique.
On trouvera l'application de ces lois dans les Exercices. Il y a des
passages indécis oîi l'on peut se servir indifféremment de l'arsis
ou de la thésis, ils seront signalés au besoin. La chironomie ne sera
figurée complètement qu'aux transcriptions en notation moderne.
On ne donne ici que deux ou trois exercices pour chaque inter-
valle : pour compléter ces enseignements, on devra recourir au
Solfège grégorien qui fera suite à ce traité. Là, les exemples et les
rythmes seront multipliés, et dans tous les modes.
Exercice IX.
Seconde i.
157. — Analyse rythmique. — Rythmes simples :
Une arsis binaire, une thésis binaire.
Chaque incise est susceptible de trois intensités ; a, b, c,
(II. 155) ou de trois accentuations :
On trouvera dans la transcription musicale la solution de toutes
les difficultés d'exécution tant au point de vue de la chironomie
i86
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
que de la dynamie. Les mouvements chironomiques y sont com-
plètement figurés ; la dynamie l'est aussi, à moins que la mélodie
ne prête, par sa configuration, à plusieurs accentuations.
e i -
^ ■ ■ w~i—r ^ * * ^ ■ ■• n = ^ ■ ■
a-e-i, a-e-i; a-e-i, a-e-i; a-e-i, a-e-i;
a-e-i, a-e-i; a-e-i, a-e-i; a-e-i, a-e-i;
a-e-i, a-e-i; a-e-i, a-e-i; a-e-i, a-e-i.
Même exercice, transcription musicale.
jb^'?>0^'r"r^l-.rf v-^^~^
i> 'Cf-^ f
Exercice X.
Seconde 2.
158. — Analyse rythmique. — Rythmes composés : on doit se
rappeler qu'un rythme est composé, lorsqu'il a plus d'une arsis ou
plus d une thésis (I. 135).
LES NOTES ET LES INTERVALLES.
187
à) Les huit premières incises : une arsis binaire, deux thésis
binaires, intensité décroissante.
Fig. 132
b) Les huit dernières incises : deux arsis binaires, une thésis
binaire. In tensù/ croissante jusqu'au miheu de l'incise où se place
l'accent rythmique de l'incise, puis décroissante après cet accent.
C "^ ■ ^ ■
Fig- 133
f
/:r=—
/
/
/
i
■ * ■ ■'
1 ■ "1 ■ *•
■ ■ ■ ■-
1 ■ 1 ■ ■
^ ^ ■ ■
f
1 ^ »■ •
a - e - i - 0- u,
a- e - i - 0 - u;
a - e - i - 0 - u,
■ ■ ■ ■'
a - e - i - 0- U.
S
■ ■ 1 ■
1 ■ 1 ■ ■
1 ■ É ■
^ ^ ■ ■
1
'
a-e-i-o-u, a-e-i-o-u; a-e-i-o-u, a-e-i-o-u;
f
1 ■ 1 ^ ■
la ■ ' ■'
i
i ^ ■ ^ ■
1 ■ 1 ■ ■•
■ ■ ■' f
^ t ^ ■ 1
f
a - e - i - 0 - u,
a - e - i - 0- U]
a - e - i - O'U,
a - e - i - 0- u;
\
1 ■ 1 ' ■•
■ ■ ■ ■'
■ ■ ^ ■
1 ■ 1 ' ■
^ ■ il ■ ■• "
a-e-i-o-u, a-e-i-o-u; a-e-i-o-u, a-e-i-o-u.
i88
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
Même exercice, transcription musicale,
r
m
r=^T
r^g ^^ "^
t'^rg K^-TT/^ ^^
159. — Remarque. — La chironomie figurée dans les huit
dernières incises peut sans inconvénient subir une légère modifi-
cation. Le premier temps composé, au lieu d'être arsique, pourrait
être thétique, ainsi qu'il suit :
LES NOTES ET LES INTERVALLES. 1 89
Ces deux chironomies sont, en soi, également bonnes. Cependant
je choisirais la première, — deux arsis, une thésis — si le chœur
que je dirige a besoin d'être réveillé, enlevé : deux arsis manuelles
vigoureusement tracées coup sur coup sont excellentes pour tirer
les chantres de leur mollesse ou de leur torpeur. Si je veux au
contraire obtenir plus de liant, plus de douceur, ma main suivra
mollement l'ondulation descendante de la mélodie et dessinera
une thésis.
Il sera bon de former les élèves à ces difierentes manières
d'indiquer le rythme, d'autant plus que ces libertés se présentent
fréquemment dans les mélodies grégoriennes.
Exercice XL
Seconde 3.
160. — La musique grégorienne appartient au rythme libre
(I. 85-89) dans lequel les temps composés binaires et ternaires se
succèdent avec une harmonieuse liberté. Il est indispensable
d'habituer les commençants à cette marche souple et sans con-
trainte qui est l'une des caractéristiques du chant grégorien.
L'exercice suivant a été ordonné dans ce but.
161. — Analyse rythmique. — Rythme musical libre.
Incises impaires i, 3, 5, 7. — Une arsis ternaire, deux thésis
binaires.
Incises paires 2, 4, 6, 8. — Deux arsis, l'une binaire, l'autre
ternaire, une thésis binaire.
Incises 9, 10 et suivantes. — Une arsis binaire, deux thésis,
l'une ternaire, l'autre binaire.
Intensité. — Elle varie selon la forme mélodique et la place de
l'accent d'incise. Cf. la transcription musicale.
I , , ^
■ 1^ , ■ 1^—5 ' ■ ' ' = ■
a-e-i-o-u-0, a-e-i-o-u-o; a-e-i-o-u-o, a-e-i-o-u-o;
-^
■ ■<■.■ — , ■ ■ ^ «^ — ^-^
a- e-i-o-u-o, a-e-i-o-u-o; a-e-i-o-u-o, a-e-i-o-u-o;
I90
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
■ . ■ ■•
■ . ■ " ■
■ ' * ^ ■ ■ :n=.>i
a-e-i-o-u-0, a-e-i-o-u-o; a-e-i-o-u-o, a-e-i-o-u-o;
■ . ■ ■
■ ^ ■ '
■ , ■ ■
a-e-i-o-u-o, a-e-i-o-u-o; a-e-i-o-u-o, a-e-i-o-u-o.
Même exeràce, transcription musicale,
r
i-fx r-^^zz^rr-^^^f^
LES NOTES ET LES INTERVALLES.
191
§ 3. — Intervalle de Tierce.
162. — Deux notes sont à l'intervalle de tierce lorsqu'elles sont
placées à trois degn's de distance l'une de l'autre.
163. — La tierce majeure est formée par trois degrés renfermant
deux tons. Ex. :
t
TON TON
TON TON
TON TON
La tierce mineure est formée par trois degrés composés d'/m
ton et d^mi demi-ton. Ex, :
^
TON % TON Yi, TON TON TON K TON }^ TON TON
Fig- 135
Exercice XII.
Tierce i.
164. — Analyse rythmique. — Rythmes simples (I. 11 2- 11 3),
une arsis ternaire, une thésis binaire.
Chaque incise peut recevoir les trois intensités suivantes, sans
que le rythme ou la chironomie en soient changés.
a)
à)
c)
-m^ — ■ — ■ — ■-
^ ■ ■
-H — ■ — ■ — •-
Fig. 136
192
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
1 . ■ t
1 ■
■ -
■
. ■
■ 1
1
a - e -
i - 0,
a - e -
1
i - o;
a -
e
- i -
à-
o,
a - e -
i - o;
i - - -'
bi
■ ^*
■
. ■
^
■•
^ 1
■ i
i^ ■
■•
n
' 1
p
a - e -
i - 0,
a - e -
1
i - o;
a -
e
- i -
0,
a - e -
i - o;
i
■ B'
' ■
^
1
■ ■•
_
è
■
H
^
■ ■•
â_
a - e -
i - 0,
a - e -
1
i - o;
a -
e
- i -
0,
a - e -
i - o;
r
• .•
■
■
~
-• 1
a - e -
i - 0,
a - e -
■ ■•
i - 0;
1
a -
e
- i -
0.
Même exercice, transcription musicale.
^
Exercice XIII.
Tierce 2.
165. — Analyse rythmique. — Rythmes composés par juxtaposi-
tion de deux rythmes élémentaires (I. 143).
Chaque incise est formée par deux rythmes élémentaires juxta-
posés.
LES NOTES ET LES INTERVALLES.
193
Premier rythme élémentaire : arsis ternaire, thésis ternaire
féminine (I. 132-133).
Deuxième rythme élémentaire : arsis binaire, thésis binaire
masculine (I. 132-133).
On suivra l'intensité indiquée.
/ / /
-■ — •-
■ ■
^i ^ ■ ■ ■ ■
0-e- i, o-e-o, i- o- e,
e- 1- a, e-i- e, a-e- 1;
1- a- o, 1- a- 1, 0- 1- a,
/
n - ■ i'*^ F 1 " — ^" ■ ■
e-^ ■ ■ ^ ■ . 1 . ■ I .^ ' "^ '
; ^ ' ■ ^ ■-r^ZZX
^ ■ ^ É .-^-TT
■ ^ ■ ■ ^ ■ ■ ^ ■ ^ ■ , 1 , ■
■^ ■ , «^ ■ "^ ■ ■
Même exercice, transcription musicale.
194
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
é'fï^-u^r.-^^r.;^/^^
ifi^tt u^Tt--^ it-iM
§ 4. — Intervalle de Quarte.
166. — Deux notes sont à l'intervalle de quarte lorsqu'elles
sont placées à quatre degrés de distance l'une de l'autre.
167. — La quarte juste est formée par deux tons et un demi-ton.
TON TON Yz TON TON ^ TON TON
Pig- 137
% TON TON TON
La quarte augmentée ou Triton est formée par trois tons entiers.
TON TON TC;'!
Fig. 138
L'emploi de cet intervalle est soumis à des restrictions; sa
dureté est corrigée par l'usage du si I5 (par la bémolisation du si),
mais les compositeurs étaient loin de le rejeter.
i
LES NOTES ET LES INTERVALLES.
195
Exercice XIV.
Quarte i.
168. — Analyse rythmique.
Les six premières divisions. — Petits membres de phrase formés
par deux incises rythmées.
ler rythme : rythme composé : deux arsis, ternaire et
binaire, une thésis binaire.
2me rythme : rythme simple : une arsis binaire, une
, thésis binaire.
Les six dernières divisions. — Incises ou petits membres de
phrases, formés par la Juxtaposition de deux rythmes simples :
arsis ternaire, thésis binaire. Nous laissons au maître le choix des
voyelles.
/ / /
Membre
-■ — ^
+-ti
-• — i^
-■ — ^
-i — %
JL 1_
4-*-î-
^ ■ ■
^ * m ^ • \ ^ m la" ■ ■■
■ à- ■• 1 ^ ■ É _• ^ ■ _• ^ ■ . ^ ■ ■ _•
Même exercice^ transcription musicale.
I
"f^Vl'T f^,t.i{V:r^f:S^^^
Tf > -LiTTf^'r ^
196
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
Exercice XV.
Quarte 2.
169. — Analyse rythmique. — Rythme simple : arsis binaire,
thésis binaire.
Le dernier rythme est composé : une arsis binaire, deux thésis
binaires.
Pour l'intensité comme au n° 155, sauf le dernier rythme.
. r / / / / /
-t-
■* •r
-* •r
4-
-* •r
e-
-1: î-
-■ ^
Jt 5-
-■ — *^
Même exercice, transcription musicale.
'i''(^rM^r-r>^riJv' i^' 1 '^^ '
W^
§ 5- — Intervalle de Quinte.
170. — Deux notes sont à l'intervalle de quinte lorsqu'elles
sont placées à cinq degrés l'une de l'autre.
LES NOTES ET LES INTERVALLES
197
171. — La quinte juste ou simplement quinte, — parce qu'elle
est à peu près la seule usitée dans le chant grégorien — est
formée par trois tons et un demi-ton. Ex.
\^
■ >
TON TON % TON TON
TON % TON TON TON
Pi.?- ^39
La quinte diminuée est formée par deux tons et deux demi-
tons : elle est très rare ou même inusitée dans le vrai chant
grégorien.
S
Membre
% TON TON TON TON
Fig. 140
Exercice XVI.
Quinte.
172. — Analyse rythmique.
a^ Les cinq premières divisions montantes. — Membres de phrase
formés par deux incises : ou deux rythmes composés juxtaposés,
'i^e incise : rythme composé : trois arsis binaires, une
thésis binaire.
2™e incise : rythme composé : une arsis ternaire, deux
. thésis binaires.
h) Les cinq divisions suivantes descendantes. — Membres de
phrase formés par deux rythmes juxtaposés.
jer rythme : rythme composé : une arsis binaire, deux
thésis binaires.
2me rythme : rythme simple : une arsis binaire, une
, thésis binaire.
c) Dernière division. — Deux rythmes juxtaposés.
ler rythme : rythme composé : trois arsis binaires,
une thésis binaire féminine : ré- mi.
2me rythme : rythme simple : arsis binaire : fa - mi;
. thésis binaire : ré.
Rythme Grég. — 13
Membre
Membre
198 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
^
-« — ^
-« — f^
-^ 1 •-
m - . ■ ^ ; ■ ■ ■•
JU
-i %-
f
■ lit
-t — 5 5-
<^i— : . I T ■ ■ \ — r^
V^ix^
Même exercice^ transcription musicale.
LES NOTES ET LES INTERVALLES.
199
§ 6. — Intervalle de Sixte.
173. — Deux notes sont à l'intervalle de sixte lorsqu'elles sont
placées à six degrés de distance l'une de l'autre.
174. — La sixie ^najeure est formée par quatre tons et un
demi-ton. Intervalle très rare.
k^
TON TON % TON TON TON
TON TON % TON TON TON
Fig. 141
TON TON J^ TON TON TON
La sixte minetire plus rare encore est formée par trois tons et
deux demi-tons.
t ^ '^
h
a ^*
a -"
■ .^^^ ~
TON % TON TON TON J^ TON
Fig. 142
175. — Nous croyons inutile de mettre des exercices de sixte à
cause de leur rareté dans le chant grégorien.
§7* — Intervalle de Septième.
176. — La septième n'est pas en usage dans le chant grégorien;
on peut cependant la trouver dans les mélodies du moyen âge,
V. g. Ail. Salve virga.
Fig. 143
200
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
§ 8. — Intervalle d'Octave.
I "jy. — Deux notes sont à l'intervalle d^ octave lorsqu'elles sont
placées à huit degrés de distance l'une de l'autre.
t
Fig. 144
Les intervalles plus considérables ne trouvent pas leur emploi
dans les mélodies liturgiques.
I
CHAPITRE IV.
LES MODES.
178. — Les études sur les Modes grégoriens sont encore si peu
avancées, les résultats proposés si peu certains que l'on peut,
jusqu'à nouvel ordre, s'en tenir à la théorie des huit modes ensei-
gnée depuis des siècles : elle est simple, claire, pratiquement elle
suffit. Il est du reste nécessaire, dans une Méthode qui doit servir
à l'interprétation des éditions modernes, de se conformer aux
divisions modales adoptées dans ces livres. On ne donnera ici que
les notions indispensables.
ARTICLE 1.
ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS ET DISTINCTIFS DES MODES.
179. — Cinq éléments principaux entrent dans la constitution
des différents modes :
1° Choix d'une série fragmentaire de sons dans l'échelle fonda-
mentale (II, 135).
Il s'en faut de beaucoup que tous les sons qui la composent
soient employés dans le même chant : souvent les pièces grégo-
riennes n'en parcourent qu'une étendue très restreinte. Le compo-
siteur est libre d'}'- choisir une série plus ou moins considérable
de notes, dans laquelle il maintiendra sa mélodie.
, A son gré, il peut jeter son dévolu :
a) Sîir les sons graves, par ex. dt la- A k la- a.
b) Ou sur les sons du centre, V. g. de mi - E à mi - e.
c) Ou enfin sur les sons aigus, de sol - G k sol -g.
On conçoit déjà comment des chants basés exclusivement sur
tel ou tel fragment de l'échelle générale, jouissent chacun d'une
physionomie spéciale ; d'une manière ou mode âi'être qui les carac-
térisent, et qui, à l'audition, les distinguent les uns des autres.
Ce premier choix détermine aussitôt un second élément.
180. — 2° Disposition différente des tons et des demi-tons dans
cliaque mode ou manière.
202 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV.
Il est évident que si la gamme choisie va de ré- D k ré- d :
ré- mi ^^fa - sol- la - si ,_^do - ré
les y2 tons se trouveront entre la deuxième et la troisième note,
et entre la sixième et la septième de cette gamme.
Si elle va de im - E k mi - e :
mi ^,fa- sol - la - si ^^do - ré - mi,
les y2 tons prendront place entre la première et la deuxième, et
entre la cinquième et la sixième note de cette nouvelle échelle.
Ce déplacement des demi-tons et des tons dans chaque échelle
est une des causes principales de différenciation des modes entre eux,
mais il ne suffit pas.
i8i. — 3° Choix d'une note finale sur laquelle se termine le mode.
D'après la doctrine ordinaire des anciens auteurs, il fallait
attendre la dernière note d'une pièce musicale pour juger défini-
tivement de la nature du mode : « Quid tonus vel modus? — Est
régula quae de omni cantu in fine dijudicat. » (Odon, Gerb.
Script. I, p. 257). C'est en effet la finale qui caractérise le plus
clairement la physionomie du mode.
182. — 40 Choix, dans la série fragmentaire, de certaines cordes
récitatives, et surtout d'une note dite dominante.
Le compositeur choisit en outre les différentes cordes récitatives,
autour desquelles s'enroulent les sinuosités de sa mélodie. L'une
de ces cordes est si caractéristique, qu'elle a reçu le nom de
dominante, non pas qu'elle apparaisse plus souvent que les autres,
mais parce que son influence — lors même qu'elle ne se fait
entendre que rarement — se fait mystérieusement sentir. Elle est
évoquée, pour ainsi dire, par l'émission des autres notes, elle les
domine, elle plane au-dessus d'elles. Si la psalmodie suit l'antienne,
cette corde se révèle avec insistance, et donne à tout le morceau
un caractère net et précis. On verra qu'une même gamme peut
recevoir du changement de dominante une tout autre physionomie.
183. — 5° Formules mélodiques caractéristiques de certains modes.
On reconnaît encore les modes à certaines formules typiques qui
se présentent souvent aux intonations et aux cadences des pièces
musicales : elles seront signalées en temps et lieux.
LES MODES.
203
ARTICLE 2. - FRAGMENTATION DE L'ÉCHELLE FONDAMENTALE.
1 84. — Avant d'arriver à la fragmentation de l'échelle en huit
modes, il faut exposer une division plus ancienne en quatre modes.
%l- — Fragmentation primitive de l'échelle en quatre modes.
185. — Les plus anciens théoriciens comptent quatre grandes
divisions de l'échelle fondamentale, basées sur les yf^^/^'i- D - ré,
E - mi, F - fa, G - sol.
Le ré est la finale du Protus =^ Premier mode.
Le mi est la finale du Deuterus = Second mode.
\,tfa est la finale du Tritus = Troisième mode.
Le sol est la finale du Tetrardus = Quatrième mode.
1 86. — L'étendue de ces quatre modes réunis comprend l'échelle
générale presque entière ; voici la composition de chacun d'eux.
ABCDEFGabcdefgaa
PROTUS
Quinte
\t
Quarte grave
Quarte aiguë
DEUTERUS
Quinte
"Quarte grave \
Quarte aiguë
TRITUS
Quinte
Quarte gmve
Quarte aiguë
TETRARDUS
Quinte
"Quarte grave
Fig- 145-
I Quarte aiguë
204
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV.
187. — La division intérieure des modes est indiquée dans le
tableau précédent
A partir de la finale de chaque mode, on compte une quinte :
elle se trouve au centre de l'échelle :
C'est pour le Protus ré- la;
Pour le Deuterus mi -si;
Pour le Tritusy^ - do;
Pour le Tetrardus sol - ré.
Puis, au grave et à l'aigu, une quarte encadre la quinte centrale.
Chaque mode constitué régulièrement comprend onze notes.
188. — C'est naturellement dans l'espace de la quinte centrale,
et un peu au-dessus ou au-dessous, que se déroule la mélodie.
Rarement les cantilènes grégoriennes embrassent l'étendue des
onze notes.
Parfois elles se meuvent dans l'étroit espace de la quinte cen-
trale; d'autres fois, elles y ajoutent la quarte grave ; ou au contraire,
atteignent aux notes extrêmes de la quarte supérieure, en négli-
geant les notes basses.
Il y a donc des chants graves et des chants aigus ; de là une
nouvelle subdivision de ces quatre modes primitifs en huit (i)
§ 2. — Fragmentation de l'échelle en huit modes.
1 89. — Cette nouvelle série de gammes n'est qu'une subdivision
des quatre modes primitifs, comme le prouve le tableau suivant :
Protus
Terminologie Terminologie
ancienne. actuelle.
IChants
1 AIGUS
{Chants
GRAVES
Protus
Authentique
Protus
Plagal
ler
Mode
2«
Mode
fi
Quinte commune
. ■
i
, ■ ■
- ■ '
, ■ ■
Quarte
Quinte
Quarte
(i) M. (Magister) < Hi quatuor (modi) autem dividuntur in octo. — D. (Dis-
cipulus) Quare? — M. Propter élevâtes et humiles cantus. > Odo, Gerb. Script. I,
p. 258.
Terminologie
ancienne.
LES MO]
Terminologie
actuelle.
3"
Mode
4"
Mode
5'
Mode
6-
Mode
T
Mode
8«
Mode
DES.
205
Chants
AICUS
Chants
GRAVES
Deuterus
Authentique
Deuterus
Plagal
Tritus
Authentique
Tritus
Plagal
Tetrardus
Authentique
Tetrardus
Plagal
Quinte corniDune
. .*
\
- 0 -
- ■ ■ ,
■ - 1
f
Quarte
Deuterus ^
(Juinte commune
\
„ •
. i °
- ■ -
■*-
■ ■
Quarte
Chants
AIGUS
Chants
GRAVES
Quinte commune
p
r ■ ■
b
- ■ ^
- ■ ■
f
Quarte
Tritus
Quinte comuïune 1
y
„ ■ ■
■ °
. ■ '
■
Quarte
r
Chants
AIGUS
Chants
GRAVES
1.
Quinte commune
_ . ■*■
f
■ " "
i
. ■ ■
Il -
0
Quarte
Tetrardus
Quinte commune
■
c
- ■ °'
- Il "
TT""
L
Quarte
Ft^. 146
Il faut expliquer ce tableau.
190. — Modes authentiques, modes plagaux. — Les huit modes
se groupent deux par deux, chaque mode primitif donnant nais-
sance à deux modes, l'un aigu, l'autre grave.
Les chants aigus reçoivent le nom di authentiques, c'est-à-dire
maîtres, principaux, supérieurs. Ce sont, dans la nomenclature
employée par les plus anciens auteurs et conservée jusqu'à nos
jours, tous les modes impairs, i, 3, 5, 7-
Les chants graves reçoivent les noms de plagaux, c'est-à-dire
obliques, dérivés, inférieurs. Ce sont tous les modes pairs, 2, 4, 6, 8.
191. — Division intérieure de chaque mode. — Les quintes cen-
trales restent communes à chaque couple ; la quarte aiguë appar-
tient à l'authentique, la quarte grave au plagal.
206 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV.
192. — Finales des modes. — Dans chaque groupe, la finale
reste la même pour l'authentique et le plagal :
ré pour le premier et le second,
mi pour le troisième et le quatrième,
fa pour le cinquième et le sixième,
sol pour le septième et le huitième.
Ces finales sont indiquées dans le tableau précédent par les
traits verticaux qui conduisent à la première note de la quinte
centrale.
193. — Dominantes des modes. — Les modes authentiques ont
leur dominante à la quinte au-dessus de leur finale; elle est
indiquée par une note blanche.
Finale. Dominante.
\^^ mode ré la
3e mode mi si \do'\
5e mode fa do
7e mode sol ré
194. — La dominante régulière du troisième mode était autre-
fois le si, comme en fait foi la psalmodie des Introïts en Italie,
au Mont-Cassin, à Bénévent. Mais la mobilité de cette corde (k^ ou b)
et sa proximité de Yut, ont attiré peu à peu la dominante — sur-
tout la dominante psalmodique — sur cette dernière note. Dans
le corps du morceau, elle a persisté comme corde récitative ou
comme note de transition, sans porter préjudice pour cela au
changement qui s'est produit pour la dominante psalmodique.
Le maintien du si, en ces circonstances, importe extrêmement
à la conservation de la physionomie de ce mode. Le goût grégo-
rien le réclame, conformément à ce que dit un auteur du Xl^ siè-
cle, (i) « Incontestablement le troisième mode aime la deuxième
neuvième k] (le si naturel), parce qu'elle est la quinte au-dessus
(i) « Sane secundam nonam ^ ideo adamavit (tertius modus), quia ad ejus
finem diapente est : maxime autem ideo, quia ad acutissimam ejus, id est e
diatessaron reddit. > Gerbert. Script. I, p. 260.
LES MODES. 207
de sa finale ; mais surtout parce qu'elle retourne par un intervalle
de quarte à la note e (mi) la plus aiguë de son échelle. »
Quarte
i
Quinte
FiR- 147
195. — Les modes plagaux. — Deux ont leur dominante à une
tierce au-dessus de leur finale, ce sont :
Finale. Dominante.
Le deuxième ré fa
Le sixième fa la
et les deux autres une quarte au-dessus :
Finale. Dominante.
Le quatrième mi la
Le huitième sol do
196. — Formule mnémonique pour retenir les finales et les
dominantes :
Modes : 12345678
Finales : ré - ré, mi - mi, fa - fa, sol - sol.
Dominantes : la - fa, do - la, do - la, ré - do.
197. — Uambitus, c'est-à-dire l'étendue d'une gamme, ne suffit
pas pour caractériser un mode. C'est ainsi que le premier et le
huitième, tout en ayant exactement le même parcours, D - ré k
d- ré, sont totalement différents :
à) La corde finale du premier mode est ré, celle du huitième
mode est sol;
b) La dominante du premier mode est la, celle du huitième mode
est do;
c) La division intérieure du premier mode est quinte et quarte
ré mi fa sol la si do ré ;
208 DEUXIÈME PARTIE, — CHAPITRE IV.
celle du huitième mode est : quarte et quinte
ré mi fa sol la si do ré.
198. — \Jambitus des mélodies est extrêmement variable :
a) Les unes remplissent exactement l'échelle complète des
modes (huit ou neuf notes) ;
U) D'autres restent en deçà et se développent dans l'espace de
quatre, cinq ou six notes ;
c) Il y en a, au contraire, qui dépassent les limites de l'échelle
régulière, tantôt à l'aigu, tantôt au grave ;
d) Enfin quelques mélodies emploient toutes les notes de l'au-
thentique et du plagal (onze notes), et, quelquefois même, l'éten-
due entière de ces deux modes ne suffit pas.
^) Remarque. — Les mélodies grégoriennes repoussent comme
une imperfection et une faute tout ce qui peut ressembler à la
note sensible de la musique moderne et spécialement au demi-ton
au-dessous de la finale des modes authentiques. L'ambitus des
modes authentiques, disaient les théoriciens, s'étend, en montant,
de leur finale à l'octave : premier mode de ré à ré ; troisième mode
de mi à mi; cinquième mode à.^fa^ fa; septième mode de sol à
sol Ils descendent seulement d'une note au-dessous de la finale,
excepté le cinquième mode {excepto trito) (i) qui n'a pas un ton
plein au-dessous de sa finale {fa), mais seulement un demi-ton (wz).
Pourquoi cela? Propter subjectain semitonii i-mperfectionem, dit Guy
d'Arezzo (2) ; q^na semitonii imperfectio noti patitur fieri descejisum.
competentem, dit un autre (3). Pour éviter le mi on descendait
plutôt jusqu'au ré, ainsi que le fait remarquer un autre auteur :
Sed si descendit, potest ad D grave (ré), ut dictum est, attingere (4).
Les exercices de solfège doivent être composés soigneusement
d'après cette règle, dont l'observation habitue l'oreille de l'élève
à la gravité et à la noblesse de la modalité grégorienne.
(i) Gerb. Script. II, p. 50; it, III, p. loi.
(2) Memineris quod... toni authenti vix a suo fine plus una voce descendunt.
Ex quibus autentus tritus (cinquième mode) rarissime id facere propter sub-
jectam semitonii imperfectionem videtur. Gerb. Script. II, p. 13.
(3) COUSSEMAKER. Script. II, p. 438.
(4) Gerb. Script. III, p. 112. — Les textes des anciens sont abondants et
clairs sur cette théorie, à laquelle les mélodies grégoriennes bien authentiques
se conforment pleinement.
LES MODES.
309
199- — Transposition des modes, — Mélodies avec finales sur
a = la, t^ = si, c = do.
Les notes ré, mi, fa, sol, ne sont pas les seules qui terminent les
pièces grégoriennes ; on trouve aussi les finales la, si, do, en sorte
que les sept notes de la gamme peuvent servir de finales. Toute-
fois les gammes qui s'appuient sur ces trois notes n'étaient pas
regardées par les anciens théoriciens dont nous exposons la doc-
trine comme de nouveaux modes. Elles contiennent, dans le même
ordre, les mêmes intervalles que les modes finissant sur ré, mi, fa,
lorsque ces modes sont affectés du si b .
Protus :
1er ET 2e
MODES.
{Normal :
\ Transposé
Quarte grave Finale Quinte commune Quarte aiguë
K t. K t. K t.
la si do ré mi fa sol la si do ré
mi fa sol la si do ré mi fa sol la
Tritus :
.5e et 6e
{Normal :
\ Transposé
Quarte grave Finale Quinte commune Quarte aigu'è
si do ré 7ni fa sol la si do ré mi
fa sol la si do ré mi fa sol la si
Deuterus
3e ET 4e
MODES.
Quarte grave Finale Quinte commune Quarte aiguë
K t. K t- K t.
{Normal : do re mi fa sol la si do re mi fa
1^ Transposé : sol la si do re mi fa sol la si do
Cette théorie permet de considérer ces trois échelles transposées
comme équivalentes aux échelles normales; il faut cependant
bien savoir que les faits ne correspondent pas toujours à cet
enseignement : nos connaissances sont assez limitées sur ce point.
CHAPITRE V.
LE TEMPS SIMPLE GRÉGORIEN.
Valeur rythmique du punctum et de la virga.
200. — Les notions acquises jusqu'ici sur l'origine de la nota-
tion grégorienne, sur la composition des groupes neumatiques,
sur les intervalles, enfin sur les modes, nous permettent d'appli-
quer d'abord aux notes, puis aux groupes de notes, les principes
rythmiques exposés dans la première partie de cet ouvrage, et
d'en tracer les règles générales d'exécution.
La première étude qui se présente est celle du temps simple
grégorien, note ou syllabe.
\J indivisibilité du temps simple a été posée en principe au
début de ce traité (I. 33), il faut y revenir.
ARTICLE 1.
L'INDIVISIBILITÉ DU TEMPS SIMPLE DANS LE CHANT GRÉGORIEN.
201. — Cette indivisidilité du temps simple ou temps premier
est un fait historique éclatant que l'on constate dans la musique
gréco-latine, à toutes ses époques. Le chant grégorien qui en
descend a hérité de cette qualité. Aussi, la définition qu'en donnait
Aristoxène, plusieurs siècles avant notre ère, s'applique-t-elle de
point en point au temps simple grégorien. « Le temps premier est
celui qui ne peut être divisé par aucune matière rythmique, et
sur lequel ne se placent ni deux sons, ni deux syllabes, ni deux
figures orchestiques. ( i ) »
C'est le minimum de durée, l'élément premier ; telle (I. 30 et ss.)
l'unité en arithmétique, le point en géométrie, la lettre en écriture,
la syllabe brève dans la parole.
(i) Louis Laloy. Aristoxène de Tarente, p. 296.
LE TEMPS SIMPLE (ÎRÉGORIEN. 211
202. — La syllabe brève était en effet, pour les poètes et les
musiciens de l'antiquité, le type, la norme de l'unité primordiale ;
rien ne prouve mieux l'influence décisive du langage sur la
musique. L'idée de diviser une syllabe brève, une note simple, n'a
jamais traversé le cerveau d'un musicien grec, pas plus que celui
d'un grégorien primitif; il a fallu pour cela la naissance, au
moyen âge, de Xorganum^ de la diaphonie.
203. — Les théoriciens ecclésiastiques ignorent totalement la
divisibilité du temps simple ; bien au contraire, l'indivisibilité est
implicitement contenue dans tous leurs enseignements. S'ils par-
lent de durée des notes, leurs comparaisons, leurs analogies sont
toujours empruntées à la métrique.
« Sicque opus est ut quasi metricis pedibus cantilena plauda-
tur. » (Guy d'Arezzo, Microl. ch. XV ; et les autres textes.)
Or, dans les pieds métriques on distingue deux valeurs fonda-
mentales :
La brève ou temps simple indivisible ( u ) ;
La longue qui a une valeur double de la précédente ( - ).
204. — Rien n'empêche d'accepter la comparaison proposée par
le moine d'Arezzo, dans la mesure où les notations neumatiques
et l'influence des textes prosaïques le permettent, et d'admettre à
la base du nombre musical grégorien
une note brève, simple, indivisible, m = J^ p^^ ^^g
une note longue, double, ■* = J
— et cela avec d'autant plus de facilité que la métrique elle-même
tempérait souvent dans la pratique la rigoureuse valeur propor-
tionnelle de ces deux durées.
Un texte seulement à l'appui de ce fait bien connu :
Quintilien, après avoir relevé le poids et la gravité donnés à la
phrase par l'abondance des longues, et la célérité que lui impri-
ment les brèves, ajoute : « Peut-être aussi n'est-il pas sans impor-
tance de remarquer qu'il y a des syllabes plus longues que les
longues, et des syllabes^ plus brèves que les brèves ; car, bien
qu'elles soient censées toutes n'avoir ni plus de deux temps, ni
moins d'un temps — et c'est pourquoi, dans les vers, les syllabes
longues ou brèves sont toutes égales entre elles — cependant, dans
212 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
la prononciation, il se cache je ne sais quelle différence en plus
ou en moins, (i) »
205. — En réalité les rapports conventionnels de brèves à
longues variaient selon leur application à la poésie chantée, à la
poésie déclamée, ou au langage ordinaire.
La prosodie des vers chantés maintenait plus rigoureusement les
proportions : les longues valaient bien deux temps, les brèves un
temps ; l'allure plus large de la musique jointe aux paroles l'exi-
geait ainsi.
Le langage ordinaire, plus libre, faisait entendre des longues un
peu plus étendues que les brèves, mais ne les doublait pas.
« Quant aux vers récités ou déclamés, on leur donnait un débit
intermédiaire où les valeurs respectives des longues et des brèves
n'étaient qu'à peu près respectées ; c'est ainsi qu'on lisait les vers
d'Homère ; les rythmiciens délicats se refusaient à compter pour
deux temps des longues qui n'atteignaient pas exactement cette
durée ; et dans un vers à mouvement rapide, les dactyles (- yj ^)
faisaient presque l'effet de trochées (- u). » (2)
206. — Pour montrer l'élasticité mutuelle des durées prosodi-
ques, il y aurait encore à signaler l'usage très fréquent des temps
irrationnels, où certaines longues valaient moins que les longues
ordinaires, certaines brèves, plus que les brèves ordinaires, et à
montrer comment ces modifications tenaient simplement « à une
rupture momentanée de la convention poétique, à un retour à la
prosodie du langage. » (Laloy. op. c. p. 300.)
207. — Cette tendance de la prosodie métrique à se rapprocher
pratiquenient de la libre allure du langage ordinaire se retrouve
dans le nombre musical grégorien avec une liberté, une souplesse
plus larges et plus fréquentes encore. Les renseignements fournis
sur ce point par la notation neumatique et par l'influence des
textes liturgiques sur les mélodies compléteront les indications
un peu sommaires des théoriciens du moyen âge.
(i) « Sit in hoc quoque aliquid fortasse momenti, quod et longis longiores,
et brevibus sunt breviores syllabae; ut, quamvis neque plus duobus tempori-
bus, neque uno minus habere videantur (ideoque in metris omnes brèves lon-
gaeque inter se obsessae sunt pares), lateat tamen nescio quid, quod supersit,
aut desit... > Ouintilien. Instit. orat. IX, 4.
(2) L. Laloy. Aristoxène, p. 293.
LE TEMPS SIMPLE GRKGORIEN. 213
208. — Toutefois il est exact de poser à la base de la rythmique
grégorienne deux espèces de temps : le temps simple et le temps
double ou temps composé binaire (1. 38), sur lesquels repose égale-
ment toute la mélodie antique.
ARTICLE 2. — NOTATION DU TEMPS SIMPLE, PUNCTUM ET VIRGA.
§ !• — Rôle purement mélodique du punctum et de la virga.
Identité quantitative et dynamique de ces deux signes.
209. ^ Pour figurer les durées prosodiques fondamentales, les
métriciens disposaient de deux signes graphiques : l'un ( «^ ) pour
la brève, l'autre ( - ) pour la longue.
Les notateurs grégoriens n'auraient-ils pas, eux aussi, quelques
signes neumatiques pour représenter les brèves et les longues de
leurs mélodies? 'Lt punctum et la virga n'auraient-ils pas pour but
précisément de figurer,
le pu7ictum • == ■ la brève # ,
et la virga / = i^ la longue J •''
On l'a souvent affirmé, mais une réponse nettement négative
doit être faite à ces questions.
210. — La vérité est que la différence de forme entre le punctum
et la virga ne répond à aucune distinction rythmique de .durée ou, de
force : l'un et l'autre signe ne valent, par eux-mêmes^ qu'un temps
simple : cette différence a trait uniquement à \ ordre mélodique :
le punctum indique toujours une note relativement grave, et la
virga, une note élevée.
211. — On a dit « par eux-mêmes », parce que le punctum et la
virga peuvent, l'un et l'autre, recevoir une augmentation de durée,
mais cette augmentation doit être attribuée, soit à la position et
au rôle de ces notes dans la phrase, soit à l'une des adjonctions
ou des modifications rythmiques énumérées plus haut (II. 67 et ss.).
212. — Les arguments en faveur de cette théorie abondent
dans les plus anciens manuscrits. Plus ils sont anciens, plus ils
sont précis et favorables. C'est donc à ces documents qu'il faut
s'adresser tout d'abord pour avoir la vérité sur ce point fonda-
Rythme Grég. — 14
214 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
mental. Quant aux auteurs, ou bien ils se taisent, ou bien, lors-
qu'ils parlent de la différence rythmique entre punctum et virga,
ils sont en pleine exposition des valeurs mesurées de la musique
figurée, ce qui ne peut, en aucune sorte, convenir au rythme libre
grégorien.
213. — L'origine seule à.\x pimctum et de la virga est une forte
présomption en faveur de leur signification purement mélodique.
Ces signes, on le sait, dérivent de l'accent grave et de l'accent
aigu, qui indiquent uniquement le premier, la gravité, et le second,
l'acuité des syllabes ; c'est précisément cette qualité essentielle
des accents qui les a désignés aux musiciens pour la représenta-
tion des sons graves et aigus. Or, en devenant notes de musique,
ces deux signes ont conservé leur signification première : tout le
répertoire grégorien, noté en neumes-accents, le prouve avec la
dernière évidence, comme on va le voir immédiatement.
214. — Antienne Prudentes virgines, d'après l'Antiphonaire de
Hartker. (i)
/ . / 1 j r I . I II . r r . ' 1 a 1
c ^ i T,' 1 ■ ri 1 ■ T 1^1 1 n^, ==±=
Pru-déntes vir-gi-nes aptâ-te lâmpades ve-stras; ecce sponsus ve- nit,
1-23 456 7 3 9 10 II 12 13 14 15 16 17 18 19 20
I . I j
I I
ïî=:î:
■V-^-^
ex- i- te 6b-vi- am e- i.
21 22 23 24 25 26 27 . 28
Fig. 14g
Il y a dans cette antienne :
à) T)ts punctwns.
b) Des virgas.
c) Des groupes.
Il est utile de les étudier séparément.
(i) Paléogr. Music, série II, p. 384.
LE TEMPS SIMPLE GRÉGORIEN. 21 5
215. — à) Puiîctums 2, 8, 12, 15, 22, 27 et 28. — Tous cqs punc-
tuins représentent une note plus basse que la note qui les précède
ou que la note qui les suit.
216. — b) Virga i. — Première note de l'antienne, plus élevée
que la note suivante.
217. — Virgas 3 et 4. — Notes plus élevées que la précédente.
Dans le chant syllabique, les progressions ascendantes se figurent
toujours au moyen de virgas, parce que la relation de punctum à
virga s'établit à partir de la première note, la phi s basse, de la marche
ascendante.
218. — Virgas 9 et 10, 13 et 14, 20. — Application de la règle
précédente.
219. — Virgas 6 et 7, 10 et 1 1, 17 et i8, 21. — Les retombées
syllabiques de la mélodie se marquent généralement par des virgas,
parce que les 7'elations de hauteur ont pour base la dernière note, la
plus basse, de la marche descendante.
220. — c) Groupes. — Dans les groupes, ces relations s'établissent
entre. les notes d'un même groupe, indépendamment de ce qui suit ou
de ce qui précède.
Ainsi, groupe ^, podatus do-ré, le do est figuré par un accent
grave (l'équivalent du punctuni) bien que ce do soit sur le même
degré que la note précédente do ; mais ce do est plus bas que
le ré, seconde note du podatus, avec lequel il est en relation : cela
suffit pour qu'il soit représenté par un accent grave ou un
punctum.
On saisit ici sur le vif l'incertitude de la notation neumatique.
Sans le secours de la tradition orale, il est impossible de savoir si
ce podatus est plus haut ou plus bas que la virga précédente, 4,
ou encore à l'unisson. Les lettres significatives mélodiques inter-
viennent cdors pour aider le chanteur. C'est ainsi que dans Hartker,
l'une des lettres / (levare), s (sursum), a (altius) accompagne
plusieurs fois le podatus en question, et indique qu'il doit être,
en certains cas, chanté plus haut que la note 4.
221. — De même la clivis 19. Elle commence par une virga
la, inférieure au si précédent ; mais cette virga est en rapport
2l6 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
avec la seconde note de cette clivis, sol, figurée par l'accent
grave.
On peut analyser toutes les antiennes, toutes les pièces de
l'Antiphonaire et du Graduel grégoriens, on y trouvera partout
l'application de ces mêmes règles.
§ 2. — Emploi des punctums et des virgas
dans les récitations unissoniques.
222. — Certaines circonstances mélodiques mettent à même de
constater l'emploi mélodique du punctum et de la virga avec une
clarté exempte de toute incertitude.
Quand le cours d'une pièce musicale amène une sorte de réci-
tatif syllabique à l'unisson, chaque syllabe est surmontée :
a) D'un punctum, si la corde récitative est plus basse que la
note précédente;
b) D'une virga, si elle est plus élevée.
Les anciens manuscrits sont très fidèles à cette loi. Quelques
exemples vont suffire :
223. — Versets alléluiatiques du 11^ mode.
Récitation A
^=^>^~''^^y^\ . - - . - - -1-^1 v'*>.
^^-
3Î
u . . J . . J .
Di- es sancti- fi-câ-tus il-lû-xit no- bis:
.J..
Hic est discîpulus il- le,
Récitation B Récitation C
^
♦♦♦--§-■ — I*-
■H*-
-■ — ■ ■ ■
■^■>LW il If
'^^^
J. .
ve- nîte gentes et adora- te Dômi-num;
/./////
qui testiraôni- um per- hi- bct de his.
Fig. 130
LE TEMPS SIMPLE GREGORIEN.
217
Ràttûtions A et C. — Une série de putictunis surmonte les
mots sanctificatus illuxit et venite gcntes et adorate — parce que la
récitation se déroule sur rc ou fa, degré inférieur de la note pré-
cédente mi ou sol.
Rccitation B. — Au contraire, ce sont des virgas qui se succè-
dent sur le ré, corde récitative qui est plus élevée que le do qui
précède.
224. — Répons-Graduels du 1I<^ mode.
Début du Répons.
Récitation D
•-/^
^
An- ge- lis
Dô- mi ne re-
Ni- mis ho- no-
Ex- ci- ta
Ju- stus ut palma
Dô- mi- ne De- us vir-
N
Début du Verset.
Récitation E
i ■ ai'- i — i— i— i I ■
1 — ■
J I
Pri- ûsquam mon-
J I I
Ad an-nun- ti- an-
J I I I
Qui re- gis Is-ra- el
J II III
Si me- i non fû- e-rintdo-
J I I
Con-fi- té- mi- ni
J I I I I
Quis a-scén- det in montem
Fig. 151
tes
dum
Récitation D. — Pourquoi des punctuûis sur la corde la ? Parce
qu'on arrive à cette corde en descendant du si — torculus, sol si la.
Récitation E. — Pourquoi des virgas sur la corde ré? Parce
qu'on atteint cette corde par un mouvement ascendant : podatus,
do ré.
225. — Déjà le rôle purement mélodique du punctum et de la
l'irga ressort clairement de tous ces exemples, mais il va devenir
indiscutable avec le fait suivant.
Les notateurs font usage de l'un ou de l'autre signe — non plus
dans des récitatifs différents, ex. A, B, C, D, E — mais dans les
tnémes passages de la même mélodie, selon que ceux-ci sont intro-
duits, soit par des mouvements descendants, soit par des mouve-
2l8
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
ments ascendants. Dans le premier cas, ils emploient le /««<:/«;« ;
dans le second, la virga.
226. — Répons-Graduels du II^ mode.
Récitation F
'
f
■ ■^h
■-sIé
\
J'^^JU
ni 1111
Pi" '♦♦
■%
etc.
- _ -
. G. Ange Us...
» Dne refûgium..
//7 / /
ut cu-stô-di-
// / / / /
a j^e- ne- ra- ti-
ant
6-
te
ne
» Ni mi s...
n 1 1 1
ni- mis confor-
tâ-
tus est
» Ab occûltis...
•
rr 1 1 1
et ab a- li-
é-
nis
» Jus tus...
» Exsultabunt...
:nul- ti-pli-
// /
lae- ta-
câ-
bùn-
bitur
tur
» Ne avértas, . .
// / /
quô- ni- am
Récitation G
tri-
bulor
« ■^.■«.
•
■ ÏIé
„
i
"'"■■" ' ~
>■'♦♦
■\
etc.
ï. G. Tecum...
J . -
an- te lu-
ci- -
fera m
Fig. 132
Les lignes musicales F et G représentent la même phrase réci-
tative, mais comme on le voit, il y a deux manières d'y arriver.
En F, le récitatif est plus élevé que le torculus final de la phrase
précédente, c'est ce qui explique la présence des virgas dans tous
les répons qui s'adaptent à cette mélodie.
En G, le même récitatif succède à une mélodie qui vient d'en
haut, de là le changement en punctums.
227. — Répons-Graduels du V*^ mode.
Voici une autre récitation qui contient exactement les mêmes
changements.
LE TEMPS SIMPLE GRÉGORIEN.
Récitation H
_________ __
219
• n
:n=5:
AfrAV
î^*^
. . /l e/ ////// /|/1
FÇ. G. C^r/j///j... y. Propter quod De- us ex-al-tâ- vit il- lum
. . /\ J / / / / / AA
> Ecce sacetifos... yi.fion est in- vén- tus si-mi- lis il- ii
. A J / / / / / /v\
» Exiit... J. Sed sic e- um vo- lo ma-né- re
Récitation I
^
^-^
1 1 1 M 1 1 \'^\
... / / /////// /i/i
fÇ. G. Propiiius esto... '^ . Ad-ju- va nos De- us sa-Iu-tâ-ris no- ster
Fig- 153
Lignes H et I, deux intonations conduisent à la récitation, et
toutes les deux par un mouvement ascendant : la corde récitative
au sommet de cette progression mélodique eât toujours marquée
par une série de virgas.
228. — Mais il y a d'autres intonations pour atteindre cette
corde, en voici jusqu'à trois, J, K, L.
J 5^
^.=5
\^
-■ — ■ — t-m — ■ — »-
%WA%
1-g r\ji
I
A
yi
. J AA
^..G.Vindica...f.^o-s\i- e- runt morta-li- a servôrum tu- ô- rum
» In Deo... y. Ante Dô- mi- num
- - /l/l
clama- vi
K h
^^
- 1 ■ 1
yi
I^-G. . / . /
Bonum e5t...f.\diasiX\\iXï\\-2s\- dum ma-
/
ài
IÇ. G. .... .-'
Z(7^aj /j^^...y.De-uscu-i ad- stat
M^A^fW
1-g t-f-
ne
%wA%
î^^
/l^
Ange-lorum cho- rus
Fig- 154
220 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
Toutes ces intonations commencent, comme les précédentes
H et I, par le fa au bas de l'échelle, mais dans leur élan, elles
dépassent la dominante do, montent jusqu'au mi pour redescendre
ensuite sur la corde récitative dont les notes, cette fois, sont
figurées par des pimctums au lieu de virgas. L'emploi de ces points
neumatiques ici est la preuve la plus évidente que le rythme et la
durée ne sont pas exprimés par ces deux signes, et que leur usage
dépend de circonstances mélodiques.
229. — Telle est l'écriture des meilleurs monuments dans toutes
les récitations analogues. Toutefois certains documents, très bons
encore, mais moins précis, ne font pas une attention aussi scru-
puleuse à l'emploi judicieux du punctum et de la virga. Ce qui
s'explique facilement. Les passages de cette sorte ne prêtant pas
à de sérieuses difficultés. les notateurs ne s'astreignent pas à une
rigoureuse exactitude. Ils savent, en outre, qu'il n'existe aucune
difltérence de valeur rythmique entre ces deux signes, dès lors ils
se laissent aller à des libertés graphiques qui ne portent aucune
atteinte au nombre musical grégorien. Ces échanges si faciles
soni une preuve de plus de V indifférence rythmique de ces neumes,
§ 3. — Remplacement de punctums par des virgas,
nécessité par des modifications mélodiques.
230. — Ces échanges n'ont pas lieu, du reste, sur le seul terrain
des récitations unissoniques : ils se montrent à tout instant dans
je cours vivant de la phrase grégorienne, il importe de le prouver.
231. — Type antiphonique du quatrième mode en A, quatrième
membre.
12345 67 8
I . I J I I .
^X=î=^
^a 1 1
exi-te ôbvi- am e- i.
. / J f / / J .
^ï=!!=^
apud e- um red- émpti- o
2345 6 7 (8) 9
LE TEMPS SIMPLE GREGORIEN.
221
La cadence musicale de ces antiennes est modifiée légèrement,
lorsque le mot final est un proparoxyton.
Première ligne. — Mot paroxyton, ei. La septième note la est
un punetiwi, parce qu'elle est la dernière du mouvement mélodique
descendant (II. 219).
Deuxième ligne. — Mot proparoxyton, redemptio. Cette même
note est ici une virga, parce que la descente mélodique se poursuit
jusqu'au sol, premier son àvL podatus.
La dernière note, no 9, sur la hauteur de laquelle il est bien
difficile de se tromper, reste ordinairement un punctum; cepen-
dant plusieurs fois, à sa place, on trouve la virga.
232. — Les mêmes changements se voient encore dans les
antiennes du septième mode.
Au premier membre, notes 8, 9, 10,
/ / /
^^r-\
I I .
Propter fidem casti- ta- tis
I I I I . I I I J ï
Grâ- ti- as ti-bi a-go Dômi-ne
I 23 45 67 8 (9) 10
Fig. 156
et au quatrième, notes 7, 8 et 9.
/ . I ï I I .
.1^1
^^-.—.
eu- râ-re vùl-ne-ra me- a.
I r I I I J . ou I
1 ■ 1 1
-^^
cunctas il-lùstrat ecclé-si- as.
I 234 56 7 (8) 9 (9)
J^ig- J5'i
222
DEUXIÈME PARTIE.
CHAPITRE V.
§ 4. — Emploi libre des punctums et des virgas.
A. Pour certaines notes intermédiaires isolées.
233. — Encore des échanges à& points et de virgas, mais cette
fois ils ne sont plus occasionnés par des modifications de la
mélodie ; ils proviennent de la place intermédiaire de certaines notes,
ou même de certains groupes qui peuvent être mis en relation de
hauteur indifféremment avec ce qui précède, ou ce qui suit :
S. G. 339
yl . J:l
I* ■ 3%"
Com. J erusalem
Eins. 121
a De- o tu- o.
J^ ÏJ:I
^ 1 3M a ,
... a De- 0 tu- o.
Fig. 138
Première ligne, syllabe 0 de Deo. — Le codex 339 de Saint-Gall
emploie Mn punctum, parce que le notateur considère ce /a comme
étant en relation avec le torculus /r^<:/£/^«/, qui descend du sol.
Deuxième ligne, même syllabe. — De son côté, le 1 2 1 d'Einsiedeln
se sert d'une virga qui se trouve en relation avec le mi du groupe
suivant — pes subbipunctis resupinus.
234. — Deux autres exemples :
Eins. 121
s. G. 359
I^. G. Tollite
cor- de
cor- de
Eins. 121
Off. Benedixisti
J: . . I
tu- am ; aver-tisti
S. G. 339
%
J: r
A
\
tu- am ; aver-tisti
Fig. 160
LE TEMTS SIMPLE GRÉGORIEN. 223
235. — Presque innombrables sont les exemples de cette sorte :
les notateurs sont libres, dans les cas semblables, de noter un
punctum ou une virga : leur but est de faciliter la lecture mélo-
dique ; chacun use du moyen qui lui semble le meilleur, le plus
clair; l'un choisit le punctum, l'autre la vii-ga, et la question de
durée, de force, de rythme en un mot, est totalement étrangère à
leur choix.
B. Même liberté dans la compositioft des groupes.
236. — Cette liberté des copistes s'applique, non seulement à
ces deux signes employés isolément, mais elle s'étend jusqu'à la
composition, à la forme intérieure des groupes. Ceux-ci, en effet,
oflrent de nombreux exemples de ces trocs entre accents graves
ou punctums et virgas.
237. — Voici les manuscrits de l'École de Saint-Gall qui font
usage de trois écritures différentes pour les deux premières notes
du groupe sur la syllabe tu .•
R7. G. Jacta
S. G. .359, 339 J
H-»-^
cogita- tum tu-
Eins. 121 - S. G. 370, 375, :^40
bzz^:^
cogita- tum tu- um
Bamb. lit. (i //
i=g=rT — ♦ —
cogita- tum tu- um
Fis:. lài
Première ligne xinpodatus.
Deuxième ligne deux punctuDis.
Troisième ligne deux virgas.
224 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
238. — Autre exemple du même genre : échange d'un podatus
pour deux vîrgas.
Introït. Puer
Eins. 121 r
s. G. 339
impé- ri- um
impé- ri- um
Fig. 162
C. Même emploi libre dans les relations des groupes entre eux.
239. — Il y a plus encore : non seulement ces échanges se pro-
duisent sur des notes isolées ; non seulement ils ont pour théâtre
l'intérieur même des groupes ; mais leur influence se fait sentir
jusque dans le commerce des groupes neumatiques entre eux ;
les trocs tntrt. punctums et virgas modifient les groupes, les réu-
nissent, les divisent et produisent le phénomène de \ enchaînement
et de la fusion graphiques des groupes , dont on parlera longuement
plus loin.
Les exemples suivants vont expliquer ces expressions :
240. — Cadence très fréquente dans les Traits du deuxième
mode.
\ P" '^^
/!/ f
Fig. 163
La divergence entre ces deux notations n'implique aucune dif-
férence, ni mélodique, ni rythmique : elles sont entièrement équi-
LE TEMPS SIMPLE GRÉGORIEN. 225
valentes, et cependant il y a trois groupes dans la première ligne,
et deux dans la seconde.
En outre, première ligne, deuxième groupe, podaius : le fa est
un accent grave, parce que le rapport mélodique s'établit avec la
seconde note, sol, du même groupe :
Deuxième ligne, la note correspondante à cet accent grave se
rattache comme dernière note au porrectus précédent, la relation
s'établit dès lors rétro avec le mi, et \tfa devient une virga.
241. — Off. Tollite.
introi- bit
jr
introi- bit
Fig. 164
Encore ici, équivalence mélodique et rythmique parfaite.
L'échange entre accent grave et accent aigu se produit sur le la
accent grave, troisième note du torculus ligne première, et le la
virga première note dw pressus, deuxième ligne.
242. — Un dernier exemple de ce genre : trois notations équi-
valentes.
I^. G. Qui sedes.
Eins. 121 A . -
C lai
%n w. ■ * *-
^flr^
et ve-ni.
S. G. 359 /!/ / '
et ve-ni.
1*^
■^
Verceill24 A J
^.
et ve-ni.
Fig. 165
226 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
L'attention doit se porter seulement sur les quatre premières
notes du dernier groupement /û: mi fa sol, et surtout sur ces deux
dernières y^ sol.
Première ligne, ces deux notes sont représentées par deiix
pwictnnis.
Deuxième ligne, par deux virgas dont la première appartient
au porrectus précédent.
Troisième ligne, par un podatus (accent grave et virgd).
243. — De tels exemples fourmillent dans le répertoire gré-
gorien, ils prouvent avec évidence que l'usage des virgas, des
pujictums, des accents graves, est de nulle valeur dans la question
rythmique grégorienne.
S 5. — Remplacement des punctums par des virgas
dans la notation des séquences avec ou sans paroles.
244. — On sait que les premières séquences étaient composées
de longues vocalises qui prolongeaient la dernière syllabe du
Graduel. Quelques auteurs, Notker surtout, ne tardèrent pas à y
adapter des textes, avec cette particularité que chaque note des
mélismes soigneusement conservés, correspondait à une syllabe.
Le même procédé fut aussi appliqué aux vocalises des versets
alléluiatiques.
Or il est intéressant de constater que la notation inélis7natique
et la notation syllabique de ces mélodies ne suivent pas les mêmes
règles dans l'emploi des punctums et des virgas. On retrouve ici
les habitudes graphiques des copistes déjà signalées plus haut à
propos de l'antienne Prudentes virgines (IL 217, 219, 220).
Dans les chants syllabiques, les ascensions et les retombées
mélodiques se font toujours au moyen de virgas.
Dans les chants mélismatiques au contraire, les progressions
et les descentes mélodiques se font toujours à l'aide de punctums.
De là, entre les deux écritures d'une mélodie identique, un con-
traste perpétuel, un échange continu entre punctum et virga.
245. — Tous les exemples suivants sont empruntés à la
sic^MtncQ Joannes Jesu Ckristi {Q.o± Bamb. lit. 5), excepté l'ex. B
LE TEMPS SIMPLE GRÉGORIEN.
227
qui appartient à la séquence des SS. Innocents : Lmis tibi Christe,
eut sapit, même codex — cf. aussi Saint-Gall 546.
/
susci-tas
rS-
/•.
:5v
/ / .
■x^^
âmo-re
B
'^
II
I'
i=;;t3
xt
eflfu-si- ône
■^
n
'I .
^^
testimô-ni- 0
=3t
-X:^
-i-r
Je-su Christo
l'.l
[^=M
F {
.11.1
m:
"pn-
atque cu-ram
I I I
C' , VI
sacra meru- isses
Fis. làô
228
DEUXIÈME PARTIE.
CHAPITRE V.
§ 6. — Emploi simultané des punctums et des virgas
dans l'oRGANUM à deux voix,
246. — Cette preuve de l'indifférence rythmique des deux
signes a déjà été exposée au tome I de la Paléographie Musicale
p. 1 5 1 - 1 5 2. PI. XXIII, mais elle est si frappante qu'elle doit trouver
place ici.
Elle est tirée d'une page du manuscrit 130 (148) de Chartres.
Sur le folio 50 du XI^ siècle sont reproduits cinq versets allé-
luiatiques, accompagnés d'une double ligne de neumes. La mélodie
liturgique se trouve immédiatement au-dessus du texte, et la
deuxième voix au-dessus de celle-ci. Cette seconde partie procède
toujours note contre note, et le plus souvent par mouvement
contraire.
Exemple de l'un de ces versets :
///.../le/ ///\l AJ..J .. f\l JJ J/^AJ..../\I
u /c /// f\l- JJ^J/\A /\ III: J: AJIAH nu
< ■ ^ ^ ^ 11 f^ i> jT^ a fv r^ n 11 >♦ :♦« Il p,-f-^^=^^^
AUe-lù-ia.
Di-
/ IJ AI ^ A I AJJAJ /\l Jl A I ../ ../ J A.IJ ...
c . AJ . rj . Jl J: h: J' II. A . II. II. A :l I: III
<-T
31 '*> ^*\ A 1% fv
îi;=m
■ ■
X
^■^A ^•^i
sancti- fî-câtus illùxit no-
. . J I t . . . I..I I ...
I I U /./ . c/
bis, ve-
I . J A J. .J N I A
. I JA II III J^ .J
> %■ >.
±XX±
^^^^
:i=î=^
ni-te gentes et adorà-te Dômi- num, qui- a hôdi-
/ / AIJJAJI\l II. A I
. . Jl J'. h: J^ II- A . ■
descén-
::ir'\ ^\ JT-IVf^:
-fk-^ — ■-
Jl-
dit lux ma-
gna super terram.
Fig. 167
LE TEMPS SIMPLE GRÉGORIEN.
229
247. — Cet organum contient un enseignement précieux,
relatif à la valeur temporaire des virgas et des putictums, seuls ou
en composition, (i) Dans la marche des parties concertantes, les
punctums répondent aux virgas, les podatus aux clivis, les torcuhis
dM-^iporrectus, les scandicus aux climacus. Voilà bien la réfutation
la plus catégorique du système qui interprète les virgas comme
des longues, les punctums comme des brèves. Dans ce système en
efl'et, si l'on veut être logique, il faut traduire ainsi les groupes
correspondants :
Virga / = •
Punctum
Torculus
. = /
Clivis
^Podatus J
^ = /J^
Climacus /-,
Porrectus ^
t^' \Scandicus ,■
Fig. 168
/
= .^/-
Mais alors comment obtenir une marche parallèle des voix,
puisque à une croche correspond toujours la noire, et vice versa?
L'ensemble des voix ne peut résulter que de l'identité parfaite de
durée de tous les signes neumatiques.
§ 7. — Témoignage des manuscrits à neumes-points.
Réduction à un seul signe du punctum et de la virga.
Conclusion.
248. — Ce qui vient d'être exposé s'applique à tous les neumes-
accents, sangalliens, français, anglais, italiens, etc. Quant aux
neumes-points messins et aquitains, ils témoignent également, à
leur manière, de la durée identique qu'il faut attribuer au punctum
et à la virga.
Si vraiment la forme de ces deux signes constitue un élément
différentiel du rythme grégorien, on doit la retrouver sous une
(i) On peut voir de semblables exemples de diaphonie dans le Tropaire de
Winchester. (Corpus Christi Collège, Cambridge Ms. 473). Henry Bradshaw
Society, vol. VIII, 1907. Introd. p. xxxvil et ss., et pi. 23, 24, 25.
Rythme Grég. — 15
230 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
forme équivalente dans les monuments à points superposés, mes-
sins ou aquitains. Il n'en est rien : cette différence a presque
entièrement disparu, et la réduction à un seul signe, \^ punctwn, est
admise par les notateurs de cette École.
Il est d'usage, dans certains milieux, de considérer cette trans-
formation comme une altération rythmique grave de la notation
neumatique primitive. Cette manière de voir pouvait être soutenue
naguère avec quelque apparence de vérité ; aujourd'hui ce n'est
plus possible, depuis que plusieurs manuscrits messins nous appa-
raissent comme des témoins de la tradition rythmique presque
aussi parfaits que les codices sangalliens.
249. — Mais cette exactitude rythmique ne vient-elle pas de
quelques moyens employés par les copistes de Metz pour con-
server soigneusement la distinction graphique des punctums et
des virgasf
Non, encore une fois, ils ignorent cette distinction : ils ont bien
diQxni punctums, l'un bref, l'autre long (II. Fig. 109), mais ces deux
punctums traduisent aussi bien les virgas que les punctums san-
galliens : seulement le premier est réservé aux punctums et aux
virgas ordinaires de Saint-Gall, et le second aux mêmes signes,
lorsqu'ils sont marqués de Vépisème ou d'une lettre rythmique
longue de Romanus.
250 — En résumé, en face des manuscrits, il faut renoncer
définitivement à trouver la brève dans le punctum, la longue dans
la virga.
Leur témoignage est si précis, si concluant, il se répète dans
toutes les Ecoles, sous tant de formes, que les textes incertains
des auteurs, allégués ordinairement en faveur de la théorie
contraire, ne prévaudront jamais contre lui. Du reste, parmi ces
textes, il n'y en a pas un seul de décisif contre ce qui vient dêtre
exposé ; y en aurait-il, qu'il faudrait les écarter, car tout enseigne-
ment rythmique qui serait contredit clairement — et c'est ici le
cas — par l'accord unanime des manuscrits, doit être considéré
comme entaché d'erreur et de fausseté.
251. — La conclusion pratique de ce chapitre est la suivante :
Le punctum et la virga, seuls ou en cotnposition dans les groupes,
valent un temps simple.
LE TEMPS SIMPLE GRÉGORIEN. 23 1
En d'autres ternies : la forme primitive des points et des virgas
n'a pas pour but d'indiquer les notes brèves ou longues; cette
différence de durée doit être cherchée ailleurs, car, de l'égalité des
deux signes élémentaires de la notation grégorienne, il ne faut
pas conclure à l'égalité de toutes les notes. Il ne manque pas
d'autres moyens de figurer la durée ou la force, et même la place
des simples ictus : l'exposition de ces moyens est le but propre
du présent traité. On connaît déjà les adjonctions et les modifica-
tions rythmiques sangalliennes et messines ; mais il y a encore
d'autres procédés. Les uns appartiennent aux chants avec texte,
les autres aux chants mélismatiques ; c'est de ces derniers qu'il
faut s'occuper tout d'abord.
CHAPITRE VI.
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES.
Le groupe isolé.
ARTICLE 1.
PRINCIPES GÉNÉRAUX S'APPLIQUANT A TOUS LES GROUPES.
§ I. — Le groupe grégorien, son individualité.
252. — Si l'on jette les yeux sur les pages d'un livre de musique
grégorienne, on remarquera aussitôt que les groupes neumatiques
tantôt s'appuient sur les paroles liturgiques, et tantôt, soutenus
sur une seule voyelle, se déploient librement, en longues et riches
vocalises de dix, vingt, trente, quarante notes. Sans aucun doute
ces luxuriants mélismes ont un rythme ; d'où vient-il ?
De la distinction de tous ces groupes en phrases, en membres,
en incises, et finalement en petits groupes de deux, trois ou quatre
notes, qui, eux-mêmes, se réduisent en temps simples.
253. — C'est qu'en efïet le groupe neumatique peut être com-
paré au mot du discours. Le mot considéré isolément, en dehors
de la phrase, a sa forme spéciale, son individualité propre ; en
dépit des syllabes plus ou moins nombreuses qui le composent,
il a son unité ; de plus, il a un sens, il exprime une idée. On verra
bientôt qu'il a sa mélodie et son rythme à lui.
Il en est de même du groupe neumatique. Lui aussi, en tant que
groupe, jouit d'une existence personnelle, d'une pleine autonomie,
et ses deux, trois, quatre, cinq notes distinctes ne troublent en
rien son unité; enfin, pour compléter l'analogie, il exprime, à sa
manière, une idée musicale mélodique et rythmique qui n'est pas
celle du groupe voisin.
254. — Il suit de là que pour dire, chanter, rythmer le groupe
isolé, il y a des lois foncières qui découlent directement de ses
diverses qualités. Ces lois lui appartiennent en propre, et restent
tout à fait indépendantes du texte littéraire ou du texte mélisma-
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 233
tique dont le groupe est d'ordinaire enveloppé. Ce sont ces lois
premières d'exécution des groupes qu'il faut exposer ici : la con-
naissance en est aussi nécessaire que l'est, pour la bonne et cor-
recte émission des mots, celle des lois qui règlent la prononciation
et l'accentuation des paroles dans le langage.
255. — Toutefois, pour être complet, il faut ajouter de suite que
mots Qt groupes neumatiques 'àOViX.di^'iXViàxmà.xx'S, de caractère émi-
nemment sociable : ils n'ont d'existence que pour se réunir, s'associer
et former des membres de phrases littéraires ou musicales. Dans
ce cas, les groupes, pour s'en tenir à eux, deviennent souples,
malléables, et se prêtent à certaines transformations. Ces trans-
formations, à la vérité plus superficielles que profondes, appar-
tiennent surtout à l'ordre dynamique ; leur but est d'adapter plus
aisément les groupes à l'ensemble de la construction mélodique
et rythmique. On étudiera plus tard ces diverses modifications du
groupe; pour le moment il ne s'agit que du groupe simple, du
groupe isolé, et des règles qui président à son exécution.
256. — La connaissance" théorique et pratique de ces règles
nous permettra d'arriver aux exercices de pures vocalises pour
la formation de la voix. Ces exercices sont ici à leur place, car,
dans les méthodes bien graduées, ils viennent après le solfège,
avant l'adaptation du texte aux mélodies. L'application des paroles
aux groupes neumatiques réclame de l'élève une plus grande
dépense de science et d'attention; il est préférable de ne pas
exiger tout d'abord ce surcroit d'effprts. D'ailleurs, l'intelligence
parfaite des qualités rythmiques des groupes particuliers le pré-
pare à ce travail, en lui aplanissant les principales diftlcultés.
Afin de faciliter davantage encore 1^ première rencontre de
rélève avec le rythme des groupes grégoriens, on ne donnera ici
que les premiers principes concernant leurs subdivisions rythmi-
ques et la succession de ces groupes, limitant ces notions à ce
qu'il est utile de savoir pour aborder, dans la troisième partie,
l'alliance du texte et de la mélodie simple ou ornée.
i^ 2. — Valeur quantitative des notes dans les groupes.
257. — Chaque note simple faisant partie d'un groupe vaut un
temps simple.
234 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
Un groupe de deux notes vaut deux temps premiers
:t
^B
Fig. i6ç
Un groupe de trois notes vaut trois temps premiers complets.
Sï=:=^
-i^'i ||~7 I I [[ J**r^
V^ d II *-^-*— Il ' S^
Fig. 170
et ainsi de suite pour tous les groupes.
258. — Les raccourcissements légers et les élargissetnents du
temps simple, indiqués comme possibles dans la première partie
nos 34 et 35, ont ici leur application.
Le raccourcissement léger du temps simple n'est indiqué dans la
notation des groupes par aucun signe particulier : elle résulte
des règles qui seront données plus tard sur le mouvement général
de la phrase musicale.
\J élargissement obéit ordinairement à des lois analogues ; cepen-
dant il est des cas particuliers où il est nécessaire de signaler à
l'exécutant certaines notes, certains groupes qui demandent plus
d'ampleur ; un petit trait — épisème horizontal — au-dessus ou
au-dessous de la note est le signe de ces nuances délicates.
g
:ft=3=:=K=2
^5=2:
^^^^m
Fig. 171
a) La première note du groupe est seule élargie.
b) La deuxième note du groupe est seule élargie.
c) Les deux notes sont allongées.
d) Les trois notes sont retardées.
Toutes ces nuances sont empruntées aux manuscrits rythmiques.
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 235
259. — Cet état primitif des groupes nus est modifié plus
radicalement :
1° Par l'adjonction d'une note à l'unisson : ptinctuni, virga^
apostropha ou on'scus,
a) soit au début du groupe :
t^
î;:
-•4-
35v
i^pi^p^
Fig. 172
b) soit à la fin du groupe
g
A^e
Hw
r II 31 I F"
20 Par l'adjonction d'un point rythmique à la fin des groupes
— punctum-mora. — Ce point a pour but d'allonger la dernière
note du groupe et de le distinguer ainsi du suivant :
g
3ï;^=ï^
ta:
:tÉ:
'-^^^^^
Fi^- 174
30 Ou même par l'adjonction de deux points aux grou'pes
binaires — podatus et divis — à la fin des membres et des phrases :
^
-fnti
t^
33^
Fig' 175
260. — Dans tous les cas, la note et le point rythmique ajoutés
à un groupe valent environ un temps.
Donc : Le groupe de deux notes avec un point vaut trois temps
simples.
236
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
Le groupe de deux notes avec deux points vaut quatre temps
simples.
Le groupe de trois notes pointé vaut quatre temps simples et
ainsi de suite pour tous les groupes (Fig. 174).
§ 3. — Place des ictus rythmiques.
Sont affectés d'un ictus rythmique :
261. _ 10 Toutes les notes marquées d'un épisème vertical, sans
exception.
Ce signe est la marque propre de l'ictus rythmique dans notre
notation.
262. — 2° Toutes les notes longues, sans exception.
Sont considérées comme notes longues :
a) Toutes les notes avec points — en musique moderne les noires.
b) Tous les pressus : (Cf. ch. VIII, l'exécution de ce neume).
ttc
t^ l^-^^^-^^ii^
Fig. 176
c) Les notes allongées par Poriscus (Cf. ch. X, l'exécution de ce
neume).
^
hAiv
Éiî:
-i— P — ^ — r
Fig. 177
263. — 3° La première note de tous les groupes, quelle que soit la
forme de cette note, à moins qu'elle ne soit précédée ou suivie
d'une note épisématique ; car \ épisème, en cas de conflit, remporte
toujours sur toutes les autres indications ictiques.
Mm-^
-♦♦♦-
^
^^
■^
Fig. 178
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 237
264. — La réserve insérée dans cette règle motive les excep-
tions suivantes :
Exception a) : Une première note de groupe est privée d'ictus,
lorsque la note simple finale du groupe précédent est elle-même
marquée d'un touchevient, d'un épisème, car deux ictus rythmiques
de suite sont impossibles.
Exemple :
l^^s
Fig. 179
Le do, première note du climacus, n'a pas à! ictus rythmique. On
en dira la raison plus loin, au paragraphe sur \ enchaînement des
groupes (IL 323).
Exception b) : De même Victus abandonne la première note d'un
groupe et glisse sur la seconde, lorsque celle-ci est affectée de
Vipisè7fie.
Exemple : le do-virga du climacus dans le mélisme suivant ;
Kyrie Altissime
^^S
ICXi^j^j-*^
Fig. 180
Dans la figure ci-dessus, la première note ré de la clivis est
privée àUctus, en vertu, à la fois, des exceptions a tt b\ elle est
en même temps précédée (exception d) et suivie (exception b)
d'une note ictique.
Exception c) : La première note du podatus et de la clivis perd
son ictus, lorsque la deuxième note de ces groupes est longue,
c'est-à-dire doublée par un pressus, un oriscus, un punctum, etc.
^
:^^
OT5:
■^
■^
é—^
iP^SgS^^^
Fig. 181
238
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
Exception d) : Le salicus, première forme (IL 46), porte son ictus
sur la deuxième note :
r
Tf
H
g^i^^^
Fig. 182
Cet ictus est marqué tantôt par Vépisème vertical, tantôt par le
trait horizontal (cf. plus loin, ch. XI).
265. — 40 Sont aussi affectées d'un ictus rythmique toutes les
virgas culminantes des groupes.
d) Soit au centre du groupe :
\
-ê^
Fig. 183
b) Soit à la fin.
Domine
__^
Dô- mi-ne
Fig. 184
Remarque. — Cette virga culminante peut être assimilée à la
première note des groupes, et son ictus est, en conséquence,
soumis aux mêmes exceptions (II. 263, règle 3^).
§ 4. — Distinction fondamentale en groupes-rythmes
et en groupes-temps.
266. — L'étude rythmique des groupes de notes doit être établie
sur un fait aussi indiscutable qu'important : la distinction entre
les groupes-rythmes et les groupes-temps. Cette distinction provient
de la valeur rythmique de la dernière note des groupes. Elle vaut
pour tous les chants du répertoire grégorien.
RYTHME ET EXECUTION DES GROUPES MELODIQUES. 239
A. — Groupes-rythmes.
267. — \j^ groupe-rythme (ou groupe rythmé) est celui qui, avec
ses seules ressources, possède tout ce qu'il faut pour constituer
un rythme complet — élémentaire ou composé — c'est-à-dire, au
moins un élan et un repos ictique.
'Lt groupe-rythme a donc nécessairement sur sa dernière note
un ictus rythmique, ce qui peut arriver en deux manières.
268. — il) Le touchement (ictus) final peut coïncider avec une
note longue (cf. ci-dessus 262). Le groupe jouit alors, comme tout
rythme, d'un élan et d'un repos, si c'est un rythme simple ; ou de
plusieurs élans et appuis, s'il s'agit d'un long groupe pouvant
former un rythme composé. Exemples : Groupes-rythmes simples.
e
K^
^i=:=55
-x<
-^.
I
^^-
-.ɱL
l^^^l^
3(4)
3(4)
3(4)
i^^^^^
I 2 3 4(5) 1 2 3 *<5)
Fig. 185
4(5)
De tels rythmes terminent toujours une incise, un membre, une
phrase : v. g.
AHelùia.
^rŒHÉ
AUelûia.
iS^i^S
in ae-térnum in ae-térnum
Fig. 186
Ces deux torculus sont rythmés.
240
DEUXIÈME PARTIE, — CHAPITRE VI.
269. — b) Le touchement peut coïncider avec une note simple,
dernière note du groupe.
W
-^
^^
-^
■x;x
(S — îT (S~0*
(S~"ïr
gp=fl^^
Les groupes ainsi notés sont également rythmés, mais ils sont
toujours au centre d'une division rythmique, et suivis de quelque
autre note ou groupe, auquel ils se rattachent étroitement pour
former un temps composé.
Cette seconde manière de rythmer un groupe se rattachant à
l'enchaînement des groupes entre eux, il en sera traité un peu plus
loin (II. 323).
B. — Groupes temps.
270. — Le groupe-temps est celui qui est privé ù'ictus rythmique
sur sa dernière note. Exemple :
5 — ?r
■ ■ ■ ■
*■ ■ V. ■
Aspér-ges me
A- spér- ges me.
Fig. 188
Ces trois groupes neumatiques — podatus, climacus, podatus —
sont des groupes-temps.
Il en serait de même s'ils étaient vocalises sans paroles :
^g ^^^^
a
Fig. i8ç
271. — Les groupes-temps ne peuvent donner le sentiment d'une
fin définitive, ils sont toujours postictiques ou féminins (L 132-
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 24I
1 34). Ils appellent après eux une suite mélodique et rythmique,
ou, au moins, une note finale ictique, pour y appuyer le repos
définitif du rythme.
Il faut appliquer à ces sortes de groupes grégoriens ce qui en
a été dit dans la première partie. Le groupe-temps n'est qu'une
partie du rythme, un membre isolé qui demande son complément
(I. 209-210) ; par lui-même, il n'a pas de place fixe dans le rythme,
qui en fait, selon son bon plaisir, une arsis ou une thésis.
272. — Ces deux manières de traiter les groupes — rythme ou
temps composé - - s'appliquent à tous les neumes sans exception,
comme on le verra par la suite.
ARTICLE 2.
ÉTUDE DES GROUPES-RYTHMES ISOLÉS. - LEUR EXÉCUTION.
te
273. — Un groupe est rythmé, lorsque sa dernière note est
affectée d'un ictus rythmique (II. 267).
On ne s'occupe ici que du cas où cet ictus coïncide avec une
note longue (II. 268).
§ I. — Groupes-rythmes de deux notes.
274. — Les groupes de deux notes
Il *♦ r- ]
Fig. iço
forment le plus souvent un temps composé binaire ; cependant ils
peuvent être rythmés de plusieurs autres manières :
jo Lorsqu'un point ou un oriscus double la dernière note :
e-
i
A^
^^
Fig. ICI
Le groupe entier comprend trois temps. Dans ce cas la clivis ou
\q podatus sont toujours précédés d'un groupe quelconque auquel
ils se relient étroitement (II. 323 : Enchaînement des groupes).
242
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
2° Lorsque la dernière note de ces groupes est la première d'un
pressus :
^
^*V
m:
:t5±itr
f=gz=b_^ ' ë-
Fig. IQ2
30 Lorsque les deux notes sont pointées :
f:
^^
Fig. 193
ce qui arrive très souvent à la fin des membres et des phrases.
Ces neumes valent alors quatre temps simples.
Ces groupes sont si courts, qu'ils ne donnent pas lieu, en tant
que rythmes, à des exercices particuliers.
5^ 2. — Groupes-rythmes de trois notes :
Quatre temps simples.
275. — On rythme les groupes de trois sons au moyen àw. point
qui double leur dernière note. Sur cette note vient se poser le
touchement thétique du r3rthme.
Le type rythmique pur est celui-ci :
-^-" — •-
-P—^
Fig. IÇ4
^.
^
:^
->-*-
S^
S^^^^^
Fig' 195
(L 118, fig. 62 et exercices VI, VII et VIII, p. 75).
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 243
Tous ces groupes forment des rythmes de quatre temps simples,
dont deux à VéJau et deux au repos.
276. — L'intensité des groupes isolés est ordinairement descen-
dante in==— , quelle qu'en soit la forme mélodique; on se confor-
mera tout d'abord à cette indication. D'autre part, comme ces
mêmes neumes sont susceptibles, au cours d'une phrase mélodique,
de recevoir une d3'^namie toute différente — ==C, on devra aussi
ies chanter en crescendo.
A cause de cette possibilité, les signes d'intensité ne seront pas
ordinairement marqués dans ce chapitre. C'est à dessein aussi
qu'on ne dira rien de la dynamie phraséologique (I. 147, 149) qui
embrasse non plus seulement le groupe, mais les membres et les
phrases. Il est bon de ne pas dissiper l'attention de l'élève sur
plusieurs objets à la fois ; tous ses efforts doivent être concentrés,
pour le moment, sur l'exécution rythmique du groupe isolé et sa
chironomie. Cependant si l'étudiant, une fois maître de ces pre-
miers exercices, est au courant des règles générales de la dynamie
phraséologique, on pourra, dès méùntenant, lui laisser la faculté de
les appliquer, ce qui peut se faire, sans qu'elles soient rappelées
par une graphique spéciale.
277. — Recommandations relatives à l'usage des exercices
suivants.
jo Avant de chanter, nommer tous les groupes.
2° Solfier en dessinant soigneusement avec la main les mou-
vements rythmiques, tels qu'ils se trouvent graphiquement esquis-
sés dans les transcriptions en notation moderne. On se servira
d'abord de cette notation afin de faciliter à l'élève l'exécution de
ces mouvements. Puis, si on a l'habitude de se servir de livres
grégoriens en notation carrée, on fera la même gymnastique
rythmique sur les exemples de cette écriture musicale.
30 Après le solfège, arriver à la vocalisation liée (i) qui sera
faite successivement sur toutes les voyelles.
(i) Les exercices suivants supposent que l'élève a déjà assoupli sa voix au
moyen de sérieuses études de vocalisation. Notre Solfège grégorien contiendra
des exercices élémentaires pour atteindre ce but : on ne saurait les insérer ici
sans interrompre le cours de notre exposé. Cependant le style lié, le legato,
ont une telle importance pour l'exécution parfaite, ou même seulement conve-
244
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
Exercice XVII.
Groupes-rythmes simples de trois sons. i.
I. Mode.
■• >♦ ^
M ^. \. J "^ (j
g ^ ^ \. ^dl
Na V>. "il- :gz:4
\. 1%. «Oi
Même exercice en notation moderne.
^4^'>-1:''^^^^^^
7^
nable, des mélopées liturgiques, qu'on ne peut négliger d'en dire quelques
mots dans le présent travail. Ces recommandations et enseignements sont
renvoyés en appendice à la fin de cette deuxième partie. On devra les lire
attentivement, et travailler avec soin les exercices préparatoires de vocalisa-
tion qui sont proposés à l'élève. Y revenir souvent^ même lorsqu'on aura acquis
une science suffisante de cet art, c'est le moyen le plus efficace pour conserver
l'agilité et la souplesse relatives, requises pour une bonne et édifiante inter-
prétation du chant grégorien.
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 245
Exercice XVIII.
Groupes-rythmes simples de trois sons. 2.
II. Mode.
^^
A- y.
^—i A "*•
M=^
3V
^ 1. ' ; ^ ^ > w ' F^
Même exercice en notation moderne.
M:j K
t}"'r-Cr'r4îj'ï^'i'vi^" i-.^^
'|(^'-r^''rv^^
§ — 3. Grottpes rythmes de quatre notes :
Cinq temps simples.
278. — Ces groupes sont rythmés lorsqu'un point affecte leur
dernière note. Us forment un rythme élémentaire de cinq temps,
dont trois à l'élan et deux au repos.
Intensité. On se conformera aux instructions des exercices pré-
cédents : (IL 276).
Rythme Grég. — i6
246 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
Le type rythmique pur est celui-ci :
1 2 3 4(5) 1 2 3 4(5)
Ff'j^. iç6
(I. 118, fig. 63. Exercices IX et X, p. 76).
^
^.
1^
Fig. IÇ7
Pour les exercices suivants on suivra les indications données
ci-dessus (277). De plus, on veillera très attentivement dans les
exercices XX, XXI et dans tous ceux qui contiennent des mélanges
de temps composés binaires et ternaires, à ne pas faire les temps
ternaires en manière de triolets ; il faut donner, à chacun des trois
temps simples qui composent le temps ternaire, sa pleine valeur.
Exercice XIX.
Groupes- rythmes simpies de quatre notes.
Suivre les indications des exercices précédents (II. 277).
Ll ^ a
II. Mode.
5t
K U^ 8^ #
^^
H- %,■• =^
>4^
H — \
%=^
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 247
Même exercice en notation moderne.
Exercice XX.
Groupes-rythmes simples(de trois ou quatre notes) mélangés: i.
IV. Mode.
g—
^=f=^
/l g^. ' \ W
itr-T
^p^=^=a^^=^
^-.
r+V
Même exercice en notation moderne.
^^, f-^
i^'^f^'-fJjtU'^f-^tLJ'-^^^i^Uf
J^r^'^^^^^S^Ï-AéJ- t^'~fë
248
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
Exercice XXI.
Groupes-rythmes simples (de trois ou quatre notes) mélangés: 2.
V. Mode.
r
^fl=i
It 17
■*-^V
'Hi — sV ft
:• Hv >^
g-^- b.. - 1.-
^> ^■\. V,- ^Jy ^g>,. :,
a a a
Même exercice en notation moderne.
t-^'1^^t^^' ^'t-hs^^
\f , ^-^-
^ r r - '>-^^^*5^ ■ f ^g^^ -^ Jé^É^::^
feTr f> Jr
§ 4. — Groupes-rythmes de cinq notes.
Rythmes composés de six temps simples.
Le type rythmique est celui-ci :
279.
-1— <" — «^ — • — ^
n n I
Fig. igS
RYTHME ET EXECUTION DES GROUPES MÉLODIQUES 249
Exercice XXII.
Groupes-rythmes composés de cinq notes.
-I 1 1
I. Mode.
^K r<
lïïî
:^
i-is.- ' -^Xi
3^
4Î^=2
tîv
Hi*^
D
?^-y — ^^
:»
^^Vb:
a a a '
Même exercice en yiotation moderne,
r
/'~'^^ 'z''*^^'^. 'z''^"^'^. '.< ^. '
^
^►ryrr^rr^P
c4'f r'r f'r^rï'^ '^'^<^^^^^^^^
Avant de chanter cet exercice on voudra bien lire l'explication
suivante :
250 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
280. — Place des ictus. — Les lois générales de la rythmique
exigent une subdivision au centre de tous ces groupes. Leur
analyse ordinaire, à l'état isolé, est la suivante :
à) Ictus initial sur la première note (II. 263).
b) Ictus thétique final sur la deuxième note longue (II. 262 a).
r) Ictus de subdivision, portant nécessairement sur la troisième
noté, car deux ictus rythmiques ne peuvent se suivre (I. 84).
Les six temps simples de ces groupes se divisent donc en trois
temps composés biliaires.
281. — Intensité ; accentuation rythmique des groupes. — Plus
cette étude s'avance, plus aussi la longueur des groupes, qui
déjà sont de petites incises, permet d'appliquer pratiquement
les notions exposées dans la première partie sur la distribution
de l'intensité (I. 147, 149), sur l'accentuation des rythmes, et la
place des arsis et des thésis dans la phrase mélodique, et par
suite sur la chironomie (I. 202, 205).
On connaît la règle générale d'après laquelle l'intensité doit
suivre le dessin mélodique : elle croît avec la montée, décroît
avec la descente. En conséquence, le sommet dynamique, ou
r accentuation rythmique se portera sur la note ictique la plus élevée
du groupe, c'est-à-dire :
1° Sur \2i première note de tous les groupes, ligne A, et l'inten-
sité sera décroissante ;
2° Également sur la première note de tous les groupes, ligne B,
bien que cette note ne soit pas la plus élevée du groupe ; mais
elle est en même temps initiale et ictique, qualités qui attirent
sur elle l'intensité de l'accentuation rythmique ; donc intensité
décroissante ;
30 Sur la troisième note de tous les groupes, ligne C ; c'est la
note ictique la plus élevée : intensité ^<c: / :r== —
40 Sur la dernière note des groupes, ligne D ; intensité crescendo.
Cependant l'occasion de conduire ces motifs en decrescendo se
présentera dans le cours d'une phrase grégorienne, l'élève devra
donc, dans les exercices de solfège et de vocalisation, se rendre
maître de ces diverses nuances d'intensité ;
i
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 25 1
50 Deux notes ictiques sur le même degré dans un même
groupe, ligne E, donnent lieu à une indécision sur la place de
l'accent rythmique : le choix est libre. On peut le placer sur la
première note ou sur la troisième, et conduire l'intensité en con-
séquence.
Il n'y aurait plus matière à liberté si l'un des ictus était sur-
monté du trait romanien
t
^îsfc
Fig. rçQ
qui indique ici une force, une accentuation bien marquée. Cette
note ainsi désignée à l'attention deviendrait l'accent obligatoire
du groupe.
282. — Les mouvements mélodiques très limités, intervalles de
seconde par exemple, ligne E, dernier groupe, n'amènent que des
changements d'intensité très délicats. L'entrée dans la phrase de
ces légers dessins, le rôle qu'ils y jouent, le contexte, assignent
le caractère dynamique qui leur convient.
283. — Rythme et chironomie. — La place des ictus et des
accents rythmiques déterminée, il devient facile d'indiquer avec
précision les élans et les repos rythmiques de ces groupes, et d'en
figurer la chironomie. Il faut distinguer plusieurs catégories dont
les différences ont pour base la forme mélodique de ces neumes.
Lignes A, B. — Les groupes de ces deux lignes s'analysent :
une arsis, deux thésis... (I. 150. Exercice XII).
Fig. 200
Le premier temps composé binaire est à Vélan du rythme, les
deuxième et troisième, suivant la descente mélodique et dyna-
mique, forment une double thésis.
2 52 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
Ligne C. — Analyse rythmique de ces groupes : deux arsis,
une thésis. Ici le sommet mélodique et l'accent rythmique se trou-
vent sur la subdivision centrale : il est tout naturel que le mou-
vement rythmique suive l'ascension des mouvements mélodique
et dynamique, ce qui donne deux arsis, une thésis.
Montée du rythme et de la chironomie
Montée de la dynamie
Montée de la mélodie
Fig^ 201
Tous les ordres — mélodique, dynamique, rythmique et chiro-
nomique — concourent, chacun dans sa sphère, à former l'unité
de ces groupes par une même impulsion, une même direction.
Ligne D. — Analyse rythmique : deux arsis, une thésis. La
chironomie, dans ces groupes, s'attache à reproduire de préférence
l'ascension mélodique ; car, on l'a vu, l'intensité en est mobile et
dépend du contexte de la phrase.
Ligne E. — Deux analyses rythmiques sont possibles selon la
place de l'accent rythmique :
Avec cet accent sur la première note : une arsis, deux thésis ;
avec cet accent sur la troisième note : deux arsis, une thésis.
§ 5. — Groupes-rythmes de six notes.
Rythmes composés de sept temps simples.
284. — Ce type rythmique admet deux divisions :
Fig. 202
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 253
Exercice XXIII.
Groupes-rythmes composés de six notes.
VI. Mode.
^
r" h ' /s-^^
Même exercice en notation moderne.
^ '
Les explications données au sujet des groupes-rythmes de cinq
notes s'appliquent exactement à ces nouveaux neumes.
On les chantera de la même manière, en les répétant autant de
fois qu'il le faudra pour en faire pénétrer le rythme dans l'intel-
ligence et le sentiment de l'élève.
§ 6. — Corollaire.
La notation du groupe neumatique est rythmique.
285. — La notation du groupe neumatique, pris en lui-même, est
rythmique et non métrique.
Il faut expliquer ces expressions :
On entend par notation rythmique celle qui représente, dans une
unité graphique aussi étroite que possible, tous les éléments qui
constituent un rythme.
Ce concept est pleinement réalisé dans l'écriture ou notation
des mots. Le mot littéraire représente une seule idée, et lorsqu'il
est émis, il est une seule mélodie et un seul rythme. La figuration
graphique qui est faite de ces trois unités est une aussi : toutes
les syllabes sont agglomérées dans un seul groupe. On n'écrit
254
DEUXIEME PARTIE.
CHAPITRE VI.
p&s JUS fz- I ficàti- I o, ni justificdti- \ o avec des barres entre les
syllabes, mais bieii, en un 'àtxA groupe graphique : justificdtio.
Ce procédé est justement celui des notateurs grégoriens. Pour
eux le groupe neumatique est im mot, une unité mélodique et
rythmique qu'ils représentent par le groupement des sons en un
seul neume, ils écrivent donc sans barre :
B
D
tîV
^5fc
et non en notation métrique
A B
Fig. 203
286. — On comprend maintenant ce que signifie l'expression
notation métrique. C'est celle qui, avant de songer à la figuration
du rythme, s'arrête aux menus détails, et se préoccupe de noter
uniquement les mesures, les temps composés, souvent au détri-
ment d'une bonne représentation du rythme.
La notation musicale moderne, depuis l'invention des barres,
en est là : elle coupe en tronçons les membres d'un même mot
mélodique et rythmique ; à la vérité, elle essaie de réparer ces
fractures au moyen de ligatures ; mais ce traitement médicinal
ressemble assez aux bandages qui maintiennent péniblement en
place des membres disjoints ou fracturés.
Entre ces deux notations l'hésitation n'est pas possible : la
préférence doit aller à la notation rythmique. Le but suprême à
atteindre dans l'exécution, c'est le rythme; une bonne notation
doit guider le chantre sûrement et promptement vers ce but. Or
l'aggrégation des sons en groupes rythmiques est un moyen très
efficace pour obtenir ce résultat. Le groupement rythmique doit
donc être jalousement sauvegardé, comme l'une des plus pré-
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 255
cieuses qualités de la notation neumatique, par ailleurs si défec-
tueuse, et les transcriptions musicales modernes doivent mettre
tout en œuvre pour le reproduire avec la plus parfaite exactitude.
Ce n'est pas à dire cependant que le groupement par mesures,
ou mieux par temps composés, soit inconnu à la notation grégo-
rienne ; on va voir à l'instant qu'il y est employé, et que, dans de
nombreuses circonstances, il n'est même pas possible de s'en
passer.
Ceci nous amène à l'étude des groupes-temps.
ARTICLE 3.
ÉTUDE DES GROUPES-TEMPS ISOLÉS. - LEUR EXÉCUTION.
%i. — Le groupe-temps.
287. — Un groupe neumatique est temps composé ou groupe-
temps lorsque sa dernière note ne porte pas d'ictus rythmique
(II. 270). Un tel groupe ne peut pas terminer un rythme, puisqu'il
n'a pas de thésis, il faut toujours après lui au moins une note qui
lui serve de repos.
Il suit de là que si, théoriquement, in abstracto, on peut étudier
le groupe-temps à l'état d'isolement, pratiquement il n'est jamais
seul, il ne peut pas l'être.
288. — Il y a groupe-temps en deux cas :
1° Dans le chant avec texte, lorsqu'un groupe sans ictus final
passe directement à une syllabe nouvelle surmontée d'une note
ou d'un groupe. Ex.
* * *
kl
a -
A ■-
3** ■-
a- e.
De- us.
a- e.
De- us.
a- e.
De- us.
Fig. 204
•
i
i . •
A ■
3** ■ •
\-
\
1 * * \-
a- e.
De- us.
a- e.
De- us.
a- e.
De- us.
Fig. 203
256
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
Tous les groupes surmontés d'un astérisque sont des groupes-
temps.
2° Dans le chant mélisviatique, lorsqu'un groupe sans ictus
rythmique final passe directement à un autre groupe dont la pre-
mière note est ictique :
g
^■fe^
^^
a-
De-
e.
us.
Fig. 206
Tous les groupes marqués d'un astérisque sont des groupes-
temps. Le dernier exemple — deux climacus — réunit les deux
cas exposés en ce moment.
Ct^ Juxtapositions de groupes relèvent déjà du chapitre suivant,
oij il sera traité de la liaison des groupes. Il ne sera parlé ici que
des neumes-temps dans le chant avec texte, ou simplement avec
changement de voyelles.
§ 2. — Groupes-temps de deux ou trois notes.
289. — Le groupe de deux notes forme un temps composa bmaivQ ;
Le groupe de trois notes, un temps composé ternaire.
Exercice XXIV.
Groupes- temps binaires ou ternaires.
e, a- e.
a- e,
a- e,
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 257
a- e, a- e, a- e, a- e, a- e, a- e,
t
-1^
g - 1^
a- e, a- e, a- e, a- e, a- e, a- e,
a- e, a- e.
Même exercice en notation moderne.
-+
^ ^r''fCJJf"r^Ttl'.^!J'^Ni^â^^
.e. o- __c . <x -
fe^P^^^^^^^^S;' Y j (0- Y-Ç^' y. '
c< e . a.
_c , a. e. Cl 1. a e, a^
'^ Y -S;Y'S"^-£j'>' 't;''^^SJ>'
a e . a
* <*. «. a £, a € a.-
"is^'^-Çù
\ï
T^
a. t., t\.
Chacun de ces rythmes, pris à part, est un rythme élémentaire.
Leur réunion deux par deux, au moyen d'une simple juxtapo-
sition, les constitue en rythnes-incises composés (L 143, fig. 92).
Dans l'exécution, bien veiller à donner les trois temps pleins aux
groupes de trois sons, et à n'en pas faire des triolets.
§ 3. — Groupes-temps de quatre notes.
290. — Ces quatre notes, ou temps simples, se subdivisent en
deux temps composés binaires.
258
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
Exercice XXV.
Groupes-temps composés de quatre notes.
V. Mode.
>iiS ■• %• »
H •-
t
^
e,
a- e, a- e,
t±^
J^=^
a- e, a- e.
Même exercice en notation ^noderne.
r
a- e, a- e,
Cette règle de subdivision est si naturelle pour les groupes-temps
de quatre notes, qu'il est presque inutile de marquer l'ictus ; il ne
peut être placé que sur la troisième note.
Vintensité suit le dessin mélodique.
De même pour la chironoinie.
% 4. — Groupes-temps de cinq, six notes et plus.
291. — Ces groupes sont soumis, comme les précédents, à la
subdivision, mais l'extrême variété des cas ne permet guère
d'établir des règles fixes sur la place des touchements. Tout ce
qu'on peut dire, c'est qu'il faut poser les ictus de préférence sur
les notes modales, en s'inspirant du contexte et de la marche
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 259
mélodique et rythmique. C'est ici que les signes rythmiques
romaniens, messins et autres sont d'un grand secours.
Mais cette fixation des ictus est un travail de l'éditeur et non
du chanteur. La notation doit épargner ce souci aux exécutants
et aux accompagnateurs ; ce qu'il faut enseigner ici, c'est à bien
se servir de la notation.
L'exercice suivant a pour but de rompre l'élève aux diverses
combinaisons rythmiques des groupes-temps de cinq notes.
Exercice XXVL
Groupes-temps composés de cinq notes.
VI. Mode.
ir» :
-rf— • ^
>gv^
1^;=^
-♦ ■-
a- e,
e,
a- e,
^
iï
^%^
^^ïw
=♦ — «^
e,
a- e, a- e,
^
^^
^f^
a- e, a- e, a- e,
Même exercice en notation moderne.
r
26o
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
292. — Quant aux groupes-temps de six notes ou six temps
simples, ils peuvent se diviser
a) en deux temps composés ternaires :
H
^
b) ou en trois temps composés binaires :
— H — »-
a- e.
ÊIÉ
■«=?
Fig. 208
Nous croyons inutile de donner un exercice sur ces groupes,
qui, du reste, sont assez rares.
J
CHAPITRE VIL
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES
DANS LA PHRASE.
293. — On vient d'étudier dans le chapitre précédent les qualités
individuelles des groupes-rythmes et (\qs groupes-temps, il faut main-
tenant examiner ce que nous serions tentés d'appeler les aptitudes
sociales de ces mêmes groupes. En effet, ils ne sont pas destinés à
demeurer isolés, pas plus d'ailleurs que les mots du discours. Leur
place naturelle est au centre de la phrase : c'est là seulement
qu'ils jouissent de toutes leurs facultés, là qu'ils remplissent toutes
leurs fonctions, là que rassemblés, associés, joints Tun à l'autre
ou disjoints selon les exigences du sens musical, ils constituent
les membres et les phrases dont se compose la mélodie.
ARTICLE 1. - NOTIONS GÉNÉRALES SUR LA JONCTION
ET LA DISJONCTION DES GROUPES.
294. — Les Instituta Patrum ont sur ce nouvel aspect des
neumes des aperçus très suggestifs : « Caveamus etiam ne
neumas conjunctas nimia morositate (disjungamus) vel disjunctas
inepta velocitate conjungamus » (Gerbert. Script. I, p. 7). (i)
(i) Voici d'autres textes sur la liaison et la distinction des notes et des
groupes :
HuCBALD? {Music. Enchir. Gerb. Script. I, p. 183 **) : « Observandum quoque
dico distinctionum rationem, id est, ut scias quid cohaerere conveniat, quid
disjungi. >
Odon? (Gerb. Script. I, p. 275'') : « Ad cantandi scientiam nosse quibus
modis ad se invicem voces jungantur, summa utilitas est. »
Aribon? (Gerb. Script. II, p. 217^) : < Arctius est scribendi et neumandi
distinctio, donec ad finem appropinquet. Juxta finem autem disslpetur scriptura
cum neumis, ut cantori sit indicium praediotae tarditatis. >
S. Bernard? Tractatus de ratione cantandi antiphonarium. Supplementum
Patrum, J. Hommey, p. 7 : « Dignum siquidem est ut qui tenent regulae veri-
tatem, praetermissis aliorum dispensationibus habeant etiam rectam canendi
scientiam, repudiatis eorum licentiis, qui similitudinem magis quam naturam
in cantibus attendentes, cohaerentia disjungunt et conjungunt opposita; sicque
Rythme Grég. — 17
202 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
295. — Il y a donc, tout d'abord, dans l'exécution des neumes,
certains groupes qui sont intimement j'oinis, d'autres, au contraire,
qui sont détachés, disjoints.
Les expressions morositate et velocitate ne sont pas non plus
sans enseignement : elles indiquent la manière pratique de joindre
et de disjoindre les neumes.
Si les neumes joints sont malencontreusement disjoints par trop
de lenteur, c'est donc que ces neumes, pour être joints, doivent
être chantés sans lenteur, sans arrêt, dans un mouvement normal.
D'autre part, si les neumes disjoints sont joints par une mala-
droite rapidité, c'est qu'on les disjoint par la lenteur, et, pour pré-
ciser, par un retard de la voix — mora vocis — qui, pour produire
son effet de disjonction, doit se faire entendre sur le& dernières
notes et surtout sur la dernière note du groupe.
D'autres théoriciens tiennent à peu près le même langage :
nous verrons leurs textes dans la troisième partie, quand il sera
question de la phrase grégorienne avec paroles.
296. — Les manuscrits notés reflètent-ils les instructions des
Instituta Patruin, et nous enseignent-ils quand il y a jonction,
quand il y a disjonction ?
Si les conseils de S. Bernard, écho de la tradition sur ce point,
avaient été suivis, la réponse à cette question serait affirmative,
et la notation neumatique serait à peu près suffisante.
« Praemunitos autem volumus, dit-il, eos maxime qui libros
notaturi sunt, ne notulas, vel conjunctas disjungant, vel conjungant
disjunctas. »
Ce texte décrit assez bien les procédés d'écriture recommandés
aux copistes pour la jonction et la disjonction des notes et des
neumes.
omnia confundentes, cantum prout libet, non prout licet, incipiunt et termi-
nant, deponunt et élevant, componunt et ordinant. >
Et plus loin, p. 9 : « Praemunitos autem esse volumus, eos maxime qui
libros notaturi sunt, ne notulas, vel conjunctas disjungant, vel conjungant
disjunctas; quia per hujusmodi variationem gravis cantuum potest oriri dissi-
militudo. >
Dans le Tractatus de ratione cantandi Graduale, p. 27 : < Sicut notatores
antiphonariorum praemunivimus, ita et eos qui gradalia notaturi sunt prae-
munimus, et hos et illos obsecramus, et obtestamur, ne notulas conjunctas
disjungant, vel conjungant disjunctas. »
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 263
L'union graphique de plusieurs notes en un seul groupe, et le
rapprochement étroit de plusieurs groupes en une seule ligne
discontinue sont présentés comme le signe de \di Jonction.
Au contraire, V espacement graphique des notes et des groupes
est, en principe, la marque de la disjonction.
297. — Rien de plus naturel, en somme, que ce procédé de
notation; il rappelle celui de l'écriture, arrivée à ce point de
développement où elle distingue les mots sans soupçonner encore
les signes de ponctuation ; mais aussi rien de plus primitif que ce
système de rapprochements et d'espacements flottants et approxi-
matifs ; il va bien de pair avec la notation neumatique pure qui,
par ses propres ressources, ne parvient à désigner ni les inter-
valles à franchir, ni les valeurs rythmiques des notes. Pour fixer
tout cela, la présence du mciître était nécessaire ; elle ne l'était
pas moins pour préciser \3. jonction ou la disjonction des groupes.
298. — Encore si les notateurs avaient été quelque peu attentifs
et constants dans l'application de cette méthode ! Malheureuse-
ment les conseils des théoriciens ont été bien peu suivis. Quelques
rares manuscrits cependant, français surtout, peuvent fournir
certaines données sur la disjonction des neumes, grâce aux espaces
blancs ménagés entre les. incises et les membres mélismatiques de
la mélodie ; mais, là même, que d'incertitudes, que de négligences,
de contradictions, de variantes !
La réalité est que la grande masse des manuscrits tient à peine
compte de ces conventions. Avec la meilleure volonté, il était
presque impossible de faire autrement. La plupart du temps le
copiste de la musique n'est pas celui du texte, et, trop souvent,
ce dernier ne veille pas à garder, entre les syllabes, la distance
nécessaire pour placer les vocalises. Tantôt il n'écarte pas assez
les syllabes, et le notateur est obligé ou d'entasser les longues
séries de ses neumes dans un étroit espace, ou de les disposer
au-dessus du texte en lignes sinueuses de plusieurs étages, ou
encore de les superposer dans la marge, où ils s'élèvent l'un
au-dessus de l'autre en file interminable. Tantôt, au contraire, la
place laissée libre est beaucoup trop grande, et les groupes semés,
dispersés, étcdés, un à un, sur une grande longueur, suffisent à
peine à remplir la largeur de la page. Toutes ces irrégularités
264 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
rendent les distinctions presque impossibles à discerner : il en
résulte pour nous que le problème de la. jonction ou de la disjonc-
tion des groupes est l'un des plus difficiles de la rythmique gré-
gorienne, surtout pour les chants mélismatiques.
299. — L'imperfection de ce système des espaces blattes et la
difficulté d'y être fidèle, ne manquèrent pas de frapper les nota-
teurs ; aussi s'efforcèrent-ils de l'améliorer, ce que, d'ailleurs, ils
avaient déjà fait pour les intervalles et les valeurs rythmiques
au moyen de lettres et de signes adjoints à la notation. Le progrès
était d'autant plus facile à réaliser que l'emploi des lettres et des
signes rythmiques longs conduisait directement au résultat cherché :
à savoir, la clarté des diverses divisions de la phrase mélodique.
Ces adjonctions placées à la fin des incises, des membres, indi-
quent à peu près suffisamment ces subdivisions, et diminuent les
hésitations du chanteur.
300. — Néanmoins pour nous, en dépit de tous ces secours, ce
n'est que par un travail de comparaison long et ardu entre les
divers manuscrits, que nous pouvons, en réparant les imperfections
du système et les néghgences des copistes, arriver à reconstituer,
avec quelque certitude, l'ensemble de la phrase grégorienne avec
toutes ses divisions et subdivisions.
L'exposé des recherches faites à Solesmes dans cette direction
nécessiterait la publication de l'apparatus critique d'une édition
des livres de chant. Le but de ce Traité n'impose pas cette tâche.
Cependant, au cours de ce chapitre, il en sera dit assez pour
mettre le lecteur à même d'apprécier la méthode comparative et
les règles d'exécution qui en découlent.
301. — Les recours aux manuscrits rythmiques vont se multi-
plier dans les pages suivantes. Qu'il soit bien entendu que les
signes neumatiques tracés au-dessus de la portée avec cette
rubrique : « manuscrits sangalliens », ou « manuscrits messins »,
c'est-à-dire d'écriture messine, « manuscrits français », etc. sont
le résultat, la somme des travaux comparatifs faits sur un groupe
de manuscrits de l'une ou de l'autre École.
Les seuls documents rythmiques sangalliens publiés jusqu'à
nos jours sont au nombre de trois pour le Liber Gradualis : Saint-
Gall 359, 339 et Einsiedeln 121. Outre ces codices, nous nous
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 265
servons de ceux de Saint-Gall 376, 375, 340, des trois codices de
Bamberg lit. 6, 7 et 8, et de quelques autres qui seront signalés au
passage. Il peut donc se faire que des signes, des lettres, des sigles
rythmiques absents des trois codices publiés, figurent dans nos
exemples. On comprendra alors qu'ils se trouvent dans l'un ou
l'autre de nos manuscrits; car tous se complètent réciproquement.
Il est impossible ici de citer un à un les documents, de noter les
variantes et d'en discuter la valeur : de telles monographies se
feront ailleurs.
302. — Les groupes joints sont plus fréquents que les groupes
disjoints, ils sont aussi plus faciles à déterminer, ce qui nous
engage à les étudier les premiers.
ARTICLE 2. - DE LA JONCTION DES GROUPES.
303. — Les groupes se joignent de trois manières :
10 Par simple juxtaposition ;
2° Par enchaînement ;
30 Par fusion.
De là, trois paragraphes.
§ I. — Simple juxtaposition des groupes.
A. Ce qi^on entend par juxtaposition.
304. — CtXXQ juxtaposition est le propre du groupe-temps dont
la dernière note, sans mora vocis, s'unit immédiatement à la note
ou au groupe suivant ; c'est ce qui a été vu au chap. VI, art. 3 :
Exécution des groupes-temps :
Exemples dans les vocalises :
^
±
'^.
iite
266
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
â:^^^
^
[j^ptfs:
* ♦ *
* ♦ *
^^-^^^V^izihS^^-
Fig. 20Ç
Tous les groupes-temps surmontés d'un astérisque sont unis
aux neumes suivants par simple juxtaposition graphique.
Exemples avec textes.
* + ♦ *
^H^
Aspér-ges me.
\
:SÎ^
Vi-di
aquam.
e^EEE
^=EpE^S^gfe3
A- spér- ges me. Vi- di
Fig. 210
a- quam.
Dans tous ces cas, l'ictus rythmique de chaque groupe tombe,
selon la règle générale (II. 263), sur la première note de chaque
neume.
305. — ChaquQ groupe- temps doit être considéré, dans l'ensemble
mélodique et rythmique, comme un seul temps binaire ou ternaire,
qui trouve son complément et son appui sur le groupe suivant.
La succession de groupes ternaires dans la musique moderne, par
exemple dans une mesure à 12/8, donne une idée assez exacte de
l'exécution de ces groupes grégoriens :
5 s G S S S g S 0 \
Fig. 211
La juxtaposition graphique des neumes n'empêche pas, en effet,
une union très étroite entre ces groupes, en musique comme en
chant grégorien, pourvu qu'on les considère comme un seul temps.
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 267
Dans les mélismes purs, ils sont reliés entre eux par le sens
mélodique et par le sens rj^thmique ; et lorsque les paroles inter-
viennent, l'union est plus intime encore à cause du mot, qui ajoute
à l'unité mélodique et rythmique l'unité de ses propres éléments.
B. Comment les manuscrits indiquent-ils la juxtaposition des groupes?
■ Il y a plusieurs manières de reconnaître cttit juxtaposition.
306. — \° Le simple rapprochement des groupes. — C'est le
procédé des documents sans signes rythmiques ; il est bien pri-
mitif, et de plus, souvent traité négligemment par les copistes :
Une serait pas prudent de faire fonds sur lui ; car il n'offre que
de faibles garanties. Les manuscrits rythmiques sont plus précis.
307. — 2° La seule absence, dans ces derniers codices, de toute
lettre d' allongement à la fin des groupes, est un indice presque
infaillible de l'intime juxtaposition des groupes.
Prenons les exemples suivants :
Plusieurs mss. Sangalliens. J. /\ /\ /\ ■' ■ /l /\
Trait. Deprofnndis
Lib. usualis
1904
^=^=^âisp.^^'j4p.
Dômi-ne
Mss. Sangalliens. J'.A/^A '' A A
Trait. Qui régis ^ ♦♦ "^ — j _ *\f\-
Sab. IV. Temp. '*♦ iV^pipi *\
Âdventus
inténde
Fig. 212
Une mora vocis doit-elle se faire sentir après l'un ou l'autre de
ces groupes, après le pes subbipunctis ou Xune des clivis ?
La réponse est donnée par les neumes sangalliens au-dessus de
la portée ; ils n'ont aucun signe de retard, ni après le pes subbi-
punctis, ni après les clivis; il faut àonc juxtaposer tous ces groupes
dans l'écriture et dans l'exécution.
Ce second procédé n'a encore qu'un caractère tout négatif, avec
le troisième nous avons des indications positives.
268 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIL
308. — 1° La présence de certaines lettres significatives roma-
niennes ou messines. — Ce sont les suivantes :
c = celeriter;
fk = statim;
cô = cofijungatur ;
n =■ naturaliter, dans les manuscrits messins.
Toutes ces lettres ou sigles fournissent des renseignements
indiscutables.
309. — Emploi du f = celeriter.
L'exemple ci-dessus se trouve plusieurs fois ainsi noté :
Laon239
Jl VH„
simili
S. Gall 376 J. /l/l /î B
Plusieurs rass. Sangalliens J ■ /^ A A ^
Trait. Qui régit
Fig. 21 J
Le r = celeriter qui, ligne B et C, court sur les trois clivis,
indique leur intime liaison.
Le simul = ensemble, de compagnie, qui, ligne B, surmonte le c,
renchérit encore sur cette lettre ; il était inutile, un seul manuscrit
s'en sert.
310. — Quant au codex de Laon, l'union graphique dés trois
clivis en un seul groupe — elle existe aussi dans les codices
sangalliens — est on ne peut plus significative.
Un = naturaliter, à la base des deux groupes (i), interdit un
arrêt quelconque, mora vocis, tant après le/^.y subbipunctis qu'après
les clivis.
L'effet voulu certainement par le compositeur est une sorte de
trille lent à quatre battements, qui vont s'accélérant jusqu'au
trigon ou pressus de la notation carrée.
(i) L'« se trouve également dans Laon à la base du premier groupe — pes
subbipunctis — au Trait De profundis.
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 269
311. — Emploi du sigle /t = statim.
Laon239 A '^ * ' C
S.Gall375 „ Â^,"//^,sxA.A/l
KT. G. 7-.«^««/ g , fV'Na *M>,/* fl^MsfL
et vi-de-bi- tur
Fig. 214
Toujours même question : ne faut-il pas une mora vocis après
le clunacus do-la- sol, et après la clivis do-la ?
Les témoignages de Saint-Gall concluent pour la négative :
impossible de s'arrêter après le climacus,
a) Parce que les punctums sont brefs,
b) Parce que ce groupe est surmonté du c qui semble ici
embrasser le neume tout entier ; et surtout
c) Parce que le sigle /t == statim le suit immédiatement.
De même après la clivis do-la, toute mora vocis est interdite, et
pour les mêmes raisons : il n'y a aucun signe d'arrêt ; le ^r la
domine, le statim la relie sans retard avec ce qui suit.
312. — Le manuscrit de Laon fournit les mêmes indications :
pour le climacus, on doit se souvenir que le punctum long /^ à la
base de ce neume (II. fig. 109) n'est décidément long que lorsqu'il
est accompagné du ^ ou de quelque autre indice de retard.
Quant à la clivis, Vn qui la suit est l'équivalent du statim de
Saint-Gall.
313. — Autre exemple du ^ -= statim.
Laon 239 J ) ) ^
Mss. Sangalliens ,"j/1 -'fb^Jl •'• J-_y.
Trait. CommovitU
3éJL
Sa- na
fugiant
Fig. 215
Une mora vocis pourrait être placée après le trigon-pressus do-
sol, et après le trigon-pressus do-la ; qu'en est-il?
2/0 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII. '
314. — Les manuscrits qui se contentent des espaces blancs ne
disent rien de net.
315. — Les documents sangalliens sont plus précis. Le troisième
punctuni du irigon do-sol est simple, sans trace de retard, c'est un
premier indice ; mais il y a mieux. Le sigle statim qui suit immé-
diatement est décisif : il interdit tout retard, et prescrit la juxta-
position intime du trigon et de la distropha.
316. — Laon 239 confirme cette interprétation par l'emploi de
la clivis brève au lieu de la clivis longue (II. fig. 109).
317. — Deux fois la même incise mélodique se répète, deux fois
elle doit se chanter de la même manière ; car les deux notations
rythmiques sont identiques. Cependant après le second trigon-
pressus dû-la, le statim fait défaut ; mais cette adjonction n'est pas
absolument nécessaire : les autres indications rythmiques per-
sistent, et d'ailleurs les deux passages s'interprètent l'un par l'autre.
318. — Le sigle cô = conjunctim sera étudié plus loin (IL 419).
Exercice XXVIl.
Groupes se joignant par simple juxtaposition, i.
319. — Analyse rythmique. — Rythmes composés.
Partie mélodique ascendante : elle comprend les huit premiers
rythmes-incises.
Deux accentuations peuvent être données à chaque rythme.
B — etc.
Fig. 216
10 Accent principal d'incisQ sur la. première note du scandicus ■■
tout le motif se chantera en decrescendo. L'analyse rythmique et
la chironomie seront : une arsis, deux thésis (fig. 216^ ).
Cette accentuation et ce rythme seront marqués dans l'exécution.
i
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 27 1
20 Accent principal d'incise sur la première note du torculus
resupinus ou porrectus praepunctis.
Le motif s'exécutera crescendo, puis decrescendo. L analyse sera :
deux arsis, une thésis (fig. 216").
Il sera bon de faire chanter ces deux accentuations.
320. — Partie mélodique descendante : les huit derniers rythmes.
On peut encore donner à ces rythmes les deux accentuations
indiquées pour les huit premières incises ; cependant la décrois-
sance mélodique constante de la phrase invite à poser l'accent
sur la note ictique la plus élevée de chaque incise, sur la première
mÀ& à\3i porrectus ; dès lors le decrescendo continu s'impose, ainsi
qu'il est noté dans l'exercice en notation musicale.
L'analyse rythmique sera une arsis et deux thésis.
Dans tout l'exercice, le premier groupe, temps composé ternaire,
est uni au groupe s\i\\2cnt par juxtaposition.
On devra varier la syllabe de vocalise, selon les besoins et les
progrès des élèves.
^
I. Mode.
J>fl J^
J,Nfl '^^^
TSi~~^^
: Jjs>fl -^^^^ tf^v fC3s
>3:ï
-f4f
:^4îî
H 3*- r4:v f^^fV- Il
a a a a
Même exercice, transcription musicale.
r
n^f^:^^''tlj~t-
LU~LLj'f
2/2 DEUXIÈME EARTIE. — CHAPITRE VII.
r r' 7 ' f-^_ :-FS^-f '^ "f ^
Exercice XXVIII.
Groupes se joignant par simple juxtaposition. 2.
321. — Mêmes intervalles mélodiques que le précédent exercice,
mais rythme différent.
On pourrait accentuer de plusieurs manières, on choisit l'analyse
la plus naturelle : accentuation sur le second groupe — divis —
ce qui donne un mouvement rythmique composé de deux arsis et
de deux thésis.
Cette disposition vaut pour tout l'exercice.
I. Mode.
^
a^Kfl a^Na
ASfl a^Ng
SNÏ^^^
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 273
l-g^-i ;m^ ^m. , f,M%. ■ ^fl^. ' p,^
Âlïî
>^^v ^^l1^. ^^<H
Mcnic exercice, transcription musicale.
k £1^ C; r -' , J^Tlj^g-pi
-^'1} L;-^^',j'Lr'^0 Cr^r-^
274
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
Exercice XXIX.
Groupes se joignant par simple juxtaposition. 3.
322. — Cet exercice est un mélange des deux précédents. Il a
pour but d'habituer l'élève au nombre musical libre ^ qui est celui
du chant grégorien.
I. Mode.
^
rTNfl I -'N ^^^
jj^fl afVNa ' ^
^
ï
e ^Si ' stff^ I ^1V^»:— H-^
Âfl^
î^
Âlïî*i
rJ3v ' >Mv — ^Qh
a a a a
Même exercice, transcription musicale.
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIOUES. 2/5
-f- f^ f^
§ 2. — Enchaînement des groupes.
323. — L'enchaînement entre deux groupes neumatiques a lieu
lorsque la fin d'un groupe et le début du suivant se rassemblent^
s agglutinent, sans se fondre z&^Viâi2iXi\., pour former un seul temps
binaire ou ternaire.
L'importance de ce fait oblige à quelque développement..
Les groupes-rythmes et les groupes-temps peuvent être ainsi
enchaînés au groupe suivant.
A. — Enchaînement après un groupe rythmé par un ictus simple
324. — Cette manière de rythmer les groupes.a été déjà expli-
quée (II. 269). Soit cet exemple :
A c ^^1''>-v,
Fig. 21"/
Comment rjrthmer ce petit membre de phrase ?
Comme il est écrit, répondra sans hésiter le musicien moderne,
dQst-k-divQ par simple Juxtaposition (cf. § i précédent). On chantera
donc :
B ey^•^^^ ^^
Fig. 218
276 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIL
Et, en chantant, le musicien placera les ictus rythmiques sur
la première note de chaque groupe métrique, appuiera sur cette
note et glissera légèrement sur les autres. Cette exécution n'a en
soi rien qui soit contraire aux lois rythmiques ; à son point de
vue, le musicien a raison, et ses habitudes ne lui permettent pas
de soupçonner, sous la notation neumatique A, un autre rythme.
Mais est-ce bien là le rythme voulu par l'auteur inconnu de
cette mélodie ? et le musicien grégorien serait-il du même avis
que le chanteur moderne ?
325. Le musicien grégorien, en face de la notation A ci-dessus,
sera certainement embarrassé : il sait que si parfois les groupes
neumatiques représentent des temps composés, des groupes-temps,
parfois aussi ces mêmes neumes figurent un groupement rythmique
complet, parfait, avec élan et repos. Laquelle de ces deux exécu-
tions devra-t-il choisir? Rien ne le lui enseigne dans la notation.
Comment sortir de cette incertitude }
Voici ce que disent les manuscrits sangalliens et les manuscrits
messins :
Mss. Messins
1:
Mss. Sangalliens
c c c
/^ s /. /•. 1:
• » 3 4 s
ï^i^ViéVé.
R7. G. ye mode.
■g 1^ 1 » n»B.
Fig. 219
326. — Manuscrits sangalliens. — Tout est clair, il faut rythmer
tous les groupes, le premier excepté :
Le punctum planum à la dernière note des climacus (3, 4, 5,)
indique un léger appui et allongement qui attirent naturellement
l'ictus rythmique. Le c iceleriter) au-dessus de la virga de ces
mêmes groupes a un sens négatif (II. 98) : il avertit de ne pas
s'arrêter, de ne pas appuyer ces notes culminantes, sur lesquelles
il faut au contraire ^\\^%tx leggieramente ; c'est la conséquence de
l'appui rythmique précédent.
Le torculus J" est tout entier élargi, slargendo, avec un ictus
rythmique sur la première note et un second sur la troisième. Ce
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 277
dernier appui est destiné à préparer la légèreté du cUmaciis
suivant.
Enfin la clivis /f longue, avec sa première note bien appuyée
et allongée, est le seul groupe-temps de ce mélisme.
327. — Manuscrits messins. — Ils sont entièrement conformes
aux sangalliens : la clivis est longue, le torculus également, avec
un a iaiigctc) au centre du groupe; quant aux trois clivmcus, les
deux premiers punctums sont légers, et le troisième en bas —
piinctum long — supporte un appui comme le point correspondant
de Saint-Gall. La signification dn punctum long messin à la base
du climacus est, en soi, assez incertaine, ici elle est fixée par la
comparaison avec la notation sangallienne.
328. — Telle est l'interprétation rythmique traditionnelle de ce
passage. Mais — et c'est là qu'il faut en venir — cette interpré-
tation ne peut être pratiquée que par le procédé de V enchaînement
des groupes, ce qui reste à expliquer.
Une analyse de cette mélodie, groupe par groupe, donne autant
de rythmes élémentaires qu'elle a de neumes, la clivis du début
toujours exceptée. Chaque rythme, pris à part, a deux notes à
l'arsis, une à la thésis :
D
î^i^^i^g^^g^^^^
Fig. 220
De plus, chaque rythme a deux ictus :
L'ictus arsique de début sur la première note ;
L'ictus final de thésis sur la dernière.
329. — Tant que ces rythmes sont considérés séparément, la
place de ces deux ictus ne souffre aucune difficulté. 11 en va tout
autrement si ces rythmes sont réunis pour former un rythme-
membre. Aussitôt, à chaque rencontre de groupes, deux ictus
rythmiques se trouvent immédiatement à la suite l'un de l'autre,
sans temps intermédiaire, ce que la Rythmique naturelle repousse
absolument.
Rythme Grég. — i8
278
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
330. — Il y aurait un remède : celui de doubler la note de
thésis :
E
;^
fe
^=i:
iti:
'-^-0-^—
'^
-^
Fig. 221
ce qui serait excessif, car, si la note finale des dimacus {^\^. 219)
est figurée par un punctum planmn, jamais cette note, dans ce
mélisme, n'est allongée par une des lettres romaniennes ou
messines indiquant la longueur ; d'ailleurs cet allongement arrê-
terait le mouvement de la phrase.
L'un de ces deux ictus doit donc succomber ; lequel ?
Évidemment l'ictus arsique, première note des trois climacus ;
car si l'on veut conserver à chaque groupe son caractère rythmique,
comme le veulent ici et les manuscrits et le style grégorien, il est
de toute nécessité de maintenir l'ictus thétique à la fin de tous
les groupes, sinon on retombe au groupement et à l'interprétation
par simple juxtaposition (B. Fig. 218).
331. — La notation grégorienne claire et précise sera donc :
?Ï53^
^
"^
fZÉL
Fig. 222
L'ictus initial des f//;«^(r//j-, supprimé, est reporté en arrière sur
la note ictique finale du groupe précédent. Il y a là, sur cette
note, un cas de fusion rythmique entre thésis et arsis que nous
connaissons déjà (I. 1 39-141). U enchaînement des groupes dont on
veut parler résuite de cette opération ; il se fait à l'intérieur des
temps composés, comme on va le voir.
332. — Le tableau suivant sera plus clair que toutes les expli-
cations : il détaille et les rythmes et les temps composés.
RVTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 279
r'SE RYTHMIQUE / ^ »f v x- ■< ■^
ÎMPS COMPOSÉS. \ ^ ^5 ^5 ^ ^ ^
Analv
FAR TE
Analyse rythmique tar
RYTHMES ÉLÉMRNTAIKES.
* ♦
^ ^^^^^^1
:^iir|:ii=i=p:
s^
Analyse métrique ( ^ \ \ 1 1 2 1 1 3 II -1 I I "> I |G|
PAR TEMPS COMPOSÉS. \ ! ' ' ' ' ' ' ■ ' ' 1—^
Enchaînement
des groupes
NEUMATIQUES it. it.
A l'intérieur
d'un TEMPS COMPOSÉ.
Fi£: 223
A remarquer sur ce schéma :
1° Comment les rythmes élémentaires enjambent sur les
mesures et les retiennent entre elles (I. 206 et 213).
2° Gomment, aux points thétiques marqués par un astérisque,
il y a simultanéité entre la thésis du mouvement rythmique
expirant et Xarsis du mouvement suivant à son début : c'est la
fusion entre les rythmes (L 139 à 140, 187 à 191).
30 Comment les groupes métriques, 3, 4 et 5, sont formés de
deux groupes neumatiques, l'un finissant — une note, — l'autre
commençant — deux notes. Cette union, en un seul temps
composé, de deux groupes distincts, dans la notation, est, à pro-
prement parler, \ enchaînement des groupes neumatiques entre eux.
333. — Ce procédé de \ enchaînement a une grande influence
sur la théorie et la pratique de la rythmique grégorienne ; car il
réduit à sa juste valeur ce prétendu axiome de certains théoriciens
modernes, qui exigent un ictus, un accent rythmique sur la pre-
mière note de tous les groupes neumatiques.
Après cet exposé on comprendra la raison de la règle formulée
ci-dessus (II. 264) :
« Une première note de groupe est privée de son appui ryth-
mique, lorsqu'elle est précédée ou suivie d'un ictus rythmique ;
car deux ictus de suite ne sont pas possibles. »
On voit que cette règle est inscrite, en caractères très clairs et
très lisibles, dans les manuscrits rythmiques.
334. — Motifs en faveur de cette notation. — Ce procédé de
notation est, sans aucun doute, en dehors des habitudes modernes,
28o
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIL
mais il y a d'excellentes raisons qui militent en sa faveur, on va
le voir.
Pourquoi, dira-t-on, ne pas se conformer à la notation musicale
universellement acceptée aujourd'hui, et au système de groupe-
ment des notes par temps composés, par « mesures », de la façon
suivante ?
H
Fig. 224
Cette notation ne revient-elle pas au même ? La place des ictus
rythmiques n'est-elle pas la même que dans la figure F, 222?
Les groupes métriques ne sont-ils pas les mêmes, et, pour être en
conformité avec la doctrine grégorienne, ne suffit-il pas de les
interpréter par simple juxtapositio7i ? Enfin cette notation n'cst-
elle pas plus claire pour les musiciens?
335. — Sans doute, mais elle a le grand désavantage de briser
le groupement rythmique, si recherché par la notation grégorienne,
pour figurer de préférence le groupe-temps, et de se prêter ainsi à
une exécution plus métrique que rythmique, qui enlève à cette
phrase son vrai caractère et son charme.
Le musicien moderne, en face de cette notation (H), sera porté
à marquer avec une certaine force le premier temps de chaque
groupe, et ces temps se feront entendre et comprendre bien plus
comme un début de mesure que comme une fin de rythme, ce qu'ils
sont avant tout (1. 2 1 3).
336, — La notation rythmique grégorienne (Fig. 222), au con-
traire, invite et conduit naturellement au résultat opposé. L'exé-
cution, bien loin de renforcer la note ictique, fera sentir la fin du
circuit mélodique et rythmique par la faiblesse même de cette note
très légèrement prolongée. En effet, la limite des motifs r3^thmiques,
petits ou grands, est très souvent annoncée à V oreille par la décrois-
sance de la force, et fixée là oit se trouve le minimum d'intensité.
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 28 1
337. — Si l'on voulait absolument adopter la notation mé-
trique (H) pour ce passage, il ne faudrait pas moins de deux
signes supplémentaires pour la corriger et la compléter : le signe
de liaison ( — ) qui, reliant les mesures, envelopperait le rythme
dans son contour entier, et le signe decrescendo (==-), qui conduirait
doucement la voix sur la note de thésis.
^^^
Fig. 22s
338. — Il est des cas cependant où l'adoption du système
moderne est possible, meilleure même, à cause des habitudes
musicales, on en parlera plus loin (IL 350).
339. — Les signes rythmiques ne sont pas la seule preuve de
la nécessité de l'enchaînement des groupes. Cette interprétation
est la conséquence inévitable de certains passages mélodiques
écrits, dans les manuscrits, tantôt en un seul groupe neumatique,
tantôt en deux, ou même en trois.
340. — Ex. : un passage de l'offertoire Reges Tharsis : les
codices notent :
M:
a) en deux groupes : S '^%
c/I/-,
b) en un seul : ( i )
t^
Fi"-. 226
Celui qui voudrait rythmer les deux groupes de la fig. 226 a)
pcir simple juxtaposition^ c'est-à-dire avec ictus rythmique sur la
(i) Les transcriptions sur ligne adoptent généralement le si pour la troisième
note du torculus, 'es manuscrits italiens font exception et mettent le do, d'où
un pressas.
Fig. 22y
282 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
note initiale de chaque groupe, sous prétexte d'en conserver le
rythme écrit, n'a qu'à se reporter à la fig. 226 b) pour comprendre
que cette raison n'a aucune valeur. Dans ce groupe de six notes,
le rythmicien est libre, en principe, de poser l'ictus de subdivision
sur la troisième ou la quatrième note (IL 284).
Quel choix faut-il faire }
341. — Le musicien moderne fera ce raisonnement : La dislo-
cation de ce long neume en deux fractions de trois notes révèle
clairement la place de l'ictus subdivisionnaire; on doit noter sans
hésitation :
_l_ [^
Fig. 228
342. — Le musicien grégorien dira : Ce fractionnement n'indique
rien de décisif; car on peut rythmer par juxtaposition^ comme le
musicien moderne, ou par enchaînement.^ en rythmant les groupes ;
mais il faut choisir ce dernier procédé et placer l'ictus sur le si
Fig. 22Ç
jo Parce que \t groupement métrique du musicien moderne est,
ici, moins dans l'esprit et les habitudes de la notation neumatique
que \<t groupement rythmique ;
2° Parce que le dessin mélodique descendant veut, comme
appui rythmique, les notes do, si, sol.
30 Parce que les manuscrits rythmiques marquent un ictus
(épisème romanien) sur la dernière note du torculus (Fig. 226 a).
343. — Autre exemple du même mélisme avec une note en
plus, offertoire Inveni :
Trois manières de noter :
/z) en un seul groupe; .. ^
la viiga finale est
resupina — mss. san-
galliens.
^iï
I I F-*—»
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES' MÉLODIQUES. 283
b) en deux groupes : yA.'
.375.S.G.340. f^=Ep == ^^pgËê^^^
ns le c. — ^ '- V^^ f=t^S^ —
mss.S.G
item sans
c) en trois groupes : J\/\J
mss. Monza, l ^n I - - ^=^=r=i»=i^3
mss. Novalèse, ^- ^ ^^^^ ^' F-*-. -F
Ces trois notations sont presque aussi bonnes l'une que l'autre,
pourvu qu'on pratique, en chantant, \ enchaînement des groupes.
On peut cependant accorder la préférence au type a), à cause
de \ unité graphique qui figure adéquatement l'unité mélodique et
rythmique du groupe.
Le type b) réclame, pour conserver cette unité, un enchaî-
nement ;
Le type c\ pour atteindre le même but, en veut deux ; tous les
groupes alors sont rythmés, c'est-à-dire qu'un ictus simple doit
être placé sur la note finale de chacun d'eux : cette notation est
toute naturelle dans les manuscrits grégoriens, (i)
344. — On pourrait objecter que ces variantes se rencontrent
dans des manuscrits de provenances diverses, écrits par des
copistes qui ont eu l'intention d'indiquer des rythmes particuliers,
chaque fois qu'ils ont varié le groupement des notes. Mais que
vaut une pareille supposition, quand on voit les copistes les plus
soigneux se laisser aller à ces variantes dans le même manuscrit,
(i) Les manuscrits italiens sur lignes et quelques autres de provenance
étrangère à l'Italie, ne se contentent pas à^enchainer les groupes, ils les
fusionnent au moyen du press us (Cf. ci-dessous Fusion des groupes).
Fig. 231
Avec X^pressus, tous les ictus se trouvent naturellement placés de deux en
deux notes, sans qu'il soit possible de faire autrement.
284
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
pour la même mélodie, pour le même passage (i).? N'est-ce pas la
preuve évidente qu'ils n'attachaient pas d'importance à ces
variantes purement graphiques ?
(i) Hartker, par exemple, cet incomparable notateur, dont l'exactitude va
jusqu'au scrupule, prend ces sortes de libertés à toutes les pages de son
Antiphonaire {Paléogr. Music. Série II, t. I.) La psalmodie des répons lui en
fournit souvent l'occasion. On sait que les versets des répons ont une psalmodie
spéciale pour chaque mode ; il est donc impossible de dire ici qu'il y a chan-
gement de mélodie ou de rythme. Voici ce qu'écrit Hartker à la cadence
finale pentésyllabique des i°', 3"'', 4'"^, 5"'= et 7""" modes :
mode.
mode.
mode.
mode.
17m e
mode.
/yl en un seul groupe, avec ou sans c, plus de 60 fois.
/] /l en deux groupes, avec ou sans c, plus de 40 fois.
Â^A
a e i o u.
Fig. 232
S
S
/*. ((xA ^" deux groupes, 40 fois environ.
I\(jjj\ en un seul groupe, 25 fois.
^^^E^sES
e 1 o u.
Fig- 233
J\ /• en deux groupes, 50 fois environ.
J\l- en un seul groupe, 35 fois environ.
i^v-i-'^^^Sa
Fis.
o
234
/) /l en deux groupes, avec ou sans c, 25 fois environ.
c
/|/l en un seul groupe, avec ou sans <:, 20 fois environ.
Êi^^.ipd=fih;cv
a e I o u.
Fig- 235
J\ l-_ en deux groupes, avec ou sans trait, plus de 80 fois.
J\}-^ en un seul groupe, plus de 40 fois.
ê=!<5;:
X!:
^^
-Hpr
e 1 o
Fig. 236
RYTHME ET EXÉCUTION DES CROUPES MÉLODIQUES. 285
345. — Toutes ces équivalences sont suggestives :
Elles démontrent que la distinction graphique des groupes ne
suffit pas uniquement pour guider le rythmicien et le chanteur ;
Elles démontrent la nécessité, dans le cas de dislocation, gra-
phique des neumes, de pratiquer \3. Jonction des groupes, soit par
Juxtaposition, soit par enchaînement ;
Elles démontrent enfin la nécessité, pour les éditions pratiques,
de signes rythmiques précisant le mode d'exécution.
B. — Enchaînement après un groupe-temps.
346. — Après les explications précédentes, ce nouvel enchaîne-
ment sera facile à comprendre. La seule différence avec celui qui
vient d'être expliqué, c'est que l'ictus rythmique, au lieu de
tomber sur le dernier temps simple du premier groupe, est tou-
jours placé sur l'avant-dernier : les deux groupes enchaînés
formant toujours un temps ternaire :
Exemples :
Mss. Messins
Mss. Sangalliens
^7. G. ne mode.
Le premier groupe, pes subbipunctis, se subdivise en deux temps
composés binaires. Le deuxième de ces groupes-temps — la - sot —
s'agglutine avec le podatus suivant, dont la première note la se
rattache nécessairement au temps précédent pour former avec lui
un temps composé ternaire.
Même exemple en notation moderne a) avec liaison embrassant
chaque temps composé, — b) avec barre de mesure.
"^ ^^^^
etc.
Fig. 238
286 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
347. — L'ictus rythmique central du pes subbipunctis est
marqué sur le la; il pourrait l'être sur le sol, car les manuscrits
rythmiques ne disent rien sur ce point.
Cependant leur témoignage, tout en restant purement négatif,
invite plutôt à pencher pour le la ; le manque même d'épisème
ou de punctum planum sur la dernière note d'un pes subbipunctis
donne à entendre que l'ictus peut être reporté sur la note précé-
dente, le la.
De plus, ce passage est du cinquième mode, le la est une note
modale qui, en principe, supporte un ictus ; et, dans l'espèce, le
balancement mélodique qui se meut alternativement du la au do
et du do au la vient plaider en faveur du principe.
348. — Voici ce même trait en entier :
A B
Fig. 23c
Cet exemple présente les deux cas ô!enchaÎ7iemettt qui viennent
d'être exposés :
A . Groupe ternaire — la-sol-la, — enchaînement de deux groupes
après un temps composé ;
B. Groupe binaire — la-do, — enchaînement de deux groupes
après un groupe rythmé au moyen d'un ictus simple.
349 — Autre exemple d'enchaînement après un temps composé :
Mss. Messins „ a
Mss. Sangalliens /f /U
4-1!.
Al-le-lù-ia.
Fig. 240
^^ 1^^^
La première clivis — sol -fa — et la première note de la
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 287
deuxième clivis forment, par enchaînement de groupes, un temps
composé ternaire. La musique moderne noterait :
Siii^
la.
Fig. 241
350. — Les inconvénients de la notation musicale par temps
composés ont été signalés plus haut (II. 334).
Dans certaines circonstances cependant ils disparaissent, et les
habitudes modernes peuvent être employées avec avantage ; car
parfois les anciens manuscrits y invitent eux-mêmes. L'exemple
suivant va le prouver :
Les codices sangalliens l'écrivent de deux manières :
Laon239
■j;
-j:
Mss. Sangalliens
V/i
NT-
Trait du 11^ mode a)
me- us
Fig
242
« < f,/ st^ —
ini- quo
Ces deux notations sont équivalentes, mais à une condition,
c'est que la version a) soit exécutée par enchaînement des groupes.
Cet enchaînement a lieu entre la clivis et le podatus, car l'effet réel
est celui-ci :
Fig. 243
précisément ce que le scripteur a exprimé avec tant de clarté
(Fig. 242 b).
Dans cette manière de noter, les trois groupes de a) {clivis^
podattis, clivis) sont réduits à deux {porrectus et pressus) : la clivis
et la première note du podatus sont agglutinées en un seul
porrectus. le pressus se détache seul. Le notateur s'est chargé
lui-même de faire V enchaînement des groupes ; dès lors, l'exécutant
n'a plus qu'à chanter les groupes-temps {porrectus et pressus) tels
288 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
qu'ils se trouvent écrits, par simple juxtaposition, tout à fait selon
le procédé moderne.
Ici cette notation est excellente, car l'inconvénient, signalé
ci-dessus (II. 335), de faire une note forte, n'existe plus; le cas
est tout différent.
Ce petit dessin mélodique doit être accompagné d'un crescendo
qui atteint son maximum sur \q pressus : or la notation musicale
par groupe-temps conduit droit à ce résultat : il faut donc la préférer;
a) Les manuscrits l'indiquent, et les meilleurs ;
b) Elle est plus conforme aux usages modernes ;
c) Elle donne une bonne exécution.
351. — Les manuscrits messins ont également deux notations :
l'une, (cf. plus haut : Laon, Fig. 242), presque toujours employée
équivaut exactement à la première de Saint- Gall, mais avec cette
différence caractéristique que la clivis et le podatus sont enchaînés
en vn seiil groupe graphique.
L'autre notation (cf. ci-dessous, II. 394, Fig. 278) porrectus et
pressus, est semblable à la correspondante de Saint- Gall.
352. — Des enchaînements analogues se produisent également
dans les mélodies avec paroles, il en sera parlé aux chapitres du
texte dans la troisième partie.
§ 3. — Fusion des groupes. Pressus.
353. — La troisième manière de joindre les groupes neuma-
tiques Q^tXdi fusion.
Elle se produit dans le cas de pressus, lorsque la dernière note
d'un groupe et la première du suivant se fondent en une seule
note longue, valant deux temps simples.
:2lt
^
:^?^
rWn
^S^^^^^^iÊ^rÉl
Effet, f^^^^^^^^^^^
Fig. 244
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 289
L'ictus rythmique tombe toujours sur la note fmale du premier
groupe, il en résulte que la première note du second perd
1° Son ictus rythmique,
20 Son ictus individuel (I. 28-30), en vertu de \73i fusion des deux
notes en un seul son prolongé (cf. ci-dessous, chap. VIII).
ARTICLE 3. — DE LA DISJONCTION DES GROUPES.
§ I. — Mora vocis, procédé de disjonction.
354. — La disjonction ou la distinction des groupes, dans le
cours de la phrase mélodique, se fait au moyen d'un retard de la
voix, niora vocis, sur la dernière note du groupe (II. 296). Comme
la longueur attire naturellement le repos rythmique, c'est sur
cette note que vient se placer le touchement du rythme. Après
ce retard et ce touchement, la voix passe au groupe suivant.
Ainsi se distinguent les groupes.
On reconnaît à cette description les groupes rythmés étudiés
plus haut (II. 273 et ss.).
355. — ht point adjoint à la note est, dans nos éditions^ le
signe graphique de cette distinction.
Un exemple' :
Les exercices XVII, XVIII, XIX, XX, XXI, XXII, XXIII, sont
tous des exemples de la distinction des groupes.
356. — La valeur de la mora vocis est variable, a^ Le plus
souvent elle double à peu près la valeur ordinaire de la note, à la
fin d'une incise masculine (ex. A et B ci-dessus) ou d'un membre
de phrase.
357. — b') La mora peut tripler environ la valeur normale
d'une note à la fin d'une phrase ou d'une pièce musicale.
Dans ces deux circonstances {a et b) le point-mora indique
l'allongement.
290 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
258. — c) Enfin la mora vocis peut n'être qu'une très légère
nuance de retard, ce qui arrive à la fin des incises, si la cadence
est féminine. Dans ce cas le point-mora ne doit pas être employé,
il serait trop long; le trait ou épisème horizontal au-dessus d'une
ou deux notes suffit alors pour indiquer ce minime retard, on
peut aussi laisser au goût et à l'intelligence de l'exécutant le soin
de le deviner.
35g. — Cette légère mora vocis, à parler strictement, ne dis-
tingue pas les groupes ; elle produit plutôt jonction que disjonction.
Au reste, la mora vocis, procédé ordinaire de la distinction des
neumes, ne doit produire ni la séparation, ni l'isolement des
groupes : bien au contraire, tout en les distinguant, elle doit les
unir (i).
Mais l'enseignement détaillé sur la valeur temporelle et le rôle
rythmique des différentes mora vocis trouvera place ultérieure-
ment, lorsqu'il sera parlé ex professo des membres et des phrases.
C'est assez d'avoir posé ici le principe de la distinction des
neumes : la mora vocis.
§ 2. — Comment les manuscrits indiquent-ils la disjonction
des groupes dans les mélismes?
360. — H est évident tout d'abord qu'il ne peut y avoir dis-
Jonction ou distinction des groupes toutes les fois que se présente,
dans les manuscrits, l'une des circonstances qui produisent la
Jonction,- c'est-à-dire Juxtaposition, enchaînement ou fusion des
groupes. Ceci résout ou écarte déjà un très grand nombre de cas.
361. — Pour qu'il y ait distinction avec mora vocis, il ne suffit
pas non plus que les neumes soient distingués grapJiiquement, car
cette distinction graphique peut exister avec la Juxtaposition
intime des neumes (IL 304).
" /•. /•. /l
Il II
^
Fig. 246
(1) Paléogr. Music. t. 7 p. 294 et ss.
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 29 1
En plus de cette distinction graphique il i'aut, dans la notation
neumatique.un signe positif qui indique aussi nettementque possible
la disjonction, et c'est ce qu'il n'est pas toujours facile de découvrir.
Ces signes sont de différentes sortes : espaces blancs, signes
et lettres rythmiques ; ils sont aussi plus ou moins clairs et
expressifs ; par bonheur ils se complètent réciproquement.
La notation neumatique est ici seule en question ; car la notation
guidonienne n'a rien ou presque rien conservé des indications
rythmiques des anciens manuscrits (i) : tout a été perdu. Si la
notation sur lignes a sauvé la tradition mélodique, elle a, par
ailleurs, ruiné la tradition rythmique.
362. — à) \J espace blanc. — L'espacement des groupes par des
<( blancs » est le plus incertain de ces signes, le plus sujet à
caution. Il en a été parlé plus haut (II. 296-299). Il faut en tirer
le meilleur parti possible; néanmoins l'indécision de ce signe
nécessite le recours à des indications plus positives.
363. — b) Les signes rytJimiqiies. — Tels sont les signes ryth-
miques, surtout les sangalliens et les messins. Comme la disjonction
des groupes relève de l'ordre rythmique, il n'est pas étonnant
que leur emploi soit d'un grand secours dans cette question.
Épisème ou note ictique à la fin d'' un groupe. — On a vu que ni
ce signe, ni le punctum planum ne suffisent pour déterminer une
mora vocis bien sensible, c'est-à-dire une disjonction entre groupes
(II. 325-326 et 340). Souvent l'épisèmeestle signe d'un simple appui.
Toutefois si, après cet appui, se trouve, dans les manuscrits de
bonne note, un espace blanc bien clair, il y a de grandes chances
pour que cet appui soit long, double, et mora vocis.
C'est le cas dans le mélisme suivant :
Fig. 247
(i) Nous aurons cependant à citer un manuscrit sur lignes, qui, pour indi-
quer les divisions rythmiques, ou mora vocis Qm^\o\c Vépisètne vertical adhé-
rent à la note, tel que nous en faisons usage dans nos éditions. On en parlera
dans la troisième partie de ce travail, où il est traité du texte et de la mélodie.
292
DEUXIEME PARTIE. — CHAPITRE VII.
L'épisème placé sur la dernière note des groupes A et B seuls
en cause, réclame une niora vocis sur cette note. Le manuscrit de
Laon met un t {tenete) sur la dernière note du groupe B.
364. — Cependant les signes rythmiques eux-mêmes ne sont
pas tellement précis qu'ils ne puissent, suggérer plusieurs inter-
prétations. Exemple :
Laon 239
Mss. Sangalliens
R7- G. Convertere
ABC
J-.J-J^A
H^^nr
v»% ■
bis
Fig. 24
Les groupes A, B, C doivent-ils èXx^ joints ou disjoints?
Les quelques manuscrits français qui ménagent ordinairement
V espace blanc entre les groupes disjoints sont, dans l'espèce, indécis
et inconstants.
Ceux de Saint-Gall et de Laon, comme on le voit ci-dessus,
nous avertissent que les quatre notes des deux premiers groupes
doivent être largement exprimées ; c'est à peu près tout ce qui
est certain. Ceci connu, il reste au moins deux manières de
rythmer.
Première manière : disjonction après les groupes A et B.
Ht
^•-^.^Ivw-
^^^^^^Ë
3-2 3-2 3-22
no- bis.
3-
no-
bis.
Fig. 24c
Deuxième manière : jonction entre tous les groupes.
largement.
5
-^H
^
:^3vfb-
%
^^FfuT^^^
2-2 2-2
Fig. 230
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MIILODIQUES. 293
A ne regarder que la notation sangallienne, ces deux rythmes
sont plausibles ; mais l'examen intime de la mélodie, et diverses
raisons, trop longues à exposer ici, nous font pencher pour la
première manière ; car, pratiquement, il faut choisir. Vingt, trente,
cinquante exécutants doivent chanter avec ensemble, et l'accom-
pagnateur, qui doit les suivre pas à pas, a besoin de savoir la
place des ictus rythmiques, afin d'y adapter ses accords. Notre
notation rythmique, avec ses points et ses ictus, fait office du
maître qui, autrefois, suppléait à l'insuffisance de la notation
neumatique et précisait le rythme.
365. — c) Les lettres rythmiques diriment ces sortes de diffi-
cultés, ces cas embarrassants, mais non pas toujours avec la
clarté que nous pouvons désirer.
Chaque cas serait à étudier à part; il faut se borner ici aux
notions générales qui peuvent guider le rythmicien dans l'appré-
ciation exacte et prudente de ces précieuses lettres.
366. — 1° Il faut d'abord bien reconnaître la lettre elle-même,
ne pas confondre s == sursum^ avec /", ni ^ -r =^ stirsum tenete,
avec ft = statini; ni prendre l'épisème au-dessus de la clivis /T
pour un c = céleri ter ; etc.. etc.
2° Il faut examiner la place de la lettre, et voir si elle s'applique
à une seule note du groupe, à un groupe tout entier, ou à une
série de groupes.
30 II faut étudier la relation entre les lettres significatives et
les signes rythmiques, lorsque les deux procédés sont employés :
ces équivalences s'éclairent mutuellement.
40 11 faut enfin, pour chaque passage mélodique, soumettre à
une étroite comparaison les lettres et signes rythmiques des
diverses familles de manuscrits : ces précieuses adjonctions se
complètent, se commentent l'une par l'autre.
367. — Les lettres rythmiques de distinction sont le t, Va, Vx.
Le / = tenete, commun aux manuscrits sangalliens et messins,
et Va = augete des documents messins, lorsqu'ils sont accolés à
la dernière note d'un groupe, créent une forte présomption en
faveur de la distinction.
\Jx = exspecta, tranche nettement les difficultés. Cette lettre,
partout où elle se trouve, soit dans le texte, soit dans la mélodie.
Rythme Grég. — 19
294
DEUXIÈME PARTIE.
CHAPITRE VII.
délimite ordinairement une incise, un membre de phrase ; elle est
le signe par excellence de la disjonction, et par suite de la vwra
vocis. C'est l'opposé du sigle /t = statim, qui est au contraire le
signe infaillible de la jonction.
L'x sert souvent à expliquer et à préciser la signification des
lettres t et a des manuscrits messins. Quelques exemples :
368. — Ex. A — Intr. Aqua sapientiae.
Laon239 ^ "^ X^
S. Gall 376 et Einsied. 121
Intr. Aqiia sapientiae
/yi^/V'.
i J'I'M^I,,
al-lc-
lu- la.
\Jx après le torculus {la - ré- do), se trouve dans deux manus-
crits sangalliens (S. Gall T,y6 et Einsied. 121) ; il précise la valeur
quantitative de Vépisème (dernière note du torculus) et l'allonge
sensiblement.
Le / = tenete, dans Laon, prescrit au même endroit une dis-
jonction par voie de mora vocis. Le / n'est pas toujours dans Laon
une note double, mais quand il correspond à un x de Saint-Gall,
on peut sans crainte lui donner cette valeur.
369. — Ex. B — Grad. Ex Sien.
Laon 239
Mss. Sangalliens
Grad. Ex Sion
r
1
A
A A
A
//l--. pc J/1.--. ;c IN
Ft^
^v
i;!!^
ordinave-runt
F'g- 252
\Jx après le premier pes subbipunctis {trigon), est seulement
dans Bamberg lit. 6 ; mais la même lettre est jointe au second
dans les trois manuscrits Bamb. lit. 6, S. G. 359 et Einsied. 121.
La disjonction s'impose à cette place.
RYTHME ET EXl'XUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 295
Le 239 de Laon n'a pas de lettre rythmique au premier de ces
groupes, il se contente d'avoir les deux puiutums longs . mais au
second il ajoute Va = augetc qui porte sur la dernière note du
groupe et la double, car, ici encore, les deux familles de manuscrits
s'interprètent Tune par l'autre.
370. — Ex. C — Ail. PascJia 7iostruiii.
Laon 239 A^ \,-C /^ C
r
r
S. Gaii / /j/iA. )c yi/-. ^ yi. /•.
Ail. Pascha
l T>M\. «vat^ Il -%%^ ,Aj
^
Alléluia
Fig- 253
L\v marqué à la fin de la première incise, appartient au
manuscrit de Bamberg lit. 6 ; cette interprétation est corroborée
par Va de Laon, placé sur la dernière note du groupe.
Le second x, qui marque la troisième incise est dans trois
manuscrits : Bamberg lit. 6, Saint-Gall 375 et Einsiedeln 121;
quant à Laon, il a seulement deux punctums longs.
Le rythme du pes subbipiinctis après la double barre est incer-
tain, comme celui des mêmes groupes (Fig. 252). Cependant Vaugete
du manuscrit de Laon semble réclamer un .élargissement important
sur les dernières notes. Faut- il étendre cet élargissement jusqu'à
doubler la note do? L'absence de tout x dans les manuscrits san-
galliens permet de réduire la valeur rythmique de cette note à
celle d'un simple touchement un peu allongé.
371. — Ex. D — Grad. Specie tua.
Paris. Bibl.
Mazarine 384
Laon 239
^... (t,. A. ^^ A./^,jA
s. Gall 359. — 340, - 376. - f c
Einsied. 121 - Bamberg, lit. 6 ( /l ' V A ^ /A ;f /A ;c /A ^ /A' ^ t/ c/-. ?
et mansu- e-tùdi-nem
296 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
L'étude de ce mélisme dans les différentes familles conclut à la
disjonction de tous ces groupes au moyen de la niora vocis.
Ceux des documents français qui se servent des espaces blancs
témoignent assez généralement en faveur de cette interprétation.
Mais ce qui est décisif, c'est la lettre x placée après tous les
nenvies dans le Saint-Gall 359, le meilleur de nos manuscrits, aux
versets des R. G. Specie et Diffusa est. Il n'est pas le seul :
l'Einsiedeln 121 et le Saint-Gall 376 emploient la même lettie
quatre ou cinq fois dans ce mélisme, Bamberg lit. 6 et Saint-
Gall 340 l'écrivent une fois. En l'absence de cette lettre l'espace
blanc est soigneusement gardé par tous les manuscrits sangalliens.
Quant au manuscrit de Laon 239, il n'a qu'une seule fois ce
mélisme, et le /* = tenete est attaché à la dernière note de chaque
groupe (i).
Il n'y a pas d'hésitation possible : la mora vocis doit pratique-
ment disjoindre chacun de ces groupes.
372. — Pour être plus complet sur ce sujet, il faut ajouter qu'il
y a des variantes rythmiques, comme il y a des variantes mélo-
diques. Il n'y a pas à s'étonner plus des unes que des autres ; ces
deux sortes de variantes sont réductibles par les mêmes moyens,
par l'étude et la comparaison des manuscrits, qui font découvrir
la leçon traditionnelle. Que si ces recherches amènent à constater
que l'interprétation rytJimiqjie de tel ou tel mélisme n'était pas
partout la même, il y a alors, comme pour les variantes mélo-
diques, un choix pratique à faire. Mais l'exposé de ces exceptions
n'appartient pas à ce traité : les principes di'^ jonction ou de dis-
jonction des groupes ont été exposés, les moyens de les reconnaître
dans les manuscrits ont été indiqués, cela suffit ; l'application de
ces principes à tous les cas particuliers est l'affaire des ryth-
miciens éditeurs.
Exercice XXX.
Juxtaposition et enchaînement des groupes.
'iTl- — Les exercices sur les groupes rythmés avec mora vocis
(II. 277, 278, 279) ont déjà initié l'élève aux distinctions des
(i) La notation de ce mélisme est prise au R. G. Rcspice^ parce que le
R. G. Specie tua manque dans Laon.
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 297
groupes, on pourra y revenir en attirant son attention sur ce
point.
L'exercice suivant a pour but de favoriser la pratique de la
juxtaposiiton et de Xeuchaîncmcnt des groupes, et aussi le passage
aisé de l'un à l'autre procédé. A cette double fin, chaque incise
mélodique est écrite deux fois : une première, en notation mcirique
(II. 286), les groupes se chantent alors ^^x juxtaposition ; une
seconde fois, en notation rythmique (II. 285) ; les groupes s'exé-
cutent au contraire par voie <Xenchaînemeut.
V. Mode.
^
,a an , A^ -i->r^jillZI__>>v'H!ji
rï
^E^^^
W^A^ PfVS^Sf^
:^
^^^=t=^5^^S^
^
t^
g— ■■"a» ■■■%%
1 fi
^ J^'MM-.T — j^nrrK-fL
— Ag^: — 4M^î^=D^*^'^^7ï^. >^' ^r^p,=^
Même exercice, transcription musicale.
298 DEUXIÈME TARTIE. — CHAPITRE VII.
RYTHME ET EXÉCUTION DES GROUPES MÉLODIQUES. 299
/
CHAPITRE VIII.
ETUDE ET EXECUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS.
374. — \.ç, prcssus proprement dit est une apostropha (II. 38-42).
L'apostropha — nota appositionis — s'appose à une note seule,
ou à une note fin de groupe, en deux manières :
1° En %tfiisionnant avec cette note pour ne former avec elle
qu'//« seul son double en longueur. \J apostropha perd alors son
individualité, son ictus individuel, pour se fondre dans cette note ;
c'est le cas de V apostropha-pressus.
2° En se séparant clairement, dans la notation, de la note
précédente, et en faisant sentir, dans l'exécution, cette désunion
graphique par une répercussion distincte de chaque apostropha,
qui conserve ainsi son ictus individuel; c'est le cas des strophicus,
et, dans une certaine mesure, de Voriscus.
Fusion dans le premier cas ;
Répercussion dans le second, telles sont les expressions qui
caractérisent le mieux ces deux procédés.
Les preuves de la répercussion des strophicus seront fournies
au chapitre suivant ; il s'agit ici de prouver la fusion de l'apo-
stropha-pressus avec la note qui la précède.
ARTICLE 1. — PRESSUS-MAJOR. — PRESSUS-MINOR.
375- — Presque tous les tableaux de neumes, après avoir
énuméré et figuré les neumes, terminent ainsi : Pressus-minor et
pressus- major, non pluribus utor.
Les signes de pressus fournis par ces tableaux varient selon les
lieux et les époques; mais ceux de provenance allemande et
sangallienne donnent ordinairement les deux formes suivantes :
a) Pressus-minor ".
h) Pressus-major p
Le nom de pressus exprime l'effet que te neume doit produire
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 3OI
dans le chant : c'est, en principe, une note forte, appuyée, longue
{pressus de preino). ( i )
376. — Valeur mélodique et lythiniqîie de ces deux pressus. —
Pour parler avec précision, le signe <^\^. pressus, en dehors de tout
accessoire, est le trait ondulé - Fig. 256, qui dérive de Vapostropha.
377. — \jt pressus-major t,?X donc en réalité composé de trois
signes :
Une virga (simple /) Fig. 257, ou avec épisème (/) Fig. 258;
Une apostropJia-pressus (^) Fig. 2sg;
\]n point (•) qui suit tout pressus.
Le tout réuni comprend trois notes, dont les premières sont à
l'unisson : c'est en somme une clivis dont la première note serait
double : trois temps en tout.
g V> Il 'fl
Pîg. 260
378. — Le pressus-minor (Fig. 255a) n'a que deux notes,
X apostropha-pressus et le point, en principe deux temps en tout,
La seule différence entre ces deux signes, c'est que le major est
représenté avec la note à laquelle il est apposé — et le minor en
est isolé. Dès que ce dernier est attaché à la note précédente, il
n'y a plus aucune distinction à faire entre ces deux pressus,
leur valeur quantitative est identique ; aussi trouve-t-on la même
mélodie écrite tantôt avec le pressus-major, tantôt avec le minor.
Exemple :
^ , A / r
M-«f
Fig. 261
(i) L'expression ^L pressus accentits^ n'était pas inconnue des anciens gram-
mairiens ; on la trouve employée par Probus et par Audax :
Keil, Grajmnatici latini, IV. Probus, Instituta ariium, p. ii6, «...si
quidem ab hac vitu his vel ab his vitibus presse accentu pronuntiatur, at vero
ab hac vite his vel ab his vitibus acuto accentu tenuantur... >
Keil. Gramm. lat. VII. AUDAX, p. 353. i. Praepositionibus quot accentus
accidunt ? Très : productus, pressas et acutus quos competentibus praeposi-
tionibus adnotabimus... Quare hoc monemus, quod, quando ante cum casu
suo et pressa accentu pronuntiatur, praepositio nuncupatur... »
302
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
379. — En faveur de cette identité dynamique et quantitative
de ces deux signes, on peut alléguer l'usage alternatif des lettres
romaniennes c et t, qui se présentent, avec leur signification
ordinaire, sur les deux pressus :
Fi g. 262
380. — Les qualificatifs « major » et « mmor » se rapportent
donc à la grandeur graphique du signe lui-même, ils trouvent
leur explication dans l'emploi qui en est fait, et qui relève de
V ordre mélodique pur.
De l'examen minutieux des meilleurs manuscrits sangalliens
(Saint-Gall 359, 339, 375, Einsiedeln 121, etc.) il résulte :
1° Que le pressus-minor est employé toutes les fois qu'il est
joint, à Vunisson, à la dernière note d'un groupe. Voyez l'exemple B
ci-dessus, où il est apposé à une clivis (Fig. 2*61).
Autres exemples :
Analyse des accents neumatiques
Clivis, pr"essus et punctum.
Analyse de la notation carrée
TORCULUS, PRESSUS ET PUNC
1:1 A
■ n> , ^- Deux clivis
♦1 > -
/\ j\ /^ ou yu
TUM. ' "ni ■
FORMANT PRESSUS.
TORCULUS ET CLIVIS FORMANT
PRESSUS.
PeS SUBBIPUNCTIS PRESSUS, ET
PUNCTUM.
c/-
g-^^
PeS SUBBIPUNCTIS ET CLIVIS FOR-
MANT PRESSUS.
PbS, PRESSUS ET PUNCTUM.
c/-^
hifr
Fig. 263
PeS et CLiyiS FORMANT PRESSUS.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 303
Il importe peu que Vapostropha-prcssus soit jointe graphique-
ment à la note qui précède ; on trouve indifféremment :
A - ou A:
Fiji. 264
Il résulte :
381. — 2° Que le prcssus-ynajor f est employé, au contraire,
toutes les fois que la note qui précède le pressus n'est pas à
l'unisson avec la note immédiatement précédente.
Exemples :
A. — Le pressus-major est plus /* /
haut d'une tierce que le do de la a. ^ w.''%'^».
clivis précédente. '
B. — Y^t pressus-major Qst plus bas
que le si du podatus.
jf
^=^^^
Fz£^. 265
C'est par centaines qu'on peut citer des exemples de ces emplois
précis de ces deux pressus.
382. — Remarque. — On écrit cependant le pressus-major,
même à l'unisson de la note précédente, lorsque ce pressus-major
correspond à une nouvelle syllabe du texte.
Exemple :
c
- J- r
AU. ne Mode. %
^
:^f^^
y. Video... et Je-sutn stan- tem
. AJ. foul/\
Intr. Os Justi
inedi-tâ- bi-tur
Fig. 266
304 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
ARTICLE 2.
PREUVES DE LA FUSION DES DEUX NOTES DANS LE PRESSUS.
LE PRESSUS PAR APPOSITION.
383. — h2i fusion de deux notes dans un seul son est le propre
du pressus.
Il faut prouver cette assertion.
Les auteurs ne nous disent rien sur cette question : les manu-
scrits sont plus diserts : ils nous instruisent en deux manières :
1° Par les équivalences de notation ;
2° Par un sigle romanien que nous étudierons.
§ I. — Fusion prouvée par les équivalences.
384. — Première équivalence. — Clivis avec trait et pressus-major.
Commençons par l'équivalence la plus simple et peut-être la plus
fréquente :
\
Fig. 267
Les équivalences i et 2 s'expliquent l'une par l'autre. La clivis i,
avec épisèvie /T n'a que deux sons la -fa — mais le premier est
long.
Dès lors le pressus 2, pour être une véritable équivalence de
cette clivis, ne peut avoir que deux sons ; les deux notes vi7-ga et
pressus se fusionnent dans un seul son composé de deux temps :
en musique
Fis. 26S
385. — L'adhérence graphique de \ apostropha-pressus à la virga,
dans la notation sangallienne, confirme cette fusion, mais cette
adhérence n'est pas nécessaire.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 305
Lorsque cette apostropha est séparée de la virga, comme dans
l'exemple 3, la confirmation tirée de l'union graphique fait défaut;
néanmoins la fusion des deux sons à l'unisson doit se faire ; ce
n'est qu'à cette condition que l'équivalence parfaite peut exister.
386. — Quant à la clivis /F, l'incertitude qui pourrait exister sur
la valeur temporelle de son cpisème — simple nuance d'allonge-
ment ou doublement — cesse immédiatement par la confrontation
avec son équivalence p. Ici Xépiscmc double la virga : à cette
condition seulement persiste l'équivalence.
387. — Deuxième équivalence. — Virga et clivis formant pressus
par apposition.
p
Fig. 26c
L'équivalence ne peut exister que si les deux virgcîs sont
fusionnées dans l'exécution. Preuve nouvelle que la distinction
graphique ne suffît pas pour conclure à la répercussion vocale de
deux notes, et que la simple apposition de deux notes suffit pour
le pressus.
388. — Troisième équivalence. — Clivis et clivis : Pressus à la
deuxième note d'un climacus.
Emploi de l'apostropha-pressus Pressus par apposition
a) b) c) d)
/•\ = , Ao»A^ = /1/î = A A
:W= =îïi:
^
Fig. 270
a) Climacus avec apostropha-pressus sur la deuxième note. —
Lapostrophu détachée jetterait quelque doute sur l'exécution, si
déjà l'on ne savait que cette séparation graphique n'entraîne pas
nécessairement la- répercussion.
b) Clivis, pressus-mincr et punctum. — Cette équivalence fixe
l'exécution de ce groupe, c'est la fusion.
3o6
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
c) Clivis et clivis formant pressus. — Les deux clivis sont tracées
d'un seul trait de plume.
d') Clivis et clivis formant pressus. — Toujours même fait, la
séparation des clivis dans la notation n'empêche pas leur fusion
quand, par ailleurs, les équivalences l'autorisent.
389. — Quatrième équivalence. — Pressus à la troisième note
d'un climacus. Apposition d'un punctum et cTune virga — Climacus
et porrectus.
Premier exemple.
I^. G. Gloriosus et I^. G. Inveni.
\l
3s;3s;:
confré-
fS. G.
JS. G.
Is. G.
359
375
340
rs. G
339
S. G. 376
Bamberg:. lit. 6
Einsied.
121
Î5S
^^
git.
1:11
^
i^
non.
^1
h.iï
Fig. 271
En parcourant ce tableau de haut en bas, colonne du Gloriosus,
on remarquera que tous les manuscrits cités font usage de la
simple apposition, /z/;/^/7y;« et virga — excepté l'Einsiedeln 121
qui tient pour le pressus.
Dans le î^. G. Inveni la proportion s'élève un peu en faveur du
pressus : ligne B, trois manuscrits écrivent le pressics ; et ligne
A et C, quatre manuscrits gardent \t porrectus.
Ces équivalences sont significatives ; elles le sont plus encore
lorsqu'on les voit appliquées dans le même manuscrit, pour le
même passage mélodique. Les trois codices B emploient l'apposi-
tion pour le Gloriosus, et le signe du pressus pour V Inveni; au
contraire l'Einsiedeln C, choisit le pressus pour le Gloriosus, et le
porrectus, ou plutôt la clivis et la virga, pour \ Inveni. Ces échanges
divers prouvent clairement que \ apposition est une forme gra-
phique du pressus aussi réelle que le signe du pressus lui-même.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 307
390. — Deuxième exemple. Pressas entre pes stibbipunctis et
climacus.
Alléluia Beatus vir.
bèfe^
(S. G. 339
A -^ S. G. 340
Is. G. 375
yiA..
B Eins. 121
J^^.l_
rS. G. 37K
C - Lesouet
iBamb. lit. 6
J^AJ:
Fl\or. 372
Même équivalence que dans le cas précédent : les quatre
manuscrits A et B notent le signe du pressus, les trois C préfèrent
le diiuacns apposé au ptincUim précédent.
391. — Jusqu'ici l'effet de fusion s'est produit :
ire équivalence, entre virga tt pressus : T = /^ = '
2™*^ équivalence, entre vir£-a et vi'r^^a : //l =J^ =
3me équivalence, entre seconde note d'une
c/ivt's ou accent grave et pressus : /'-^ 1 _ t
ou accent grave et virg-a : /!/] / ~ Z
4me équivalence, entre punctum et virga : /•. /l/ ^ _ Ç ^»
tntVQ punctujii tt pressus : /•. ^/ J ^ ~
Frg. 273
392. — On demande maintenant si le même effet de pressus se
produit entre deux virgas se rencontrant à l'unisson au sommet
de deux groupes :
J/\ Nf\l
Ftg. 274
3
" ^ 1^^ ■ — SR4V
308 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
Il y a plusieurs présomptions en faveur de l'affirmative :
a) En principe la séparation graphique n'empêche pas la fusion ;
b) En fait, la deuxième équivalence //l est déjà un exemple de
la fusion des deux virgas par simple apposition ;
c) De prime abord, on ne voit aucune raison qui s'oppose à la
réunion des virgas, quand on sait que \q punctum, l'accent grave,
s'unissent par fusion à des virgas, des divis et des porrectus.
Les équivalences vont confirmer ces présomptions.
393. — Cinquième équivalence. — Fusion de podatus et de divis.
Premier exemple. Intonation des grandes antiennes 0 de l'Avent.
Le manuscrit de Monza i2/75,fo 108-109, donne treize antiennes;
Les dix premières sont notées ainsi :
S-
O sa-pi- éntia...
Fig- 275
Les trois dernières le sont ainsi :
7/1
B
O rex pacifiée...
Fig. 276
Il s'agit bien de la même mélodie : la fusion des deux fa est
certaine en A à cause du pressus, elle s'impose donc en B, car il
n'y a, dans cette notation, qu'une pure équivalence.
Hartker de Saint-Gall a une troisième manière de noter les
douze antiennes 0 :
TT
■ii^
Fig. 277
(huit fois avec t,
quatre fois sans le t).
A la page 339 du même Antiphonaire, l'intonation de l'antienne
O quantus Inclus de Saint Martin présente une quatrième notation
avec sigle romanien qui confirme pleinement la fusion des deux
fa (cf plus loin Fig. 311).
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 309
394. — Deuxième exemple. Une cadence des traits du 11^ mode.
Laon 239 "U /" yr '
S.Gall /ly/I A/ r-
A < fS-^ B < fC'Hi
F'M. 278
Déjà cet exemple a été cité plus haut (Fig. 242) pour prouver
\ enchaînement des groupes dans la notation A) et leur simple
juxtaposition dans la notation B).
Les deux premières notes à l'unisson du pressus-major B sont
certainement fusionnées; si la forme A — podatus et clivis — est
une équivalence, ce qui ne souffre pas de doute, la virga finale du
pes et la virga initiale de la clivis doivent être unies en un seul
son d'une valeur double; sans cela il serait impossible d'expliquer
réchange constant de ces deux groupes dans les meilleurs codices.
395. — Les épisèmes sur \t podatus et la virga de la version A
appellent une observation intéressante.
Leur emploi ici est une preuve manifeste que ce trait romanien
n'a pas une valeur absolue, mais relative qui, pour être estimée
à sa durée convenable, demande, avec l'étude des équivalences
et du contexte musical, un peu de tact et de goût. Si l'on voulait
traduire matériellement tous les signes neumatiques affectés d'un
épisème par une note double, on arriverait à des résultats inad-
missibles. Par exemple, dans l'espèce, on aurait :
foi^^^
Fig. 27c
Que devient alors l'équivalence de la version B avec ses deux
temps simples sur le sol? Ces adjonctions rythmiques, dans le cas
présent, ont la même signification que les rallentando, les ritenuto,
les slargando de notre musique moderne. Il en est de même des /
ijenetè), de la version messine représentée par le manuscrit de
Laon (Fig. 278).
Rythme Grég. — 20
3!0 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
396. — Sixième équivalence. — Fusion d'jin podatus et d'un por-
reclus. — Cette équivalence est du même genre que la précédente,
on la transcrit sans plus d'explication,
s. G. 339 — Bamb. lit. 8. J '-. I
S. G. 359. — Eins. 121. J l\j f\
R7. G. Inveni 1^
It
manus e- mm
Fig. 280
397. — Septième équivalence assez fréquente. 7>rr«/«j- • rempla-
çant pes et clivis formant pressus. Encore fusion de deux virgas.
Premier exemple. Communion : Video
Plusieurs mss. <w
Eins. 121. J"-
S. G. 339. //T
g-
iPt
fâ-ci- unt
Fig. 281
L'exécution fusionnée du podatus et de la clivis est suggérée ici
non seulement par le pressus d'Einsiedeln et d'autres manuscrits,
mais surtout par le torculus de certains codices. Cette équivalence
s'explique facilement. D'abord ce torculus était simplement retardé
en tout son ensemble ; bientôt on a allongé plus qu'il ne convenait
la note centrale, puis on l'a doublée ; rien n'empêchait plus alors
d'écrire deux fois cette note, et de la transformer en pressus.
398. — Deuxième exemple, avec quilisma-torculus.
Plusieurs mss. ^jj\
Bamberg ^^J".
Les mss. de S. G. aJ /^
Ail. VIII« mode 5 i , ^J3_
^
AUelûia...
Fis. 282
Le commentaire de la figure 281 s'applique entièrement à ce
nouvel exemple.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 3II
399- — Huitième éqiiivalence. — Fusion de deux porrectus.
' Eins. 121, et tous les mss. de S. G. / //V/l/ /T
A/
16 f — « — ¥1 — H» %^ 5
Com. Tu puer... pa-râ- re vi- as e- jus
/A
tous les mss. de S. G. V P A
[ Eins. 121. et
I^ Ail. 7. Inverti..
» y. Hic est..
lS f~"T = <■ m %.■ .
ser-
vum me-
um
pér-hi-
Fig. 283
(bet)
Dans ces deux pièces liturgiques, il s'agit bien de la même
mélodie, quoique la notation soit un peu difterente. Or, de la com-
paraison de ces deux séméiographies neumatiques, il résulte :
1° Que la virga seule, ligne A, qui précède le premier porrectus
doit être fusiouuee avec la première note de ce groupe; car ces
deux notes sont fondues, ligne B, en un pressus-major.
2° Que les deuxporrecttts, ligne A, doivent être fusionnés pour
les mêmes raisons.
Remarque. — Plusieurs familles de manuscrits adoptent, pour
\ alléluia du deuxième mode (ligne B), la même notation que la
ligne A, c'est-à-dire deux porrectus qui, pratiquement, s'agglutinent
en pressus.
400. — Neuvième équivalence. — Fusion d'un podatus et d'un
climacus.
Ce cas est beaucoup plus rare.
Premier exemple :
Off. Elegerunt. y. Positis.
Eins. 121
S. G 339, 376, 340, 375.
et Bamb. lit. 6.
Domine Jesu ... ne stâ- tuas
Fig. 284
312 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIH.
La fusion des deux virgas est certaine ici, car le pressas réel
est indiqué dans le manuscrit 1 2 1 d'Einsiedeln.
L'écriture neurnatique de ces sortes de cas est presque toujours
V apposition, parce que l'usage du pressus suivi de deux ou trois
notes est extrêmement rare.
401. — Deuxième exemple :
Off. Elegeriint. y. Viderunt.
T
Tous les mss. de S. G. ont \tpiesstts J. J'^. ^ J .
y. Vi-dé- runt fâ- ci- em
Fig. 285
Ici le pressus est dans tous les manuscrits de Saint-Gall, la
fusion des deux virgas de la notation guidonienne est donc
obligatoire.
On remarquera, sur la note la, un second pressus dans les
neumes, et, sur les lignes, la fusion d'un punctum et d'une clivis
(cf. ci-dessus quatrième équivalence 389, 390).
402. — Dixième équiv(îlence. — Fusion de scandicus et climacus.
5 /%,n
Fig. 2S6
Cette notation carrée répond à trois figures neumatiques
anciennes :
1° yî r apposition de deux virgas.
Dans ce cas, la notation carrée est la transcription à peu près
exacte des neumes anciens.
Voici trois exemples tirés des manuscrits :
c
Tous les mss. de S. G. .' ' •
JJ . Ail. du IF mode
1 k
Fig. 2Sj
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'aPOSTROPHA-PRESSUS. 313
Tous les mss. de S. G
XT. Allel. du vilie mode S f^ ^^'éf^fl ■
Dnus regnâ- vit
Ftg. 2SS
Tous les mss. de S. G. // •. /
Coin. Reve'.abitur t\. Videnml
L>.^
■^13'V. .
sa-Iu- ta- re
Fig. 2Sç '
403. — 2° A un trigon praebipunctis.
Tous les mss. de S. G. < ' ...
Rr. G. Sfeciosus. g-g11«^»» ^^ir~i
Fig. 2Q0
Tous les mss. de S. G. ^ . . .
Ofif. Reges TJiarsis Ë ai M
... reges A- ra- bum
Fig. 2ÇI
404, — 2,° A un pressus. • '
L'emploi du pressais dans cette figure mélodique est très rare.
Cette rareté s'explique, nous l'avons déjà dit plus haut (IL 400),
par ce fait que le \X3i pressus ne comprend que deux notes; il est
l'équivalent d'une divis, et non d'un diniaciis de trois notes.
C est pourquoi il est presque toujours remplacé, dans la plupart
des manuscrits, soit par le trigon, soit par l'apposition simple des
deux virgas.
3'4
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
405. — Le tableau suivant donnera une petite idée des variantes
d'écriture qui pratiquement réclament la môme exécution, c'est-à-
dire la fusion des deux notes à l'unisson.
Alléluia. Laetatus sum.
^^ ■! ■^' ■\A r~ ^^^±^
A.
Alléluia.
S. G. 376.
/••oc/l '■"
ibimus
;■. oc/
B.
Presque tous les S. G.
/■-- eu/"
..•■-- tti/i
G.
S. G. 340.
/■-- co/l
//•-oc/
D.
Mss. de Monza.
.//•. oc/"
.//•. uc/1
E.
Turin G. V. 20.
//•. ^ =
/Aca/1 =
r-.j^
Fig. 2g2
A. — Le codex de Saint- Gall 376 n'emploie que des apostrophas
sur le groupe de notes mi fa sol-sol, à la fin du mélisme alléluia-
tique et à la fin du verset.
B. — Presque tous les manuscrits de Saint-Gall préfèrent le
trigon.
C. — Le 340 cependant a deux notations : trigon et deux virgas.
D. — Les deux manuscrits de Monza font usage de l'apposition
des deux virgas.
E. — Celui de Turin a deux fois l'apposition sous deux formes,
et une fois le pressus.
406. — La simple apposition de deux notes est si souvent la
forme normale du pressus, même dans les meilleurs manuscrits
neumatiques, que nous ne voyons aucune raison pour ne pas
assimiler ce cas ,• ' Fig. 2qj aux pressus précédents. Le fait
que le pressus se compose régulièrement de deux notes descen-
dantes, et non de trois, . suffit pour expliquer l'usage presque
constant de Vapposition dans ces circonstances mélodiques.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 315
Il y a donc réellement deux formes authentiques d'écriture
pour le pressus :
d) Le pressus-major ou le pressus-ininor^
b) L'apposition.
Cette dernière forme est la seule employée dans la notation
carrée.
407. — Onzième équivalence. — Au sujet de cette équivalence,
il y aurait à faire un long travail; car elle embrasse l'étude
générale des manuscrits ; l'indiquer en quelques lignes est tout
ce qu'on peut faire ici.
Voici en quoi elle consiste.
La note épisématique romanienne, dont la durée souple et éla-
stique variait selon les circonstances mélodiques, était appelée
quelquefois à représenter une note réellement double (II. 82), et
alors le pressus la remplaçait facilement.
Cet échange se remarque :
a) Soit dans les manuscrits de Saint-Gall, ce qui est assez rare;
b) Soit dans les autres familles de manuscrits, ce qui est assez
fréquent.
408. — Échange d'épisème et de pressus dans les manuscrits de
Saint-Gall.
Al
Laon239 * ^
Mss. Sangalliens ^ iM'. xA î P Einsied. 121
[i jvfl^ Il jy^
OfiF. Mirabilis
Al-le- [luia.J
A
Fig. 2g4
Les manuscrits de Saint-Gall se contentent de l'épisème sur le
sol et Laon n'a qu'un a = auge te, accolé à cette même note. Seul,
Einsiedeln emploie le pressus, peut-être le doublement est-il
excessif ici, un simple appui prolongé aurait pu suffire.
409. — Échange de Vépisème romanien et du pressus dans les
autres familles de manuscrits.
316
DEUXIEME PARTIE.
CHAPITRE VIII.
En dehors des codices sangalliens, l'étude des autres familles,
prises en bloc, nous met en face de faits beaucoup plus clairs et
plus décisifs. Le pressus y remplace souvent, et avec plus d'una-
nimité, Vépisème romanien, spécialement dans les groupes descen-
dants. Encore une preuve que Vépisème sangallien est bien
l'expression graphique, particulière au grand monastère et à
toutes les églises qui l'ont imité, d'une tradition universelle qui se
retrouve sous d'autres formes dans l'ensemble des manuscrits
grégoriens.
410. — A l'aide du petit tableau suivant, il sera possible de
donner une idée de ce fait.
Remarque. — Qu'il soit bien entendu que les échanges ou
équivalences transcrites ci-dessous ne se trouvent ni régulière-
ment, ni constamment dans tous les manuscrits, ni toujours et
partout dans un manuscrit donné. Il s'agit seulement de cons-
tater, sur le point étudié, l'existence d'une tradition rythmique
dont les traces apparaissent encore assez abondantes et assez
universelles dans les codices, pour qu'il soit impossible d'en nier
la persistance. Cette tradition est attestée par les transformations
de certains épisèmes romaniens en bons et beaux pressus de deux
notes.
s. Gall
lie —
Laon 239
1
Verceil 186
B.M Egerton
857
ec
Cambrai
Monza
Ivrée
^'
Mss. Aquitains
^
^
:^C=^
■il
(. ■'•
X
JI.
.ri
A ./:.
■^a ■*♦
-flft»
"i^
^^-
^
^
A
J
^
V^l^
/. -/l.
■ «
V^35^
f'g- 295
411. — Première ligne. — Saint-Gall. Cliinacns ou plutôt clivis
subpunctis, avec épisème sur la deuxième note.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 317
Laon ne traduit pas cet épisème par un pressas, mais seulement
par une note longue accompagnée d'un a = augete.
Verceii, de notation messine comme Laon, va plus loin; dans ce
manuscrit, le pressus par apposition apparaît en échange de
ïcpisèvie ; il est formé par deux clivis ; la première légère, la
seconde large.
Egerton. Le signe du /r^^^wj propre à ce manuscrit se montre
également à la place de Xépiscvie.
Divers manuscrits italiens et français de la famille des neumes-
accents font usage du pressus réel ou de V apposition.
Manuscrits aquitains; il en est de même dans cette catégorie
de documents.
Deuxième et troisièjfie lignes. — Torculus subpunctis et pes
subbipunctis. Mêmes observations que pour le climacus précé-
dent.
412. — Deux exemples concrets, tirés de pièces grégoriennes,
suffiront pour donner plus de précision à ces faits.
*. •!
Laon 239 ^ . i
S Gall . /•. A.
Ail. Lavdate pueri % ■ a "^
Version épisème
a^
Laudâ-te
k=t
Pressus B * * *^**l\
Lauââ-te
Fig. 2ç6
En dehors des codices de Saint- Gall, de très bons manuscrits en
neumes sans lignes, écrivent le simple climacus ; ils ne connaissent
pas répisème; d'autres, très bons aussi, remplacent l'épisème
romanien par le pressus (ligne B). Quant aux manuscrits sur
lignes, ils donnent ordinairement la préférence au pressus, qui a
persévéré dans la version traditionnelle actuelle.
413. — Dans l'exemple suivant, c'est au contraire la version
3i8
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
^Oi-n?, pressus qui a triomphé, on ne sait pourquoi, car le cas est le
même.
A.
Laon239
S. Gall
Com. Exsultavit A
A
■ , 3 ^ 3 i%
et occur- sus e-ius.
» » B
» » C
^^^
e-ius.
J'.
^^
e-ius.
Tous les manuscrits sangalliens ont l'épisème sur le sol ; Laon
ne manque pas de joindre \a à cette même note.
L'étude d'autres écolps graphiques est des plus curieuses. La
version A, avec note longue sur le sol, apparaît dans des manus-
crits neumatiques très anciens et de très bonne marque, mais
c'est un vrai pressus qui allonge cette note — version B. Or,
comme cette notation se retrouve dans un assez grand nombre
de documents de toute provenance — Italie, France, Normandie,
Angleterre, pays d'écriture messine, Belgique, Aquitaine — il est
impossible de ne pas reconnaître dans ce pressus une équivalence
très claire de l'épisème sangallien et de \a de Laon. C'est un cas
fort intéressant de cette tradition rythmique, primitive, et uni-
verselle, dont nous avons signalé plus haut l'existence (IL 59 et ss).
414. — D'un autre côté, de très bons et de très anciens manus-
crits également de tous pays, reproduisent fidèlement le pes subbi-
punctis de Saint- Gall et de Laon, mais sans les lettres et les
signes rythmiques, car ils les ignorent. Naturellement les manus-
crits sur lignes suivent leurs modèles, et ainsi s'explique là
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'aPOSTROPHA-PRESSUS. 319
version C. plus fréquente, en somme, que les versions A et B, ce
qui n'ajoute rien à sa valeur.
Quelle était, à l'origine, l'interprétation de cette troisième nota-
tion? On peut atVirmer sans témérité, que, malgré l'absence de
signes rythmiques, elle était conforme à la version des manuscrits
rythmiques, et cela, grâce à la tradition orale, qui suppléait effica-
cement à l'insuffisance des indications écrites, tant rythmiques
que mélodiques. Mais quelles garanties d'exactitude et de durée
peut offrir une aussi fragile tradition, si l'écriture ne vient pas
promptement la préserver de l'erreur et de l'oubli ? Sans aucun
doute, pour le cas étudié ici, le souvenir de l'appui prolongé sur
le sol s'est vite perdu, et l'interprétation primitive a fini par
disparaître entièrement pour tous ceux qui n'avaient sous les
yeux que la version C.
415. — L'équivalence fréquente de Vépisème sangallien et du
pressiis une fois bien constatée, deux conséquences pratiques en
découlent directement :
1° XJépisèvte romanien a parfois la valeur, la durée d'une note
longue de deux temps ;
2° he pressus, à son tour, ne vaut que pour un seul son double ;
les deux notes qui le composent n'admettent pas de répercussion,
elles doivent être fusionnées en un seul son.
416. — Il serait aisé de prolonger cette liste des équivalences;
celles-ci suffisent pour permettre de formuler les règles suivantes,
en se plaçant au point de vue de la notation carrée actuelle.
Première règle. — Lorsque deux groupes se rencontrent sur la
même corde, les deux notes à l'unisson îoxva&wX. pressus, et doivent
être exécutées p^x fusion en un seul son de deux temps simples.
Remarque. — Cette règle n'a son application que si les
groupes sont très rapprochés l'un de l'autre. Un écartement
notable indique qu'une répercussion doit être faite sur la première
note du second groupe. Exemple.
Répercussion
Fig. 2q8
320
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
417. — Deuxième règle. — En cas de fusion, Xictus rythmique
tombe toujours sur la dernière note du premier groupe, c'est-
à-dire sur la première des deux notes fusionnées.
i=ic;
-^,
'Ai
r^
etc.
Fig. 2çg
418. — Troisième règle. — Elle concerne la note qui suit le
pressus. La longueur du pressus ne porte que sur la première note ;
celle-ci seule est toujours double. La note qui suit le pressus n'est
pas longue par elle-même, elle ne l'est que par position.
En conséquence :
a) ^\\t pressus, 2i\x centre d'une phrase, est- suivi d'une note,
d'un groupe, ou d'une syllabe qui demandent à être chantés
immédiatement, ^dx juxtaposition ou même par 'enchaîjiement , la
troisième note ^\x pressus est brève ou ordinaire.
Tels les deux do dans ce passage.
r r
-^f^î^^ffefr —
et Jesum stan-
Fig. 300
tem
Tel le ré dans le mélisme
tz^^lS*!
Fig. 301
b) Si le pressus est à la fin d'une phras'e ou d'un membre de
phrase, la deuxième note est toujours longue par le fait de sa
position : elle est suivie du point d'allongement.
Telle la dernière note de l'exemple B ci-dessus (Fig. 301).
11 en est ordinairement de même à la fin d'une iticise; mais ici
il y a des exceptions ; c'est à la notation de trancher ces incer-
titudes par la présence ou l'absence du point.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 32 1
§ 2. — Le sigle romanien co = conjungatur.
419. — Parmi les sigles romaniens énumérés ci-dessus (II. 1 14),
il y en a un qui a pour but unique d'indiquer cette fusion de
deux notes en une seule formant pressus ; c'est le sigle ^5 qui
signifie conjunctim ou conjungatur. On ne le trouve qu'à la ren-
contre de deux groupes se soudant à l'unisson. Rarement, très
(O
rarement, il est placé sur le pressus-niajor p Fig. 302 où il marque
l'union intime des deux premières notes. Là, il est superflu, car la
jonction graphique de la virga et du pressus suffit pour indiquer
leur fusion.
Quelques exemples de son emploi.
cï) Clivis et clivis ioxmant pressus.
Eins. 121. J/l/\
Off. Portas caeli DÔ- mi- ni
Pig- 303
b) Torculus et clivis formant pressus.
Eins. 121. ///ryi/r
Intr. Dicit Dhus : Sertnones ■ J^ *C wm A«- ji
altâ- re me- um
Fig. 304
c) Torculus et clivis formant pressus.
co
HartkerS. G. / yl/f
IÇ. Sancla et immaculata
^=t=^
Sancta et
Fig- 305
322
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
Le même sigle est en usage, si la clivis finale A /l Fig. 306 est
co
remplacée par un pressus-minor f\ ^r Fig. 307.
Le passage suivant est extrait du verset responsorial du
deuxième mode ; plus de quatorze fois ce trait mélodique est noté
avec le signe co dans le codex d'Hartkcr :
Hartker
{
.oc/A-:
.cu/AA
< 1\. Ég^ffr^ifln' ^
u a
Fig. 30S
420. — Voici maintenant deux virgas réunies par le conjun-
gat7ir.
d) Podatus et clivis formant pressus.
Hartker.
I^. O vos omnes
r> co
/Jc/A
C S r^an^
. . . per VI- am
Fig. 309
Hartker.
IÇ'. Sicut ovis
hl .J/^J
^^=i=î«
ad occi-si- ô- nem...
Fig. 310
e) Podatus et pressus minor.
Hartker.
Ana.
J^- I . I
<-4> ■ ■
o quantus luctus
Fig. 311
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 323
^3. — De la diérèse du pressus.
421. — On ne peut passer sous silence un fait de composition
grégorienne qui semble, au premier abord, en contradiction avec
\di fusion des notes telle qu'elle vient d'être enseignée.
C'est le fait de la dit'rèse, ou disjonction de deux groupes for-
mant pressus, qui s'opère dans le but de placer deux syllabes sur
ces deux groupes ainsi séparés ; ou inversement, ce qui soulève
la même difficulté, le fait de la réunion ou crase de deux groupes,
primitivement disjoints, en un seul pressais sur une seule syllabe.
^. G. du W mode.
Mss. de s. Gall. /T /\
ami- ci tu- i
Mss. de S. Gall.
B
A
ta;
cedrus
Fig. 312
Le rythme A ne doit-il pas être le type du rythme B? Ceci
paraît tout indiqué; il convient de conserver le même rythme
dans les deux passages, de rythmer par conséquent ce-drus avec
répercussion ictique sur la deuxième note du pressus :
[^
ce- drus
et non
t=^
ce- drus
îE^EfE^
^4^^-
QEÈ
Fig. 3^3
422. — Cette raison de convenance, qui souvent n'est pas à
rejeter, n'a pas, dans l'espèce, grande valeur, si en veut bien
324
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
étudier de plus près cette mélodie, ainsi que les principales modi-
fications qu'elle subit sous l'influence dçs différents textes ( i ).
s. Gall
LaoRK9
A
IÇ-. G. Tollite
B
R7. G. Niniis houorati
W* V. fe^^ljî;!^
prin- ci- pes.
...Cl- pes.
^ M
S-a»^^f.^an!"Ht:^
ami- ci tu- i.
...ci tu-
R7. G. Domine Deus
^\'\H,
i:^
convér- te
te
Fig- 3^4
La première mélodie A nous semble la version primitive et
régulière : il serait inopportun d'exposer ici les raisons qui
militent en faveur de cette opinion.
Quant aux versions B et C qui en dérivent, il est tout à fait
impossible de déterminer quelle est la plus antique ; impossible,
par conséquent de dire, si le pressas, ligne C, est la crase des deux
clivis distinctes, ligne B, ou si, au contraire, ces deux clivis B sont
le résultat d'une disjonction ou diérèse du pressus C, qui serait
plus ancien.
Quoi qu'il en soit de cette antériorité, la différence mélodique
entre ces trois versions demeure. Or si le compositeur se croit
autorisé à de tels changements mélodiques, qui en entraînent
nécessairement de rythmiqîies, — comparez, par exemple, lignes
A et B — on ne voit pas pourquoi on serait forcé de maintenir Je
même rythme entre les clivis /T /T Fig. 313, ligne B, et les deux
clivis fusionnées de la ligne C.
(i) Cf. le tableau complet de l'adaptation de ces textes, Paléogr. Music.
t. 4, P- 35-
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 325
Ainsi se trouve, pour le cas en litige, sinon renversé, du moins
fortement ébranlé, ce subtil et spécieux argument tiré de l'unité
d'un même rythme.
423. — Mais il y a mieux : la notation des manuscrits accuse
très clairement une dilïérence de rythme entre ces deux passages.
Si la notation carrée peut laisser quelque doute sur le rythme
des clivis, ligne C, à cause de la ressemblance parfaite avec les
divis, ligne B, la notation neumatique ne laisse place à aucune
hésitation : elle donne deux écritures bien distinctes, une pour
chaque cas.
En B, les deux divis, syllabes d et tu, sont marquées de Xépisème
romanien sur la première note ; il faut donc un ictus rythmique
sur cette note.
En C, il n'y a plus qu'une seule divis dont la seconde branche
est liée au signe pressus ; de plus, sur la première note de la divis,
on voit un c {cderiter) au lieu du trait, signe d'appui, de retard.
Les indications rythmiques messines sont conformes à celles
de Saint-Gall.
Ces deux divis doivent donc être réunies en un seul son sur la
note qui leur est commune, c'est-à-dire exécutées sous la forme
de pressus,
424. — Autre exemple tiré du même type mélodique.
s. Gall Laon 239
/i/v ^I'':
^ \
I^. G. A summo ^
e~ lus
e- ius
A /V
35^
R7. G. Dfie De-us % f^ fii «^ ♦
-^^^
nos
nos
Monza a) [ /^ /\) "•
c) 1 /1/1//1
Fig. 316
Rythme Grég. — 21
326 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
Ligne A. — Distinction du porrectus et de la clivis qui suit, à
cause des deux syllabes : cette version mélodique est, sans aucun
doute, la version primitive.
Ligne B. — Crase de ces deux groupes pour former un pressas,
car il n'y a plus qu'une seule syllabe. La notation neumatique,
comme dans le cas précédent, emploie le signe propre de la
fusion, à savoir le pressus, au lieu de la clivis. Cette modification
est utile pour la clarté de la notation, mais elle n'est pas néces-
saire; car souvent la clivis rapprochée du groupe précédent
remplit le rôle de pressus, comme on peut le voir dans la variante c)
des manuscrits de Monza.
Les cas de crase ou de diérèse entre groupes se suivant sur le
même degré sont très rares dans les vieilles pièces grégoriennes,
ils deviennent plus fréquents dans les morceaux de composition
plus récente, tels que les Kyrie, les Gloria, etc. Il est tout naturel
de chanter les pressus-crases qui se trouvent dans ces mélodies
comme ceux qui se trouvent dans l'antique répertoire, c'est-à-dire
en fusionnant les deux notes de jonction.
ARTICLE 3. - VALEUR ATTRACTIVE DES PRESSUS.
425. — Les pressus constituent pour le chant grégorien des
points d'appui rythmiques très importants sur lesquels il se pose
pour assurer sa marche.
En cette qualité, les pressus ont la vertu :
a) D'attirer à eux les notes et les groupes qui les précèdent ;
b) Et de s'attirer entre eux.
Cette propriété naturelle est sanctionnée par la notation des
manuscrits rythmiques de Saint-Gall et de Metz.
§ I. — Vertu attractive du pressus
sur les notes qui le précèdent.
426. — En règle générale, les codices rythmiques emploient
devant le pressus la forme légère ou ordinaire des neumes.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 327
Exemples :
AU.
II. Mode
bis
A/^/f
. Mode '^ II. Mode ^^-^
^J/\ ou /\J/\ jamais /T^/[
Grad.
VII. Mode
cM A
/^rA}
M-\^
Trait 10 »!_
II. xMode ^ %i'>^'''
Cette vertu rétroactive peut ne s'étendre qu'à une seule note,
si un appui important se trouve immédiatement en avant.
Exemple :
T C
/TA
■J-Mfe
Alle-lû-ia
Fig. 318
La première divis — syllabe ia — est surmontée d'un épisème
horizontal et même d'un t = tenete. De son côté, le codex 239 de
Laon représente ce même groupe par une divis longue : deux
punctums longs, avec un « = aiigete entre eux (II. 117. Fig. 109).
Une nuance de cette nature ne peut être enseignée que par les
manuscrits rythmiques; preuve manifeste de leur nécessité pour
obtenir une exécution vraiment traditionnelle des mélodies gré-
goriennes.
§ 2. — Vertu attractive des pressus entre eux.
427, — Très souvent deux, trois ou quatre pressus, ou même
davantage, séparés par quelques notes, se succèdent dans la
même mélodie :
328 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII
*
*
Trait
*? iH
II. Mode
15 . «ivSi
^. __
> ^ >•
Trait
II. Mode
S
+ + *
[. Mode ■ t— t F": — Benedictus Dflus ' ■ , «fti^fciilNI
VIII. Mode
qui fa-cit
Fïg. JIQ
Ces accents-pressus s'attirent réciproquement dans l'exécution ;
cette attraction mutuelle ne permet aucun arrêt sur les notes qui
les relient. C'est ici surtout que Xf&pressus peuvent être comparés
à des colonnes solides sur lesquelles repose la construction
rythmique. Les notes intermédiaires sont comme les arceaux qui
les réunissent ; elles doivent être émises d'une seule volée, pour
ainsi dire, naturellement, sans aucune prolongation, mais aussi
sans précipitation, en laissant à chacune la valeur légère d'un
temps simple.
428. — Le trigon, Xapostropha, s'entremêlent aussi avec les
pressus, et produisent à peu près les effets que l'on vient de
décrire.
Un seul exemple :
," yi/l/i/iT
Trait II. Mode
Fi^32o
Nous ne disons rien du trigon (,•.) car dans la notation guido-
nienne, et même parfois dans la notation neumatique, il se confond
avec le pressus.
§ 3. — Exceptions à la loi d'attraction des pressus.
429. — Il y a des exceptions à cette loi, l'étude des manuscrits
rythmiques peut seule nous les apprendre.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 329
/^ AT- J:J: eh:
Trait II. Mode Ifi % ^t» ■♦#•
me- 6- rum
Fig. 321
Le manuscrit de Laon 239 est conforme à Saint-Gall ; de même
Milan E. 68; Verceil 186 a la seconde clivis longue, mais il varie
pour la première.
D'après la règle générale, les deux clivis qui précèdent le
pressus devraient être légères; les manuscrits rythmiques nous
apprennent que la première seule a ce caractère ; car la seconde
est marquée du trait romanien ou du t {jenetè). Les Écoles messine
et italienne de Como sont conformes à ces indications. Cette
nuance artistique et délicate ne saurait être devinée, il est utile
de la marquer dans la notation par le trait au-dessus de la
première note de la clivis, c'est ce qui a été fait.
Autre exemple i
Laon 239 '*' '%
s. Gall /T .-. /
Off. Populum humilem ^ , 3 iL «1—
-♦-
quôni- am quis
Fig. 322
430. — La loi générale d'attraction des pressus entre eux subit
aussi des exceptions.
En réalité, la forme graphique des motifs mélodiques ne suffit
pas pour en fixer l'interprétation rythmique, le recours aux
manuscrits rythmiques est toujours indispensable. Soit le motif
suivant :
Fig' 323
330
DEUXIEME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
qui se trouve répété à différents intervalles : ex. A ci-dessous ; ou
à l'unisson : ex. B.
C Mazarhie 884
Laon 239
(^
... ^,. H ^'- H }^ ji-.,.
S. Gall
IÇ. G.
^.l ^ ^^ /l^^/^ ^V'jA.
/i"'^A^/A^ /Arx/Apc ;/y^JJ-^
C %m- >p.. 1>V r\ l^f;. ■]Nfl-=^
/* Mazarine 384
B
Laon 239
S. Gall
'Y
v'h/'h^V c
/A /A /A-:/ /I
C ^>> i>> i%>sa y
431- — Ces motifs doivent-ils se succéder sans mora vocis, sans
disjonction; ou bien admettent-ils un retard de la voix sur la
dernière note, la plus basse?
Chaque fait doit être étudié à part ; car le compositeur reste
toujours libre de traiter ces motifs comme il l'entend : libre de
les unir, libre de les désunir, selon l'expression particulière qu'il
veut leur donner, selon le rôle spécial qu'ils jouent dans l'ensemble
de la phrase.
Or voici ce que disent les manuscrits pour les deux exemples
proposés.
432. — Exemple A (Fig. 324). Il appartient aux répons-graduels
du cinquième mode : Specie tua. Diffusa est^ Misit Dominus,Respice.
Une mora vocis assez importante — double — est indiquée
après chaque motif :
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 33 1
a) Par les espaces blancs à peu près respectés dans les quelques
manuscrits qui en font usage ;
b) Par Vx qui, dans les manuscrits sangalliens, est écrit après
chaque motif. Le codex 359 de Saint-Gall, le meilleur, est aussi
le plus explicite ; enfin
c) Par le / du manuscrit de Laon, qui, lui aussi, est répété
obstinément après chaque motif.
La tradition rythmique est donc manifeste. Cette phrase magni-
fique, exécutée comme nous l'avons notée conformément aux
manuscrits, s'élève majestueusement, se déroule et se repose avec
une tranquille sérénité.
433. — Tout au contraire, l'exemple B (Fig. 325) doit être
chanté avec plus de vivacité, en observant la règle d'attraction
des pressus.
En effet, les espaces blancs deviennent indécis, variables. Bien
plus, la virga qui, ex. A, commence chaque motif, se rapproche
souvent du groupe précédent pour se joindre à lui.
C ^^p■^ l^f^l Hipi etc.
Fig. 326
De plus, toutes les lettres rythmiques de longueur — x,t —
disparaissent. Quelques c = celeriter seulement, placés sur la
clivis, indiquent la légèreté de la première note. Et même, dans
Laon, on remarquera que la clivis du premier groupe est jointe
en porrectus à la virga suivante.
L'ensemble de ces indications est très clair, et l'intime union
des différents motifs doit être la loi de l'interprétation.
434. — Si l'on faisait ici l'histoire de ces motifs et de leurs
différents emplois esthétiques, on aurait à montrer comment,
grâce à leur similitude, l'oubli de la tradition se répand peu à
peu dans les manuscrits, et comment la confusion la plus complète
entre les deux exécutions — liée ou disjointe — en a été le
résultat.
435. — On classe ordinairement les pressus parmi les neumes
d'ornement, c'est à tort, croyons-nous. Le pressus n'est pas un
332
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
ornement musical, du moins au sens actuel de ce mot, qui éveille
souvent l'idée d'une addition faite à la mélodie déjà constituée,
pour la rendre plus gracieuse, plus agréable, addition qu'au
besoin on pourrait retrancher sans nuire à l'ossature mélodique.
Non, les pressus appartiennent à l'ossature même de la mélopée;
ce sont des accents rythmiques longs, souvent forts ; plus haut ils
ont été comparés à des colonnes qui soutiennent l'édifice du rythme.
Si, à leur sujet, on parle d'ornement, ce ne peut être que dans le
sens qu'ils donnent du relief à la mélodie, et sont l'une des causes
les plus efficaces de sa beauté.
Exercice XXXI.
Sur le pressus. i.
436. — L'analyse rythmique des exercices XXXI et XXXII est
suffisamment indiquée par les figures chironomiques et dyna-
miques qui surmontent la transcription moderne. Avant de
chanter, l'élève, déjà habitué à cette décomposition de la phrase
musicale, devra en rendre compte en détail au maître. En chan-
tant, au contraire, il devra faire la synthèse de tous les éléments
de la phrase, en réunissant dans un unique et harmonieux
ensemble tous les mouvements rythmiques et dynamiques. Que
les nuances soient de vraies nuances, c'est-à-dire délicates, presque
insensiblement graduées, soit dans les montées soit dans les
descentes de la mélodie. Enfin que les gestes soient sobres, discrets,
surtout dans les ascensions mélodiques, où l'on serait facilement
tenté de les développer davantage.
, I. Mode.
X^-. yffl^^ 3^^'^
^^
lV*lN|iijA
■A%
■f}%M^il.j^
iSf^
-V-
^'
^^^^^
H^
h> «ISa-
fflî^
'^m^
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'APOSTROPHA-PRESSUS. 333
Même exercice^ transcription musicale.
^^^-^'^--^""y^
334
DEUXIEME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
Exercice XXXII.
Sur le pressus. 2.
V. Mode.
I I M 1 ■
^&^
a a
VJN=
^
is:
fe
isS
E^^^^^^
Sa i'Nfl
^-^^
a a
L1^^^M^^'i^^K^ I {\'\'Vi,, Tî^^T*
■ I
1^^^^^^^^^^
'î|-=±-JTOâv
flyig^--
■ ^'^ ♦
a a a a
a a
Même exercice, transcription musicale.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'aPOSTROPHA-PRESSUS. 335
Z f
I ^uj 1 ^if-^L!JLr r i-m
_^ A
j'.^ r^t ' 1 1 I ,G-j I
m
^ . ^
^
'l^^J^^ P
/
^. ^4^ r "^^ :Lr r 7
^
p
^
^
CHAPITRE IX.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS.
437. _ \J apostropha seule ne se trouve guère, dans nos livres,
qu'à l'état d^ apostropha-pressus (IL ch. VIII), ou d'apostropha-oriscus.
De cette dernière il sera traité au chapitre X. Il est question ici
des strophicus proprement dits : distropha ou tristropha.
ARTICLE 1. — DISTROPHA ET TRISTROPHA SEULES.
438. — Place sur la portée. — Les strophicus se placent le plus
souvent sur les notes do ou/«, c'est-à-dire au-dessus du demi-ton,
et, par exception, sur les autres cordes, ré, sol, la, si [? .
439. — Répercussion des apostrophas. — Aurélien de Réomé, au
IX^ siècle, est très précis. Parlant de la tristropha qui se trouve à
la fin des versets des introïts du premier mode,
t^
-♦♦♦-
Gloria... Spi-ri- tu- i Sancto
Fig. 327
il dit clairement que ce groupe doit être chanté par une per-
cussion trois fois répétée de la voix « terna gratulabitur vocis
percussione. » Gerbert. Script. I, p. 56 a.
Même recommandation, mais plus claire encore, pour le verset
des introïts du troisième mode : Versus introituum : Gloria Patri
et Filio et Spiritui Sancto. Sagax cantor sagaciter intende ut,...
duobus in locis scilicet in décima sexta syllaba,.
t=x
Glô-ri-a Patri et Ff-li- o et Spi-ri'-tu-i Sancto
123 456 7 8 9 10 II 12 13 14 15 16
Fig. 328
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS. 337
« et post in quarta décima
^
Sic- ut e-rat in princi-pi-o et nunc et semper ;
12345 6 7 8 9 10 II 13 13 14
Fig. 32g
trinum, ad instar manus verberantis, facias celerem ictum. »
Gerbe RT. Script. I, p. 57. Le chanteur habile est invité par ce
texte à faire sur les syllabes cto et per, surmontées chacune d'une
tristropha, la triple percussion recommandée plus haut ; mais cette
fois la dite percussio est décrite avec précision : elle consiste en
trois coups de voix se succédant, rapides, légers, brefs, à l'instar
d'une main qui frappe.
Nouvelle recommandation pour le verset des introïts du septième
mode.
\ • '^ • • M^
Spi-ri- tu- i Sancto.
Pi£^' 330
« Quintadecima (syllaba) terna percussione finietur, scilicet san. »
Gerbert. Script. I, p. 5 S''.
440. — L'existence de notes ainsi répétées dans les mélopées
grégoriennes est un fait incontestable : on les appelait notae
repercussae, et cette expression s'appliquait à la distropha et à la
tristropha à l'unisson. ( i )
(i) Guy d'Arezzo, à propos de la formation des neumes par arsis et thésis
mélodiques dit :
« ...Motus vocum... fit arsi et thesi, id est, elevatione et depositione : quorum
gemino motu, id est arsis et thesis, omnis neuma formatur, praeter repercussas
aut stmplices. » Gerbert. Script. II, p. l^^
Jean Cotton, citant et commentant ce texte de Guy, nous dit : (Gerbert.
Script. II, p. 263 ^) « Simplicem autem neumam dicimus virgulam vel pun-
ctum; repercussam vero, quam Bemo distropham vel tristropham vocat. »
Autre texte de Guy : (Gerbert. Script. II, p. iS^^) i. Ac summopere
caveatur talis neumarum distributio, ut cum neumae tum ejusdem sorti reper-
cussione, tum duorum aut plurium connexione fiant, semper tamen etc. »
Voici le commentaire d'Aribon (Gerbert. Script. II, p. 226^, 227^) sur ce
texte : i. Neumae unius soni fiunt repercussione, cum simplices sunt, id est
vel una virgula (^/) vel una jacens ( - ) vel cum duplices (i>) aut triplices (»>) in
ejusdem soni repercussione, tum duorum aut plurium connexione fiant. Duorum
aut plurium sonorum connexione fiunt omnes neumae, exceptis praescriptis. »
338 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
441. — Cette répercussion double ou triple devait être légère,
rapide, et partant d'une exécution malaisée. Aussi la conservation"
de cet artifice vocal semble-t-elle assez difficile à notre époque,
du moins pour un chœur nombreux, sans véritable éducation
musicale, (i)
Impossible cependant de supprimer ces notes, qui remplissent
deux ou trois temps, pour les réduire à une seule note, à un seul
temps simple. Agir ainsi serait troubler ou même détruire l'har-
monie et les proportions des diverses parties de la construction
musicale.
Que faire ?
Trouver un moyen à la portée de tous les chantres, simple,
facile, qui se rapproche le plus possible de l'exécution tradition-
nelle ; on s'est arrêté à celui-ci :
a) Conserver aux strophicus la valeur temporelle que la notation
représente, deux temps à la distropha, trois à la tristropha, et
b) Relier les deux ou trois apostrophas en un son unique accom-
pagné d'un léger vibrato qui le distingue de la simple prolongation
de la mora vocis, ou de la tenue plus compacte et plus ferme du
pressus.
442. — L'exécution répercutée des strophicus, difficile pour les
chœurs ordinaires de paroisses, n'est impossible ni aux chœurs
bien formés, ni aux solistes. Y revenir, là où les moyens le per-
mettent, serait excellent. Les notes répétées, si fréquentes dans
l'ancienne musique jusqu'aux XYII^ et XVIII^ siècles, ne sont
plus, il est vrai, dans les habitudes modernes ; mais l'oreille se
ferait rapidement à cet effet vocal qui n'a rien que de très
agréable, s'il est exécuté avec grâce et souplesse, comme on
l'indique plus bas.
Les faits suivants viennent à l'appui de l'exécution proposée.
443. — Inflexions de certaines notes dans les strophicus, — Il
paraît avéré qu'autrefois la rigueur de l'unisson dans les strophicus
était tempérée par des ondulations de la voix. Certaines notes
étaient l'objet d'un fléchissement : au lieu de répéter le do ou le
fa, elles tendaient à sonner le si ou le mi, un demi-ton plus bas.
(l) COUSSEMAKER. Script. II, p. 305, 308, 309, 311.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS.
339
Les manuscrits sans lignes et sur lignes nous fournissent des
preuves manifestes de ce fait, toujours au moyen d'équivalences
de notation.
Deux exemples seulement :
/1 / .J-.l
s. Gall 339
Off. Offerentur régi
Einsied. 121
S
:1ï^:r^'M
prô-ximae ejus, etc.
JJ
5
/l /
^t^=^-!V^
pro-ximae ejus, etc.
Fig. 331
S. GaU 339 A. " " ^''
F^. G. Hodie scietis
coram Ephraim
etc.
S. Gall %9
/•.
J:
Ephraim etc.
Fig. 332
444. — L'explication de ce fait est assez naturelle, si l'on veut
bien se reporter à l'époque où la notation était encore écrite in
campo aperto. Alors l'élève apprenait son chant ex auditu ; il
n'avait qu'à répéter exactement ce que le maître chantait.
Pour le notateur, la chose se compliquait ; il devait à l'audition,
écrire et fixer sur le parchemin ce qui avait été entendu. S'il
s'agissait de quintes, de quartes, de secondes, tout était facile.
Mais ce travail devenait plus délicat, lorsque la voix faisait
entendre quelques-uns de ces intervalles indécis, subtils, qu'il
faut plutôt attribuer à des vibrations ou à de simples ondulations
vocales qu'à des intervalles diatoniques précis.
Comment noter ces inflexions.' Le maître lui-même, interrogé,
serait embarrassé pour indiquer la notation de telles nuances.
De là, pour les notateurs, des hésitations, des essais, qui se trahis-
saient dans les manuscrits par les variantes légères signalées
340
DEUXIÈME PARTIE.
CHAPITRE IX.
dans les exemples précédents, variantes qui, pour nous modernes,
sont des indications précieuses de l'aisance, de la flexibilité de la
voix dans les strophicus.
Le vibrato ondulé conseillé plus haut (IL 44 1 ) tend à imiter un
peu ces fléchissements de la voix et à se rapprocher ainsi de la
pratique traditionnelle.
445. — Durée des strophicus. — On doit bien prendre garde de
ne pas prolonger au delà de deux ou trois temps les distrophas ou
les tristrophas : mieux vaudrait les abréger : ce sont des notes
légères qui demandent une grande agilité de la voix.
446. — Place de rictus rythmique, — On doit appliquer aux
distrophas et aux tristrophas la règle générale de tous les groupes :
Victus rythmique se place sur la première note (IL 263).
Cette règle comporte des exceptions qui s'appliquent également
aux strophicus.
La tristrophd peut, dans certains cas, recevoir un second ictus
rythmique sur la troisième apostropha (IL 480).
447. — Intensité. — Elle dépend encore, comme pour les groupes
ordinaires, de la place, du rôle des strophictis dans la phrase
musicale, et aussi de la valeur intensive de la syllabe qui les
supporte.
Exercice XXXIIL
Distropha seule.
448. — Cet exercice est divisé en petits membres fermés par
une double barre, afm que chaque membre puisse être répété par
rélève autant de fois qu'il sera nécessaire. La première incise des
quatre premiers membres est disposée de manière à préparer et
à rendre plus facile l'émission de la distropha qui se trouve dans
la seconde incise.
V. Mode.
bl*:
-H-
1*±
X
-^^-
-H-
a- e, a- e. a- e, a- e. a- e, a- e.
gH^
-♦♦-
e, a- e.
iFUU Nfi^*,-
^^H^
a- e, a-
e,
\
î^
X^
a- e, a- e.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPIIICUS.
Même exercice, transcription musicale.
341
ARTICLE 2.
RÉPERCUSSION DES DISTROPHAS ET DES TRISTROPHAS.
449. — Si la répercussion vive, alerte, de chaque apostropha
dans les stropkicus est difficile pour un chœur ordinaire, il n'en
est plus de même s'il s'agit simplement de distinguer les groupes
de stropkicus qui se suivent, par une répercussion sur la première
apostropha de chaque groupe : cette répercussion ne se présente
plus que de deux en deux, ou de trois en trois temps simples. Il
n'est plus besoin, pour produire cet effet, d'une grande agilité de
la voix, ni d'une grande science de la vocalise.
g — »» »» ♦»
♦♦♦ »♦♦
Fig- 333
La reprise très légère, sur la note ictique, de chaque distropha
ou tristropha doit être le résultat d'une modification intensive,
d'un renflement doux, élastique, dans l'unique poussée d'air qui
doit réunir et soutenir toute la série des stropkicus. Cette poussée
doit être conduite avec une très grande douceur, surtout sur la
Rythme Grég. — 22
342
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
note ictique où elle doit augmenter de volume, mais sans dureté,
sans violence, sans la moindre secousse.
450. — Cette répercussion gracieuse du même son a quelque
analogie avec les passages mélodiques où la répétition d'une
même voyelle se fait à l'unisson :
Tr. Audifilia
Intr. Exspecta
<-; ♦» ♦»»
tu- um..
S a ;^^^
cor tu- um.
19. G. Diffusa est
in là- bi- is...
Fig- 334
avec cette différence toutefois que, dans l'exécution des stropkicus,
la répercussion sera plus délicate, plus fine encore que dans ces
exemples.
451. — Il faut éviter surtout d'alourdir les groupes soit par un
appui pesant, soit par un allongement sur la note ictique ou sur
l'ensemble des strophicus. Afin d'en apprécier la juste durée on
peut employer le procédé suivant :
Chanter d'abord :
\=^^
au lieu de
\ — »» ♦♦ «'
Chanter d'abord :
Fig. 335
C ^ ^ '' Il
a- a- a
Fig. 337
au lieu de
Fig' 33a
a- a- a
Fig. 33S
puis, peu à peu, diminuer l'intervalle de seconde, supprimer le si
et arriver ainsi à l'unisson.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS,
343
Exercice XXXIV.
Répercussion de distropha et de tristropha.
V. Mode.
t=K^
-♦♦ — ■ M — ♦♦-
■\fir
-«^1 — ♦♦♦-
a- e,
e, a- a- e. a- e, a- a- e.
C ■! ^ ^ ■ A
-♦♦♦ — Ht-tj-
a- a- a- e.
a- a- a- e, s
Même exercice, transcription musicale.
a.
ARTICLE 3. — MÉLANGES DE STROPHICUS ET DE VIRGAS.
452. — On peut distinguer deux cas :
M:
10 yirga devant strophicus :
2° Virga entre deux strophicus
-♦♦♦-
^^y,-
Fig' 339
^-^"^
Fig. 340
344
DEUXIÈME PARTIE.
CHAPITRE IX.
§ I. — Virga devant un strophicus.
453. — Une virga seule devant un strophicus vaut environ deux
temps simples, ainsi que l'indique le point qui la suit. On dit
environ, parce que la valeur de ces deux temps doit être plutôt
réduite qu'amplifiée.
Une répercussion s'impose sur la première note du strophicus
qui suit.
Cette prolongation de la virga est indiquée d'abord par les
manuscrits rythmiques.
Dans les codices sangalliens la virga ainsi placée est toujours
surmontée de l'épisème roman ien, et souvent du / {tenete) dans
Laon 239.
Laon 239
S. Gall
R7. G
•C
/"
g 3 V*
♦H-
Adjuvâ- bit
l^'£- 341
Laon 239
S Gall
I^. G. ve mode
Cadence finale
t=^?mti
iK^
Fig- 342
Laon 239
S. Gall
Intr. Omnia qua.
r ,
t3=i
■H»-
et fac . nabis-cum
.Fig-343
454. — La séparation graphique et pratique de la virga se
déduit aussi, dans certains cas, de l'adaption des différents textes
ÉTUDE KT EXÉCUTION DU STROPIIICUS. 345
à ces mélodies. L'intonation du 1^. G. Jaravit, donné plus haut, en
est un exemple très frappant.
A •••'^
Laon 239 ^
T
S. Gall /'" /f
i '
o ♦♦ W <♦♦
R7. G. Ju- râ- vit
Yq. G. Exal- ta- bo te
Yq. G. Ben€- dî- ci- te
Fig. 344
La première note de la trtstropha est nettement détachée dans
les deux derniers exemples, puisqu'elle porte syllabe; on peut
donc, dans le premier cas, Juravit, la chanter avec reprise.
455. — Certaines classes de manuscrits, aquitains, bénéventins,
espagnols, messins, au lieu deyÇr pour la première note, écrivent
S
-HV
t
Ju- ravit
Bene- dicite
^i?- 345
Les manuscrits de l'École sangallienne donnent tantôt une
virga, tantôt wnpunctum planum, ce qui prouve l'incertitude de
l'intonation.
Laon, qui écrit toujours \n\ punctum long, a un / {tenete) sur ce
punctuni au Grad. Eripe me.
§ 2. — Virga entre strophicus.
456. — Quelques exemples vont suffire :
A A A
a)
Off. Anima nostra
... laque- [^ ^] us... libéra- ti [z / i\ sumus
346
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
b)
Intr.
OflF.
d)
OfiF. Mihi autern
• ♦♦» n ♦»»■
Tibi di-xit
♦♦♦ n ♦♦♦
Reges Tharsis
-y^
... nimis
Fig. 346
Là aussi, la répercussion est nécessaire, tant sur la virga longue
que sur la tristropha qui suit.
457. — Intensité. — En règle générale, la virga longue, ainsi
encadrée, a plus de force que les strophicus, le mouvement intensif
peut donc être indiqué ainsi :
C ♦♦♦ ■]'♦♦» ,
a- e
Fig-' 347
EXERCICE XXXV.
V. Mode.
Mélanges de strophicus et de virgas.
-♦♦ : — M — ♦♦-
•1' ''' 1' ''' A-
a- a- e, a- a- e, a- a- e. a- a- a- a- a.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS.
347
Même exercice, transcription musicale.
Cl a
ARTICLE 4.
STROPHICUS PRÉCÉDÉS OU SUIVIS DE GROUPES A L'UNISSON.
458. — Les exemples suivants feront bien comprendre les cas
dont il s'agit :
A. Exemples de strophicics précédés de groupes à l'unisson.
g-A^
>♦♦-
^^
:S^
a- a a- a a- a a- a
B. Exemples de strophicus suivis de groupes à l'unisson.
-♦H-
ît
a- a a- a • a- a- a
Pig- 349
C. Exemples de strophicus à la io\s> précédés et suivis de groupes
à l'unisson.
TA ♦♦ J^>>
a- a- a
Fig. 350
Ce dernier exemple n'est que la réunion des deux précédents.
Il faut fixer l'exécution pratique de ces différents cas.
348 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
459- — Quelques-uns, sous prétexte de facilité, demandent que
ces trois ou quatre notes à l'unisson soient réunies dans un seul
son prolongé. Il est impossible d'adhérer à ce sentiment.
Une longue expérience pratique nous convainc, chaque jour
davantage, que
Pour obtenir l'ensemble des voix,
Pour éviter une confusion rythmique toujours pénible à entendre,
Pour rentrer en possession d'un effet esthétique vraiment gré-
gorien, il est nécessaire de distinguer, plus qu'on ne l'a fait
jusqu'ici, le strophicus et les groupes, au moyen de douces et
délicates ondulations ou reprises du son.
Rien, en effet, n'est plus antirythmique, plus antigrégorien et,
disons-k, plus difficile en pratique, que ces longues traînées de
notes à l'unisson qui, semblables à des digues, arrêtent et brisent
le cours ondulé du fleuve rythmique. Elles sont, du reste, à pre-
mière vue, contraires à Taspect de la notation neumatique.
Deux exemples :
1 d^^^/'^^
Ju- râ- vit a
Fig- 351
La seule comparaison graphique des neumes-accents et de la
notation carrée suffit à prouver combien les premiers sont supé-
rieurs, en clarté rythmique, à la notation sur lignes. D'un côté,
parfaite distinction graphique de chaque groupe, de sa nature,
de son rôle ; de l'autre, confusion, resserrement des groupes et de
leurs éléments.
La notation adéquate serait celle-ci :
e I:
-^^^
TA ;»i^^\
Ju- ravit a
Fig. 352 Fig. 353
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS. 349
460. — On peut sans crainte poser ce principe, que les mélodies
grégoriennes n'admettaient jamais une prolongation de plus de
deux ou trois temps simples sur la même corde. Dès qu'une
succession de quatre, cinq ou six notes à l'unisson se présentait,
on avait affaire à quelque répercussion : les anciens n'auraient
rien compris à l'amoncellement de tant de notes en un son unique
sans subdivision rythmique.
Si donc la répercussion de chaque note était autrefois en usage
dans la distropha et la tristropha;
Si, aujourd'hui encore, on s'entend pour faire cette répercussion
au moins sur la première note de chaque strophicus, nous pouvons
en conclure que la répercussion, si appréciée des maîtres grégo-
riens, se faisait dans les rencontres de groupes et de strophicus.
Mais il faut voir de plus près cette question pratique, à la
lumière des notations rythmiques.
§ I. — Strophicus précédés de groupes se terminant
à l'unisson du strophicus.
\ — A-H»
Fig- 354
461. — En ce qui concerne le strophicus, une répercussion est
exigée sur la première apostropha, et, sur cette note, se place l'ictus
rythmique (II. 446) ; c'est la règle générale avec les exceptions
qu'elle comporte.
462. — Quant au groupe qui précède, l'examen des manuscrits
nous apprend qu'il peut être, selon les cas, traité
Soit en groupe-temps, c'est-à-dire sans ictus rythmique sur sa
dernière note,
i-
\ — i^i t»» iPi ♦♦»
^ ;♦ n''^>
re- gum a
Fig. 355 Fig- 35à
Soit en groupe-rythme, avec ictus rythmique long sur la der-
nière note,
350
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
Laon239
S. Gall
Bj. G. Anima
IÇ'. G. Fuii
no- stra
ho- mo
Fig. 357
L'x et répisème placés dans Saint-Gall après le torculus, et le
t {tenete) adjoint à la dernière note du même groupe dans Laon,
indiquent la mora vocis.
Le choix entre ces deux exécutions sera fixé, dans nos éditions
rythmées, par la présence ou l'absence du point après la note.
Exercice XXXVI.
Strophicus précédés de groupes à l'unisson.
V. Mode.
ti
-w-
-♦n-
M
-♦♦♦-
a- a- e, a- a- e,
a- a- e.
a- a- a- a.
C 3 ♦♦♦
-^ — Ht-
-♦♦-
n; " ^ " ;.>■ =11
♦ ■♦,
a- a- e, a- a- e, a- a- e,
Aléme exercice, transcription musicale.
a- a- a- a.
o a.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS.
/'
351
.au o^
§ 2. — Strophicus suivis de groupes à l'unisson.
463. — Règle. — La première note d'un groupe à l'unisson,
après un strophicus, est toujours l'objet d'une répercussion.
464, — Cette règle ressort clairement des équivalences de
notation qui abondent dans les manuscrits. Le même copiste,
pour la même mélodie, dans le même manuscrit, emploie indiffé-
remment telle ou telle forme graphique, qui, en s'expliquant l'une
par l'autre, sont pour nous une source précieuse de renseignements
authentiques. La comparaison entre les documents d'une même
École, et ceux des différentes familles présente les mêmes variétés
et, par suite, les mêmes instructions.
Un seul exemple tiré des Traits du viii^ mode.
s. Gaii 339
Tr. Vinea
S. Gall 339
Tr. AtUnde
12 34
i ^ rsi " \^'M.
di- lé-cto
,„ A
g J- N3 "^ \^^m
!!ftfr
et lo-quar
Ligne A. — Le manuscrit de Saint- Gall 339 écrit ordinairement
cette mélodie au moyen à! une distropha (groupe 3) et d'un tor-
culus (groupe 4).
Ligne B, — Mais, au Trait Attende, il note le même passage
avec une tristropha (groupe 3) et une clivis (groupe 4).
Pour les notateurs anciens, la répercussion des trois apostrophas
était obligatoire; les ictus rythmiques tombaient alors sur la
352
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
première et la troisième. Or, pour conserver la même notation et
le même rythme avec la notation A, la répercussion de la première
note du torculus est nécessaire, c'est elle qui supportera l'ictus
rythmique.
465. — Si l'on cherche pourquoi les copistes sangalliens, dans
ce passage, s'arrêtaient de préférence à la notation A, on peut
répondre qu'ils voulaient identifier le plus exactement possible,
jusque dans l'écriture, deux mélodies qui, après avoir commencé
différemment, finissaient par se bifurquer et se confondre entiè-
rement.
La voici en regard :
Tr. Ad le levavi
i ;♦.. ^ ; > \^'\%
no- strum
Tr. Vinea
i > ^^ '■ \^'\%
di-
lé- cto
Fig' 359
Au groupe 3, la fusion est préparée par la ressemblance presque
complète entre la clivis do-si et la distropha vibrée do-do ( = do-si) ;
elle est parfaite, comme mélodie, rythme et graphique à partir
du torculus (groupe 4).
L'identité de ces mélismes confirme encore la répercussion du
torculus ligne A.
466. — Le copiste de Laon ne se laisse pas toucher par ces
considérations graphiques. La mélodie C y est écrite, comme de
juste, par un torculus (groupe 4) ; mais la mélodie A y est notée
toujours par iroïs punctums = strophicus et une clivis, comme dans
le Saint-Gall 339, ligne B ci-dessus.
Quant aux autres manuscrits, les équivalences de ce genre s'y
présentent si souvent qu'il est inutile d'en parler ici.
467. — Dans l'observation de la règle formulée plus haut (463),
on doit distinguer deux cas :
1° Ou bien la note ainsi répercutée supporte un ictus rythmique,
et c'est alors l'application pure et simple de la règle générale qui
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS. 353
adjuge un ictus de cette nature ù toutes les premières notes de
groupes (II. 263, II. 446). Exemple :
^-MvT
a a
Fig. 360
2° Ou bien cette note répercutée n'a qu'un ictus individuel,
l'ictus rythmique étant reporté à la deuxième note du groupe ;
c'est l'exception à la règle générale qui vient d'être rappelée
(IL 264). Exemple :
k
1=^
q-
a a
Fig. 361
Il faut examiner pratiquement ces deux cas.
468. — Premier cas. — Note répercutée avec ictus rythmique après
strophicus. — Les manuscrits rythmiques nous enseignent qu'il y
a dans ces répercussions, des nuances délicates, qui parcourent
une gamme de longueur et d'intensité, décroissant graduellement
depuis l'appui long, double même, analogue à celui du pressus,
jusqu'au touchement simple et subtil de la plus légère des notes.
Voici une suite de quatre exemples rangés par ordre de dégra-
dation des durées. C'est vraiment ici que les règles sont impuis-
santes à décrire des effets que l'art et le goût sont seuls capables
d'inspirer aux chanteurs et qui, d'ailleurs, n'obtiennent leur
* pleine et réelle beauté que dans le cadre de la phrase musicale.
Il est bon néanmoins de ne pas les passer sous silence :
469. — a) Strophicus suivi d'une note répercutée et doublée.
Clivis longue à la fin d'une phrase :
Intr. In medio
^
intelléctus
Fig. 362
354
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
Laon 239
S. Gall
R7. G. Sciant
A'-'i
ut ro- tam
f'g- 3(>3
Clivis longue devant un quilisma
Laon 239
S. Gall
Ail. Inverti
/*> ^
î yi "/fuc/
< i'-l*^fl^-
AUeluia
F^g- 364
Exemple analogue avec bivirga
/■
Laon 239
S. Gall
Tb
F7. G. Benedictus
t^
^m.
f'i- 3^5
Nous assimilons ici la bivirga et la distropha, parce que la
notation carrée moderne ne les distingue plus. Peut-être ne
devrait-on pas confondre ces deux cas ; ce point reste obscur et
indécis. Mais comme il faut, en pratique, prendre un parti, il est
plus simple de se conformer provisoirement à ce qu'indique la
notation.
Exercice XXXVII.
Strophicus suivis d'une note répercutée double.
V. Mode.
C "Hi*^* \-
-M-
-^
♦♦ — H-
\- l'"!^
»»» ♦♦♦
a-
a,
a- a.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS.
Même exercice, transcription musicale,
/
355
470. — h) Strophicus suivi d'une note légèrement élargie par
répisème.
Laon239
S. Gall
I^. G. Tu es Deus
M
A
^
-A-n-« — H*
1.. '" p- •
populum tu-
Fig. 366
um
Laon239 \ ^ "^ ^Yi
S. Gall
^. G. Justus
A
^^^^^E
tu-
fig' 367
Laon239
S. GaU
Off. Laeiamini
Anr^
/♦ri 111 A
corde
Fig. 368
356
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
471. — On 'remarquera que Laon, dans ce dernier exemple,
traduit par une troisième apostropha longue ( - ) la première note
iyirga avec épisème) de la clivis sangallienne /I. Cette équiva-
lence, qui se rencontre même dans les manuscrits de Saint-Gall,
montre bien que la répercussion se faisait sur la première note
des groupes qui suivent les strophicus :
Laon 239
S. Gall
OflF. Diffusa est
/V *
M ,,/f „ /Î/-.7'
h^
ka "^ "0,V
in ...ae- ..itér- num
Fig. 369
Exercice XXXVIII.
Strophicus suivis d'une note élargie par l'épisème.
II. Mode.
\j^'' Pi - n .♦^ ri. m ,vt-:-^^% ^^-jss
a- a- e, a- a- a- e, a- a- a, a- a, a- a,
H^'^-m-
a- a.
Même exerace^ transcription musicale.
/:
.L :u u r- -c^ ^g^j^j.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS.
357
472. — c) Strophicus suivis d'une note doucement marquée d'un
simple épisème rythmique.
.^</
Laon239
S. Gall
Trait. Vlll« mode
VA/-./'
a
Pig- 370
Laon 239
S. Gall
Off. In virtute
S:
e- lus
Exercice XXXIX.
Strophicus suivis d'une note doucement marquée
d'un simple appui rythmique.
V. Mode.
i— T-i i : 1 i \ i 1 i
P ■■ ♦♦ «T-* f-M-H^ : ♦» »♦ i< r- : »♦ % , r
a- a,
a- a- a,
a- a- a-
e,
a- a,
e^
■^■ni ♦» SA. TA M A^
a- a- a, a- a- a.
Mêjne exercice, transcription musicale.
r
Rythme Grég. — 23
358
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
473. — d) Strophicus suivis d'un groupe dont la première note
est effleurée, caressée d'un touchement rythmique extrêmement
délicat. Les manuscrits sangaliiens l'expriment souvent par un
c {celeriter\ et les messins, par un groupe ordinaire, accompagné
parfois d'un « {naturaliter). Le groupe entier doit ensuite être
légèrement coulé.
Laon 239
S. Gall
Off. Justus ut palina
••M :
Ju- stus
Fzg. 372
Laon 239
S. Gall
OflF. Inveni
•••\ \t» y
me- a
Fig. 373
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS.
• m
^J■^
Laon239
y
S. Gall
f M
c
c c
1 ." /l
S ♦♦
\
fl_â**A Vi A
I<r. G. Diffusa est
'♦♦
lâ-bi-
is tu- is
^«ir- J7^
Laon239
^••-^
S. Gall
est
c/ f,<J
f
.- j .
Com. Simile
VT"
invén- ta
'
^ï^- J7J
Laon239
• .^
r'"'4-^.i
S. Gall
,. /1 /^
/^„ /JA „
5 " n_ _ 1
M fl *•♦ ** fl. .
Uff. Diffusa est
1 mm
^
fti '* '*p. ■
1
grâ
-ti-
a
Fi
là- bi- is
359
Laon239
S. Gall
Âll. Adducentur
J^ig' 377
Afin de ne pas nous écarter de notre sujet, nous ne faisons pas
ressortir la concordance parfaite qui existe, dans tous ces exem-
ples, entre les manuscrits de Saint-Gall et de Metz ; le lecteur le
remarquera lui-même et restera convaincu de l'uniformité mani-
feste des traditions mélodiques et rythmiques de ces deux grandes
Écoles grégoriennes.
36o
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
Exercice XL.
Strophicus suivis d'une note
effleurée d'un touchement rythmique très délicat.
V. Mode.
V^ni;;^"^^'^"^^^^ ''\k^^
*»^
a- a- a- a- a,
K^
a- a- a, a- a- a- a- a- a- e,
S-w-^.i.;>/ P^ » ^.^. ' T^'Si^
ï
a- a- a- a, a.
Mc)iie exercice, transcription musicale.
':!' }f i^'^^juj ' U U-^tu't^ ta^
^-^xj S-g
l-:"t-j^L; tLj
/
rTj^û-'^JUj'Q-^
!^-^£LJ''f'
474. _ 11 est impossible d'exposer tout au long les diverses
raisons qui nous déterminent à classer telle ou telle mélodie dans
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS. 361
l'une ou l'autre de ces quatre catégories : il sufVit de dire —
comme on peut le voir d'ailleurs — que ces motifs sont d'abord
d'ordre archéologique, ensuite d'ordre mélodique et rytlwiique, enlin
d'ordre esthétique. Toutes les données pratiques qui peuvent être
suggérées par ces dilïérents points de vue doivent être examinées,
pesées pour un bon classement. Une classification rigoureuse de
tous les cas ne saurait être exigée : il est clair que les catégories
voisines peuvent parfois se compénétrer, c'est au goijt à décider.
Le maître et l'élève, après avoir pris connaissance, à l'aide d'une
bonne notation, des indications pratiques fournies par les anciens
codices, doivent faire appel à l'art, afin de les appliquer avec
toute la science et toute la grâce convenables.
475. — Deuxième cas. — Première note de groupe après stro-
phicus, répercutée à l'aide d'un simple ictus individuel.
Ce cas se présente toutes les fois que Xictus rythmique est
reporté sur la deuxième note du groupe, par suite de la présence
à cette place,
à) Soit d'un pressus,
b) Soit d'un oriscus (cf ci-dessous n^ 477),
r) Soit d'un simple ictus rythmique.
476. — a) Cas de pressus sur la deuxième note du groupe.
Laon 289
S. Gall
■V
^
Iiltr. Sacerdotes tui m- 1* *
{ ; ** Hi,
a- vér- tas
Fig. 37S
Laon 239
••V i
C T
S. Gall " A /
Off. Diffusa est
là- bi- is
Fig- 379
302
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
Laon 239
S. Gall
Intr. Qîtasi modo
^
</
C T
^^
a!Je-lu- ia
Fig. 3S0
Laon 239
S. Gall
I^. G. Sacerdoles ejiis
2 H-«
sa-
Fzg. 381
iutâri
Dans tous ces exemples, la première note de la divis qui suit le
strophicus ne compte dans le rythme que pour une note simple,
distincte, sans ictus rythniiqîie. La nature de la répercussion
exige un ictus individuel, rien de plus; cet ictus est placé au
troisième temps simple d'un temps composé ternaire, comme on le
voit dans la transcription musicale :
+
S-^
^-r
a e
=£^g-^p£
1=:^
p=i— j^
^S^S^E^EÎ
Fig. 382
477. — b) Cas de Voriscus. — Nous anticipons un peu ; cf. le
chapitre suivant :
Laon 239
S. Gall
R7. G. Ecce sac er dos
r ..^
/" /]
Fig. 3S3
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS. 363
478. — c) Cas de l'ictus rythmique simple sur la deuxième note
du groupe.
-1
Laon 289
J *
S. Gall " " " Z^-
I^. G. yuravit
C ♦ 1
a
Fig. 384
Les six apostrophas de la figure précédente sont aussi divisées
en deux, tristrophas ^ w, ou même en une seule série ininter-
rompue ; ce qui prouve bien que toutes étaient repercussae.
-1*
Laon 239
S. Gall
/♦a
/ " A. /r
^. G. Juravit '*"' -^
a
Fis- 3S5
Laon 239 V
S. Gall
Off. yustus ut f aima
Laon 239
S. Gall
" A.
Ftg. 386
/» *
S S J^ " A.
Sal- vum fac
Fig. 3^7
On doit remarquer que le codex de Laon exprime presque
toujours répisème ictique sangallien par le t ou Xa.
364
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
Exercice XLI.
Strophicus suivis d'une note répercutée
avec un simple ictus individuel.
III. Mode.
U^ *^ ^>L ' ^^Pw" ^P. I '*♦ '' '' fl^u.-a^* 1
^
^f*=^
y a 'S
1t=ni^
a- a,
a- a, a- a- a-
»♦ ♦♦
as;
»» H
"ft ^1 — •*Trl »♦ ♦♦ ♦♦ ^
a- a- a.
a- a- a,
{ ♦♦♦»♦♦ w
♦♦ ♦♦ H
ÎF^
a- a- a,
Hr^NiV
a- a- a- a, a- a- a- a.
Même exercice, transcription musicale.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS.
365
ce tXf
^
T
§ 3. — Strophicus précédés et suivis de groupes à l'unisson.
479. — C'est la réunion des deux cas qui viennent d'être
exposés : on devra appliquer les règles qui ont été tracées.
Verceil 186
S. Gall
FÇ-. G. Probasti
Laon239
S. Gall
19. G. Exaltabo te
t
tam JH^^^;
Fig. 388
... A
7" A. .J^
Dô- mine
Fig. 389
ARTICLE 5.
STROPHICUS SUIVIS IMMÉDIATEMENT D'UN QUILISMA.
480. — Strophims suivis immédiatement d'un quilisma (cf. plus
loin chapitre Quilisma).
366
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
jo Tristropha. — Dans ce cas la répercussion est obligatoire sur
la troisième apostropha (II. 446). Exemple.
Verceil 186
S. Galt
OflF. Justus
.„<J>^
i *^ fejET
palma
Fi^. jço
481. — 2° Distropha. — Deux exécutions sont possibles
a) Ictus sur la première apostropha :
Verceil 186
S. Gall
R7. G. Inveni
/
., «-c/
^ m^^^
um e-
um
V) Ictus sur la seconde apostropha
\
fkv^
e- um e- um
Fig. 3Ç2
Il y a de bonnes raisons en faveur de l'une et de l'autre de ces
deux interprétations.
482. — La première peut se justifier ainsi : pratiquement elle
est très simple, et très facile. Les chœurs ordinaires chanteront
probablement tous les strophicus en liant les apostrophas en un son
unique, et ils n'auront qu'à appliquer ici la règle générale. Les
deux seront alors réduites à un seul son, valant un large temps
simple ; ce qui permettra de renfermer les quatre notes {fa^fa, sol,
la) en un seul temps composé ternaire très élargi, c'est ce qu'in-
dique le 1 dans la transcription en musique moderne.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS.
1^7
483. — En faveur de la seconde interprétation, on fait valoir
que, dans beaucoup de manuscrits, la première note est un mi au
lieu d'un/i : (1)
E^
Fig- 393
et que, dès lors, l'indécision tonale de cette note n'autorisait guère
à placer sur elle l'appui ferme réclamé par les sons qui précèdent
le quilisma. La note solide de ce passage serait donc la deuxième
apostropha qui porterait l'ictus.
Cette interprétation aurait aussi l'avantage de soumettre à
une seule règle tous les cas de distrophas et de tristrophas suivies
du quilisma, à savoir :
L'ictus rythmique porte toujours sur Xapostropha qui précède le
quilisma.
Entre ces deux manières, le maître choisira celle qu'il trouvera
plus conforme à son goût, et plus facile pour son chœur.
Exercice XLIL
Strophicus suivis d'un quilisma. (2)
I. Mode.
-H-f|
"M - ■
^
[M:
^^H;^
flr^-^^^^^^-^h
a, a-a,
a,
a- a-
e, a- a-a- e,
-iw^
%^
a-a.
Même exercice^ transcription musicale.
^-^.
(i) Cette sorte de variante a été signalée plus haut (II. 443).
(2) On ne chantera cet exercice qu'après l'étude du chapitre sur le quilisma.
368 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
/
ARTICLE 6.
LES STROPHICUS AU POINT DE VUE ESTHÉTIQUE. LEUR NOTATION.
484. — A peine avons-nous effleuré ce vaste sujet des notae
repercussae, si fréquentes dans la mélopée liturgique : elles se
glissent de mille manières dans la trame mélodique, lui apportent
un élan, une émotion qui se communique à toute la pièce. Ces
mélanges harmonieux de groupes ordinaires et de strophicus sont
parfois si étendus qu'ils remplissent des membres, et même des
phrases entières, qui semblent tirer toute leur beauté de l'effet
des répercussions réitérées des strophicus. Quelques exemples au
hasard :
Off. Deusjirmavit
S /^fi:^
^
or-
bem...
\ ♦M ♦M
qui non
S ■ J» ♦♦ - >♦♦ <3 ■
♦H-
ÏEâ^
pa-rà- ta se- des tu- a.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU STROPHICUS. 369
-»♦ ^ . ♦♦♦3n
Off. Exaltabo te * ■ ■ |^^; | [^
Dômi- ne quô- ni- am.
C «fi — ♦♦♦ — m -^ H-ii
nec de- le- ctâ- sti
-♦♦-n — ♦^
'*♦♦ l%A> A — %-
et sanâ- sti me.
Fi£- 394
La répercussion strophicale, procédé naïf et simple, était sous
ses formes variées, un ornement très goûté des anciens. C'était
un moyen général d'expression dont le compositeur se servait
pour exprimer les divers sentiments qui peuvent se faire jour
dans la prière chantée :
Joie et jubilation, comme dans l'Introït Puer natus est; louange,
Off. Benedicite; adoration, Off. Deus Jirmavit ; pxiQXQ humble,
douce, confiante, Intr. Reminiscere.
485. — Le stropJiicus joue donc un très grand rôle dans le
chant grégorien. Il importe non seulement de le conserver, mais
de lui rendre toute sa valeur.
Pour cela, il faut que sa notation soit claire, précise, et que, du
premier coup d'oeil, il se distingue de tout ce qui l'entoure. Les
neumes sans lignes, italiens (nord), allemands, messins, français,
aquitains, etc., ont tous des signes caractéristiques propres à
attirer l'attention du chanteur. La décadence vint vite, il est
vrai, sur ce point comme sur tous les autres, et la confusion
graphique entre les apostrophas et. les autres notes s'établit peu à
peu dans les manuscrits, puis dans les imprimés, au grand détri-
ment de la bonne et saine interprétation.
Cependant, comme la tradition ne se perd jamais complètement,
la distinction graphique des strophicus persévéra en Allemagne
jusque dans les imprimés.
370 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.
En France le Graduel de Lyon^ imprimé en 1738, a encore
conservé dans plusieurs chants un signe distinctif pour X apo-
stropha.
Ainsi il écrit le passage mélodique suivant :
S
IÇ'. G. — ■ — 8i-»4« — fr«— «-
Exal- ta- bo
Fi^- 395
Cependant parfois, dans les cas semblables, il fait usage de
trois notes carrées. Mais avec ce Graduel nous sommes au
XVIII» siècle.
CHAPITRE X.
ÉTUDE DE L'APOSTROPHA-ORISCUS. - SON EXÉCUTION.
486. — La forme graphique de Vortsrus est connue (II. 44) ; il
faut ici définir le caractère mélodique de cette note et son exécution.
ARTICLE 1. - CARACTÈRE MÉLODIQUE DE L'ORISCUS.
§ I. — L'oriscus sur un degré supérieur à la note précédente.
487. — D. Schubiger en parle ainsi : « Oriscus, note gracieuse
qui se fait entendre sur le degré supérieur à^ la note précédente.»(i)
Cette définition de Voriscus semble en contradiction avec ce qui
a été dit ci-dessus (II. 44), où Voriscus est présenté comme une
sorte du apostropha, à l'unisson de la note précédente. D. Schubiger
a cependant raison, et la contradiction est facile à expliquer. Le
savant auteur avait en vue les cas très nombreux oii Voriscus est,
en effet, placé, dans les anciens manuscrits sangalliens, ainsi qu'il
le dit ; mais la notation actuelle n'en fait malheureusement plus
usage dans ces mêmes cas.
488. — Exemples à!oriscus placés un demi-ton au-dessus de la
note précédente :
« J'. 'j -
a) ^. G. Diffusa est... et dcdù-cet te.
±1.
b) Intr. Vocem... US- que.
\ ^ \s^
ir-^
C) IxAt. In medio... im-plé- vit...
(i) D. Schubiger. Die Sàngerschule von St-Gallen, p. 8.
372
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE X,
d) Trait. Vlll« mode.
e) Ant. Vidi aquam.
f) I^. G. Ad Dominum...
g) Off. Inveni David..
h) ^. G. Juravit..
i) Intr. In virtute..
j) Intr. Resurrexi
. . J^
y. Exspe- cté- tur sic-ut..
etCt etc.
Fig. 3q6
.J^
n s»^-*-^
et omnes ad quos.
bJ ^\
^
H- be- ra..
jxsA-j .
v^
et brà- chi- um.
r-tt^y.
^^ m É
y. Dixit Dô- minus.
c
/I.
^=^g
et su- per...
h ■-
c
. ^f^"
mi- râ- bi-lis...
ÉTUDE DE L'APOSTROPHA-ORISCUS. — SON EXÉCUTION. 373
489. — Exemples d'onscus placés un ton au-dessus de la note
précédente :
J-i-
a) Intr. Loquebar...
g^
b) Com. Dicite pusillanimes...
re- gum..
.aJ^
HÏ^
ec-ce.
c) Intr. Dum {cum) clamarem...
d) Off. Sicut in holocausto.,
.c^>-
^^^^^
hu- mi- li- à- vit.
5np
tau- rô- rum.
Fig. 397
490. — Il ressort de cette première constatation que Xoriscus est
d) Une note élevée, finale de groupe ; et, pour compléter l'asser-
sion de D. Schubiger, il faut dire qu'en général, X'oriscus est plus
élevé que les deux notes qui l'avoisinent immédiatement, avant
et après ;
b) Une note légère de transition, intimement liée au groupe
précédent ; il serait plus exact peut-être de dire que Xoriscus fait
partie intégrante du groupe qui le précède, (i)
La connaissance de ce double caractère va nous aider à nous
rendre compte de la nature et de l'interprétation de Xoriscus placé
à l'unisson de la note finale du groupe précédent. (2)
(i) Le manuscrit de Laon 239, dans ces mêmes exemples di'oriscus ascen-
dants, donne à cette note un signe spécial qui ressemble à un très petit
porrectus sangallien dont la troisième branche serait ondulante.
(2) \Joriscus ne se trouvant jamais seul sur une syllabe dans les éditions
modernes, il n'en sera pas question ici.
Rythme Grég. — 24
374
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE X.
§ 2. — L'oriscus à l'unisson de la note précédente.
491. — C'est le cas ordinaire dans la notation actuellement en
usage.
Tous les degrés de l'échelle sont bons pour Voriscus, mais il
préfère s'installer sur la corde au-dessus du demi-ton, c'est-à-dire
sur j^ ou do.
A. — Oriscus ^nr fa ou do.
a) Com. Ecce Dominus
k
-rfW
il-la
b) I^. G. Tollitt.
/l.c/
s— ^
ve-stras
c) Trait. Domine avdivi...
/\^ A
i^g-J— -if»
-■flMl-
umbrô- so
B. — Oriscus sur sol, la, ré.
a) Off. Conforiamini..
y.c/1
-rtr
iftr
b) R7. G. £* Sion.
véni- et
c; Com. Dicite.
V
confortâmi-ni
Fig. 398
ÉTUDE DE L'APOSTROPHA-ORISCUS. — SON EXÉCUTION. 375
Uorisais se rencontre très rarement sur le si ou sur le ;;//.
492. — Le double caractère de Yoriscus se retrouve dans les
exemples précédents :
Note de transition, — Voriscns l'est bien certainement ; car il es^
apposé à la fm d'un groupe et il conduit immédiatement, soit à
un groupe, soit à une syllabe.
493. — /Vote élevée, — bien que ce caractère n'apparaisse pas
tout d'abord, à cause de l'unisson, l'étude des manuscrits révèle
qu'un léger fléchissement de la voix sur la note précédant Yoriscus,
mettait celui-ci dans un demi-relief mélodique, suffisant pour lui
conserver son caractère.
Les manuscrits neumatiques indiquent cette nuance à leur
manière :
au lieu de Yoriscus,
A,J^
-IW
ils emploient la virga :
c/i/ yi
/!/ y
M
^i^- 399
La transcription toute naturelle de cette dernière équivalence
demande le jz ou le mi avant Yoriscus, et de fait, de nombreux
manuscrits de toute provenance donnent cette version.
494. — Cependant il est curieux de remarquer que, dans
l'Antiphonaire digrapte de Montpellier, les deux dernières notes
des neumes J\l tt /\l sont traduites à l'unisson.
Sur ce point, il y a de nombreuses variantes dans les manuscrits
neumatiques et dans les manuscrits sur lignes.
495- — Quelle en est la cause .^
Celle que nous avons signalée plus haut (IL 444) à propos des
apostrophas : indécision tonale dans l'émission d'une note ; difficulté
pour l'auditeur et pour le notateur de la saisir et, par suite, de
l'écrire avec sûreté. Cette indécision se produisait non sur
Yoriscus qui, lui, restait stable, mais sur la note immédiatement
précédente, dernière du groupe. Selon l'interprétation du notateur,
576
DEUXIÈME PARTIE.
CHAPITRE X.
cette note était ou bien fa-do, et alors Yorisais était écrit à l'unis-
son (Fig. 400 A) ou bien mi-si, (Fig. 400 B, C) et aussitôt Voriscus
se trouvait au degré supérieur :
S Il "^^A II
Ak
■^'a
r£
1 ^^A n
H
^ k
^ A
-
F -^-
i
^ A
C
Aj
"^A
Fig. 400
496. — En réalité, dans le chant in campo aperto en neumes, la
note avant Voriscus ne devait être nettement ni fa-do (Fig. 400 A),
ni mi-si (Fig. 400 B, C), mais une gracieuse ondulation de la voix
qui fléchissait le ton, sans qu'il ait été possible d'en fixer la place
sur l'inflexible échelle diatonique.
La contradiction signalée entre les deux notations, neumatique
et alphabétique, du codex de Montpellier n'est-elle pas un indice
de cette indécision tonale }
ARTICLE 2. - EXÉCUTION DE L'ORISCUS.
§ I. — L'oriscus et le groupe qui le précède.
497. — Les auteurs ne nous apprennent rien sur ce point, c'est
encore aux monuments directs, aux manuscrits qu'il faut s'adresser
pour en tirer quelques enseignements.
498. — Le groupe neumatique avant l'oriscus — Les lettres et
les signes rythmiques des manuscrits sangalliens nous font
savoir que ce groupe est toujours bref, léger. Ce fait peut être
constaté sur les exemples précédents (Fig. 396), surtout aux lignes
i ety où la clivis est surmontée du <: = celeriter. Cette interpréta-
tion vaut tant pour les groupes avec oriscus distincts que pour les
groupes avec oriscus à l'unisson. Cette nuance d'exécution est
aujourd'hui tout à fait impossible à réaliser dans le premier de
ÉTUDE DE L'APOSTROPHA-ORISCUS. — SON EXÉCUTION. 377
ces deux cas ; car la notation actuelle supprime Voriscus, ou le
remplace par une note ordinaire.
499. — Valeur et importance rythmique de l'oriscus. — Quant à
Vorisais lui-même, il n'avait pas une valeur bien spéciale; on
l'infère avec certitude de ce que la simple virga remplace assez
fréquemment cette note, même dans les documents sangalliens.
C'était donc, non un signe d'ornement, mais une note ordinaire,
très légère, avec effet rétroactif d'accélération modérée sur le
groupe précédent. Son remplacement par la virga n'était pas, à
cette époque, aussi préjudiciable qu'il l'est aujourd'hui; car
l'absence de toute nuance d'allongement, ou même l'adjonction
positive du ^ == celeriter sur le groupe précédent, permettait d'en
maintenir la véritable exécution. Et même, si tout cela venait à
manquer, l'enseignement oral traditionnel suppléait là, comme en
cent passages, à l'insuffisance de la notation. Les transcriptions
guidonniennes tiennent rarement compte de ce signe, sauf en
Allemagne, la terre classique de la bonne notation. Sa perte
n'enlève rien d'essentiel, il est vrai, ni à la mélodie, ni au rythme;
elle n'est pas cependant sans inconvénient pour la pratique. Et
c'est encore là, l'une de ces mille traces de la décadence, l'une de
ces fissures sans nombre, qui, pendant le cours des siècles, lais-
sèrent s'échapper du vase grégorien les parfums exquis d'art et
de beauté que l'antiquité avait su y renfermer. Le signe de
Voriscus avertissait le chantre de l'extrême douceur et légèreté
de cette note ; ce que ne peuvent plus faire les virgas et punctums
ordinaires qui les remplacent aujourd'hui et qui, trop souvent,
sont chantés à l'instar du pressus, avec une force et une lourdeur
bien propres à dénaturer la mélodie. Il avertissait en outre d'en
préparer l'émission par une délicate exécution du neume précé-
dent, ce que la notation carrée ne peut plus indiquer. Le rétablis-
sement de ce signe sera donc la résurrection de ces nuances :
aussi l'emploierons-nous désormais dans toutes les éditions d'ori-
gine solesmienne ; car tout ce qui peut aider le chantre et le
conduire à une intelligence plus intime, à une pratique plus
parfaite du rythme et de la mélodie jusque dans leurs détails les
plus fins, tout ce qui peut prouver à nos contemporains que la
musique de l'Église romaine était, dans sa pureté primitive, un
Z7^
DEUXIÈME PARTIE.
CHAPITRE X.
art véritable, doit être recueilli avec respect, avec reconnaissance,
et rétabli avec le plus grand soin.
500. — L'exécution de Voriscus distinct fFig. 396, 397; ne
présente aucune difficulté, dès qu'il est noté. Lorsqu'une note
ordinaire lui est substituée, aucun moyen n'existe aujourd'hui de
le distinguer des autres notes ordinaires au milieu desquelles il
est confondu : c'est une délicatesse d'expression à laquelle il faut
renoncer dans l'Édition Vaticane.
501. — L'exécution de Vo7'iscus à F unisson soulève une question :
Faut-il infléchir la note qui précède Voriscus ? ^
Cette interprétation se rapprocherait de la plus ancienne tra- j
dition, mais les artistes et les solistes seuls peuvent se la per-
mettre. Pour les chœurs, il sera plus sûr et plus facile de s'en
tenir à ce qui est écrit, c'est-à-dire à runisson. Les deux notes
bien liées, bien fondues ne formeront qu'une seule note longue,
qui devra, par sa douceur et sa faiblesse, se distinguer de la note
également longue, mais plus ferme, plus forte du pressus, avec
lequel on ne doit pas confondre Voriscus. On n'oubliera pas non
plus la légèreté du groupe précédent.
%2. — Place de l'ictus rythmique autour de roriscus.
502. — Règle générale. — \Joriscus ne porte jamais d'ictus
rythmique, parce qu'il est toujours suivi ou précédé d'ictus qui
ne permettent pas de touchement sur ce signe.
503. — Place de V ictus après Voriscus. — 1° Cet ictus se pose
presque toujours sur la note qui suit immédiatement Voriscus :
g-Av
^f^
um-brô- so
-fcs
impie- vit
Fig. 40 j
D S MN,
tau-ro- rum
ÉTUDE DE L'APOSTROPHA-ORISCUS. — SON EXf.CUTION 379
504. — 2° Rarement il s'appuie sur la seconde note après
Voriseus :
Ce fait se présente en deux circonstances :
rt) Lorsque \oriscus est suivi d'un salicus, car ce dernier groupe
reçoit son ictus sur la seconde note :
t^
■<l ■
"?'. Ail. Adorabo... tU- um
Fi};. 402
b) Lorsque, dans un motif musical, spondaïque de texte, s'inter-
cale, après Xoriscus, une note survenante pour une syllabe pénul-
tième brève :
spondaïque
A
B
S — /— i-
Tr. De profundis...
dactylique
y. Fi- ant
S — /°^
Tr. Beatus vir. . .
J. Glô- ri- a
Fig. 403
505. — Place de l'ictus avant Voriscus. — Cette place, découle
de ce qui vient d'être dit; elle se trouve sur l'une des deux notes
avant ce signe ; la forme mélodique détermine le choix entre ces
deux notes.
506. — 1° La place de l'ictus est sur la note la plus voisine de
Voriscus :
a) Toutes les fois que cette note et Voriscus sont fusionnés
!ll. Fig. 398). A cette règle il n'y a pas d'exception.
d) Et aussi dans certaines formes mélodiques où Voriscus est
plus élevé que la note précédente :
^±^J-^^,^
impie- vit tau-rô- rum
Fig. 404
(cf. Fig. 396, et Fig. 397 presque toutes les lignes).
38o
DEUXIÈME PARTIE.
CHAPITRE X.
507. — 2° L'ictus rythmique se place sur la seconde note avant
Voriscus distinct, dans d'autres formes mélodiques dont voici deux
exemples :
Vh^
■f
^^
us- que su- per
Fig. 405
(cf. aussi Fig. 396 lignes a, b, g, h, i,j).
508. — Remarque. — Il va sans dire qu'on pourrait, et quel-
quefois qu'on devrait, suivre cette seconde règle (II. 507) si, au
lieu de fusionner Voriscus, comme dans les exemples de ce genre,
(Fig. 406, A), on le faisait entendre distinctement (Fig. 406, B), con-
formément aux équivalences signalées plus haut : (i)
c
c
S-^
t^^
Fig. 406
Ce déplacement de l'ictus rythmique aurait lieu principalement
(1) Il y a des cas où l'abaissement de la note qui précède Voriscus rend la
mélodie plus gracieuse. Depuis quelques années nous nous sommes permis à
Solesmes un essai. Dans l'introït Gaudeamus, au lieu de chanter la phrase
diem festum comme elle est notée au Liber Gradualis (Fig. 407, A), nous
l'exécutons selon la notation B de la même figure :
\ .
di- em festum ce-le-brântes
di- em festum ce-le-brâutes
Fig. 407
Cette manière d'interpréter la clivis-oriscus a été trouvée si jolie que nous
l'avons gardée en dépit de la notation. Probablement les délicats, les habiles
ne chanteront sur la seconde note de la cJivis ni un fa, ni un mi, mais quelque
chose d'intermédiaire entre ces deux sons.
ÉTUDE DE L'APOSTROPHA-OKISCUS. — SON EXÉCUTION. 38 1
lorsque la clivis cum orisco se transforme en porrectus, comme
ci-dessus. Le touchement rythmique ainsi reculé sur la première
note du porrectus devrait être très délicat à cause du r = celeriier
qui le couronne.
509. — Il n'y a qu'un seul cas où l'on serait tenté d'adjuger
un ictus à Voriscus lui-même; c'est lorsque l'on compte quatre
notes entre les deux ictus qui l'entourent. Ce fait est produit,
d'ordinaire, par l'intercalation d'une syllabe pénultième brève
dans un motif mélodique comprenant normalement trois notes
entre ces deux ictus.
Forme normale texte spondaïque
tï^
3 notes
— •r
OflF. Sperent... Spe- rent
Forme dactylique b
t^
■o— i<-
Tract. Laudate... confirma- ta est
Fig. 408
Conformément aux règles de la rythmique naturelle (I. 43), ces
quatre notes, </<7-«-â53-^c7, devraient être divisées en deux temps
binaires, au moyen d'un ictus qui forcément tomberait ici sur
Voriscus :
fc^
confir-mâ- ta est
Fig. 40g
Cependant cette division peut être légitimement évitée. Il suffit
de se rappeler que le petit groupement de notes, limité par Voriscus,
est toujours léger et doit être chanté avec célérité. C'est donc
bien le cas d'appliquer le principe qui permet de condenser quatre
notes en un seul temps composé ternaire (I. 34 et 44). Grâce à ce
tempérament rythmique, la règle générale, qui écarte de Voriscus
tout appui ictique, s'apphque à tous les cas sans exception.
382
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE X.
Exercice XLIIl.
Oriscus, transition à un groupe mélodique, (i)
a) Oriscus sur iQ/a.
I. Mode.
A»a. f
■ ♦^^ ^
A^
Vb^ ^^^^
Même exercice, transcription musicale.
Vkll^ u-vwt-^
b) Oriscus sur le soi.
IV. Mode.
^^J^ -^*A ^^j^=— '^>^^*^^A ^^
J>^**^:Un ^*y2Sn i^^^^
i>V
*^^ a ' '*^
(i) Les cas d'orùcus servant de transition à une syllabe du texte sont ren-
voyés à la troisième partie de ce Traité.
ÉTUDE DE L'APOSTROPHA-ORISCUS. — SON EXf-CUTION. 383
Même exercice, transcription musicale.
t) Oriscus sur le do et sur le la.
V. Mode.
^.
^^^^^^^^^^^^
iM^V
S-^%^.^ a^^^vT^^^^^^w^
a a- a.
a- a, a- a,
Même exercice, transcription musicale.
384 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE X.
CHAPITRE XL
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU SALICUS.
510. — On a vu plus haut (II. 45) que le salicus est un groupe
ascendant de trois, quatre ou cinq notes. On sait aussi qu'il a
deux formes :
Là première, dans laquelle toutes les notes sont ascendantes :
/ / /
V
■ 7
HÉi-i-
Fig. 410
La deuxième, où les deux premières notes sont à l'unisson :
/ /
■■
■■
Fig. 411
Cette forme unissonique est particulière au salicus de trois
notes. Il convient de fixer l'interprétation de ces deux formes.
ARTICLE 1.
EXÉCUTION DE LA PREMIÈRE FORME DU SALICUS.
511. — Les auteurs ne nous disent rien de l'interprétation de
ce groupe, elle doit être demandée aux manuscrits. La réponse
qu'ils nous donnent permet d'adopter l'exécution suivante.
Ainsi que l'insinue le nom même de salicus, — salire, sauter —
la voix, après avoir effleuré la première note, rebondit de suite
sur la deuxième, celle qui est figurée par un signe particulier ;
elle s'y appuie comme sur un pressus, mais moins longtemps et
moins fortement. C'est donc sur la deuxième note de ce groupe
386 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XI.
que doit se placer l'ictus rythmique. Et, comme cet ictus est un
peu prolongé, il sera marqué du trait romanien ou épisème
horizontal
Fig. 412
ou simplement de l'épisème vertical.
■ 1
Dans les deux exemples l'ictus rythmique se pose sur la note
salicus.
512. — Les faits sur lesquels s'appuie cette interprétation sont
les suivants :
1° Équivalences neumatiques dans les manuscrits sangalliens;
2° Lettres romaniennes ;
30 Emploi, dans les manuscrits messins, Laon, Verceil, Milan,
d'un signe unique pour le pressus et le salicus ;
4° Équivalences dans le manuscrit de Laon ;
50 Adaptation du texte au salicus.
Reprenons très brièvement chacun de ces faits.
513. — 1° Équivalences neumatiques dans les manuscrits de
Saint- G ail.
Les deux notes supérieures sont remplacées soit par le pes
quadratus J, soit par le pes quassus t/.
'^ = V = <y — ■-* —
/ / /
Ftj^: 414
On se rappelle que le pes quadratus et surtout le pes quassus
exigent l'un et l'autre un appui sur la première note, et que, dans
le pes quassus, cet appui va parfois usqu'à doubler la note
(II. 72, 71).
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU SALICUS. 387
514. — Le salicus de quatre notes présente les mêmes équi-
valences :
^^^ "^
Fig- 415
515. — Par ailleurs l'équivalence suivante, très rare il est vrai,
-fUuL
fâci- as nos
in voce tu- bae
Fig. 416
semble indiquer que, dans certains cas, il ne devait pas y avoir
en pratique une différence bien sensible entre ces deux notations :
une nuance, un appui plus marqué, plus /^-^i-j-/ sans doute dans le
cas de salicus, mais rien de plus.
516. — Le remplacement du salicus n par le simple scandicus •
est si rare dans les codices de Saint- Gall, qu'il est à peine utile
de le mentionner : on le rencontre deux ou trois fois sur des
centaines d'exemples. Il faut l'attribuer, à une distraction de
copiste. Les codices sont d'une admirable fidélité dans l'emploi du
salicus, on sent que les notateurs y attachaient de. l'importance.
517. — 2° Lettres rovianiennes. — Il ne faut pas s'attendre à
trouver de nombreuses lettres sur un signe qui, pour les anciens,
avait par lui-même une signification fort claire d'appui et de
longueur. Mais, du moins, est-il nécessaire que les lettres employées
soient une confirmation de cette valeur rythmique. En fait, il en
est ainsi.
/ V V -V -^v N V
123 4 56
Fig. 417
Le / = teiiete — est bien connu, il est significatif.
Le/ employé assez rarement dans les manuscrits romaniens,
l'est plus souvent dans le Bamberg lit. 6. Notker le caractérise
ainsi : Ut cum fragore seu frendore feriatur efflagitat, et le
388
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XI.
manuscrit 371 de Saint-Thomas de Leipzig : « Ut cum fragore
feriatur (IL 92).
5 1 8. — Presque jamais les manuscrits de Saint-Gall ne font
usage du <: (celeriter) sur la note du salkus ; du moins nous ne
l'avons pas encore trouvée à cette place, sauf dans quelques très
rares exemples de Hartker.
Les manuscrits messins vont confirmer la force et la longueur
du salicus.
519- — 3° Pressus et salicus figurés par un signe identique dans
les inanuscrits d'écriture messine.
ht pressus messin aifecte la forme que l'on peut voir ci-dessous
aux figures 418 et 419. Ce signe s'appose à la note qu'il doit
allonger, de deux manières :
Ou bien il y est adhérent :
Laon239
t
Hc
clivis oTàmdiirt, pressus et
punctum.
Fig. 418
Ou bien il en est détaché
Laoa239
J)
Pes subbipunctis, pressus
ot punctum long.
k±
îSv
Fig. 41g
520. — Or le même signe sert de note centrale au salicus dans
la notation messine, avec cette différence qu'il est là, seul, c'est-à-
dire sans être apposé graphiquement à une autre note.
/
Fig. 420
Il y a bien quelques nuances d'écriture entre manuscrits, ou
dans le même codex, mais il est inutile d'entrer ici dans ces détails.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU SALICUS. 389
Cet emploi du même signe pour le pressas et le salicus serait
décisif en faveur de la force et de la longueur de cette derniOre
note, si, dans cette même notation. Von sa/s, léger par nature,
n'était figuré par un signe semblable. On dirait que l'Ecole de
Metz se serait servi de ce signe unique, pour représenter les trois
neumes dérivés de \ apostropha — pressus, oriscus, salicus — con-
trairement à Saint-Gall, qui donne à chacun d'eux trois formes
bien distinctes.
521. — Quoiqu'il en soit de cette identité des signes, il semble
que le notateur messin, afin de prévenir l'identité d'exécution
entre le pressus et le salicus, ait pris ses précautions ; très souvent
le manuscrit de Laon ajoute, à la note salicus, un ^ = celeriter,
qui a pour but de diminuer la longueur du signe, et de le réduire
à la juste valeur qui convient au salicus.
Laon 239
\
C /
S. GaU
OfF. Laetentur
/
3
Lae- tentur
Fig. 421
On ne s'étonnera pas de trouver la lettre c sur une figure
neumatique, longue de signification ; car les manuscrits sangal-
liens font sans cesse usage de cette lettre sur \q, pressus lui-même,
lorsque celui-ci doit être exécuté légèrement.
522. — 40 Les équivalences dans le manuscrit de Laon. — Les
manuscrits de Saint-Gall sont d'une constance et d'une fidélité
extraordinaires dans l'emploi du salicus; là encore, ils sont les
maîtres et les modèles.
Les manuscrits d'écriture messine sont moins fidèles ; ils ont
sur ce point des oublis et des négligences qui sentent la déca-
dence r parfois, ils- abandonnent le salicus qui se transforme en
simple scandicus. Toutefois, ces erreurs ne sont pas irréparables.
523. — D'abord la seule comparaison avec les documents de
Saint-Gall nous donnerait le droit de ramener au salicus tous les
Rythme Grég. — 25
390 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XI.
scandicus messins qui, s'écartant de la tradition, étaient primiti-
vement des salicus ; il y a mieux encore.
La comparaison des mêmes passages mélodiques dans les
manuscrits messins — ou même dans un seul manuscrit, celui
de Laon par exemple, — nous met à même de constater que ces
écarts sont le fait de copistes inattentifs; car, pour le même
neume, dans la même mélodie, ils emploient tantôt le salicus,
tantôt le scandicus, là oii Saint-Gall n'emploie que le premier de
ces groupes. Nous sommes donc en droit de rétablir partout des
salicîis.
524. — Mais voici qui est plus important; cette restitution
n'est pas toujours nécessaire ; car les scandicus erronés de Laon
sont parfois ramenés à la valeur du salicus original, au moyen de
la forme spéciale donnée au groupe, et, surtout, au moyen de la
lettre significative a (augete), accolée à la note centrale :
/ /
Fig. 422
ce qui constitue une véritable équivalence et confirme, encore
une fois, l'appui et la longueur de la note centrale :
Exemples :
Laon 239
«
i_
s./
r
S. Gall
1
Off. Deus firmavit
il
~~l!^i —
■i ■
Laon 239
/
tu es
Fig. 423
S. Gall
./
Off. Tui sunt
L
:^r^
tu fun- dâsti
Fig. 424
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU SALICUS. 39I
/
Laon 2:^1)
/
Einsied. 121 A / /> /l/I
19. G. iP'/v/»*? est Dont i II us Ç ^[8 "* %^"
0-mnis ca-ro
525. — Il semble que les manuscrits sangalliens usent du
même procédé que Laon, lorsqu'ils ont oublié le salicus : voici un
dernier exemple d'équivalences intéressantes :
Turin G. V. 20
MoDza G. 12/75
Les mss. Sang, et Einsied. 121
/
Bamberg lit. 6 /
/
Laon 239 A^
Intr. Circumdederunt
^
m-vo- ca- VI
Fig. 426
Turin et Monza ont le salicus ; les Saint-Gall et Einsiedeln ont,
comme précédemment le manuscrit de Laon, deux punctuvis longs
et la note centrale marquée du / (tenete). Laon également a deux
punctunis longs avec \a (augete) ; enfin Bamberg a trois virgas
successives, celle du milieu est marquée de l'épisème romanien,
signe d'appui et de longueur. Ces quatre manières de noter sont
tout-à-fait équivalentes, et prouvent qu'on ne doit pas chercher
autre chose dans le salicus que l'appui et la longueur relative
recommandée dans la règle d'interprétation.
520. — 50 Adaptation de texte aie salicus. Diérèse du salicus.
392
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XL
Les règles de composition grégorienne relatives au salicus
confirment les conclusions précédentes.
On entend par diérèse la division et la distribution sur plusieurs
syllabes d'un groupe neumatique chanté ordinairement sur une
seule (cf. Paléographie Musicale, tome III, p. 73),
Lorsque le nombre des syllabes le demande, le compositeur
fait usage de la diérèse du salicus : il place une syllabe sur la
deuxième note, qui devient alors tête de groupe et reçoit l'ictus
rythmique. Rien n'est changé dans le rythme par le fait de cette
coupure ; dans les deux cas, l'ictus porte sur la même note.
Exemples :
Trait. viil« Mode.
diérèse
/? m
« S
ik ■ - -Wi
IVï
fL.i ■ ■ ■'
/
ge-
/y
ne-
râ- ti- 0 re-
ctôrum...
et
in
ju-
mân-
sti- ti- a
{datis)
ejus...
! - ■/
b 2
7
in cor-
nu
in lo-co û-
beri...
. 7
vi- ne-
a
. . 7
ad-jù-
tor
et
. 7
et ex-
al-
ta- bo
eum
7
nos au-
tem
7
qui hâ-
bi-
tat
etc., etc.
Fig. 427
On remarquera, dans l'exemple ci-dessus, l'emploi dû pes qua-
dratus ou du pes quassus à la place du salicus : la première note
de ces deux podatus est forte et longue.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU SALICUS.
393
527. — Autres exemples de diérèse, mais avec le podatus
ordinaire.
19 G. ve Mode
diérèse
Fig. 428
5-
i -_
IÇ. G. ve Mode
■ —
— ■ —
J». - -n.
■ ■
Al-
tis- si- mi
in
priD-
ci- pi- bus
é-
ri-gens paû- pe- rem
- J
diérèse
S-
il
- .>
— ■
■ ■
<
et di-
xit mi- hi
semper
m
me ma- net
be- ne-
di- ce- tur
Fi£. 42g
Type IÇ'. G. Justus
f
_
!■ ■
.n*.«
_
.ri
■ - . , , -
in
ô-
/
mni-
bus
vi- is
<
et
/
pro
ut sal-
vos
fà-
cias
/
par-
ce
394
DEUXIEME PARTIE.
diérèse
CHAPITRE XL
- J
f
^
^ .
.
■ l**"
1 ■
■ ■
prin- ci-
pâ-
tus
U
in cu-
bi-
li-bus
■- J
us-que
ad
sum-
muni
- J
' pro- cé-
dens
de thâ-
la-mo
etc., etc.
528. — Tout ce qui a été dit du salicus de trois notes s'applique
au salicus de quatre ou cinq notes : c'est-à-dire que la note salicus
est marquée d'un ictus rj^thmique un tant soit peu allongé.
ARTICLE 2.
V ÏNTERPRÉTATION DU SALICUS DEUXIÈME FORME, A L'UNISSON.
529. — Quelle est son interprétation?
Il y a deux interprétations possibles :
a) Traiter ce salicus comme le précédent : première note légère,
deuxième note répercutée, plus forte que la première. L'ictus
resterait sur cette deuxième note.
\
if-if
b) Ou bien réunir les deux premières notes en une seule à
l'instar du pressus.
^
t3-.3
ip
Fig- 432
Dans ce cas, la première note reçoit l'ictus rythmique, mais
il faut l'attaquer doucement : cela permettra un renforcement
facile de la note centrale, qui reste toujours la principale.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU SALICUS.
395
A la vérité, il y a des raisons également bonnes pour l'une ou
l'autre de ces interprétations. Pratiquement, nous adoptons la
seconde comme plus facile. Libre à ceux qui voudront la première,
de la choisir.
Exercice XLIV.
Sur les deux formes des salicus.
I. Mode.
■: , t ,^— .K^ty
'H»r« »
z%p^
Même exercice^ transcription musicale.
^^
r'^i Y-^^LfTr ^--e
^L u^ I .,1, o,,^ U-i^
CHAPITRE Xn.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU QUILISMA.
530. — On connaît la forme du q-uilisma (II. 49). Il reste a
parler de sa place sur l'échelle musicale, des notes qui l'entourent
et de son interprétation,
ARTICLE 1.
PLACE DU QUILISMA DANS L'ÉCHELLE MUSICALE.
531. — On se rappelle que le quilisma est toujours, dans notre
notation actuelle, précédé d'une note otj d'un groupe, (i)
Il se trouve entre deux notes distantes
a) D'une tierce mineure,
Un demi-ton après le quilisma.
H:
f^^ Il '^""H
Fi g. 433
(i) Les manuscrits neumatiques présentent des exceptions à cette règle.
Dans l'antiphonaire du bienheureux Hartker on trouve quelquefois le signe
du quilisma sur une syllabe sans note, ni groupe de préparation (Fig. 434 A).
rAnt. O Oriens r /^ p
et O Clavis... l^mbra mor-tis ^ / c/ / - ac/
iJ . ^ ■ ^ I
O Rex géntium... for- mâ-sti ■ *> ^"'"l
/ Este mi-hi m De- um
ac/ - ^-^
O Gâbrihel... vo-câ- bi- tur
Fig- 434
Sur douze antiennes O, il n'y a que ces quatre se terminant ainsi. C'est bien
le signe du quilisma; mais quelle est sa signification ici? D'autre fois, il s'agit
certainement d'un vrai quilisma; en voici un exemple (Fig. 434 B). Mais
l'élision, dans ce cas, explique la place du quilisma au début du groupe. En
réalité, il n'y a pas exception à la règle C'est encore une notation à laquelle
on devrait revenir.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU QUILISMA.
Un demi-ton avant le quilisma.
397
Fig- 435
h) D'une tierce majeure.
-r
li J ,
J
1 ■■É « j^
j
^
X
ê
■T i "f^
■ .
abc de
Fig. 436
f etc.
f) D'une quarte ; cas beaucoup plus rare : le quilisma se trouve
toujours à la tierce, majeure ou mineure, de la première note.
Off.
Ad te levavi
^. G.
Sciant getites
IV. G.
'- Miserere mei De us.,
quoniam ifi te confiait.
d ^ G-
Tribulationes
Off.
Sicut in holocaustis
f IV- G.
Ciislodi me
< - a»:
irri- de-ant
ife
Vi*
sti-
pulatn
t^^'^
opprô- bri- um
necessitâtibus me- is
^- =
et sic- ut
^
m^^
oculi tu- i
^^i?"- 437
Le quilisma entre deux notes distantes d'une quinte n'existe pas
39^ DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XII.
ARTICLE 2.
DE L'INTERPRÉTATION DU QUILISMA.
532. — Les renseignements sur ce point ne peuvent nous être
fournis que
a) Par les sources byzantines^,
à) Par les auteurs latins,
c) Ou enfin par les manuscrits.
§ I. — Le quilisma byzantin.
533- — L'origine grecque de cette expression est évidente; son
étymologie ne nous dit rien de bien précis : zvhaij.cc, action de
rouler. vSa signification musicale est discutée. Deux opinions sont
en présence.
L'a première enseigne que le quilisma bj^zantin n'est pas une
note réelle, mais un signe aphone, muet. Il est du nombre des
grands signes qui se rapportent à la chironomie, non à la voix,
et sont les indices de la mesure et non du chant. { i )
Le quilisma grégorien, lui, est bien certainement une note
réelle, une note chantée de la mélodie ; si donc le quilisma byzantin
est ce qu'affirme cette première opinion, il n'y a aucune parité
de signification à établir entre le signe oriental et le signe
occidental.
La deuxième opinion (2) veut que le quilisma byzantin soit le
signe, non pas seulement d'une note, mais de toute une série de
notes, de tout un mélisme dont il ne serait qu'un abrégé sténo-
graphique. Rien non plus dans cette opinion, qu'elle soit fondée
ou non, qui puisse nous renseigner sur la valeur du quilisma
occidental qui vaut une note, pas davantage.
Il faut donc renoncer, jusqu'à nouvelles découvertes, à des
indications pratiques de ce côté, et se tourner vers les manuscrits
et les auteurs latins.
(i) J.-B. Rebours. Traité de Psaltiqtie, p. li.
(2) Franck Choisy, VHynme du Paléologiie et la Musique Byzantine.
Revue Musicale, 1907, p. 184 et p. 259.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU QUILISMA.
399
Il est utile de commencer cette étude par les codices, qui nous
éclairent non sur le quilisvta lui-même, mais sur les notes qui le
précèdent.
?5 2. — Les manuscrits. Effets rétroactifs du quilisma.
534. — Le quilisma latin a un elTet rétroactif de retard ou
même de prolongement sur la note ou le groupe qui le précèdent.
Cette règle ne souffre aucune exception : les manuscrits de
tous les pays qui ont conservé, en tout ou en partie, les notations
rythmiques, sont unanimes à proclamer cette règle pratique
d'exécution, qui d'une manière, qui d'une autre, (i)
535. — On peut ramener à trois classes principales les nom-
breux procédés employés par les diverses Écoles graphiques
pour figurer le retard des notes avant le quilisma.
1° Emploi des signes rythmiques longs, et des lettres significa-
tives longues dans les documents sangalliens et messins.
cT
Laon239 ^^ /''^ *•
s. Gall
T cet/ T Uc/ /"oc/ I rujj SujJ PujJ'. ixj'. iJjJ
^
. «Ml ,«MI n.j II ^
A^ n'^M^i^v
A B C D E F G
Ces deux Écoles, dont les écritures neumatiques sont si dissem-
blables, se ressemblent entièrement pour l'usage de ces signes, et
c'est par centaines qu'elles les emploient.
536. — 20 Doublement graphique de la note qui précède le
quilisma.
Voici deux manuscrits bien connus : l'un à Monza C 12/75
(Xe siècle), l'autre à Vienne, Bibl. imp. 1845 (XI^ siècle). Ces deux
manuscrits écrivent le plus souvent une double note avant le
(i) Cf. Rassegna Gregoriana, 1906, col. 226 et ss. « La Tradition Rythmique
Grégorienne à propos du Quilisma. >
400 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XII.
quilisma, c'est-à-dire qu'ils répètent la dernière note du groupe
qui se trouve avant le quilisma. Comme point de comparaison, on
met en regard la notation de Saint-Gall.
a) Note doublée après clivis :
Monza /l-tt^l/
S.Gall /\^ Vienne /[ .^
^^^- 439
b) Note doublée après torculus :
Monza f
S.Gall J-"-"^ Vienne J[-^
Ckim. Eue Deus
Fig. 440
Monza, dans cet exemple, ne double pas la note après le tor-
culus, parce que ce codex fait usage du torculus long J".
c) Note doublée après climacus :
Monza /. /.
S-G«" .uJ-.aJ: Vienne ,^, .,^,
Fig. 441
On verra d'autres exemples dans l'article de la Rassegna déjà
cité.
537- — 3° Division du groupe devant le quilisma.
Un autre procédé graphique, pour indiquer le retard des sons
avant le quilisma, est la division ou la séparation graphique de la
dernière note du groupe qui précède le quilisma.
Ainsi dans le manuscrit de Montpellier :
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU QUILISMA. 4OI
a) La clivis ordinaire à deux branches /l devient assez souvent
devant le quilisma :
Fig. 442
b) Le torculus ordinaire J\ devient devant le quilisma
J.aJ
F^g- 443
Les manuscrits italiens, lombards, aquitains, espagnols, font
usage du même procédé. La notation sangallienne le connaît
aussi, du moins pour le podatus : au lieu du podatus J ou J, elle
écrit toujours à&yy^ punctums planums devant un quilisma -
538. — Ces deux derniers procédés — doublement et division
— se rencontrent dans les manuscrits avec plus ou moins d'abon-
dance; avec le temps, ils deviennent de plus en plus rares;
cependant ils restent, longtemps encore, assez fréquents pour
témoigner en faveur de la tradition primitive, exprimée si claire-
ment dans les documents sangalliens et messins. Il n'y a pas à
s'étonner de cet état de choses, ni surtout à en tirer argument
contre la tradition : tout s'explique par la décadence progressive
du chaat grégorien. On voudra bien relire ce qui a été dit
ci-dessus sur l'emploi des signes rythmiques dans les manuscrits
(IL 59-65).
539 — C«s premières indications des manuscrits nous con-
duisent à la conclusion suivante :
Dans l'ensemble mélodique et rythmique formé par le quilisma
et les notes qui le précèdent, le son placé immédiatement devant
ce neume est, au point de vue tant mélodique que rythmique,
plus important que le quilisma lui-même. Celui-ci ne serait en
conséquence qu'une simple note d'ornement,
540. — L histoire du quilisma dans les siècles de pleine déca-
dence confirme entièrement cette donnée.
402 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XII.
Le fait le plus fréquent et le plus significatif à cette époque,
c'est la chute totale du quilisma. Cette perte serait inexplicable,
s'il s'agissait d'une note mélodique fondamentale et prolongée.
Les exemples de ce cas sont très nombreux.
Si la note-qiiilisma est conservée, elle devient note centrale du
groupe dont elle faisait partie, ce qui n'indique pas non plus
qu'elle ait été primitivement forte et longue (cf. Rassegna, 1. c.
col. 243-244).
Avec les manuscrits apparaissent déjà quelques aperçus sur
l'exécution pratique de ce signe mystérieux ; il reste à voir ce
qu'en disent les auteurs latins.
§ 3. — Les auteurs.
541. — On peut diviser les textes des auteurs en deux caté-
gories.
a) Les textes qui se rapportent directement au quilisma, c'est-
à-dire ceux dans lesquels ce terme est expressément employé;
b). Et les textes dans lesquels les commentateurs modernes ont
voulu voir des allusions plus ou moins transparentes au quilisma.
On les lira tous en note ; car nous ne pouvons nous résigner à
entrer dans la discussion de ces textes obscurs qui, en définitive,
ne fournissent que des thèmes à conjectures, (i)
(i) AURÉLIEN DE RÉOMÉ, IX® siècle. — < Versus istarum novissimarum
partium tremulant adclivamque emittunt vocem. » Gerb. Script. I, p. 47^. —
< Antiphonarum quatuor sunt hoc in tono differentiae, (Authentus Protus)
quarum prima haec est : Ant. T7-aiient etiim 7'os, finisque versiculi tremula7n
émit tu vocem. > Gerb. Script. I, p. 44^.
NOTKER, IX«-X*= siècle. — Lettre à Luitpert, explication de la lettre roma-
nienne g. g = ut in gutture gradatim garruletur genuine gratulatur.
Guy d'Arezzo, XI'' siècle. — « De quibus illud est notandum, quod tota
pars compresse et notanda et exprimenda est, syllaba vero compressius.
Ténor vero, id est, mora ultimae vocis, qui in syllaba quantuluscumque est,
amplior in parte, diutissimus vero in distinctione, signum in bis divisionibus
existit. Sicque opus est ut quasi metricis pedibus cantilena plaudatur, et aliae
voces ab aliis morulam duplo longiorem, vel duplo breviorem, aut tremulam
habeant, id est, varium tenorem, quem longum aliquotiens litterae virgula
plana apposita significat : ac summopere, caveatur talis neumaium distributio,
ut..., etc. Gerb. Script. II, p. 14^-1 s""; éd. D. Amelli, p. 35.
Aribon, XI'^ siècle, expliquant le texte précédent de Guy, dit : « Quod
dicit : « aut tremulam habeant » puto intelligendum sic esse. Tremula est
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU QUILISMA. 403
542. — L'expression la moins obscure, sur laquelle il soit
permis de faire quelque fonds pour la pratique, est peut-être
celle-ci, de Bernon : 0; Quilismata quae nos gradaids neunias
dicimus. » Le terme « adcUvam » employé par Aurélien a aussi
le même sens. On peut donc voir dans le quilisma une sorte de
port de voix ascendant. Cette interprétation est plausible ; car elle
est en pleine conformité avec les renseignements des manuscrits.
En elTet tout port de voix ascendant exige le soutien de la note infé-
rieure, sur laquelle on doit asseoir la voix pour la porter plus Jiaut,
doucement et graduellement. Ce soutien est précisément enseigné
par les manuscrits.
Ces maigres indications des écrivains du moyen âge ne satis-
feront peut-être pas tous les lecteurs, aussi ceux qui voudraient
traiter le quilisma comme une note ordinaire, légère, sans port de
voix, sont-ils tout à fait libres. Ils préconiseraient ainsi une exé-
neuma quam gradatum vel quilisma dicimus, quae longitudinem de qua dicit
« duplo longiorem » cum subjecta (plana) virgula dénotât, sine qua brevitatem,
quae intimatur per hoc quod dicit, « vel duplo breviorem » insinuât. » Gerb.
Script. II, p. 215^.
MONACHUS Engolismensis, XP siècle. De Vita Caroli Magni. — \ Omnes
Franciae cantores didicerunt notam Romanam, quam nunc vocant notam
Franciscam, excepto quod tremulas vel vinnolas, sive collisibiles vel secabiles
voces in cantu non poterant perfecte exprimere Franci. » Monum. Germ.
Script. IV, 118; éd. Waitz.
Bernonis Augiensis, Tonarius, 1 1048. — < Saeculorum amen. Ant. Atnen
dico vobis. Hae antiphonae licet a finali incipiant, tamen quia per çuilismata,
quae nos gradatas neumas dicimus, magis gutturis, quam chordarum vel
alicujus instrumenti officio modulantur, potius hujus differentiae sono, quam
principali ipsius authentici promantur modo. » Gerb. Script. II, p. 80^.
Engelbert d'Admont, t 1331. — i. Unisonus vero non est aliqua con-
junctio vocum, quia non habet arsim et thesim, nec per consequens intervallum
vel distantiam, sed est vox tremula, sicut est sonus flatus tubae vel cornu, et
designantur in libris per neumam, quae vocatur j^«//zj;«a. » Gerb. Script. II,
p. 319^
Jean de Mûris, XIV^ siècle. — « Quilisma dicitur curvatio, et continet
notulas très vel plures quandoque ascendens, et iteruni descendens, quandoque
e contrario. » Gerb. Script. III, p. 202^-''.
Walter Odington, XlIP-XIVesiècle.— « Quilisma à:\ci\ ad similitudinem.
Quilos enim grece, et 7nus terra, quasi humida terra a receptione aquarum. >
Couss. Script. I, p. 2I4^
Cf. Les textes cités par le R. P. Vivell, Gregor. Rundschau^ novembre 1905,
p. 162 et ss.
404 DB^UXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XII.
cution plus simple et plus facile, ce qui est à prendre en considé-
ration. Cependant, même dans ce cas, il faudrait toujours main-
tenir, ce qui demeure certain, la longueur des notes avant le
quilisvia.
543. — Nous n'avons rien trouvé dans les manuscrits qui
autorise l'usage d'une sorte de grupetto sur la note qui précède
le qiiilisma.
Après ces préliminaires, il est permis maintenant de passer aux
règles pratiques d'exécution.
ARTICLE 3. - RÈGLES D'EXÉCUTION DU QUILISMA.
544. — Quelques règles générales.
1° La note qui précède immédiatement le quilisma sera tou-
jours un peu appuyée et allongée; elle portera toujours Y ictus
rythmique.
545. — 20 La note-quilisma, toujours légère, ne recevra jamais
Victus rythmique.
546. — 30 Cette même note sera traitée, soit en port de voix,
soit comme une simple note de passage. Elle vaut un temps
simple. Un port de voix lourd, long, lentement traîné, serait
contraire à la notion même de cet ornement vocal, qui demande
une interprétation gracieuse et délicate.
Voici la règle particulière à chaque cas.
547. — A. Une seule note devant le quilisma.
0 .ul/ jjjJ jjjJ
abc
Fig. 444
II n'y a qu'à appliquer à la lettre les trois règles qui précèdent.
Pour signaler l'appui sur le punctuvt on pourrait y ajouter le
trait romanien (Fig. 444 b, c), mais la présence du signe quilisma
suffit pour indiquer cet appui.
548.
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU QUILISMA.
B. Deux notes devant le quilisvta.
405
îî^3z±=^:
1=:
œ
Fig- 445
Les deux notes sont allongées, il s'agit d'un prolongement
approximatif ; car il y avait quelque liberté dans l'interprétation,
ce qui explique les écritures variées des manuscrits.
549. — On a vu que certains codices redoublent la note précé-
dant immédiatement le quilisma : ^
\
Fig. 446
Il faut donc conserver le prolongement et l'ictus rythmique à
cette note (Règle première no 544). Toutefois les monuments
sangalliens n'emploient pas ce redoublement. Ils semblent, au
contraire, dans le cas de la divis par exemple, donner plus
d'importance à la première note ; car ils la surmontent du trait
ou du t romaniens. Il n'est même pas rare de trouver, dans les
cas analogues, le redoublement de la virga devant la divis :
^
//^uJ
■^^
ou ce qui revient au même, l'usage du pressus
, PcJ
s— ^ —
1^^
Fig. 447
550. — Il faut, dans la pratique, ne négliger aucune de ces
précieuses indications. On peut les accorder en marquant d'un
Rythme Grég. — 26
4o6
DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIL
trait romanien (Fig. 445 a) ou même d'un point rythmique
(Fig. 445 b) la première note d'un groupe binaire devant le
qiiilisma. Dans la pratique, il ne faudra pas exagérer la tenue de
cette note.
5 5 1 . j— C. Trois notes devant le quilisma.
SuJ l-"^ l-.aJ
h^w
3:
lîvS:
abc
Fig. 448
Pour l'exécution de ces trois groupes {torculus, porrectus, cli-
macus\ il n'y a qu'à suivre les règles ordinaires : ictus rythmique
sur la première et la troisième notes de chaque groupe ; les trois
notes sont légèrement retardées.
552. — D. Quatre notes et plus devant le quilisma.
y.
Laon 239
S. Gall
A
; .J^
c/.
:Cti5
t^-*^
::<
%^
Fig. 44g
Même observation : suivre les règles ordinaires.
553. — E. Strophicus devant le quilisma.
S. Gall
Oflf. yustui ul palma
c/l
iST
palma...
Fig. 450
Laon239
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU QUILISMA. 407
S. Gall , „ olN
Off. Justitiae Domini • tt ^ \ OU ^ \s^^ \
— -I : — 1 : —
re- ctae re- ctae
Ce cas est assez rare ; il faut cependant une direction pratique :
nous rappelons simplement ce qui a été dit plus haut (II. 480-483).
554, — Premier exemple. Tristropha (Fig. 450). — La notation
neumatique de ce strophicus implique la répercussion au moins
de la dernière stropha marquée d'un épisème : cette stropha sert
de soutien au guilisma, il sera bon de faire cette répercussion. La
tristropha est donc traitée comme un groupe de trois notes, avec
ictus rythmique sur la première et la troisième (II. 480).
^^mM
Fig. 452
555. — Deuxième exemple. Dis trop ha (Fig. 451). — De ces
deux strophas, celle qui précède immédiatement le guilisma est
la plus importante, l'épisème qui la souligne réclame un ictus
rythmique suivant la règle ordinaire (II. 544). L'exécution serait
alors, avec répercussion des trois /« .•
re- ctae
Fig' 453
Si les deux strophicus sont unis dans un seul son, on aura
re- ctae
Fig. 454
ce qui est moins conforme à la notation neumatique, mais un peu
plus facile (II. 481).
408
DEUXIÈME PARTIE, — CHAPITRE XII.
Exercice XLV.
Sur le quilisma.
Une note devant le quilis^na.
J A ^
âV I >8m ->^'^' '~^
^^-LJ\-
a a
l ^
^V Ég^>,^N' V:
a a- e.
Même exercice^ transcription musicale.
tJ '^---tJ-J^^K-llJtJ^
Deux notes devant le quilisma.
"^ >^S^^^^
^
AVlM^^
^^^=^S. fV(N^
ÉTUDE ET EXÉCUTION DU QUILISMA.
Même exercice, transcription musicale.
409
Trois notes devant le quilisma.
ÂJ-'-*^^- ' f^"^' I r^'^'^- ' -"M
-A*^' 1*»^
Y '\ 1%^-
a a.
Même exercice, transcription musicale.
4IO DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XII.
Strophicus devant le quilisma (II. Ex. XLII).
S ii.A- '
A""
-X
-♦n-
1-"^^' s »*<st=^^^X^li;;^
a aa a a a aa
Même exercice, transcription musicale.
a aa e.
Avec cet exercice, se termine notre deuxième Partie. Tout ce
qui concerne le rythme pratique des groupes mélodiques et des
mélismes y a été traité dans le plus grand détail ; et on a essayé
d'y exposer, avec le plus de clarté possible, les secrets du nombre
musical grégorien. Maintenant il faut, d'après le programme tracé
plus haut (I. 22-25), étudier ces mêmes groupes dans leurs rap-
ports avec les textes liturgiques qui presque toujours les accom-
pagnent. Ce sera l'objet de notre troisième Partie.
APPENDICE.
(Il- 277)
RÈGLE GÉNÉRALE D'EXÉCUTION POUR TOUS LES GROUPES.
LEGATO. VOCALISATION LIÉE.
5 56. — Le style grégorien est avant tout un style lié; les groupes
les plus simples, dès les premiers exercices, doivent porter ce cachet.
La liaison la plus intime doit exister entre les notes d'un même
groupe. Les longs groupes eux-mêmes, avec subdivisions ryth-
miques, ne font point exception à cette loi. Le chantre doit en
émettre toutes les notes très distinctement, mais avec un legato
parfait et, qu'on nous permette l'expression, comme d'un seul
coup d'archet.
557. — La valeur intensive des groupes est très variable. Le
même groupe peut être conduit crescendo ou decrescendo^ selon sa
place dans la phrase mélodique et son contact avec les mots. En
principe, dans l'étude du groupe isolé, le crescendo est la loi
ordinaire pour le dessin mélodique ascendant, le decrescendo, au
contraire, pour le dessin descendant. Mais quelle que soit la
marche mélodique ou dynamique, la liaison des notes doit toujours
demeurer parfaite, et la dynamie elle-même, bien entendue, ne
peut qu'aider au legato.
558. — L'importance de la liaison des sons est telle, pour la
bonne exécution des groupes grégoriens, qu'il est nécessaire, au
risque d'empiéter sur un sujet qui appartient plutôt au solfège
grégorien, d'indiquer les moyens qui conduisent à cette liaison
parfaite. Ces moyens sont fort bien exposés dans les bonnes
Méthodes de chant moderne ; aussi ne craignons-nous pas de leur
emprunter les préceptes clairs et précis qu'elles donnent à ce
sujet ; car la manière de lier les sons est la même pour toutes les
musiques et pour tous les temps. Nous n'avons ici que l'embarras
du choix. M. Théophile Lemaire, dans « Le Chant, ses Princi-
pes », (i) résume l'enseignement général des plus grands maîtres :
{i) Le Chant, ses Principes et son Histoire, par Théophile Lemaire et Henri
La voix fils, Paris, Heugel et fils, 1881.
412 APPENDICE.
nous lui empruntons ses préceptes et même ses exercices, avec
les légers changements nécessités par leur application à l'art
grégorien.
559. • — i La liaison des sons, dit-il, consisté dans la manière
de passer d'un son à un autre, en les unissant tous deux moelleu-
sement. Pour obtenir une liaison parfaite, il faut que le chanteur,
après avoir respiré, conduise la poussée d'air avec une très grande
régularité; de telle façon que la voix, étant bien soutenue, glisse,
pour ainsi dire, d'une note à l'autre sans interruption entre les
sons. Les notes liées doivent étr£ articulées également et distin-
ctement avec la plus grande justesse. Il faut éviter de traîner la
voix mollement entre les notes, ce qui causerait nécessairement
une confusion dans les sons ; on doit, au contraire, la maintenir
ferme et souple tout à la fois. »
560. — « Il est indispensable de graduer l'intensité de la
poussée d'air à mesure que les sons s'élèvent vers l'aigu, et, dans
les passages descendants, de la soutenir pour éviter la mollesse »
op. cit. p. 89.
« La liaison parfaite des sons constitue une des plus grandes
beautés du chant : elle lui donne une limpidité et une grâce
extrêmes » /. c. p. 89.
Elle convient tout particulièrement à une mélodie grégorienne,
et les exercices de vocalisation liée sont nécessaires pour obtenir
un bon résultat.
561. — « Le moyen le plus certain d'arriver à vocaliser parfai-
tement une gamme ou un trait quelconque est d'en réduire
d'abord l'étude à sa plus simple expression... »
« Il semble, au premier abord, qu'il soit très aisé de bien
chanter deux notes, cependartt cela n'est pas ; mais quand on sait
bien faire deux notes, on sait en faire même trois, quatre, cinq,
jusqu'à l'octave et plus encore. »
On travaillera donc les exercices dans l'ordre suivant :
1° par dessin de deux notes ;
2° par dessin de trois notes ;
30 par dessin de quatre notes ;
40 par dessin de cinq notes ;
50 par dessin de six notes ;
6° par dessin de sept notes;
70 par dessin de huit notes.
appendice. 413
Exercice XLVI.
Dessin de deux notes.
V. Mode.
i L_
Même exercice, trariscription musicale.
A TH A A TH A A A TH A A A A TH
A A A A A TH
^3s-j;jj^
562. — « On étudiera d'abord le premier rythme — le torculus
— on le répétera plusieurs fois en liant bien les notes par une
respiration continue et soutenue, sans la moindre secousse. »
« Cet exercice doit être fait sur la voyelle a en timbre rond un
peu clair (i) et dans un mouvement très lent, afin que les notes
sortent nettement, sans mollesse, sans être traînées, et de manière
qu'elles soient très nettement articulées. Dès que l'élève exécutera
bien ce premier groupe, il y ajoutera le second qui devra être
réuni au premier avec la même respiration, en conservant le
même mouvement. Il répétera ces deux rythmes jusqu'à ce qu'il
ait obtenu le résultat cherché, puis il y joindra le troisième, le
quatrième, etc. en procédant toujours de la même manière. »
563. — Lorsqu'il exécutera ces premiers exercices d'une façon
satisfaisante, il passera à l'étude de ceux qui suivent, en obser-
vant les mêmes procédés.
Exercice XLVII.
Dessin de trois notes.
g
\tu — i^t'T — aa^a^i^v — aa^a^a^fv
(i) Nous répétpns ici que le maître suivra sa propre méthode pour l'emploi
des voyelles. Les courbes rythmiques sont indiquées dans la transcription par
les lettres a = arsis, TH = thésis.
Rythme Grég. — *26
414 APPENDICE.
Même exercice^ transcription musicale.
%
A TH A TH A TH A TH A TH A TH A TH A
1 1
'j>"j. JVJ^— -^^-^'^P=J-.^-J-f -^'^ -^^^-"*-:^=J=f -»>-
TH A TH A TH A TH A TH A TH A TH
1 _
H 1 1 1 — I— H — I h
"1 I I i^
^ J. ^ f ë-
J_J_ I
:ë-f-é
t^-±ërf-É-:2.é f à'ê f-ë^^f-ê
Exercice XLVIII.
Dessin de quatre notes.
^n »= »lï «H
^it^ — ir^t\ r*r%r«r\
^
/V P^^\ J^**/^'*J^%
Même exercice, transcription musicale.
1
A TH A TH TH A TH A TH TH A TH TH A A TH
pp^^^^^?^3^^^5^=p^B^
A A TH TH A TH TH A TH TH
A A TH A A TH A TH
=q^
-f
TH A TH A TH
^^^^5^£ti:
Exercice XLIX.
Dessin de cinq notes.
f1»|t iH ^i jfki — f^i m^*—
APPENDICE.
Même exercice^ transcription musicale.
A A A TH TH A A A TH TH A A TH TH
415
'^^^^S^^E^^^pS^^^-:^
A A A TH TH A A TH TU A A TH TH
Exercice L.
Dessin de six notes.
t=
■ Wl^l 1*1*1 «M*^ a*% jB^a «BI^a
-5* ^♦j: 5* **-J* %^ J^ *♦-}■ Vj* *(
A A A TH TH TH A A A TH TH TH A A TH TH TH
Même exercice, transcription musicale,
A A TH TH TH A A A TH
— — - — pY'iiiz^ — ' — r>T»^ — ^ r*i' 'i«i ~^
s3=-^j-#-*-«-j — pq — I — ^r-4-j-#-«-#-J — I — 1 — f*y g 0-*-0-d — ' — I — I —
1
A A A TH TH TH A A TH TH TH A A TH TH TH
Exercice LI.
Dessin de sept notes.
^
-tHi
\^ i^
-i^ S^
aJ Ë^ «■ S| »■ % a* 8^ gJi *^ g* S^
-♦■ -^ »-■ V-«-* ^^Ut ■-■ *♦ ■' *♦ ■' ^»i
Même exercice, transcription musicale.
A A A A TH TH TH A A A A TH TH TH A A
A TH TH TH A A A A TH TH TH A A A TH TH
IH A A A TH TH TH
4l6 APPENDICE.
Exercice LII.
Dessin de huit notes.
iniF ^r iï* *r- ïïW *v- ip"^
Même exercice, transcription musicale.
A l\
A A
564. — « Ces exercices devront être travaillés sur toutes les
voyelles a, a, é, é, e, i, 0, ô, eu, ou, dans tous les tons, dans toute
l'étendue de la voix. Afin que l'élève n'éprouve aucune difficulté
dans l'émission des sons, il prendra pour point de départ la
troisième note grave de l'échelle de sa voix, puis il transposera
tous ces exercices en suivant la succession chromatique ascen-
dante des sons ; il aura seulement soin que ces transpositions ne
fassent pas monter ces exercices au delà des notes que la voix
peut émettre avec la plus parfaite aisance...
565. — « Ces exercices devront être exécutés d'abord piano,
puis un peu plus fort, et ensuite y^r/^, sans arriver au /^r/m/wc?.
Ces trois manières de travailler apprendront aux élèves à maîtriser
leur voix, et à la manier. Au début de cette étude, le maître
choisira la voyelle qui conviendra le mieux à la bonne émission
des sons.
566. — « On augmentera le son par un léger crescendo, sur
toute la partie ascendante; on le diminuera par un decrescendo
bien gradué sur toute la partie descendante.
567. — « A cette recommandation nous ajouterons celle non
moins essentielle de modifier insensiblement la voyelle de la
façon suivante :
« On arrondira modérément et graduellement la voyelle dans
les progressions ascendantes, sans arriver cependant au timbre
APPENDICE. 417
sombre : dans les gammes ou exercices descendants on l'éclaîrcira
de même progressivement, de manière à ramener la voix, par des
gradations bien ménagées, à sa sonorité première. Ces modifica-
tions de la voyelle ont pour but de donner à la voix une égalité
apparente, qui, en réalité, n'est que le produit d'une inégalité bien
ménagée de la voix. Ainsi Va s'approchera de Vo en montant, et
reviendra en descendant à sa sonorité première; de même Vtf
prendra la couleur de l'eu ; et Vo s'approchera de Vou.
« Si le chanteur négligeait de modifier la voyelle en montant,
comme nous venons de le dire, il en résulterait que les sons aigus
seraient criards et désagréables à l'oreille; si en descendant une
gamme, il conservait à la voyelle la rondeur des sons élevés, les
notes graves seraient sourdes et sans éclat » op. cit. p. 108-110.
568. — On commencera ces exercices dans un mouvement très
lent; puis peu à peu, à mesure que l'élève les exécutera avec
plus d'aisance et d'agilité, on pressera le mouvement jusqu'à
M.M. J =152 ou 160 environ. Le plain-chant ne demande pas
une rapidité plus grande. Rien n'empêche cependant de dépasser
cette mesure : une plus grande légèreté de voix ne peut qu'être
avantageuse au chantre grégorien, quoiqu'il n'ait pas à en faire
usage. Mais qui peut le plus peut le moins.
569. — Dans chaque exercice, on devra soigneusement observer
le rythme, sans jamais presser ni ralentir le mouvement d'abord
choisi.
Les notes ictiques au centre des groupes seront traitées de la
même manière que dans les legato de la musique moderne, où
nous trouvons des nuances variées.
a) Parfois l'oreille est avertie de la subdivision rythmique par
une douce et discrète intensité qui marque la note ictique ;
b') D'autres fois le legato est plus uni, plus intime; les subdivi-
sions rythmiques, comme voilées, se laissent à peine deviner;
c) Plus souvent encore, dans certains traits ou rapides ou lents,
ces subdivisions secondaires disparaissent entièrement, fondues
dans un legato ininterrompu, ne laissant que le sentiment de
l'ondulation pleine et large de la phrase musicale. Le touchement
est alors si doux, si caressant, qu'il demeure impondérable, plus
spirituel que matériel : le sentiment intérieur est seul à pouvoir
s'en rendre compte, quand il veut en prendre conscience; ce qui
d'ailleurs n'est pas nécessaire.
41 8 APPENDICE.
Toutes ces nuances trouvent leur emploi dans le Chant gré-
gorien, comme on le verra dans les exercices de groupe et surtout
dans la phrase.
570. — Pour les précédents exercices, le premier procédé —
ictus doucement marqués — sera employé au début : les touche-
ments rythmiques serviront d'appui à la voix pour passer aisé-
ment à la note suivante. Puis graduellement la voix en diminuera
la force et finira par s'en passer. Ainsi la voix complètement
maîtrisée se servira de l'un ou de l'autre de ces procédés, selon
que le réclameront le goût, l'art, l'expression.
TABLE DES MATIERES.
Pagbs
Introduction 5
PREMIERE PARTIE.
L'ORIGINE DU RYTHME.
Chapitre I.
Les arts de repos et les arts de mouvement.
Article i. Division des arts . . . . . . . . 25
Article 2. Les arts de mouvement . . . . . . 26
y^r/zV/if j. Le temps et le mouvement 27
Chapitre II.
Le son et le mouvement sonore.
Article I. Le son. Sa production. Sa propagation .... 28
Article 2. Phénomènes qui entrent dans la composition du son . 28
Chapitre III.
Le Rythme, forme et matière.
Article i. Distinction entre la matière et la forme rythmiques . 3 1
Article 2. Marche à suivre dans l'étude du rythme . . 32
Article j. Énumération des éléments qui constituent le Rythme
sonore 34
Chapitre IV.
Le temps rythmique.
Article i. Le temps simple ........ 35
Article 2. Le temps composé ....... 38
420 TABLE DES MATIÈRES.
Chapitre V.
Rythmes simples ou élémentaires.
Article i. Le Rythme est une synthèse . . . . . 41
Article 2. Le Rythme et la durée des sons, — Ordre quantitatif . 44
§ I. Le Rythme inégal ou iambique. L'Elan et le Repos . . 44
§ 2. Le Rythme égal ou spondaïque. ..... 50
§ 3. Réduction de ces deux motifs rythmiques à un principe
unique : l'élan et le repos . . . . . . 51
§ 4. Corollaires . 52
Article j. Le Rythme et la force des sons. — Ordre dynamique . 59
§ I. Modifications dynamiques, leur triple but . . , . 59
§ 2. Deux sortes de cadences ictiques relativement à l'intensité . 59
§ 3. Puissance unifiante de la force . . . . . . 61
§ 4. Application pratique des rythmes simples, binaires et
ternaires ......... 62
Exercice I. Rythme simple ternaire, ictique faible . . 63
Exercice IL Rythme simple ternaire, ictique fort . . 64
Exercice III. Rythme simple binaire, ictique faible . . 64
Exercice IV. Rythme simple binaire, ictique fort . . 65
Exercice V. Mélange de rythmes simples, binaires et ter-
naires, ictiques forts ou faibles ... 65
Article 4. Développement du rythme élémentaire ... 66
§ I. Développement de l'arsis (élan) et de la thésis (repos) . 66
§ 2. L'ictus rythmique se place tantôt à l'arsis, tantôt à la
thésis .......... 70
§ 3. Application pratique du rythme simple avec arsis binaire
ou ternaire - . . 74
Exercice VI. Rythme simple (arsis binaire), chute ictique
faible . . . . . . 75
Exercice VII. Rythme simple (arsis binaire), chute ictique
forte 75
Exercice VIII. Rythme simple (arsis binaire), cadence ictique
faible, 2^ temps de l'arsis fort . . 76
Exercice IX. Rythme simple (arsis ternaire), cadence ictique
faible ....... 76
Exercice X. Rythme simple (arsis ternaire), cadence ictique
forte 77
TABLE DES MATIÈRES.
421
Exercice XI. Rythme simple (arsis ternaire), cadence ictique
faible. — Force sur le 2" ou le 3' temps de
l'arsis .......
§ 4. Cadences féminines ou postictiques .....
Chapitre VI.
Rythmes composés.
Article i. Rythme-incise
§ I. Formation des rythmes - incises par la fusion des rythmes
simples ........
§ 2. Formation des rythmes - incises par simple juxtaposition de
rythmes élémentaires ......
Article 2. Rythme - membre; rythme - phrase; grand rythme.
§ I. Groupement des incises en membres et en phrases
§ 2. La dynamie dans les rythmes composés
§ 3. Application des rythmes composés formés par fusion et par
juxtaposition . . ,
Exercice XII. Une arsis, deux thésis ....
Exercice XIII. Une thésis, une arsis, une thésis .
Exercice XIV. Une arsis, une thésis; une arsis, une thésis
Exercice XV. Trois arsis, une thésis ....
Exercice XVI. Deux arsis, deux thésis
Exercice XVII. Une arsis, trois thésis ....
Article j. Les silences .......
77
78
80
80
84
85
85
86
87
87
88
89
89
89
Chapitre VIL
Schémas rythmiques du chant grégorien.
Article i. Schémas du rythme simple . . ...
Article 2. Schémas du rythme composé . . . .
Article j. Rythmes de quatre temps composés
Article 4. Rythmes de cinq temps composés
Chapitre VIII.
Le mouvement rythmique.
Article i. Réalité du mouvement rythmique
Article 2. Nature du mouvement vocal . . , .
Article 3. Terminologie du mouvement vocal
Rythme Grég. — 27
91
92
94
95
97
98
422
TABLE DES MATIÈRES.
Chapitre IX.
Expression plastique ou chironomie du mouvement rythmique.
Article i. Position de la question .....
Article 2. Différentes chironomies .....
Article 3. Analyse et caractère du mouvement simple .
§ I. Le mouvement local .... . .
§ 2. Le geste simple; son application aux rythmes simples
Article 4. Les gestes composés ......
Chapitre X.
Le Rythme et la Mesure.
Article i. Différences entre le rythme et la mesure
Article 2. Rapports entre le rythme et la mesure . . . .
Chapitre XL
La syncope.
Article unique. La syncope est un trouble apporté dans la suc-
cession régulière des élans et des repos .
103
104
107
107
lie
115
118
120
124
DEUXIEME PARTIE.
LA MÉLODIE.
SON APPLICATION AU RYTHME
Chapitre L
Les signes mélodiques.
Orig^ine, noms, formes des notes et des groupes de notes.
Article i. Les accents grammaticaux et la mélodie du discours
Article 2. Neumes-accents dérivant des accents aigu et grave
§ I. Noms et formes des notes simples et des groupes
A. Notation chironomique .....
B. Notation diastématique
132
134
134
134
135
TABLE DES MATIÈRES.
423
Exercice I. Rechercher et nommer les notes simples dans
un livre de chant grégorien
Exercice II. Rechercher et nommer les neumes de deux
notes ........
Exercice III. Rechercher et nommer les neumes de trois notes
§ 2. Unité des groupes ........
Exercice IV. Nommer tous les groupes dans un livre de chant
grégorien .......
§ 3. Neumes liquescents ........
Exercice V. Rechercher, dans un livre de chant grégorien,
et nommer les neumes liquescents
Article j. Noms et groupes dérivant de l'accent - apostrophe
§ I. Emplois variés de l'apostrophe dans la notation neumatique
§ 2. Strophicus
§ 3. Pressus .
§ 4. Oriscus .
§ 5. Salicus
Article 4. Quilisma
Exercice VI. Chercher et désigner, dans un livre de chant, les
strophicus, pressus, oriscus, salicus et qui-
lismas .......
Article j. Variété des notations neumatiques. Tradition mélodique
unique
138
139
140
142
144
144
145
145
145
147
149
153
154
154
Chapitre II.
Les signes rythmiques dans les anciens manuscrits.
Article i. Leur raison d'être. Tradition rythmique . . , 156
Article 2. Signes rythmiques sangalliens . . . . .158
§ I. Signes rythmiques proprement dits 158
A. Modifications . . . . . . . .158
B. Adjonctions .161
§ 2. Lettres significatives romaniennes . . . ,163
Première série. Lettres mélodiques. Sept lettres . . 164
Deuxième série. Lettres relatives au rythme. Sept lettres. 165
Troisième série. Modifications des lettres précédentes.
Trois lettres 168
424
TABLE DES MATIÈRES.
Article j. Signes rythmiques messins
§ I. Signes rythmiques proprement dits . . . .
§ 2. Lettres significatives messines
Première série. Lettres mélodiques ...
Deuxième série. Lettres rythmiques messines .
Exercice VU. Rechercher les signes rythmiques dans les édi
lions de Solesmes ....
169
169
171
171
172
174
Chapitre IIL
Les notes et les intervalles.
Article i. Lecture des notes sur la portée musicale
§ I. Désignation alphabétique de toutes les notes en
dans le chant grégorien
§ 2. Lettres - Clefs .
§ 3. Noms actuels des notes; leur position sur la portée
§ 4. Signes rythmiques sur la portée
A. Signes rythmiques affectant les notes
B. Signes rythmiques de division
Exercice VIII. Lecture des notes
Article 2. Les intervalles. Solfège rythmé
§ I. Définition de l'intervalle
§ 2. Intervalle de Seconde
Exercice IX. Seconde, 1
Exercice X. Seconde, 2
Exercice XI. Seconde, 3
§ 3. Intervalle de Tierce .
Exercice XII. Tierce, 1
Exercice XIII. Tierce, 2
§ 4. Intervalle de Quarte
Exercice XIV. Quarte, i
Exercice XV. Quarte, 2
§ 5. Intervalle de Quinte
Exercice XVI. Quinte
§ 6. Intervalle de Sixte .
§ 7. Intervalle de Septième
§ 8. Intervalle d'Octave .
usage
175
175
176
177
179
179
180
180
181
181
182
185
186
189
191
191
192
194
Ï95
196
196
197
199
199
200
TABLE DES MATIÈRES. 425
Chapitre IV.
Les modes.
Article i. Éléments constitutifs et distinctifs des modes . . 201
Article 2. Fragmentation de réclielle fondainentale . . 203
§ I. Fragmentation primitive de l'échelle en quatre modes . 203
§ 2. Fragmentation de l'échelle en huit modes .... 204
Chapitre V.
Le temps simple grégorien.
Valeur rythmique du Punctum et de la Virga.
Article i. L'indivisibilité du temps simple dans le chant grégorien 210
Article 2. Notation du temps simple, punctum et virga . 213
§ I. Rôle purement mélodique du punctum et de la virga. Iden-
tité quantitative et dynamique de ces deux signes . . 213
§ 2. Emploi des punctums et des virgas dans les récitations
unissoniques ........ 216
§ 3. Remplacement de punctuxMS par des virgas, nécessité par
des modifications mélodiques ..... 220
§ 4. Emploi libre des punctums et des virgas. . . .222
A. Pour certaines notes intermédiaires isolées . . . 222
B. Même liberté dans la composition des groupes . . 223
C. Même emploi libre dans les relations des groupes
entre eux ........ 224
§ 5. Remplacement des punctums par des virgas dans la nota-
tion des séquences avec ou sans paroles . . . 226
§ 6. Emploi simultané des punctums et des virgas dans I'orga-
NUM à deux voix ........ 228
§ 7. Témoignage des manuscrits à neumes-points. Réduction à
un seul signe du punctum et de la virga. Conclusion . 229
Chapitre VI.
Rjrthme et exécution des groupes mélodiques.
Le groupe isolé.
Article i. Principes généraux s'appliquant à tous les groupes . 232
§ I. Le groupe grégorien, son individualité .... 232
§ 2. Valeur quantitative des notes dans les groupes . . . 233
§ 3. Place des ictus rythmiques 236
Rythme Grég. — 27B
426
TABLE DES MATIÈRES.
§ 4. Distinction fondamentale en groupes-rythmes et en groupes-
temps ........
A. Groupes-rythmes ......
B. Groupes-temps .......
Article 2. Étude des groupes-rythmes isolés. Leur exécution
§ I. Groupes-rythmes de deux notes ....
§ 2. Groupes-rythmes de trois notes : quatre temps simples
Exercice XVII. Groupes-rythmes simples de trois sons, i
Exercice XVIII. Groupes-rythmes simples de trois sons, 2
§ 3. Groupes-rythmes de quatre notes : cinq temps simples
Exercice XIX. Groupes-rythmes simples de quatre notes
Exercice XX. Groupes-rythmes (de trois ou quatre notes
mélangés, i .
Exercice XXI. Groupes-rythmes (de trois ou quatre notes)
mélangés, 2 . . .
§ 4. Groupes-rythmes de cinq notes. Rythmes composés de six
temps simples .......
Exercice XXII. Groupes-rythmes composés de cinq notes
§ 5. Groupes-rythmes de six notes. Rythmes composés de sept
temps simples .......
Exercice XXIII. Groupes-rythmes composés de six notes
§ 6. Corollaire. La notation du groupe neumatique est rythmiqu
Article 3. Etude des groupes-temps isolés. Leur exécution
§ I. Le groupe-temps ......
§ 2. Groupes-temps de deux ou trois notes
Exercice XXIV. Groupes-temps binaires ou ternaires
§ 3. Groupes-temps de quatre notes ....
Exercice XXV. Groupes-temps composés de quatre notes
§ 4. Groupes-temps de cinq, six notes et plus .
Exercice XX VL Groupes-temps composés de cinq notes
238
239
240
241
241
242
244
245
245
246
247
248
248
249
252
253
253
255
255
256
256
257
258
258
259
Chapitre VIL
Rj^hme et exécution des groupes mélodiques dans la phrase
Article i. Notions générales sur la jonction et la disjonction des
groupes .........
Article 2. De la jonction des groupes ......
§ I. Simple juxtaposition des groupes
A. Ce qu'on entend par juxtaposition ....
B. Comment les manuscrits indiquent-ils la ju.xtaposition
des groupes?
261
265
265
265
267
TABLE DES MATIÈRES.
427
Exercice XXVI I. Groupes se joignant par simple juxtapo-
sition, I . . .270
Exercice XXVIII. Groupes se joignant par simple juxtapo-
sition, 2 . .272
Exercice XXIX. Groupes se joignant par simple juxtapo-
sition, 3 274
5} 2. Enchaînement des groupes . • 275
A. Enchaînement après un groupe rythmé par un ictus
simple . . . . . . . . .275
B. Enchaînement après un groupe-temps . . . 285
§ 3. Fusion des groupes. Pressus 288
^r/Zr/f j. De la disjonction des groupes 289
§ I. Mora vocis, procédé de disjonction ..... 289
>$ 2. Comment les manuscrits indiquent-ils la disjonction des
groupes dans les mélismes? ...... 290
Exercice XXX. Juxtaposition et enchaînement des groupes 296
Chapitre VIII.
Étude et exécution de l'apostropha pressus.
Article i. Pressus-major. — Pressus-minor ....
Article 2. Preuves de la fusion des deux notes dans le pressus
Le pressus par apposition .
§ I. Fusion prouvée par les équivalences .
§ 2. Le sigle romanien co = conjungatur .
% 3. De la diérèse du pressus ....
Article 3. Valeur attractive des pressus
§ I. Vertu attractive du pressus sur les notes qui le précèdent
g 2. Vertu attractive des pressus entre eux
§ 3. Exceptions à la loi d'attraction des pressus
Exercice XXXI. Sur le pressus, i .
Exercice XXXII. Sur le pressus, 2 .
300
304
304
321
323
326
326
327
328
332
334
Chapitre IX.
Étude et exécution du strophicus
Article i. Distropha et tristropha seules
Exercice XXXIII. Distropha seule .
Article 2. Répercussion des distrophas et des tristrophas
336
340
341
Exercice XXXIV. Répercussion de distropha et de tristropha 343
428 TABLE DES MATIÈRES.
Article j. Mélange de strophicus et de virgas .... 343
§ I. Virga devant un strophicus . . . . . . 344
§ 2. Virga entre strophicus . 345
Exercice XXXV. Mélange de strophicus et de virgas 346
Article 4. Strophicus précédés ou suivis de groupes à l'unisson . 347
§ I. Strophicus précédés de groupes se terminant à l'unisson du
strophicus ......... 349
Exercice XXXVI. Strophicusprécédés dégroupes àl'unisson 350
§ 2. Strophicus suivis de groupes à l'unisson . . -351
Exercice XXXVII. Strophicus suivis d'une note répercutée
double 354
Exercice XXXVIII, Strophicus suivis d'une note élargie par
l'épisème . . . . . 356
Exercice XXXIX. Strophicus suivis d'une note doucement
marquée d'un simple appui rythmique. 357
Exercice XL. Strophicus suivis d'une note effleurée
d'un touchement rythmique très délicat 360
Exercice XLI. Strophicus suivis d'une note répercutée
avec un simple ictus individuel . . 364
§ 3. Strophicus précédés^ et suivis de groupes à l'unisson . . 365
Article 3. Strophicus suivis immédiatement d'un quilisma . . 365
Exercice XLII. Strophicus suivis d'un quilisma . . 367
Article 6. Les strophicus au point de vue esthétique. Leur notation 368
Chapitre X.
Etude et exécution de Tapostropha-oriscus.
Article i. Caractère mélodique de l'oriscus ....
§ I. L'oriscus sur un degré supérieur à la note précédente
§ 2. L'oriscus à l'unisson de la note précédente
Article 2. Exécution de l'oriscus ......
§ I. L'oriscus et le groupe qui le précède . . . .
§ 2. Place de l'ictus rythmique autour de l'oriscus
371
371
374
376
376
378
Exercice XLIII. Oriscus, transition à un groupe mélodique 382
Chapitre XL
Étude et exécution du salicus.
Article i. Exécution de la première forme du salicus . . . 385
Article 2. Interprétation du salicus, deuxième forme, à l'unisson . 394
Exercice XLIV. Sur les deux formes du salicus . . 395
TABLE DES MATIÈRES.
429
Chapitre XII.
Étude et exécution du quilisma.
Article i. Place du quilisma sur l'échelle musicale
Article 2. De l'interprétation du (juilisma
§ I. Le quilisma byzantin ....
§ 2. Les manuscrits. Effets rétroactifs du quilisma
§ 3. Les auteurs ......
Article j. Règles d'exécution du quilisma .
Exercice XL V. Sur le quilisma
396
398
398
399
402
404
408
APPENDICE.
Règle générale d'exécution pour tous les groupes.
Legato. Vocalisation liée.
Exercice XL VI. Dessin de deux notes
Exercice XL VII. Dessin de trois notes
Exercice XL VIII. Dessin de quatre notes
Exercice XLIX. Dessin de cinq notes
Exercice L. Dessin de six notes .
Exercice LI. Dessin de sept notes
Exercice LU Dessin de huit notes
413
413
414
414
415
415
415
ERRATA.
Pages T] et 78, dans les Exercices X, XI et XII, les temps de
chaque rythme doivent être numérotés^ comme dans
les exercices précédents .-1234 — (5), ^^ non pas
423, etc.
Page 87, ligne 7, lire : la marche de l'intensité : ce sont elles
aussi, etc.
» 120, No 213, lire : Avant d'être le premier temps d'une
mesure, etc.
» 136, après le n^ 13, suite des n"' :
14. — Les ne?îmes-accents, etc.
1 5. — Exemples de notation diastématique.
» 209, Tableau, lire la première colonne verticale dans l'ordre
suivant : Protus : i^r et 2^ modes. — Deuterus : 3^ et
4e modes. — ïritus : 5e et 6^ modes.
» 234, No 258, ligne 5, au lieu de : elle résulte, lire: il résulte, etc.
» 235, No 260, ligne 2, lire : valent chacun environ un temps.
» 250, No 280, ligne 5, au lieu de : deuxième, lire : dernière.
» 279, ligne 3, au lieu de : les retiennent entre elles, lire : les
relient entre elles.
Un petit nombre de notes [notation grégorienne') ont sauté ou se
sont cassées dans certains exemplaires : il est facile de les rétablir à
Vaide de la transcription en notation musicale moderne qui accompa-
gne la Jtotation grégorienne. Même remarque pour les quelques
épisèmes ou points rythmiques qui seraient dans le même cas.
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Date Due
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OCT 2 8
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Library Bureau Cat. no. 1137
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783.5. «7]
3 5002 00211 67?fi
reviu André ^^t- i I K> f C.Ki
l'eqoim ou Rhyihmi
Mocqufreviu
Le nombre music.ii
ML 3082 . M73
Mocquereau, Andr &, 1049-
1930.
Le nombre musical gr egorlen
e^
P?
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V
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